Ce type de personnage, le monde ne les connaît, il les ignore. Mais nous ne savons pas ce qui se passe dans l'invisible !le gyrovague a écrit : L'histoire du pauvre vieux berger évoqué par J. Green (que j'ignorais) me fait penser au livre fort émouvant de Roger Boussinot qui est une enquête menée par l'auteur afin de connaître l'identité et la vie de ce vieux berger enveloppé d'une peau de mouton et qui, dans les années 30, alors que l'auteur était lycéen, avait élu domicile sous le porche d'une porte condamnée de la faculté de médecine de Bordeaux. Il vécu là pendant plusieurs années et par tous les temps, dans l'indifférence générale, jusqu'à ce qu'un jour on le retrouve mort.
Vie et mort de Jean Chalosse de Roger Boussinot au Livre de Poche, 1977.
http://www.livrenpoche.com/thumb/Vie_et ... 3733-0.jpg
Journal de Julien Green
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etienne lorant
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Re: Le Journal de Julien Green
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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etienne lorant
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Re: Le Journal de Julien Green
Grâce à l'amitié de Fée Violine - et le talent qu'elle tient de la Providence, nous avons fait progressé la connaissance de l'Histoire ! Je suis tout gai !etienne lorant a écrit :Qui était cet homme ? Où pourrais-je me renseigner ? Quelqu'un a-t-il une idée ?
Par deux fois, dans son Journal, fin 1967 et début 1968, Julien Green parle d'un homme âgé qu'il croise à la rue du Bac "aux Missions". Cela m'interpelle et j'aimerais en savoir plus. Sans doute existe-t-il un document archivé quelque part ?
Je vous cite ces deux passages du Journal:
- 23 septembre 1967
"Il y a aux Missions de la rue du Bac, dans un coin de l'église, un vieil orant vêtu d'un manteau de berger. Son beau visage blanc, ses yeux d'un bleu pâle qui ne s'arrêtent sur personne, fon de lui un personnage singulier. Onn medit qu'il est là depuis 1900, presque toute la journée, et cela depuis sa jeunesse, tout occupé de Dieu. Si j'osais, je lui demanderais de se souvenir de moi."
- 15 janvier 1968
"Celui que j'appelle le vieux berger et que nous voyons, Anne et moi, tous dans le même coin de la chapelle des Missions, près de la porte, enfoui dans son immense cape noire, levant vers le monde un admirable visage émacié, aux yeux d'azur, celui-là est sans doute un saint comme le Moyen Age en a produit. Nous voit-il ? J'en doute. Il a d'ordinaire son chapelet entre les doigts et ses lèvres remuent imperceptiblement. Le frère portier a dit à Anne que c'était un frère convers et qu'il se tenait là, dans la chapelle, près de la porte, depuis 1900. Quand il est malade, il disparaît dans une chambre qu'on lui a donnée. Il ne se plaint jamais, il prie. Sa chair est couleur d'ivoire, ses cheveux d'un blanc de neige, il a l'air d'être déjà de l'autre côté. Le regarder, c'est lire l'Evangile à la page des Béatitudes. Le seul mot qui me vienne à l'esprit en pensant à lui est celui de lumière."
Je ne sais par où commencer cette 'enquête'. Mais si cet homme a eu un logement à lui en cas de besoin et est demeuré dans cette chapelle aussi longtemps que le dit Julien Green, il doit forcément rester des traces de lui dans quelques documents. En réalité, je souhaiterais simplement connaître son prénom, afin de lui demander d'intercéder pour moi.
Monsieur,
Le Frère en question est le Frère Bénoni Maurice Boittiaux, fervent de la Sainte Eucharistie et de la Sainte Vierge Marie . Son intercession vous aidera sûrement car je ne doute pas qu'il soit auprès du Seigneur et de sa Sainte Mère, en compagnie des Saints et des Anges.
Si vous me communiquer votre adresse, je pourrai vous envoyer des informations sur le Frère.
Cordialement.
Brigitte APPAVOU
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
JG dit
Étienne, si tu reçois les informations sur ce Frère, tu nous en feras part?
etIl y a aux Missions de la rue du Bac
Comme je sais qu'il y a rue du Bac les MEP (Missions étrangères de Paris), j'ai trouvé leur site et Étienne n'a eu qu'à leur écrire. C'était sur un autre forum, où Étienne poste aussi ses réflexions.Le frère portier a dit à Anne que c'était un frère convers
Étienne, si tu reçois les informations sur ce Frère, tu nous en feras part?
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Re: Le Journal de Julien Green
28 décembre 1967
"Quelque chose en moi se jette en avant dans le siècle qui vient et dont je n'arrive pas à voir le visage. Il y aura de grandes et redoutables absences. Que se taise la voix qui chuchote tout au long des années présentes et annonce la fin de l'Eglise ! L'Eglise sera-t-elle seulement visible ? La question n'est pas de savoir si elle ne sera plus, car il faut qu'elle soit, mais sous quelle forme ? Que croira-t-on ? Finis les chants, les cérémonies aux gestes lents, les ors sur les chapes, l'encens montant vers les voûtes avec les paroles latines. Déjà cela n'est plus"
Note personnelle: A partir de l'année 68, Julien Green va vraiment beaucoup se plaindre de l'évolution de l'Église, tout en s'accrochant à elle... c'est parfois très triste. Moi aussi, j'éprouve quelques regrets, puisque j'ai servi la messe en latin, durant mes très jeunes années. Quant à la question : "sous quelle forme ?", j'ai le souvenir d'une citation, mais quel en est l'auteur ? En tout cas, cela disait: "Lorsqu'il n'y a plus de saints, il y a des persécutions et des martyres, mais l'Église ne passe pas"
"Quelque chose en moi se jette en avant dans le siècle qui vient et dont je n'arrive pas à voir le visage. Il y aura de grandes et redoutables absences. Que se taise la voix qui chuchote tout au long des années présentes et annonce la fin de l'Eglise ! L'Eglise sera-t-elle seulement visible ? La question n'est pas de savoir si elle ne sera plus, car il faut qu'elle soit, mais sous quelle forme ? Que croira-t-on ? Finis les chants, les cérémonies aux gestes lents, les ors sur les chapes, l'encens montant vers les voûtes avec les paroles latines. Déjà cela n'est plus"
Note personnelle: A partir de l'année 68, Julien Green va vraiment beaucoup se plaindre de l'évolution de l'Église, tout en s'accrochant à elle... c'est parfois très triste. Moi aussi, j'éprouve quelques regrets, puisque j'ai servi la messe en latin, durant mes très jeunes années. Quant à la question : "sous quelle forme ?", j'ai le souvenir d'une citation, mais quel en est l'auteur ? En tout cas, cela disait: "Lorsqu'il n'y a plus de saints, il y a des persécutions et des martyres, mais l'Église ne passe pas"
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
15 janvier 1968
"Dans un livre de Jacques Cabaud sur Simone Weil, je note cette phrase: "Plus est réel le désir de Dieu... plus est violent le soulèvement de la partie médiocre de l'âme; soulèvement comparable à la rétraction d'une chair vivante qu'on serait sur le point de mettre dans du feu". La première partie de cette phrase, au moins, décrit exactement mon expérience et surtout mes déboires spirituels".
Note personnelle
Comme j'ai été joyeux de découvrir que Julien Green a lu - aussi - Simone Weil. Mes deux meilleurs amis réunis dans une phrase du Journal ! Comprenez-vous pourquoi j'ai appelé ces petites phrases de ce Journal une "aide à l'intériorité" ?
Du reste, ce soulèvement de la partie médiocre de l'âme, elle commence comme je l'avais remarqué l'autre jour par la résistance subite qui se manifeste lorsque l'on se dit: "Allons, je vais prier un peu". Incroyable comme, tout d'un coup, une multitude de choses à faire se rappellent à la mémoire ! Alors, on a beau s'empresser de dégager la table de travail... la grâce que le Seigneur nous tendait... elle est passée, il faut attendre qu'elle revienne... car prier est une grâce. Si prier n'était pas une initiative de Dieu en nous (oui, oui, bien sûr, c'est surnaturel !) nous ne prierions jamais.
"Dans un livre de Jacques Cabaud sur Simone Weil, je note cette phrase: "Plus est réel le désir de Dieu... plus est violent le soulèvement de la partie médiocre de l'âme; soulèvement comparable à la rétraction d'une chair vivante qu'on serait sur le point de mettre dans du feu". La première partie de cette phrase, au moins, décrit exactement mon expérience et surtout mes déboires spirituels".
Note personnelle
Comme j'ai été joyeux de découvrir que Julien Green a lu - aussi - Simone Weil. Mes deux meilleurs amis réunis dans une phrase du Journal ! Comprenez-vous pourquoi j'ai appelé ces petites phrases de ce Journal une "aide à l'intériorité" ?
Du reste, ce soulèvement de la partie médiocre de l'âme, elle commence comme je l'avais remarqué l'autre jour par la résistance subite qui se manifeste lorsque l'on se dit: "Allons, je vais prier un peu". Incroyable comme, tout d'un coup, une multitude de choses à faire se rappellent à la mémoire ! Alors, on a beau s'empresser de dégager la table de travail... la grâce que le Seigneur nous tendait... elle est passée, il faut attendre qu'elle revienne... car prier est une grâce. Si prier n'était pas une initiative de Dieu en nous (oui, oui, bien sûr, c'est surnaturel !) nous ne prierions jamais.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
16 janvier 1968.-
"Hier, ayant ouvert au hasard pour essayer d'avoir des nouvelles du "Pays perdu", le livre de dom Cuthbert Butler, "Le Mysticisme d'Occident", je suis tombé sur ce passage que je retraduis en français puisque, dans ce livre anglais, il est cité comme ayant été écrit en français par la mère Isabelle Daurelle, Carmélite morte en 1914: "Pendant la prière du soir, le troisième jour, je pénétrai à l'intérieur de mon âme, et il me parut que je descendais dans les vertigineuses profondeurs d'un abîme où j'eus l'impression d'être entourée d'un espace sans limites. Je sentis alors la présence de la Sainte Trinité et me rendis compte de mon propre néant que je compris mieux que jamais auparavant. Cette connaissance me fut très douce. La divine Immensité dans laquelle je fus plongée et qui me remplit avait la même douceur...". J'ai refermé le livre et je me suis senti dans un autre monde, non seulement à ce moment-là, mais toute la journée. Ce livre rend le goût de Dieu que le péché et l'égoïsme nous font perdre"
Note personnelle:
Cette lecture ne m'a pas vraiment surpris, car je la retrouve régulièrement chez sainte Faustine, et chez d'autres mystiques. Tous parlent d'un moment où ils prennent conscience "plus que jamais" de leur propre "néant" devant Dieu (ce sont quasiment toujours les mêmes termes), mais ils ne s'y sentent pas noyés ou perdus comme ils l'avaient craint au commencement de l'expérience - au contraire, l'anéantissement perd tout côté négatif pour devenir contemplation remplie d'amour et d'humilité. C'est, par exemple, ce qui fit dire à sainte Faustine: "Il n'y aura jamais assez de toute l'éternité pour pénétrer l'inconcevable profondeur des mystères de l'Amour". D'autres disent qu'ils auraient préféré souffrir 'mille morts' plutôt que de sortir de cet état, d'autres encore s'étonnent, comme David dans le Psaume : "Mais qu'est donc l'homme, Ô Dieu, pour que Tu t'intéresses à lui"... Et moi-même, qui refusait de me convertir, justement parce que je me disais: comment Dieu pourrait-il prêter attention à un homme sur six milliards !"
"Hier, ayant ouvert au hasard pour essayer d'avoir des nouvelles du "Pays perdu", le livre de dom Cuthbert Butler, "Le Mysticisme d'Occident", je suis tombé sur ce passage que je retraduis en français puisque, dans ce livre anglais, il est cité comme ayant été écrit en français par la mère Isabelle Daurelle, Carmélite morte en 1914: "Pendant la prière du soir, le troisième jour, je pénétrai à l'intérieur de mon âme, et il me parut que je descendais dans les vertigineuses profondeurs d'un abîme où j'eus l'impression d'être entourée d'un espace sans limites. Je sentis alors la présence de la Sainte Trinité et me rendis compte de mon propre néant que je compris mieux que jamais auparavant. Cette connaissance me fut très douce. La divine Immensité dans laquelle je fus plongée et qui me remplit avait la même douceur...". J'ai refermé le livre et je me suis senti dans un autre monde, non seulement à ce moment-là, mais toute la journée. Ce livre rend le goût de Dieu que le péché et l'égoïsme nous font perdre"
Note personnelle:
Cette lecture ne m'a pas vraiment surpris, car je la retrouve régulièrement chez sainte Faustine, et chez d'autres mystiques. Tous parlent d'un moment où ils prennent conscience "plus que jamais" de leur propre "néant" devant Dieu (ce sont quasiment toujours les mêmes termes), mais ils ne s'y sentent pas noyés ou perdus comme ils l'avaient craint au commencement de l'expérience - au contraire, l'anéantissement perd tout côté négatif pour devenir contemplation remplie d'amour et d'humilité. C'est, par exemple, ce qui fit dire à sainte Faustine: "Il n'y aura jamais assez de toute l'éternité pour pénétrer l'inconcevable profondeur des mystères de l'Amour". D'autres disent qu'ils auraient préféré souffrir 'mille morts' plutôt que de sortir de cet état, d'autres encore s'étonnent, comme David dans le Psaume : "Mais qu'est donc l'homme, Ô Dieu, pour que Tu t'intéresses à lui"... Et moi-même, qui refusait de me convertir, justement parce que je me disais: comment Dieu pourrait-il prêter attention à un homme sur six milliards !"
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
18 janvier 1968
'Hier, j'ai reçu la visite d'un ami catholique indigné. Il a vu à Rueil un prêtre de sa connaissance monter à l'autel, vêtu en clergyman, non en soutane, tirer de sa poche un mouchoir qu'il a étalé sur l'autel, ouvrir le tabernacle et y prendre des hosties qu'il a placées dans ce mouchoir, puis mettre celui-ci dans sa poche et aller dans la sacristie où mon visiteur fort ému l'a suivi pour lui dire tout à trac: "Que penserait Monsieur le chanoine Untel, qui est si croyant, s'il avait vu ce que je viens de voir ? Ne croyez-vous donc pas à la Présence Réelle ? " Le prêtre, un jeune prêtre, lui a jeté un regard épouvantable et n'a pas répondu. Il est sans doute de ceux de la nouvelle église qui croient que sans communion il n'y a pas Présence Réelle. Autrement dit, les hosties qu'il emporte auront un sens quand il les donnera à des malades, par exemple"
Note personnelle:
Pour ma part, j'ai toujours sur moi la Pyxide dans laquelle j'ai tant de fois transporté l'Eucharistie pour mon père - et je continue le dimanche pour ma mère. Ma tante, ancienne sacristine, m'a demandé : "Pourquoi la gardes-tu quand elle est vide ?" Je lui ai répondu sans réfléchir : 'Qui sait ? J'ai l'impression - qui me donne du courage, que Jésus est sur mon cœur, parce que même vide, elle a contenu tant de fois l'Hostie ... l'objet en lui-même a acquis une sorte de caractère sacré (mais surtout très précieux) à mes yeux et si j'avais un accident, je voudrais bien l'avoir avec moi en ambulance, avec mon chapelet... C'est peut-être ridicule, mais à la longue, j'y crois. Lorsque je sors de la maison, j'ai un geste devenu machinal pour vérifier que l'objet est bien dans ma poche, sur mon cœur. Et je pars rassuré.' Tante Bernadette ne m'a pas contredit. De toute manière, cela fait désormais partie de moi, pas comme un de mes membres, mais quasiment - c'est un objet surnaturel (et encore plus qu'en l'Hostie y est présente) et cela même si le surnaturel est souvent si proche du naturel que les hommes aveugles de notre temps n'y voient rien du tout...
'Hier, j'ai reçu la visite d'un ami catholique indigné. Il a vu à Rueil un prêtre de sa connaissance monter à l'autel, vêtu en clergyman, non en soutane, tirer de sa poche un mouchoir qu'il a étalé sur l'autel, ouvrir le tabernacle et y prendre des hosties qu'il a placées dans ce mouchoir, puis mettre celui-ci dans sa poche et aller dans la sacristie où mon visiteur fort ému l'a suivi pour lui dire tout à trac: "Que penserait Monsieur le chanoine Untel, qui est si croyant, s'il avait vu ce que je viens de voir ? Ne croyez-vous donc pas à la Présence Réelle ? " Le prêtre, un jeune prêtre, lui a jeté un regard épouvantable et n'a pas répondu. Il est sans doute de ceux de la nouvelle église qui croient que sans communion il n'y a pas Présence Réelle. Autrement dit, les hosties qu'il emporte auront un sens quand il les donnera à des malades, par exemple"
Note personnelle:
Pour ma part, j'ai toujours sur moi la Pyxide dans laquelle j'ai tant de fois transporté l'Eucharistie pour mon père - et je continue le dimanche pour ma mère. Ma tante, ancienne sacristine, m'a demandé : "Pourquoi la gardes-tu quand elle est vide ?" Je lui ai répondu sans réfléchir : 'Qui sait ? J'ai l'impression - qui me donne du courage, que Jésus est sur mon cœur, parce que même vide, elle a contenu tant de fois l'Hostie ... l'objet en lui-même a acquis une sorte de caractère sacré (mais surtout très précieux) à mes yeux et si j'avais un accident, je voudrais bien l'avoir avec moi en ambulance, avec mon chapelet... C'est peut-être ridicule, mais à la longue, j'y crois. Lorsque je sors de la maison, j'ai un geste devenu machinal pour vérifier que l'objet est bien dans ma poche, sur mon cœur. Et je pars rassuré.' Tante Bernadette ne m'a pas contredit. De toute manière, cela fait désormais partie de moi, pas comme un de mes membres, mais quasiment - c'est un objet surnaturel (et encore plus qu'en l'Hostie y est présente) et cela même si le surnaturel est souvent si proche du naturel que les hommes aveugles de notre temps n'y voient rien du tout...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
D'une page à l'autre, tandis qu'avance l'année 68, Julien Green évoque successivement les événements de la guerre du Vietnam (Saïgon et Hué), l'agitation noire aux USA, les premières manifestations d'étudiants à Paris et la réplique policière, la révolte de Prague, l'assassinat de Martin Luther King, et toujours les signes de l'Église en pleine crise. Et entre l'évocation de tous ces événements s'inscrivent les premières pages d'un nouveau roman ('l'Autre') qu'il a commencé à écrire avec passion car c'est l'un des rares dans lequel il entre à la première personne. J'ai donc dû trier entre ce qui m'a paru intéressant - et capable d'intéresser. Merci pour votre compréhension !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
22 janvier 1968
'Pensé à Baudelaire qui pour écrire ses poèmes semble s'être servi des mots dont personne ne voulait, les plus ordinaires, et leur a conféré une noblesse incomparable'
Note personnelle.
Je n'avais jamais songé à cela. J'ai repris un volume des "Fleurs du Mal" et en lisant "L'Horloge", j'ai trouvé qu'en effet, le poète a employé des mots simples (mise à part la sylphide, peut-être) pour parvenir à un fantastique puissant:
L'horloge
Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !"
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;
Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison
Trois mille six cents fois par heure la Seconde
Chuchote: Souviens-toi!- Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
Remember! Souviens-toi! Prodigue! Esto memor!
( Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
La gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide,
Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même ( oh! la dernière auberge! ),
Où tout te dira : Meurs vieux lâche! il est trop tard!
Charles Baudelaire (Les fleurs du mal)
'Pensé à Baudelaire qui pour écrire ses poèmes semble s'être servi des mots dont personne ne voulait, les plus ordinaires, et leur a conféré une noblesse incomparable'
Note personnelle.
Je n'avais jamais songé à cela. J'ai repris un volume des "Fleurs du Mal" et en lisant "L'Horloge", j'ai trouvé qu'en effet, le poète a employé des mots simples (mise à part la sylphide, peut-être) pour parvenir à un fantastique puissant:
L'horloge
Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !"
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;
Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison
Trois mille six cents fois par heure la Seconde
Chuchote: Souviens-toi!- Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
Remember! Souviens-toi! Prodigue! Esto memor!
( Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
La gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide,
Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même ( oh! la dernière auberge! ),
Où tout te dira : Meurs vieux lâche! il est trop tard!
Charles Baudelaire (Les fleurs du mal)
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
Tout à fait! C'est en ça que Baudelaire est génial. Il est capable de voir de la poésie partout, spécialement dans les villes et dans la vie moderne. De même que le mystique voit Dieu en toutes choses, y compris les plus banales. Il transfigure les choses.Pensé à Baudelaire qui pour écrire ses poèmes semble s'être servi des mots dont personne ne voulait, les plus ordinaires, et leur a conféré une noblesse incomparable'
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Re: Le Journal de Julien Green
9 mars 1968
'Hier Maritain à déjeuner. Il est las, souffre de l'estomac, nous demande avec un regard d'une pureté inexprimable s'il n'est pas devenu "bête"... Quand je lui ai dit à table qu'un catholique m'avait conseillé de lire Bultmann, il a posé sa fourchette avec une expression d'horreur. "Bultmann, l'écrivain le plus néfaste...", murmure-t-il. Il déplore la disparition du latin par quoi se communiquait à nous quelque chose. Je le crois, moi aussi. Avant hier, étant couché et ayant éteint après avoir regardé une reproduction de l'admirable Livre d'heures d'Anne de Clèves, il m'a semblé entendre les religieuses de la rue Cortambert psalmodier Deus in adjutorium meum intende, etc. Maritain regrette que dans le canon de la messe on dise : "sa passion bienheureuse" au lieu de "sa bienheureuse passion". Dans le premier cas, cela veut dire que le Christ était heureux dans sa passion, dans le second cas que cette passion nous était salutaire. On perd le sens des nuances, mais il s'agit bien de nuances ! Il s'agit d'une différence considérable dans ce cas'
Note personnelle: Il faudrait, à propos de ce seul passage effectuer des recherches sur l'écrivain Bultmann, évoquer les premières années de Julien Green et son baptême à la chapelle de la rue Cortambert, et bien sûr, parler de la vie et de l'œuvre de Jacques et Raïssa Maritain, dont l'apport est considérable. Je me contenterai de chercher un lien qui parle de ce couple admirable que la foi a réellement uni. N'avaient-ils pas songé à se suicider tous deux s'ils ne trouvaient pas une réponse plus satisfaite à l'exigence de leur besoin d'idéal ? Il faudrait également à leur propos parler de la philosophie de Bergson - de Platon, et par conséquent de Simone Weil aussi. Bref, cette seule citation du Journal pourrait servir d'introduction à une conférence sur l'évolution de la spiritualité au vingtième siècle... j'ai trouvé le résumé d'un des livres qui leur a été consacré :
- L'aventure de Jacques et Raîssa Maritain constitue un parcours unique par son ampleur et son rayonnement. Centre de gravité de la vie spirituelle et littéraire pendant l'entre-deux-guerres, point de ralliement des générations perdues et refuge des poètes maudits, le couple tissa autour de lui le réseau d'influence le plus riche et foisonnant de l'histoire de ce siècle. Disciples de Bergson et de Léon Bloy, confidents de François Mauriac, de julien Green et de Jean Cocteau, amis de Péguy, de Mounier et de Paul VI, et jetant entre les milieux littéraires, artistiques et catholiques d'invisibles passerelles, Jacques et Raïssa Maritain menèrent dans le même temps une expérience de vie spirituelle fascinante. Convertis à vingt ans, ils se firent tous deux messagers de Dieu sur les routes du monde, mendiants du Ciel au nom d'un nouvel humanisme, et ils s'engagèrent ensemble dans les combats essentiels de leur temps pour faire prévaloir en tous lieux la primauté du spirituel. On connaît l'œuvre philosophique considérable laissée par Jacques Maritain, qui garde une audience internationale. Mais cette première biographie, qui s'appuie entre autre sur une importante correspondance inédite, révèle la trame même d'une réflexion qui touche aux multiples domaine de la connaissance : une destinée d'errance et d'exil, de grandes amitiés et de combats souvent âpres contre l'injustice et les dérives du monde moderne, notamment celles de l'Église. C'est aussi la face invisible et secrète de la vie d'un couple qui nous est ici dévoilée. Unis par un amour fou et liés par un vœu de chasteté, les Maritain livrèrent leur existence à Dieu sans partage, au prix pour Raïssa de la plus dure mort à soi-même et, pour tous les deux, d'une bouleversante solitude.

'Hier Maritain à déjeuner. Il est las, souffre de l'estomac, nous demande avec un regard d'une pureté inexprimable s'il n'est pas devenu "bête"... Quand je lui ai dit à table qu'un catholique m'avait conseillé de lire Bultmann, il a posé sa fourchette avec une expression d'horreur. "Bultmann, l'écrivain le plus néfaste...", murmure-t-il. Il déplore la disparition du latin par quoi se communiquait à nous quelque chose. Je le crois, moi aussi. Avant hier, étant couché et ayant éteint après avoir regardé une reproduction de l'admirable Livre d'heures d'Anne de Clèves, il m'a semblé entendre les religieuses de la rue Cortambert psalmodier Deus in adjutorium meum intende, etc. Maritain regrette que dans le canon de la messe on dise : "sa passion bienheureuse" au lieu de "sa bienheureuse passion". Dans le premier cas, cela veut dire que le Christ était heureux dans sa passion, dans le second cas que cette passion nous était salutaire. On perd le sens des nuances, mais il s'agit bien de nuances ! Il s'agit d'une différence considérable dans ce cas'
Note personnelle: Il faudrait, à propos de ce seul passage effectuer des recherches sur l'écrivain Bultmann, évoquer les premières années de Julien Green et son baptême à la chapelle de la rue Cortambert, et bien sûr, parler de la vie et de l'œuvre de Jacques et Raïssa Maritain, dont l'apport est considérable. Je me contenterai de chercher un lien qui parle de ce couple admirable que la foi a réellement uni. N'avaient-ils pas songé à se suicider tous deux s'ils ne trouvaient pas une réponse plus satisfaite à l'exigence de leur besoin d'idéal ? Il faudrait également à leur propos parler de la philosophie de Bergson - de Platon, et par conséquent de Simone Weil aussi. Bref, cette seule citation du Journal pourrait servir d'introduction à une conférence sur l'évolution de la spiritualité au vingtième siècle... j'ai trouvé le résumé d'un des livres qui leur a été consacré :
- L'aventure de Jacques et Raîssa Maritain constitue un parcours unique par son ampleur et son rayonnement. Centre de gravité de la vie spirituelle et littéraire pendant l'entre-deux-guerres, point de ralliement des générations perdues et refuge des poètes maudits, le couple tissa autour de lui le réseau d'influence le plus riche et foisonnant de l'histoire de ce siècle. Disciples de Bergson et de Léon Bloy, confidents de François Mauriac, de julien Green et de Jean Cocteau, amis de Péguy, de Mounier et de Paul VI, et jetant entre les milieux littéraires, artistiques et catholiques d'invisibles passerelles, Jacques et Raïssa Maritain menèrent dans le même temps une expérience de vie spirituelle fascinante. Convertis à vingt ans, ils se firent tous deux messagers de Dieu sur les routes du monde, mendiants du Ciel au nom d'un nouvel humanisme, et ils s'engagèrent ensemble dans les combats essentiels de leur temps pour faire prévaloir en tous lieux la primauté du spirituel. On connaît l'œuvre philosophique considérable laissée par Jacques Maritain, qui garde une audience internationale. Mais cette première biographie, qui s'appuie entre autre sur une importante correspondance inédite, révèle la trame même d'une réflexion qui touche aux multiples domaine de la connaissance : une destinée d'errance et d'exil, de grandes amitiés et de combats souvent âpres contre l'injustice et les dérives du monde moderne, notamment celles de l'Église. C'est aussi la face invisible et secrète de la vie d'un couple qui nous est ici dévoilée. Unis par un amour fou et liés par un vœu de chasteté, les Maritain livrèrent leur existence à Dieu sans partage, au prix pour Raïssa de la plus dure mort à soi-même et, pour tous les deux, d'une bouleversante solitude.

«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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etienne lorant
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Re: Le Journal de Julien Green
6 avril 1968
'Le coup de théâtre américain: l'arrêt d'une partie des bombardements, la décision de Johnson de ne plus se présenter aux élections. De ce côté-là, il y a de l'espoir pour la paix au Vietnam, mais avant-hier, l'affreuse nouvelle de l'assassinat de Martin Luther King. Il parlait à un confrère, d'un balcon, et s'entretenait du programme d'une réunion qui devait avoir lieu ce soir-là. Il a demandé : "Chantera-t-on : Le Seigneur me prendra par la main ?" On lui répond que oui. Il a le temps de dire : "Très bien". Et au même instant, une balle lui traverse la tête. On a montré à la T.V. des photos de lui. Il avait les yeux et tout le visage d'un enfant. Sa mort a été suivie d'une flambée de terrorisme. A Washington, des morts, des incendies, à Chicago aussi. L'assassin court encore. L'Amérique semble à la veille d'une épreuve qui va sans doute l'affaiblir. Pensé avec tristesse à toute ma famille dans le Sud. Tout le monde là-bas est menacé"
Parler de Dieu et mourir à l'instant, ne serait-ce pas une belle mort ? Mais quand j'y réfléchis, non, ce n'est pas une belle mort. Car une belle mort, c'est une mort où l'on ne "périt" pas, comme l'a dit Jésus à propos de l'effondrement de la Tour de Siloé ou des assassinats commandités par Pilate. Mais peut-être était-il prêt ? Nous ne savons ni le jour ni l'heure mais nous savons qu'il nous faut être prêts
http://www.dailymotion.com/video/x2vlq1 ... eam-s_news
'Le coup de théâtre américain: l'arrêt d'une partie des bombardements, la décision de Johnson de ne plus se présenter aux élections. De ce côté-là, il y a de l'espoir pour la paix au Vietnam, mais avant-hier, l'affreuse nouvelle de l'assassinat de Martin Luther King. Il parlait à un confrère, d'un balcon, et s'entretenait du programme d'une réunion qui devait avoir lieu ce soir-là. Il a demandé : "Chantera-t-on : Le Seigneur me prendra par la main ?" On lui répond que oui. Il a le temps de dire : "Très bien". Et au même instant, une balle lui traverse la tête. On a montré à la T.V. des photos de lui. Il avait les yeux et tout le visage d'un enfant. Sa mort a été suivie d'une flambée de terrorisme. A Washington, des morts, des incendies, à Chicago aussi. L'assassin court encore. L'Amérique semble à la veille d'une épreuve qui va sans doute l'affaiblir. Pensé avec tristesse à toute ma famille dans le Sud. Tout le monde là-bas est menacé"
Parler de Dieu et mourir à l'instant, ne serait-ce pas une belle mort ? Mais quand j'y réfléchis, non, ce n'est pas une belle mort. Car une belle mort, c'est une mort où l'on ne "périt" pas, comme l'a dit Jésus à propos de l'effondrement de la Tour de Siloé ou des assassinats commandités par Pilate. Mais peut-être était-il prêt ? Nous ne savons ni le jour ni l'heure mais nous savons qu'il nous faut être prêts
http://www.dailymotion.com/video/x2vlq1 ... eam-s_news
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
3O avril 1968
'Pierre Emmanuel élu à l'Académie. A la TV, une demoiselle l'interroge. Elle l'informe d'abord qu'elle n'a pas la foi, que lorsqu'elle mourra, tout sera fini. Il lui dit que non, que tout commencera. J'écris à Pierre Emmanuel un mot pour le féliciter d'avoir dit à cette personne qui se croit promise au néant qu'elle est indestructible, que cela lui plaise ou non."
Note personnelle: Je trouve ces trois lignes si importantes dans le contexte de cette société qui croit que tout se vaut du moment que cela puisse s'acheter ou se vendre. Et qui s'empresse de 'rassurer' tout le monde: quoi que vous ayez fait en ce monde, n'ayez crainte, puisqu'il n'y a rien au-delà de la mort. !
'Pierre Emmanuel élu à l'Académie. A la TV, une demoiselle l'interroge. Elle l'informe d'abord qu'elle n'a pas la foi, que lorsqu'elle mourra, tout sera fini. Il lui dit que non, que tout commencera. J'écris à Pierre Emmanuel un mot pour le féliciter d'avoir dit à cette personne qui se croit promise au néant qu'elle est indestructible, que cela lui plaise ou non."
Note personnelle: Je trouve ces trois lignes si importantes dans le contexte de cette société qui croit que tout se vaut du moment que cela puisse s'acheter ou se vendre. Et qui s'empresse de 'rassurer' tout le monde: quoi que vous ayez fait en ce monde, n'ayez crainte, puisqu'il n'y a rien au-delà de la mort. !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
2 mai 1968
'Luther disait : il arrive que Dieu en ait assez de la partie et qu'il jette les cartes sous la table. Je me demande si ce n'est pas ce qui se passe aujourd'hui. On croit, c'est la tendance nouvelle, que l'enfer étant vide, d'après l'abbé Mugnier (il ne prévoyait certes pas la fortune de son mot) le corollaire de ce théorème est que tous les hommes sont sauvés. J'aurais intérêt à le croire, comme tout le monde, mais je me demande de quelle utilité peuvent être alors le baptême où l'Eglise chrétienne. Saint Paul dit que pour être sauvé il faut la foi. Nous avons changé tout cela. il n'empêche que je redis souvent la prière du père de Foucauld: "Seigneur, faites que tous les hommes soient sauvés..." puisque c'est aussi ce que vous voulez.
Note personnelle: J'ai rarement souffert comme aujourd'hui, mais tout autant, j'ai rarement reçu autant de force pour me lever et accomplir, ce matin et cet après-midi, tout ce que je pouvais faire. Je regrette un peu que cette exploration du Journal de Julien Green recueille moins d'intérêt qu'autrefois. Mais qu'est-ce que ça peut faire, dans le fond. Car ce travail est aussi celui qui s'effectue en moi-même, chaque jour, et me remet en question. Aujourd'hui, je me suis souvenu de ce signe de croix de la Miséricorde qui fut pour moi le fruit (pas le seul j'espère) de mon engagement religieux: "Au nom de la miséricorde du Père, dont le Fils m'a illuminé, je prie l'Esprit Saint de susciter l'Amour en mon coeur, Amen".
'Luther disait : il arrive que Dieu en ait assez de la partie et qu'il jette les cartes sous la table. Je me demande si ce n'est pas ce qui se passe aujourd'hui. On croit, c'est la tendance nouvelle, que l'enfer étant vide, d'après l'abbé Mugnier (il ne prévoyait certes pas la fortune de son mot) le corollaire de ce théorème est que tous les hommes sont sauvés. J'aurais intérêt à le croire, comme tout le monde, mais je me demande de quelle utilité peuvent être alors le baptême où l'Eglise chrétienne. Saint Paul dit que pour être sauvé il faut la foi. Nous avons changé tout cela. il n'empêche que je redis souvent la prière du père de Foucauld: "Seigneur, faites que tous les hommes soient sauvés..." puisque c'est aussi ce que vous voulez.
Note personnelle: J'ai rarement souffert comme aujourd'hui, mais tout autant, j'ai rarement reçu autant de force pour me lever et accomplir, ce matin et cet après-midi, tout ce que je pouvais faire. Je regrette un peu que cette exploration du Journal de Julien Green recueille moins d'intérêt qu'autrefois. Mais qu'est-ce que ça peut faire, dans le fond. Car ce travail est aussi celui qui s'effectue en moi-même, chaque jour, et me remet en question. Aujourd'hui, je me suis souvenu de ce signe de croix de la Miséricorde qui fut pour moi le fruit (pas le seul j'espère) de mon engagement religieux: "Au nom de la miséricorde du Père, dont le Fils m'a illuminé, je prie l'Esprit Saint de susciter l'Amour en mon coeur, Amen".
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
27 juin 1968
Au palais Sforzesco, la Pietà Rondanini de Michel-Ange laissée inachevée. Les jambes à elles seules disent toute la souffrance. Le visage de Marie domine cette masse de douleur, il est majestueux, triste, puissant.

Note personnelle : Julien Green s'est déplacé en Italie pour les funérailles d'un proche. Il revient en France via Milan et laisse de nombreuses notes que je ne saurais mieux reprendre qu'en laissant le lien Wikipedia. Je me suis souvenu que dans les années 80, parmi mille et un projets de voyage, j'avais découvert un train "TGV" qui partait de Bruxelles à 20h00 pour débarquer ses passager à Milan, le lendemain à six ou sept heures du matin. Un voyage impeccable en train-couchettes, m'étais-je dit ! Mais j'avais mille projets semblables... N'importe, encore de ce jour, la cathédrale de Milan demeure un monument vraiment extraordinaire !

Au palais Sforzesco, la Pietà Rondanini de Michel-Ange laissée inachevée. Les jambes à elles seules disent toute la souffrance. Le visage de Marie domine cette masse de douleur, il est majestueux, triste, puissant.

Note personnelle : Julien Green s'est déplacé en Italie pour les funérailles d'un proche. Il revient en France via Milan et laisse de nombreuses notes que je ne saurais mieux reprendre qu'en laissant le lien Wikipedia. Je me suis souvenu que dans les années 80, parmi mille et un projets de voyage, j'avais découvert un train "TGV" qui partait de Bruxelles à 20h00 pour débarquer ses passager à Milan, le lendemain à six ou sept heures du matin. Un voyage impeccable en train-couchettes, m'étais-je dit ! Mais j'avais mille projets semblables... N'importe, encore de ce jour, la cathédrale de Milan demeure un monument vraiment extraordinaire !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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