
Douze ans avant Lourdes, la Mère de Dieu est apparue à deux enfants, Mélanie Calvat et Maximin Giraud, qui étaient âgés respectivement de seize et onze ans. Mélanie et Maximin s’en allaient dans les alpages afin de garder leurs troupeaux de vaches. Le 19 septembre, après avoir dormi, ils virent dans un vallon un globe de feu, comme si le soleil était tombé en cet endroit. Stupéfaite et terrifiée, Mélanie avait lâché son bâton et contemplait la chose sans savoir quoi penser ; plus courageux, Maximin s’était avancé et avait dit à son compagne : « S’il veut nous faire du mal je lui donne un coup ! ». Au milieu du globe de lumière Se trouvait une « Belle Dame », assise sur un rocher, les coudes sur Ses genoux et la tête dans Ses mains, dans une attitude de profonde tristesse. La Dame mystérieuse était vêtue comme les femmes de la région : Elle portait un bonnet, un long tablier, un fichu noué dans le dos et des souliers de paysanne. Cependant, sur Ses souliers, sur Son bonnet, le long de Son châle Se trouvaient des roses de toutes les couleurs. Ces roses étaient éclatantes et du cœur de chacune d’elle sortait une lumière divine qui ravissait le cœur avant les yeux. Les roses placées sur Son bonnet projetaient vers le ciel des rayons de lumière qui Lui formaient une couronne majestueuse. Sur les épaules de la Dame, était une lourde chaîne, symbole de nos injustices et de l’esclavage que le démon exerce sur nous, pauvres pécheurs. Autour du cou de la Belle Dame pendait une autre chaîne, plus fine, à laquelle était suspendue un crucifix aux extrémités duquel se trouvaient des tenailles et un marteau, affreux instruments de supplice. Les deux enfants avaient alors descendu la pente et étaient allés à la rencontre de la Dame. Celle-ci S’était levée et S’était avancée vers Mélanie et Maximin. Les deux bergers se trouvaient désormais tout près de la Dame. « Personne n’aurait pu passer entre Elle et nous » avait déclaré Maximin. La Belle Dame parle alors aux enfants, en Français, une langue qu’ils ne parlent que très médiocrement.

« Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle ». Les enfants écoutent, sans comprendre. La Dame continue, sans S’arrêter de pleurer : « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si lourd et si pesant que je ne puis plus le maintenir… Depuis le temps que je souffre pour vous ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse, pour vous autres, vous n’en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous ». La Dame aborde ensuite un sujet plus proche de la vie quotidienne des paysans de l’époque, et donc, des parents de Mélanie et Maximin : « Je vous ai donné six jours pour travailler, Je Me suis réservé le septième, et on ne veut pas Me l’accorder ! C’est cela qui appesantit tant le bras de Mon Fils. Et aussi, ceux qui mènent les charrettes ne savent pas jurer sans mettre le Nom de Mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de Mon Fils ». Les enfants écoutent toujours, et ont de la peine à suivre les paroles de la Dame, ne s’exprimant couramment qu’en patois dauphinois. « Si la récolte se gâte, continue la Dame, ce n’est rien que pour vous autres. Je vous l’avais fait voir l’année passée par les pommes de terre : vous n’en avez pas fait cas. Au contraire, quand vous trouviez des pommes de terre gâtées, vous juriez, vous mettiez le Nom de Mon Fils au milieu. Elles vont continuer, et cette année, pour la Noël, il n’y en aura plus ». Mélanie se demande ce que signifie « pomme de terre ». En patois on dit « las truffas », et le mot « pomme » n’évoque pour elle que le fruit du pommier. Elle se tourne alors vers Maximin pour lui demander une explication, mais la Dame qui a deviné sa pensée la prévient : « Vous ne comprenez pas Mes enfants ? Je M’en vais vous le dire autrement ». Et la mystérieuse inconnue répète Ses dernières paroles dans la langue maternelle des deux bergers : « Si la récolta se gasta, eï rien que per vous aoutres. Vous aviou fa véire l’an passa per la truffas, etc. ». La Belle Dame continue Son discours en patois de Corps : « Si ava de bla, fou pas l’ou semena… Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer. Tout ce que vous sèmerez, les bêtes le mangeront, et ce qui viendra tombera en poussière quand on le battra. Il viendra une grande famine. Avant que la famine ne vienne, les enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les tiendront. Les autres feront pénitence par la famine. Les noix deviendront vides, les raisins pourriront ». Alors, la Belle Dame continue de parler mais seul Maximin L’entend. Mélanie voit remuer Ses lèvres mais aucun son n’atteint ses oreilles. Quelques instants plus tard, Mélanie à son tour peut écouter la Dame tandis que Maximin, qui n’entend plus rien, fait tourner son chapeau sur son bâton et envoie des petits cailloux vers les pieds de la Dame. La Vierge a révélé à chaque enfant un secret, secret terrible, dont celui de Mélanie provoquera le courroux de certains membres du clergé, car ce même secret dénonce leurs infidélités. À nouveau, les deux enfants saisissent à nouveau les paroles de la Dame : « S’ils se convertissent, les pierres et les rochers deviendront des monceaux de blé, et les pommes de terre seront ensemencées par les terres ». Puis, Marie s’adresse à Mélanie et Maximin en ces termes : « Faites-vous bien votre prière Mes enfants ? ». Ils répondent ensemble : « Pas guère Madame ! ». Et Marie S’exclame : « Ah Mes enfants ! Il faut bien la faire soir et matin, ne diriez-vous qu’un Pater et un Ave quand vous ne pourrez pas mieux faire, et quand vous pourrez mieux faire, dites-en davantage ». Puis Elle leur parle d’un fait que nous pouvons constater encore plus à notre époque : « L’été, il ne va que quelques femmes un peu âgées à la Messe. Les autres travaillent le dimanche, tout l’été. L’hiver ils ne vont à la Messe que pour se moquer de la religion. Le Carême ils vont à la boucherie, comme les chiens ». Elle leur pose alors une question : « N’avez-vous point vu du blé gâté Mes enfants ? ». « Non Madame » répondent-ils. « Mais vous, Mon enfant, dit-Elle à Maximin, vous devez bien en avoir vu une fois, au Coin, avec votre père. Le maître du champ dit à votre père d’aller voir son blé gâté. Vous y allâtes. Il prit deux, trois épis dans sa main, les frotta, et tout tomba en poussière. En vous en retournant quand vous n’étiez plus qu’à une demi-heure loin de Corps, votre père vous donna un morceau de pain en vous disant : « Tiens, mon petit, mange encore du pain cette année, que ne je sais pas qui va en manger l’an que vient si le blé continue comme ça ». Et Maximin répond : « Oh oui Madame, je m’en souviens maintenant ! Tout à l’heure je ne m’en rappelais pas ».

La « Belle Dame » (les enfants ne Lui ont pas donné d’autre nom) conclut alors, non pas en patois mais en Français : « Eh bien Mes enfants, vous le ferez passer à tout Mon peuple… ». Elle S’avance, les enfants La laissent passer. D’un pas, Elle franchit le ruisseau, et sans Se retourner, répète : « Eh bien Mes enfants, vous le ferez passer à tout Mon peuple ! ». La Vierge gravit alors un raidillon sinueux qui monte du fond du vallon vers un petit col. Parvenue au sommet, Elle S’élève, à la hauteur d’un mètre cinquante environ. Les enfants qui L’ont suivie La rejoignent. Elle regarde vers le Ciel, puis vers la terre. La lumière entoure alors la Belle Dame jusqu’à La cacher aux yeux des enfants. Le globe de feu S’élève alors vers le Ciel jusqu’à disparaître totalement. Mélanie dit alors : « C’était peut-être une grande Sainte », et Maximin répond : « Si nous l’avions su ! ». À la fin de la journée, les deux enfants redescendent au village, afin de rentrer leurs vaches ; ils ne savent toujours pas qui est la Belle Dame qui leur a parlé.

La nouvelle de l’Apparition se répand assez vite dans tout le village et ses environs ; tout le monde a compris que la Belle Dame n’était autre que la Mère de Dieu. Le lendemain de l’Apparition, un dimanche, le prêtre de La Salette rapporte aux paroissiens les paroles de la Sainte Vierge dans son homélie. L’Apparition de la très Sainte Vierge sur la Sainte Montagne sera reconnue cinq ans plus tard par l’évêque de Grenoble. Les bergers ont fait passer le message de Marie à tout Son peuple ; leur mission est finie, celle de l’Église commence. Le monde connaît à présent La Salette, mais reste sourd à Son appel, et continue de descendre.

Prière à Notre-Dame de La Salette
Vierge pleine de clémence et de bonté, dont le Dieu infiniment bon Vous a remplie en demeurant dans Votre sein, Votre Cœur compatissant n’a jamais rebuté le pécheur le plus criminel, dès qu’il a recours à Vous. Le ciel et la terre sont remplis des témoignages de Votre clémence et de votre bonté. C’est cette bonté qui anime notre confiance ; c’est elle qui nous invite à nous jeter à Vos pieds pour implorer Votre protection ; ayez pitié de notre grande misère. Ô Marie ! notre Mère, priez Votre cher Fils de relever Son bras de justice qui S’est appesanti sur nous ; priez-Le de répandre Sa bénédiction sur nos récoltes afin qu’elles puissent se recueillir au milieu des saints transports de notre amour pour Jésus, et que l’abondance règne sur tout la terre.
Ainsi soit-il.

Notre-Dame de La Salette, Réconciliatrice des pécheurs, priez sans cesse pour nous qui avons recours à Vous.
[/align]




