Le signe de Jonas

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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stephlorant
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Le signe de Jonas

Message non lu par stephlorant »

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 12,38-42.
Quelques-uns des scribes et des pharisiens adressèrent la parole à Jésus : « Maître, nous voudrions voir un signe venant de toi. »
Il leur répondit : « Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais, en fait de signe, il ne sera donné que celui du prophète Jonas.
Car Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits ; de même, le Fils de l'homme restera au cœur de la terre trois jours et trois nuits. Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas.
Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que cette génération, et elle la condamnera ; en effet, elle est venue de l'extrémité du monde pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici bien plus que Salomon.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


Que fit Jonas dans le 'ventre du monstre marin' : il se convertit et éleva vers Dieu une de ces belles prières dont la Bible a le secret et qui annonce le Christ souffrant. On y remarquera que certains traits de cette prière nous renvoient aux Psaumes...

"Dans l'angoisse qui m'étreint, j'implore le Seigneur : il me répond ;
du ventre de la Mort, j'appelle au secours : tu entends ma voix.
Tu m'as jeté dans le gouffre au cœur des mers où le courant m'encercle;
toutes tes vagues et tes lames déferlent sur moi.
Si bien que je me dis : Je suis chassé de devant tes yeux.
Mais pourtant je continue à regarder vers ton temple saint.
Les eaux m'arrivent à la gorge tandis que les flots de l'abîme m'encerclent ;
les algues sont entrelacées autour de ma tête.
Je suis descendu jusqu'à la matrice des montagnes ;
à jamais les verrous du pays de la Mort sont tirés sur moi.
Mais de la fosse tu m'as fait remonter vivant, Oh ! Seigneur, mon Dieu !
Alors que je suis à bout de souffle, je me souviens et je dis : Seigneur !
Et ma prière parvient jusqu'à toi, jusqu'à ton temple saint.
Les fanatiques des vaines idoles, qu'ils renoncent à leur dévotion !
Pour moi, au chant d'actions de grâce, je veux t'offrir des sacrifices,
et accomplir les vœux que je fais.
Au Seigneur appartient le salut !"

Que ferons-nous, nous les fidèles, qui sommes aujourd'hui même, tout comme Jonas, dans le ventre du monstre marin ? Parce que ce monstre marin, c'est le monde, et nous sommes dans le monde, nous habitons sont ventre, nous subissons son poids, son affreuse pesanteur et il nous semble parfois que notre sort sera d'y être digérés... "De profundis clamavi ad te, Domine" : le premier verset du Psaume dit exactement la même chose que le premier cri de Jonas. C'est pourquoi nous aussi, nous crions vers le Seigneur, car il fait nuit, ici dans les ténèbres de ce temps, et déjà l'Adversaire se sent vainqueur !

Mais le monstre marin ne peut garder Jonas. La terre ne pourra garder le Messie et, à la fin, nous nous lèverons nous aussi !

Durant plus d'une heure, hier dimanche, j'ai écouté les reportages des apparitions de la Vierge Marie à Kibeho (Burundi, début des années 80). Marie annonçait le génocide des Tutsis et appelait ce peuple, mais aussi le monde entier, à se préparer aux événements qui menacent partout, chaque jour un peu plus.

Notre génération est aussi mauvaise que celle du temps de Jésus - si ce n'est que l’Église est toujours debout et que le Christ est auprès de nous en tout temps. Convertissons-nous, devenons plus adoucis chaque jour un peu plus, comme ces branches du figuier qui deviennent tendres dont les feuilles poussent: à ce signe, dit Jésus, vous connaissez que l'été est proche. De même quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme (et donc notre délivrance) est proche. (Matthieu 24:32)

Je n'ai pas voulu écrire un commentaire de peur mais exprimer de la Joie, car toute chose à une fin, même nos malheurs !
Dernière modification par stephlorant le lun. 18 juil. 2011, 18:32, modifié 1 fois.
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)
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stephlorant
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par stephlorant »

Au sujet de la prière de Jonas, dans le ventre du monstre marin, j'ai trouvé une autre correspondance dans les Psaumes.

Jonas s'exclame : "Mais de la fosse tu m'as fait remonter vivant, Oh ! Seigneur, mon Dieu !"

Et le Psaume (3O:3) : "Eternel! tu as fait remonter mon âme du séjour des morts, Tu m'as fait revivre loin de ceux qui descendent dans la fosse."

Jonas dit encore:
Alors que je suis à bout de souffle, je me souviens et je dis : Seigneur !

Et le Psaume 142 :
7 Vite, réponds-moi, Seigneur : je suis à bout de souffle!

... et ce n'est qu'un mince échantillon de ce que l'on pourrait comparer.
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
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etienne lorant
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Message non lu par etienne lorant »

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Comme la foule s'amassait, Jésus se mit à dire : « Cette génération est une génération mauvaise : elle demande un signe, mais en fait de signe il ne lui sera donné que celui de Jonas.
Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l'homme pour cette génération.
Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que les hommes de cette génération, et elle les condamnera. En effet, elle est venue de l'extrémité du monde pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici bien plus que Salomon.
Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas. »
(Cy Aelf, Paris)


A ceux qui lui réclament un signe, Jésus évoque le prophète Jonas, qui a passé trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, puis qui en est ressorti bien vivant. De même, Jésus passera lui aussi trois jours et trois nuits au sein de la terre, mais en ressortira vivant. Jésus, qui est bien plus que Jonas prêche également la conversion, mais contrairement aux habitants de Ninive, les juifs refusent de se convertir.

Or Jésus ne prêche pas seulement la conversion. Il est la Sagesse de Dieu, elle-même. Lorsque l'on ouvre le premier chapitre du livre de l'Ecclésiastique, c'est tout à fait clair : "Toute sagesse vient du Seigneur, elle est avec lui à jamais.Qui peut compter le sable de la mer, les gouttes de la pluie et les jours du passé ?Qui peut atteindre les hauteurs du ciel, la largeur de la terre, la profondeur de l’abîme et la sagesse ? La sagesse a été créée avant toutes choses, et la lumière de l’intelligence dès l’éternité."
La source de la sagesse, c’est la parole de Dieu au plus haut des cieux, ses voies sont les commandements éternels. A qui a été révélée la racine de la sagesse, et qui a connu ses desseins profonds ? A qui la science de la sagesse a-t-elle été révélée et manifestée, et qui comprend la richesse de ses voies ? Il n’y a qu’un sage grandement redoutable, assis sur son trône : c’est le Seigneur.
"

La sagesse est un tel trésor que la reine de Saba, qui l'avait bien compris, n'avait pas hésité à venir de très loin - de puis "l’extrémité du monde" afin d'entendre Salomon. Comment se peut-il donc que lorsque Dieu envoie dans le monde son Verbe fait chair, les hommes qu'Il avait choisis parmi tous afin qu'ils constituent son propre peuple, refusent de L'écouter ?

Mais rien ne saurait arrêter la Parole. Et c'est désormais à tout homme qu'elle s'adresse. C'est à chacun et chacune d'entre nous, qui nous sommes laissés gagner par elle qu'il revient d'en faire écho en tout ce que nous vivons. Tout cela me rappelle aussi que dit Isaïe: "La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre,sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer,pour donner la semence au semeuret le pain à celui qui mange ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,ne me reviendra pas sans résultat,sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission." (Isaïe 55, 10-11)
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
etienne lorant
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par etienne lorant »

Je crois que nous n'en avons pas fini à nous gratter le crâne au sujet de Jonas. Jésus lui-même se réfère à Jonas lorsqu'on lui demande un signe - certes il précise en quoi le "signe" de Jonas évoque ce que lui-même va traverser. Mais je vois un autre signe encore : c'est Jonas qui sera jeté à la mer après une délibération difficile, car les marins ne voulaient pas se rendre coupables d'avoir sacrifié un homme - or, en définitive, c'est Jonas lui-même qui va leur dire: si, jetez-moi à la mer, faîtes-moi mourir, et la tempête s'arrêtera... Que pensez-vous des points de comparaison entre le sacrifice auquel Jonas se livre librement et celui de Jésus ?

Extrait de la Bible de la liturgie:

12 Jonasleur répondit : « Prenez-moi, jetez-moi à la mer, pour que la mer se calme autour de vous. Car, je le reconnais, c'est à cause de moi que cette grande tempête vous assaille. »
13 Les matelots ramèrent pour regagner la terre, mais sans y parvenir, car la mer était de plus en plus furieuse autour d'eux.
14 Ils invoquèrent alors le Seigneur : « Ah ! Seigneur, ne nous fais pas mourir à cause de cet homme, et ne nous rends pas responsables de la mort d'un innocent, car toi, tu es le Seigneur : ce que tu as voulu, tu l'as fait. »
15 Puis ils prirent Jonas et le jetèrent à la mer. Alors la fureur de la mer tomba.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Olivier C
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par Olivier C »

Pour en revenir à la racine de notre problématique :
mike.adoo a écrit :Question : Si le Christ est réellement mort sur la croix, est-ce à dire que Jonas était mort dans le ventre du monstre marin ? [...] La question n'est pas anodine puisque des détracteurs ( encore eux!) utilisent cet extrait de Matthieu pour affirmer que Jésus n'est pas mort sur la croix ...
Ce type de problématique recouvre avant tout la question de l'interprétation d'un texte. Il faut donc tenir compte du genre littéraire du texte mais aussi du type d'interprétation que l'on peut en faire, en l'occurrence ici : typologique. Et cette typologie - c'est à dire les figures christologique que le croyants pense pouvoir discerner dans l'Ancien Testament - à ses limites. Exemple : rapporter typologiquement le Christ au roi David - le roi idéal de l'Ancien Testament - dans le but de faire ressortir un aspect de la royauté divine du Christ ne rapporte pas pour autant tout les défauts du roi David au Christ ! Ni même d'ailleurs le même type de royauté !

Pour aller plus loin sur la question de l'interprétation typologique : L'interprétation de l'Écriture chez les Pères de l'Eglise

Si l'on passe là-dessus on peu passer son temps à s'embrouiller dans ce type de questions sans jamais trouver la sortie étant donnée que notre seule limite en ce domaine est notre imagination.

[édit:] Je ne m'étais pas aperçu que le topic avait été remonté de plusieurs mois, je laisse cependant ma réponse...
Je suis un simple serviteur, je ne fais que mon devoir.
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par Epsilon »

Bonjour à tous

Le « Signe de Jonas » …

La première difficulté est de « résoudre » cette contradiction apparente entre : « trois jours et trois nuits » et le fait que Jésus ne soit resté dans la tombe « qu’un jour et deux nuits » ???

La deuxième difficulté c’est que nous soyons tous d’accord sur ce fameux « signe » … c’est quoi exactement ???

Personne n’a remarqué cette histoire de « trois jours et trois nuits » … quant’au « signe » PaxetBonum le « touche » du doigt mais il faudrait un peu plus de précisions.

Le « signe » est la « mort et la Résurrection de Jésus » qui sont ici « préfigurées par le miracle de Jonas » … et en terme de « comparaison » Lc 11,30 (qui ttfois ne fait pas mention du poisson et donc du miracle) le « Fils de l’homme sera pour sa génération ce que fut Jonas fut pour celle des Ninivites ».

Le « miracle » concernant Jonas est d’une par la présence du « poisson » au moment ou il est jeté à l’eau (il aurait pu réellement mourir noyé) et d’autre part le maintien d’une étincelle de vie … mais pour Jonas (comme pour Jésus) la « comptabilisation » des trois jours trois nuits peut-être réduite à « un jour complet ».


Cordialement, Epsilon
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par Epsilon »

etienne lorant a écrit :Que pensez-vous des points de comparaison entre le sacrifice auquel Jonas se livre librement et celui de Jésus ?
Les attitudes/motivations de « Jonas » et de « Jésus » au regard de leur « sacrifice » sont diamétralement opposées … Josas est pécheur devant Dieu et cherche la repentance … ce qu’il finit par obtenir puisque la « tempête s’arrêta » … ce qui, comme nous le savons, n’est absolument pas le cas de Jésus.


Cordialement, Epsilon
etienne lorant
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par etienne lorant »

Ils invoquèrent alors le Seigneur : « Ah ! Seigneur, ne nous fais pas mourir à cause de cet homme, et ne nous rends pas responsables de la mort d'un innocent, car toi, tu es le Seigneur : ce que tu as voulu, tu l'as fait. »

Au risque de choquer certains (hélas, je voudrais tant avoir la tranquillité), les invocations de ces marins annoncent le sacrifice du Christ, car ils savent et prient Dieu en disant: "Ne nous rends pas coupable de la mort d'un innocent". Or dans l'Evangile, à cet instant, Pilate a demandé de l'eau et déclaré : je me lave les mains du sang de cet homme". Et donc, ce signe de Jonas va certainement plus loin qu'on le conçoit à première lecture..
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par Epsilon »

etienne lorant a écrit :"Ne nous rends pas coupable de la mort d'un innocent".
Cette expression, dans le livre de Jonas, est une reprise de Jérémie (26,15).


Cordialement, Epsilon
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par Cinci »

@ Etienne,

Il y a des similitudes plus ou moins grandes effectivement. Mais j'aurai tout le temps compris le mouvement de conversion comme la clé dans cette histoire. La conversion des païens ...

Jésus rétorque en quelque sorte aux chefs religieux de son temps qui demandent un signe du ciel, du spectaculaire, avec son et lumière (éclairs et coup de trompette) : vous ne verrez que le signe de Jonas.

Pour moi ce signe pouvant être vu réellement par les adversaires de Jésus reste principalement la conversion des gentes, alors comme ceux des nations à sa personne et à ce qu'il annonce. Il s'agit toujours de la foi naturellement. On pourrait faire le parallèle avec l'apostrophe de Jésus aux même adversaires grosso modo et puis s'agissant de la personne du baptiste : «le baptême de Jean émanait-il du ciel ou des hommes ?» C'est la même dynamique qui se laisserait bien voir à l'oeuvre. Ceux qui sont personna non-grata pour les guides du peuple acceptent de se convertir (soit prostitués et publicains d'un côté; païens de l'autre) or qu'il en résulte un surcroit d'endurcissement pour les chefs.

Comme indices que cette affaire de «signe de Jonas» n'était pas marginale ou n'était probablement pas tel qu'un élément isolé du discours chez Jésus : il connaît apparemment que son heure est venue quand les Grecs commencent à le rechercher, quand il aura été élevé de terre il attirera les hommes à lui (= signe de Jonas ou conversion des ennemis d'Israël). Cette génération mauvaise réclame un signe ? Il ne lui sera donné que le signe de Jonas. Personne n'aura jamais pu voir ce qui est advenu de la personne même de Jésus chez ses adversaires. En revanche, tous auront pu voir pour vrai «l'étendue de l'incendie», pour évoquer ce feu dont le charpentier de Nazareth disait qu'il lui tardait de pouvoir le jeter sur la terre; autre indice qui nous renvoi au signe de Jonas. Il tardait à ce dernier de pouvoir faire descendre le feu du ciel si l'on se souvient.

Enfin, ce ne sont que quelques éléments de réflexions toutes personnelles. Ma pensée sur ce sujet s'enracine dans le fait de l'élément foi ainsi que sur la seule chose indiscutable que les adversaires pouvaient réellement voir «de leurs propres yeux». Sinon, je reconnais bien entendu que ce signe n'est pas épuisé par le fait d'avoir pu écrire deux lignes. Il y a bien autre chose encore comme vous le disiez. Il y a ce que vous écriviez (le sacrifice d'un seul; les marins qui ne savent à quel saint se vouer, qui ne veulent pas être responsables à l'instar de Ponce Pilate), on pourrait penser aussi à la volonté initiale de Jésus qui semblait devoir se restreindre qu'au seul salut de ses compatriotes et pour ne pas vouloir s'aventurer du côté des païens. C'est un peu comme Jonas aussi.

;)
Epsilon
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par Epsilon »

Cinci a écrit :Pour moi ce signe
Mais il n'y a pas de "pour moi" qui tienne mais bien de ce que dit Jésus ... or "ce signe" Jésus l'explique bien en Mt (12,40) qui commence par "CAR, ..." donnant ainsi l'explication du "signe" !!!

C'est donc comme je l'ai dit (ainsi que PaxetBonum sous une autre forme) ... ce "signe" est la « mort et la Résurrection de Jésus » qui sont ici « préfigurées par le miracle de Jonas ».


Cordialement, Epsilon
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par Cinci »

C'est saint Augustin qui signalait dans ses Confessions combien un même texte de la Bible avait beaucoup plus de profondeur (plus de richesse si vous préférez) en étant revêtu d'une multiplicité de sens que l'inverse. On peut être d'accord avec Augustin, je penserais.
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par etienne lorant »

J'ai trouvé cette analyse qui me parle bien... mais je reste sur ma faim:

Dans l'histoire de Jonas le dernier mot appartient au Seigneur. L'histoire est finie et nous ne saurons jamais ce que Jonas a répondu. Ni s'il a répondu.

«Je savais bien que…» En termes de savoir, ni Jonas ni le lecteur n'apprennent rien sur le Seigneur qu'ils ne connaissent déjà. Il reste à comprendre. De l'intérieur. Et c'est beaucoup plus difficile.

Voilà le pari de ce merveilleux conte où sans cesse rôde la mort sans que jamais il y ait un mort ! Permettre au lecteur de suivre Jonas dans son itinéraire, avec lui se heurter aux limites – de la Nature, de l'Histoire, de la Foi – et parvenir au cœur de Dieu.



Une histoire et deux intrigues



L'histoire commence brutalement : «La Parole du Seigneur fut adressée à Jonas» (1,1). Où, quand, comment ? Mystère. Nous apprenons, avec le héros, que le Seigneur a décidé de contrer (punir ? pas si sûr…) la méchanceté de Ninive (1,2). Début d'une première intrigue. Après quelques péripéties qui retardent l'action (fuite, tempête, poisson : de beaux effets de suspense), le projet est exécuté et l'oracle prononcé. Or l'impact est tel que la ville unanime revient «de son mauvais chemin» entraînant un revirement de Dieu.

Si le récit s'arrêtait là, nous aurions une belle variation sur le cri prophétique lancé par Jérémie ou Ézéchiel : «Je ne prends pas plaisir à la mort de celui qui meurt - oracle du Seigneur Dieu : revenez donc et vivez!» (Éz 18,12).

«Je ne prends pas plaisir à la mort…» Ninive vient d'échapper à la destruction, comme Jonas avait échappé à la noyade et les marins à la tempête. Donc tout est bien qui finit bien. Mais alors pourquoi cette plante qui crève et Jonas qui demande à mourir ?

Il faut reprendre le fil du récit. Une deuxième intrigue se devine, issue de la première, mêlée à elle et qui la déborde. Elle oriente notre regard moins vers le sort des méchants (que va-t-il leur arriver ?) que vers l'attitude de Dieu (pourquoi agit-il ainsi ?). L'histoire est étrange parce que Dieu est étrange.

Suivons la deuxième intrigue en étant attentifs non seulement à l'enchaînement des actions mais au rythme de la narration (ralentis, accélérations) ainsi qu'aux moments où les paroles des personnages s'échangent, se déploient, s'effacent…



De la fuite à la foi



En son début, la deuxième intrigue coïncide avec la première : le Seigneur donne un ordre et le prophète s'exécute. «Jonas se leva» … mais, surprise ! c'est pour fuir, loin, très loin vers la mythique (et inconnue de nous) Tarsis.

Pourquoi cette fuite ? Le narrateur n'en souffle mot. Cependant, se dit le lecteur, le Seigneur doit bien avoir les moyens de rattraper son prophète récalcitrant. En effet, voilà une tempête. Provoquée par Qui de droit — nous le savons mais les marins l'ignorent encore. Une vraie tempête de cinéma : vent violent, mer déchaînée, navire qui craque de toute part. Retour au chaos. Le capitaine réveille Jonas. Les matelots, paniqués, ne sachant à quel dieu se vouer, ont déjà tiré au sort.

«Jonas dormait profondément» (1,5). L'homme qui fuyait a fui jusque dans le sommeil. Il n'a pas fini de nous surprendre.

Le sort est tombé sur lui. Devant un tribunal improvisé, l'homme qui dort devient l'homme debout. Le rythme de la narration se ralentit et le conteur donne enfin la parole au héros : en déclarant son identité, Jonas nous fait entendre sa foi.

«Je suis Hébreu…» (1,9). Par ces simples mots, il s'inscrit dans la lignée du peuple qui, fuyant l'Égypte, a traversé la mort. Hier comme aujourd'hui le Seigneur domine la nature : ciel, mer, continents ; Jonas, confiant, est prêt à donner sa vie pour ses compagnons. Sa foi est contagieuse : les matelots, dont la prière errait de divinité en divinité (1,5), s'adressent maintenant au Dieu unique (1,14). À Dieu remis…

Dieu entend. La tempête se calme. Un gros poisson – que notre imaginaire n'a pas encore transformé en baleine – engloutit Jonas. L'homme debout va renaître homme de foi. Sans se débattre, il descend dans le «ventre de la Mort» (2,3) et murmure un chant égal aux plus beaux psaumes. Le temps est suspendu, la foi s'ouvre à l'inouï : «De la fosse tu m'as fait remonter vivant» (2,7). La voix du narrateur s'efface, laissant le lecteur devant la voix – et la foi – de son personnage. Alors le poisson ouvre la gueule et Jonas est rejeté sur le rivage.



Une révolution non-violente



L'histoire recommence. «La Parole du Seigneur s'adressa une seconde fois à Jonas.» (3,1). Lequel, conformément à notre attente, prend cette fois-ci le bon chemin. À son message est suspendu l'avenir d'une ville, le destin d'un peuple.

Il marche. Il parle. Il lui avait fallu bien des péripéties pour devenir un Vivant. En moins d'une journée, sur une simple phrase (3,4), Ninive l'immense revient «de son mauvais chemin» (3,10). Stupéfaction du lecteur : au sens strict, quelle «révolution» morale et politique ! Quand donc la réalité rejoindra-t-elle la fiction ? Mieux : la voix du prophète se perd, elle n'a plus d'importance, elle est recouverte par la proclamation de repentance et le décret royal (3,5-9). Comme pour le psaume des profondeurs, le temps est suspendu, le narrateur s'efface et le lecteur (comme le Seigneur ?) admire cette parole païenne où il n'y a aucun chantage et beaucoup d'humilité. Encore une fois, à Dieu remis : «Qui sait ! Peut-être Dieu…» (3,9).

Le temps s'accélère : Jonas en était au tiers de son parcours, les quarante jours sont déjà passés. Ninive pénitente a bien été mise «sens dessus dessous» (3,4). À ce retournement plus bouleversant que le bouleversement annoncé répond le retournement de Dieu : «Aussi revint-il de sa décision…» (3,10). Coup de théâtre : Jonas se fâche. L'intrigue arrive à un tournant.



L'homme qui attend



«Jonas le prit mal, très mal» (4,1). Et nous apprenons la raison de sa fuite initiale : «Je me le disais bien […] Je savais bien que tu es un Dieu miséricordieux» (4,2). Jonas savait. Le Seigneur domine la Nature et renverse l'Histoire ; il est aussi et surtout le Dieu «lent à la colère» envers Israël (la formule est reprise à Ex 34,6) et envers les païens. De savoir cela – et de le voir ! – ne comble pas Jonas, bien au contraire. Pourquoi donc ? Limite de la Foi. Trouble de tout l'être. Jonas demande à mourir. Mais en même temps, à l'écart de la ville et devant elle, il semble espérer un inespéré qu'il est incapable de formuler (4,5). Il attend.

Ce qui lui arrive, c'est l'ombre d'une plante, un «plus» (il a déjà celle de sa hutte) qui lui est vite retiré. Jonas ignore – mais pas nous – que le Seigneur manipule ici végétation, soleil et vent. Jeu un peu cruel décrit sans émotion par le narrateur. Au terme, Jonas demande à mourir. Dans les mêmes termes que précédemment. Mais la raison n'est plus la même. En déplaçant son regard de la ville sauvée à la plante crevée, Dieu déplace le trouble de Jonas du contenu de la foi à son corps malade. Le drame est ramené à d'humaines proportions. Il n'en demeure pas moins un drame.

Dans les deux cas le Seigneur pose la même question : «As-tu raison de…» (4,4 et 9). Quand, la deuxième fois, Jonas dit «Oui» , Dieu s'explique. Avec douceur. Une conclusion s'insinue dans la foi perturbée : la plante disparue, Jonas souffre mille morts ; Ninive disparue, qu'aurait donc souffert Dieu ? Alors, devant la parole de Celui qui se révèle plus humain que l'humain, le narrateur se tait. Il faut que le dernier mot du drame appartienne au Seigneur. Un mot qui touche, dans le récit, l'oreille de Jonas et, dans la lecture du récit, la conscience de l'auditeur.

Dans le silence de Jonas commence une autre histoire, celle de nos réponses.


© Gérard BILLON, les Dossiers de la Bible n° 72 (1998), p. 7-9
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par Crainte de Dieu »

Jésus a bien rappelé le signe de Jonas qui n'est pas un mythe, mais il y a une explication possible pour la différence entre les 3 jours et 3 nuits annoncés et l'étendue de temps terrestre entre la mort de Jésus sur la Croix et la Résurrection, que l'on peut lire dans Maria Valtorta (tome 10).

D'abord le rappel du récit concernant Jonas :

http://www.maria-valtorta.org/Publicati ... 04-132.htm
"Est-ce que vous vous rendez compte qu'en vous se trouve le péché contre l'Esprit Saint qui a indiqué à plusieurs reprises que je suis le Verbe Incarné ? Verbe et Sauveur, venu au temps marqué, précédé et suivi par des signes prophétiques, opérant ce que dit l'Esprit."

Ils répondent : "Nous croyons à l'Esprit, mais comment pouvons-nous croire en Toi si, de nos yeux, nous ne voyons pas un signe ?"

"Comment alors pouvez-vous croire à l'esprit dont les actions sont spirituelles si vous ne croyez pas aux miennes qui sont sensibles pour vos yeux ? Ma vie en est pleine. Cela ne suffit pas encore ? Non. Je réponds Moi-même que non. Ce n'est pas suffisant. À cette génération adultère et perverse qui cherche un signe, il ne sera donné qu'un signe : celui du prophète Jonas. En effet, comme Jonas est resté trois jours dans le ventre de la baleine, ainsi le Fils de l'homme restera trois jours dans les entrailles de la terre. En vérité; je vous dis que les Ninivites ressusciteront le jour du Jugement avec tous les hommes et ils se lèveront contre cette génération et la condamneront. Car ils ont fait pénitence à la voix du prophète Jonas et vous pas. Et ici il y a quelqu'un qui est plus que Jonas. Et ainsi ressuscitera et se dressera contre vous la Reine du Midi et elle vous condamnera, parce qu'elle est venue des confins de la terre pour entendre la Sagesse de Salomon. Et ici, il y a quelqu'un qui est plus que Salomon."
Ensuite l'explication donnée par le Seigneur :

http://www.maria-valtorta.org/Publicati ... .htm#Anges
34> Jésus dit :

Les prières ardentes de Marie ont anticipé de quelque temps ma Résurrection.

J’avais dit: “Le Fils de l’homme va être tué mais il ressuscitera le troisième jour”. J’étais mort à trois heures de l’après-midi du vendredi. Soit que vous comptiez les jours par leurs noms, soit que vous comptiez les heures, ce n’était pas l’aube du dimanche qui devait me voir ressusciter. Comme heures, il y avait seulement trente-huit heures au lieu de soixante-douze que mon Corps était resté sans vie. Comme jours, je devais au moins arriver au soir de ce troisième jour pour dire que j’avais été trois jours dans la tombe.

Mais Marie a anticipé le miracle. De la même manière que, par sa prière, elle a ouvert les Cieux, quelques années avant l’époque fixée, pour donner au monde son Salut, ainsi maintenant elle obtient d’anticiper de quelques heures pour donner du réconfort à son cœur mourant.

Et Moi, au début de l’aube du troisième jour, je suis descendu comme le soleil et par ma splendeur j’ai brisé les sceaux des hommes, si inutiles devant la puissance de Dieu. J’ai fait levier avec ma force pour renverser la pierre veillée inutilement, de mon apparition j’ai fait la foudre qui a terrassé les gardes trois fois inutiles mis pour la garde d’une mort qui était Vie, que nulle force humaine ne pouvait empêcher d’être telle.

Bien plus puissant que votre courant électrique, mon Esprit est entré comme une épée de Feu divin pour réchauffer la froide dépouille de mon Cadavre et au nouvel Adam l’Esprit de Dieu a insufflé la vie, en se disant à Lui-même: "Vis. Je le veux".

Moi qui avais ressuscité les morts quand je n’étais que le Fils de l’homme, la Victime désignée pour porter les fautes du monde, ne devais-je pas pouvoir me ressusciter Moi-même maintenant que j’étais le Fils de Dieu, le Premier et le Dernier, le Vivant éternel, Celui qui a dans ses mains les clefs de la Vie et de la Mort ? Et mon Cadavre a senti la Vie revenir en Lui.
etienne lorant
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Re: Le signe de Jonas

Message non lu par etienne lorant »

Crainte de Dieu a écrit :Jésus a bien rappelé le signe de Jonas qui n'est pas un mythe, mais il y a une explication possible pour la différence entre les 3 jours et 3 nuits annoncés et l'étendue de temps terrestre entre la mort de Jésus sur la Croix et la Résurrection, que l'on peut lire dans Maria Valtorta (tome 10).
Je ne puis pas m'appuyer sur les écrits de Maria Valtorta, qui sont contestés par l'Eglise.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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