Je ne vous fais pas la leçon, je m'interroge sur l'idée de Dieu qui d'après vous est la règle dans le monde musulman.
Allah et la Trinité sont des "représentations" du divin qui ont leur morphologie propre. L'islam ce n'est pas le flou artistique que les médias essaient de nous faire gober, c'est un système qui a sa logique interne. Ce n'est pas le protestantisme, c'est-à-dire une doctrine sola scriptura uniquement fondée sur un seul texte où chacun peut l'interpréter à sa guise. Ce n'est pas le taoïsme où le Tao est tantôt l'Un, tantôt la nature (la phusis héraclitéenne) tantôt les deux, tantôt tout et n'importe quoi en fonction des écoles et des auteurs.
L'islam est une Loi et il s'agit d'appliquer des prescriptions qui encadrent l'ensemble de la vie humaine, et pour qu'elle puisse être pratiquée, les juristes islamiques ont déployé une activité intense pour organiser ses sources (Coran, Hadith etc), pour dégager la force contraignante de la prescription et lui donner une sanction. Ici la volonté d'Allah, seule législatrice (ce qui veut dire qu'il n'y a pas de loi naturelle), se traduit par l'application de la prescription. Et en disant que le seul objectif des commandements d'Allah sont l'asservissement de l'homme je ne crois pas blesser un musulman, au contraire puisque islam signifie soumission et musulman soumis. Dans l'islam tout est conçu selon des rapports juridiques de dominant à dominé et Dieu ne peut donc pas être père (ce terme étant toujours pris au sens biologique) que les musulmans rejettent craignant une atteinte à sa transcendance.
Dans le christianisme la volonté de Dieu c'est de sanctifier l'homme (chez les orthodoxes de le "déifier" ce qui est tout de suite beaucoup plus parlant) de se faire connaître par Lui et de le ramener à Lui. Les pères disaient "Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu", ce qui est totalement blasphémateur pour un musulman. Le Christ, Connaissance du Père, a pour rôle de récapituler (caput=tête, ramener à la Tête, en Dieu) toute chose en Lui et pour faciliter cette réintégration, il y a des "instruments" qui sont les sacrements. Il y a donc un idéal d'unité qui ne laisse pas l'homme (et le monde même) en dehors de Dieu. L'unité de Dieu qui est Trinité laisse place à l'altérité, parce que précisément Dieu n'est pas un bloc monolithique, une unité pensée de façon numérique.
Il y a aussi, contrairement à l'islam, un idéal de connaissance de Dieu que l'on découvre finalement comme Trinité. En étant dans le Christ Connaissance du Père on connaît le Père et par là même on co-(n)naît à Lui. Ainsi, le Christ ne vient pas donner un message comme un prophète, il n'y a pas un locuteur qui exprime un message, mais le locuteur est le message qu'il exprime par cela même qu'il est. Autrement dit, "message" et "messager" ne font qu'un.
Il y a les éléments proprement "initiatiques", comme le baptême qui, faisant appel au symbolisme de la mort et de la renaissance (conformément aux paroles du Christ de mourir et de renaître d'en haut), donne accès à un autre mode d'exister en dépouillant de la condition humaine antérieure.
Il y a des différences aussi dans les conceptions de la prophétie. Dans le christianisme il y a coopération et Dieu se fait de plus en plus connaître. Dans l'islam un livre descend à chaque fois depuis Adam, livre donné par un prophète qui a pour seul but de donner des lois aux hommes.
Je n'ai jamais dit qu'il ne fallait pas dialoguer mais il faut rejeter un dialogue où tout ce qu'il ressort ce sont des chrétiens affirmant que l'islam reconnaît tous les prophètes (ce qui est faux, où sont passés Isaïe, Ezekiel, Daniel certains des prophètes les plus importants donc, et bien d'autres etc etc), ou que le christianisme est une religion du livre, ou que le Christ était le musulman parfait c'est-à-dire "le plus soumis". Que peut-on tirer de cela ? Sinon un affaiblissement pure et simple de la foi chrétienne. On peut bien sûr cultiver des relations conviviales comme avec tout être humain, mais si c'est pour faire des concessions et diluer le caractère chrétien du christianisme en l'islamisant et en le simplifiant pour ne pas choquer l'interlocuteur qui ne peut même pas supporter qu'on appelle Dieu Père, non.