la mythologie de l'omnipotence de la décision politique... (prise 2)
... c'est ainsi que le 19 juin 2007 l'article du
Wall Street Journal, la Bible financière américaine, reproduit dans le quotidien montréalais s'intitulait : «Exxon file doux avec les Russes.» Vraiment intéressant. La plus grande pétrolière américaine du monde file doux avec les Russes et fait la loi ici au Canada et au Québec. Puis une autre daté du 10 novembre 2007, s'intitulait : «La Russie fait obstacle aux projets de Chevron.» Chevron-Texaco est une autre compagnie pétrolière américaine. Comme la Russie a repris le contrôle de son pétrole et de son gaz naturel et des énormes profits qui viennent avec, le titre de cet article du
Devoir du 27 juin 2006 dit tout : «De pays pauvre à prêteur. Des États émergents comme la Russie et le Mexique remboursent leur dette en bloc et deviennent eux-mêmes des créanciers.»
Voici le titre d'un autre article récent du
Wall Street Journal paru dans
le Journal de Montréal du 27 septembre 2007 : «Le réveil spectaculaire d'un géant.» Cet article est consacré à Petrobas, la société d'État pétrolière du Brésil. Et puis en ce qui concerne le Vénézuela, le titre de cet article du
Devoir du 10 avril 2006 est révélateur : «Les compagnies pétrolières étrangères se plient aux volontés de Chavez.» Au Québec et au Canada c'est tout le contraire : ce sont nos gouvernements qui se plient docilement aux quatres volontés des pétrolières étrangères. Et en Bolivie ? Voici le titre de l'article que lui consacrait le
Devoir le 2 mai 2006 : «La Bolivie prend le contrôle de ses hydrocarbures. Les gisements gaziers et pétroliers passeront aux mains de la compagnie publique YPFB.»
Le
New York Times du 4 mai 2007, dans un article intitulé : «
Norway keeps nest egg from some U.S. companies», nous informe que la Norvège possède déjà 300 milliards de dollars dans un fond spécial provenant des recettes de l'exportation de leur pétrole, somme qui servira à financer les services publics des générations actuelles et futures, et que ce fond atteindra environ 900 milliards de dollars dans dix ans.
En Norvège, le gouvernement a repris le contrôle de cette ressource naturelle stratégique, et
c'est lui qui mène, non les multinationales étrangères et leur fameux marché [...]
LA CORRUPTION EN AFRIQUE ET ICI
L'Afrique est pauvre et le restera longtemps
à cause de l'absence de l'État qui a bradé ses immenses ressources naturelles, ses terres, ses services publics et des pans entiers de secteurs névralgiques à des étrangers qui, pour avoir reçu ces biens volés à la population, ont corrompu les élus et l'élite locale en les gavant de pot-de-vin en catimini, via des paradis fiscaux. Par exemple, dans un excellent article de
La Presse du 24 février 2007 intitulé :«Une population pauvre dans un pays riche», Pascal Breton écrit : «La république démocratique du Congo est riche. Mais les infrastructures datent de l'époque coloniale. Les hôpitaux ont été pillés. Plus de 80% de la population vit dans l'extrême pauvreté. L'école coûte cher. Beaucoup d'enfants ne savent ni lire ni écrire. Dans les classes, il n'y a pas de manuels scolaires. Les enfants sont assis sur le sol. Au lieu de fréquenter l'école, beaucoup d'enfants passent leurs journées à charroyer du bois, du charbon, etc. [...]» Tout le contraire de ce qui se passe à Cuba.
Mais au Congo les exploiteurs nous disent que les exploités sont libres, que c'est un pays démocratique où l'on applique les règles de l'économie de marché et où la libre entreprise peut opérer sans aucune entrave bureaucratique. C'est à pleurer. N'oublions pas que le Congo est un pays de 53 millions d'habitants. Ce qui se passe au Congo est monnaie courante au Kenya, au Nigeria, en Angola, en Afrique du Sud, en Guinée équatoriale et ailleurs.
Dans la revue annuelle
Atlaseco 2006, publiée par le
Nouvel Observateur en France, qui passe en revue la situation économique, politique et sociale de tous les pays du monde (un vrai petit bijou et une mine d'informations utiles), on peut justement lire ceci à propos du Congo : «La grande richesse de ce pays a longtemps attiré les étrangers, qui ont acheté à bas prix les diamants du Congo, son or, son cobalt. L'Est du pays est le fournisseur de plus de la moitié des ressources mondiales de coltran, minerai très recherché par les compagnies de téléphone. Parmi ces entreprises l'on compte
America Mineral Fields et
Barrick Gold, qui bénéficient de l'économie informelle du pays,
au lieu d'être taxés légalement afin que le Congo puisse contrôler ses ressources naturelles et engranger ainsi de meilleures recettes fiscales.» Et on ne parle pas ici d'une publication socialiste !
L'espérance de vie au Congo est de 45 ans, alors qu'elle est de 77 ans à Cuba.
Mais les Congolais sont plus libres ! Libres de quoi au juste ? Je ne sais pas ... Ils pourraient peut-être vivre plus longtemps, mais je suppose qu'ils ont choisi librement de mourir plus jeunes.
Atlaseco dit aussi que «le Congo possède des ressources naturelles d'une richesse considérable», ressources qu'il se fait voler littéralement par des firmes étrangères, et aussi par ses élus et des notables locaux. Voila pourquoi la population vit dans une pauvreté extrême.
DROITS DE L'INDIVIDU VERSUS DROITS DE LA PERSONNE
Le titre d'un article du
Journal de Montréal du 11 décembre 2008 indiquait :«Droits de l'homme : il reste un long chemin à faire, selon le pape Benoit XVI.» Dans le même texte, le cardinal Renato Martino critique «une conception individualiste des droits de l'homme transformée en affirmation des droits de l'individu plus que des droits de la personne, c'est à dire de l'être humain amputé de sa dimension sociale et privé de transcendance.» Bien dit. Pour les capitalistes, le patronat et ses porte-queues, le droit à la propriété privée est prioritaire et plus important que le droit à la vie, à la dignité et à l'égalité. Ils prônent à tout vent une conception étroite et intéressés de la liberté individuelle, fondée principalement sur le capital et la propriétée privée. Aux États-Unis, le pays le plus puissant et le plus riche du monde, qui leur sert toujours de modèle, ça sert à quoi, la liberté des cinquantes millions d'individus qui n'ont aucune assurance maladie, des milions de pauvres qui n'ont pas accès à l'éducation supérieure et aux garderies, et des millions de prisonniers ?
Pour les doctrinaires de droite, la notion de liberté individuelle se résume à ériger l'égoïsme en vertu et au droit d'exploiter les autres sans limite. Ce n'est pas être rêveur et vertueux que de militer pour un meilleur partage des services publics, de nos ressources naturelles et de la plus-value crée par les travailleurs [...]
Dans un article de
La Presse du 1er février 2004 titré «Sida : le Vatican fustige les pharmaceutiques, il est dit : le Vatican a lancé une attaque sans précédent contre l'industrie mondiale pharmaceutique, l'accusant de «génocide» des sidéens des pays pauvres. Au moins 400 personnes meurent chaque jour au Kenya à cause du Sida. C'est l'action génocide du cartel des entreprises pharmaceutiques qui refusent de rendre les médicaments abordables. C'est une question morale qui montre le manque de conscience sociale de ces entreprises capitalistes.
Faut souligner aussi le courage des religieuses québécoises qui s'en sont prises à Alcan et à Bombardier pour leur comportement dans les pays sous-développés, comme le rapportait
Le Devoir du 5 avril 2005 : «Les religieuses investisseuses s'attaquent à Alcan et à Bombardier pour faire respecter les droits humains et sociaux ainsi que la protection de l'environnement.»
UN ÉVÊQUE SOCIALISTE COMME PRÉSIDENT DU PARAGUAY
Un article du
Devoir du 4 août 2008 est titré : «Au Paraguay, l'ancien ''évêque rouge'' obtient une dispense papale pour devenir président. Monseigneur Fernando Lugo a remercié le pape pour cette dispense, lui qui mènera au Paraguay des politiques socialistes, afin de sortir de la misère la moitié des six millions de Paraguayens, exploités qu'ils ont été par les capitalistes locaux et étrangers. Le prix Nobel d'économie, l'américain Joseph Stiglitz, s'est rendu au Paraguay pour conseiller gratuitement le nouveau président.
[...]
Contes et comptes du prof Lauzon, «Lecture de chevet pour ceux qui veulent restés allumés», chaire d'études socio-économiques de l'université du Québec à Montréal
http://www.france24.com/fr/20080421-fer ... navi=MONDE