Saint Augustin est mort en 430. Depuis, on dit que la science a beaucoup progressé dans la connaissance de ce qu'est le temps. Ignorant pratiquement tout de l'aspect scientifique de la question je m'abstiendrai d'en parler. Mais quel est alors l'intérêt d'un texte si ancien, dont l'auteur commence par avouer qu'il ne peut rien nous apprendre sur le sujet? Il me paraît avoir valeur d'exemple. Il montre comment une recherche rationnelle de la vérité peut être riche et féconde, tout en étant complètement étrangère à la spéculation scientifique.saint Augustin a écrit :Qu'est-ce donc que le temps? si personne ne me le demande je le sais, mais que je veuille l'expliquer à la demande, je ne le sais pas!
La citation ci-dessus constitue un magnifique paradoxe, d'autant plus qu'il est universel. Nous savons tous ce qu'est le temps. Mais nous ne le dirons pas, ou nous ne dirons que des choses confuses, qui ne nous feront en rien comprendre ce qu'est le temps.
Où saint Augustin veut-il en venir? Apparemment, à l'idée que la connaissance commune suffit, et qu'on a tort de vouloir spéculer à l'infini sur des sujets que les enfants de trois ans connaissent aussi bien que les savants.
Mais cette hypothèse ne tient pas. En effet, saint Augustin ne prend pas ici congé d'une réflexion sur le temps, au contraire il l'inaugure. Ce n'est pas un point d'arrivée mais un point de départ, une invitation à méditer la temporalité.
La suite du texte se présente comme un effort pour dire ce que je sais du temps tant qu'on ne me demande rien. La voici:
Des évidences, par conséquent, comme promis. Mais des évidences qui vont nous conduire au coeur du paradoxe du temps. Le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore. Donc, ils ne sont ni l'un ni l'autre, sinon par le présent qui s'en souvient ou qui l'anticipe. Mais le présent, lui, qu'est-il? Rien d'autre que le passage d'un néant à un autre.saint Augustin a écrit :Et pourtant, je le dis en toute confiance, je sais que si rien ne se passait il n'y aurait pas de temps passé, et si rien n'advenait, il n'y aurait pas d'avenir, et si rien n'existait, il n'y aurait pas de temps présent.
Tout ceci est tout simple, oui. A portée de tous, absolument. Il en ressort que le temps est marqué par une déficience d'être. Il est, en un sens. J'en parle depuis tout petit, et je comprends ce que j'en dis. Mais son mode d'être est de tendre à ne pas être.
Les gens n'aiment pas les messages trop longs, ils ont bien raison



