L'invasion de la psychanalyse dans l'Eglise

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Laurent L.
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par Laurent L. »

Bonsoir ! :)
Griffon a écrit : Franchement, jeter le doute sur une profession scientifique,... est-cela être chrétien aujourd'hui ?
Il y a un vrai et incontestable travail scientifique.
Ibid. a écrit :Plutôt que d'opérer une critique extérieure qui manque pour le coup de bases scientifiques.
...
Cela ne vous dérange pas si notre bien-aimé pape défend l'union entre la foi et la raison.
La psychanalyse serait une pseudo-science. C'est en tout cas ce que l'on m'avait enseigné en cours d'épistémologie en terminale et en première année d'université.

Vous dites que la scientificité de la psychanalyse est "incontestable". Pourtant quelqu'un comme Karl Popper l'a contestée parce que cette théorie ne peut être réfutée, d'après lui.

Je n'ai pas d'opinion sur la question posée par Isabelle, mais vos propos m'ont rappelé ces cours scientifiques...
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spk
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par spk »

Isabelle47 a elle-même donné la réponse à sa question, si l'on prend le mot psychanalyse au sens strict, à savoir méthode de thérapie psychique fondée par Freud à partir d'une théorie de la psyche humaine et de l'inconscient.
Freud se retournerait dans sa tombe si on voulait trouver une quelconque conciliation entre la psychanalyse et la foi. En effet, la religion est qualifiée par lui de "névrose obsessionnelle de l'humanité", et son ambition avouée est de nous en débarrasser. Seule l'ignorance, pour Freud, peut conduire à croire, et il est temps pour lui de remplacer cette illusion faussement réconfortante par la science du psychisme humain.
Cependant la psychanalyse a eu une vie après Freud, et rien n'interdit à des penseurs dissidents de tenter une réconciliation de la psychanalyse et de la croyance, même si ce n'est pas gagné d'avance. Un centre d'intérêt commun existe, qui s'appelle le symbolisme, souvent laissé pour compte de la société technicienne.
Mais la vision du symbolisme est très différente. Pour un croyant, le symbole est un moyen d'intellection de la pensée divine. Pour le psychanalyste, il est la manifestation de l'inconscient. J'ignore tout des tentatives de conciliation théoriques qui auraient été faites, je ne peux donc rien en dire. Peut-être que quelqu'un de plus qualifié que moi voudra bien nous expliquer en quoi elles consistent?
Isabelle47
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par Isabelle47 »

Bonsoir,

Pour ce qui est du symbolisme en psychologie, faites-vous allusion à Jung, héritier dissident de Freud?
Jung aussi voulait anéantir la religion chrétienne, me semble-t-il, pour lui préférer une nébuleuse que ne renierait pas le new age actuel (peut-être même le new age s'en est-il inspiré, parmi tant d'autres sources ;) )

Comme vous le dites, l'usage du symbole n'a pas la même optique ou visée en psychologie et dans la représentation religieuse.

L'idée de "religion comme névrose dont il faut se défaire" est bien énoncée chez Freud et c'est là que je voyais incompatibilité, d'où ma question.
"Aussi, croyez-moi, vous pratiquerez beaucoup mieux la vertu en considérant les perfections divines, qu'en tenant le regard fixé sur votre propre limon"
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spk
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par spk »

Je n'ai que des connaissances scolaires, de seconde main, sur Jung. Elles disent qu'il a formé le concept d'inconscient collectif, idée qui me paraît intéressante, ce qui implique chez lui un intérêt non seulement pour le symbolisme en général, en tant qu'activité de production imaginaire, ce qu'il est pour Freud, mais pour les symboles tels qu'ils sont présents dans toutes les cultures.
Sa démarche me semble en effet opposée à une démarche religieuse, dans la mesure où, pour faire simple, le sens du symbole ne se trouve pas au-delà de la raison, mais plutôt en deçà, non dans la vérité incréée, expression qui pour lui n'a probablement pas de sens, mais dans les constantes du psychisme de l'animal humain. Mais, toujours à ma connaissance, Jung n'a jamais manifesté d'hostilité particulière à l'égard des religions traditionnelles, à l'inverse de Freud. Ceci dit sans garanties, encore une fois.
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lmx
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par lmx »

Pour Jung, Dieu c'est l'homme qui ignore qui il est jusqu'à ce que le psychanalyste vienne lui dire que les signes du divin ne sont pas la manifestation d'une altérité radicale mais de son identité profonde dont il est aliéné et qu'il expérimente comme étant différente de lui.
Et c'est là que le psychanalyste intervient pour réconcilier l'homme avec lui même car tant qu'il y a symbole il y a illusion et aliénation. C'est du Hegel et du Feuerbach à la mode psychanalyste
Il n'a pas besoin de manifester son hostilité, il la neutralise tout aussi efficacement que Freud.
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par PrieAvecVan »

La médecine n'est pas une science ? Alors, elle est au moins l'application pratique des sciences que sont la biologie, la physique, la chimie et la biochimie, etc.
Je parle de la médecine occidentale, pas de la médecine chinoise et d'autres médecines pratiquées depuis l'antiquité jusqu'à nos jours dans certaines sociétés.
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par PrieAvecVan »

Les théories de Jung ne sont pas à classer sous l'étiquette "psychanalyse". Le vocable "psychanalyse" désigne la pensée de Freud et de son école.
On parle de psychologie complexe, psychologie analytique ou de psychologie des profondeurs pour la psychologie jungienne.
Si Jung n'a jamais montré d'hostilité envers la pensée religieuse, il ne s'est jamais défini comme un penseur chrétien, mais une sorte de syncrétiste, ou un observateur athée de l'inconscient collectif humain, lequel aurait créé (ou reçu ?) tous les archétypes, tous les mythes et finalement religions de l'Humanité : dieu Phallus, archétype du Soi, Mercure, anima et animus, etc.
Oedipe
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi? Répons

Message non lu par Oedipe »

Bonjour Isabelle47, Bonjour à tous, La paix soit sur vous.

J'ai lu avec une vive attention les 5 pages de commentaires concernant le questionnement lancé par Isabelle sur un possible antagonisme entre notre foi et la psychanalyse. Ceci sera mon premier post sur ce forum, alors d'avance ne m'en voulez pas si ma naïveté vous offusque.
Je parlerai à la fois de ma place de chrétien et à la fois de ma place de psychologue formé à la psychanalyse, ce qui semble adéquat par rapport au sujet de ce thème. Par ailleurs, étant novice sur le forum, j'ai trouvé frustrant de ne pas connaître davantage sur les profils des intervenants à ce débat. J'ignore donc, et je m'en excuse, si des prêtres sont parmi vous. Ce point me paraît d'autant plus important pour avoir un ressenti des hommes de Dieu qui pratiquent la confession et le sacrememt de Pardon.

Pour commencer, je comprends aisément que l'expérience d'Isabelle auprès de professionnels de la psychologie n'a pas éte concluante compte tenu de ce qu'elle décrit. Sachez en tout cas Isabelle qu'un psychanalyste se doit d'avoir une position neutre et bienveillante à l'égard de son patient. Il faut d'ailleurs différencier la pratique du psychologue formé dans son cursus universitaire à la psychanalyse de l'exercice du métier même de psychanalyste. Ce sont en effet deux professions différentes malgré leur socle théorique commun.

La psychanalyse appartient au champ des sciences humaines, tout comme la sociologie, l'anthropologie et l'ethnologie. Comme Petit Matthieu l'a souligné, les champs de recherche de ces sciences sont infinis là où le chercheur ou le professionnel souffre de sa finitude. Néanmoins, la psychanalyse peut prétendre au rang de science, dans la mesure où sa lecture des comportements humains donnera (en principe) la même analyse d'un professionnel à un autre. De plus dans les cas de pathologies, les symptômes auront une causalité identique, c'est à dire que lorsque la souffrance humaine s'exprime au travers de comportements inhabituels ou déviants, l'explication psychanalytique sera la même pour un patient donné, d'un psychanalyste à un autre. Mais au final, elle demeure une science dite molle.

Ensuite, il est vrai que Freud a beaucoup décortiqué la phénomène de la croyance religieuse sur les plans individuel et collectif. C'est notamment le cas dans les ouvrages Totem et Tabou, Psychologie des foules et analyse du moi, L'avenir d'une illusion, Malaise dans la culture. Il serait regrettable d'en déduire alors que son esprit a été guidé par le Démon. En effet, tenter d'expliquer scientifiquement ces phénomènes, c'est à dire avec des variables, des hypothèses et des conlusions vérifiables, est une démarche intellectuelle qui ne touche en rien à la foi. Ainsi l'anthropologie, autre science humaine dite molle, s'intéresse aux croyances des civilisations et ne semble pas soulever autant d'animosité et de suspicions de type sataniste. Tenter de décrypter le besoin de croire et ses rituels associés ne pénètre donc pas l'intimité de la foi. Il serait dommageable de réduire la foi en Dieu à une simple quantité de croyance plus ou moins forte dans le divin. Chacun d'entre nous, je le suppose et l'espère, ressent en son fort intérieur que l'intimité et le mystère de la foi sont infinis, en écho au mystère de l'Amour de notre Seigneur. Donc il faut bien séparer le besoin de s'accrocher à une croyance, besoin légitime par ailleurs, de la relation intérieure au divin. La seconde ne peut être saisie par la science et demeure métaphysique et hors champ intellectuel. Nous pouvons toujours tenter de rationnaliser les raisons pour lesquelles nous croyons en la Bonne nouvelle. Mais l'essentiel en restera insaisissable puisque intrinsèquement lié à notre relation à Dieu. C'est donc insaissable par essence, n'est déplaise aux scientifiques. En outre il semble qu'il y ait un malentendu sur Freud lui-même. Ce dernier de confession juive, n'était pas athée mais agnostique. D'ailleurs autant d'intérêt porté au divin durant sa carrière n'est-il pas déjà un témoignage de l'intérêt porté à ce que nous pourrions décrypter comme le souffle de l'Esprit ?
Par ailleurs, j'attire l'attention des lecteurs qu'il n'est pas intellectuellement recevable d'extraire des citations de Freud ou de quiconque sans les remettre dans le contexte du fil de leur pensée. Dans le cas contraire, il s'agirait de manipulation. Accepterions-nous qu'une homélie repose sur une simple citation plutôt que sur une lecture du début à la fin des versets de la Sainte Évangile qui lui est afférante ? Les raccourcis intellectuels en la matière sont souvent dangereux de telle sorte que le Malin pourrait s'y loger.

J'aborderai dans un second temps à quoi sert la psychanalyse.

Bonne lecture.
"Le royaume des Cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. L'homme qui l'a trouvé le cache, et dans sa joie il va, vend tout ce qu'il a, et achète ce champ". Évangile selon Saint Matthieu chap.13, v.44.
Oedipe
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi? Répons

Message non lu par Oedipe »

Bonjour à tous, La paix soit sur vous.

Pour faire suite au débat sur psychanalyse et foi, j'aimerais dire un mot sur l'utilité de la psychanalyse, en tant que professionnel et sans perdre de vue ma foi chrétienne.
Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas exactement le sexualité qui est au coeur de la théorie psychanalytique, mais davantage les conflits intérieurs et les souffrances refoulées, c'est à dire mises à l'écart de notre pensée (notre conscient) pour que cela soit davantage vivable. De plus le terme de sexualité a beaucoup éte galvaudé. Préférons les termes de libido ou d'énergie pulsionnelle, afin d'éviter des confusions fort dommageables.

Le but premier d'une psychanalyse personnelle (sur le divan dans sa version classique), est de moins souffrir. Les thèmes récurrents sont l'enfance, les relations aux parents, les amours déchus, les relations adultes amicales et professionnelles, les deuils et tous désirs confondus. Tout être humain s'y retrouve. C'est pourquoi un psychanalyste est lui-même passé par une analyse personelle afin de s´être lui-même confronté à tous ces événements et à évacuer ses souffrances résiduelles. De plus il apprend par la même occasion la technicité de la psychanalyse qu'il pourra ainsi maîtriser auprès de ses futurs patients. Comme cela a été souligné plus haut par l'un d'entre nous, le vécu recueilli en confession auprès d'un prêtre peut être le même qu'en analyse. Néannmoins là où un acte de contrition est nécessaire en confession, le lieu de la psychanalyse reste neutre. Là où sont les notions de péchés, de repentir et surtout de Pardon, la psychanlyse remontera le fil de l'inconscient pour localiser où la souffrance et son énergie négative se sont bloquées. Un point commun apparaît pourtant à ce niveau. En effet mes pratiques personnelle et profesionnelle m'ont montré que certaines souffrances humaines résultaient d'une incapacité ou d'un blocage dissimulé à pardonner à autrui. La direction du Pardon n'est donc pas la même. En confession nous demandons Pardon au Seigneur par rapport à nos exactions. En analyse, nous avons à pardonner à notre prochain qui a pu nous blesser. A cet effet les deux situations se rejoignent. Si nous souhaitons être pardonnés nous-mêmes, Jésus nous exorte à pardonner nous-même. C'est ce que nous récitons dans le Notre Père et ce que nous lisons dans l'Evangile de Saint Matthieu chap. 18, verset 35 : "C'est ainsi que Mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son coeur."
Nous serons ainsi jugés dans le Royaume du même poids que nous aurons jugé les autres. Dans cette optique, foi et psychanalyse sont complémentaires dans la mesure où l'analyse permet de libérer le pardon de notre coeur lorsqu'il est sclérosé, somme toute assez souvent. Bien sûr le recours à la psychanalyse ne remplace ni la prière ni le dialogue avec ceux qui nous ont offensés. Elle n'est qu'un outil pour metttre au jour notre colère refoulée et ensuite la liquider dans le pardon. En cela psychanalyse et vie chrétienne sont tout à fait compatibles.

Mais pour en prendre la mesure, il faut le vivre et non pas se fier aux stéréotypes et aux lectures biaisées des détracteurs de l'outil psychanalytique, lequel connaît les limites de celui qui la pratique. Or psychanlystes et prêtres ne sont pas l'abri du Malin et de ses portes ouvertes vers les dérives.

De plus je souhaiterais insister sur le fait que choisir la carrière de psychologue ou de psychanalyste n'est pas anodin. Il s'agit de vouloir accompagner son prochain dans ses douleurs, avec empathie et neutralité. N'est-ce pas là une forme d'expression laïque du souffle de l'Esprit Saint, lorsque cela est fait avec discernement ? Et pour ce qui est de l'analyse de notre relation à Dieu sur le divan, le but n'est absolument pas, comme j'ai pu le lire plus haut, d'amener à renoncer à sa foi ou à d'amener à l'athéisme. Bien au contraire. Verbaliser et comprendre à quel moment de nos vies notre foi a sursauté positivement, à quel moment un Appel du Seigneur s'est fait ressentir en nous, n'est pas dangereux pour notre foi. Ceux qui croiraient cela sont-ils eux-mêmes vraiment sûrs de leur foi ? De plus, rapprocher notre foi d'une quête d'un père ou d'une mère pour ce qui est de la Sainte Vierge Marie, n'est pas davantage dangereux. Cette prise de conscience permet au contraire d'éclairer des souffrances résiduelles et d'éviter de nous tourner vers le Seigneur pour des raisons erronées. Par exemple, rechercher l'Amour inconditionnel de Dieu est une chose, le faire uniquement par ce que l'amour de notre père sur terre n'a pas été satisfaisant pourrait constituer un risque que la graine semée de la Parole en nous ne s'enracine pas au bon endroit comme dans la parabole du Semeur. En effet il est semble-t-il nécessaire pour vivre pleinement notre foi d´être également sensible au message salvateur des Évangiles, d´être tourné vers son prochain, d'approuver le complexité du Credo. En résumé, la psychanalyse pointe, lorsque le patient le souhaite et le formule de lui-même, les souffrances qui ont pu favoriser que nous nous soyons tournés vers Dieu, ou plus exactement lorsque nous avons été sensibles à ses signes. Il n'y a donc rien de satanique dans cette introspection qui n'est pas sans rappeler le travail dit de discernement des diacres lors de l'année préliminaire à leur formation.

Au fond le psychanalyste n'a pas le pouvoir de vous faire renoncer à votre foi. Il n'est là qu'en tant qu'éclaireur laïque. Il favorise même le libre-arbitre, celui-là même que le Créateur nous a offert depuis le péché originel. Ainsi c'est le libre-arbitre qui peut amener au besoin de psychothérapie et c'est encore lui qui pourra l'amener à la clôturer. Certains croyants trouvent leur plénitude dans les outils que l'Église leur offre et d'autres sont peut-être trop abîmés dans leur âme et ont besoin d'outil complémentaires à l'extérieur de cette dernière. Bien entendu, le travail psychanalytique ne saurait remplacer la confession, la prière et l'Eucharistie. A travers ma pratique, je reste convaincu que psychanalyse et foi ne peuvent pas s'annuler, bien au contraire. Et encore une fois, le psychanalyste ne touche en aucun cas à notre foi. Celle-ci ne regarde que Dieu et chacune de ses brebis. J'ajouterais également que la psychanalyse, à l'issue de son long travail dans les profondeurs de l'inconscient, met en lumière la force de la Bonne Nouvelle. Mais pour cela, il ne faut pas s'arrêter en cours de chemin, à la moindre embûche. Chemin de croix au quotidien en tant que croyant et bousculement en thérapie se ressemblent parfois.

Pour finir, il existe un livre passionnant de Simone Pacot intitulé "L'Évangélisation des profondeurs". Cette fervente croyante relie psychothérapie, foi et Bonne Nouvelle à partir de son vécu personnel. Ses propos sont à la fois didactiques et révélateurs.

Merci d'avance pour votre lecture attentive et bienveillante. Salutations fraternelles.
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Fée Violine
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par Fée Violine »

Merci Oedipe pour vos intéressantes explications!
Oedipe
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi? Répons

Message non lu par Oedipe »

Bonjour à tous et que la Paix du Seigneur soit avec vous !

Afin de compléter mon propos par rapport à mes 2 premiers messages, la question de la foi conciliable avec la psychanalyse pourrait être également éclairée par la notion philosophique de dialectique du désir. En effet plusieurs intervenants ci-dessus font référence aux textes de Françoise Dolto dans L'Évangile au risque de la psychanalyse. Cette dernière propose effectivement de compléter la symbolique chrétienne des Évangiles avec la symbolique psychanalytique. Ces deux symboliques s'opposent-elles ou peuvent-elles s'enrichir sans contre-sens ni controverse emflammée ?

Etienne Lorant aborde précédemment le cheminnement de Jaïre que Françoise Dolto commente en mettant en parallèle la mort symbolique de la fille de Jaïre et sa renaissance grâce à l'intervention de Jésus, et la symbolique de la mort, c'est à dire la fin de l'enfance, de cette fille âgée de 12 ans, et son passage à l'âge adulte. Une optique chrétienne peut y voir un miracle de la résurrection consécutive à la demande sincère d'un père croyant dont la foi ouvre à la résurrection offerte par le Seigneur. Une optique psychanalytique pourrait la compléter en disant simplement que Jésus intervient ici comme un tiers là où d'autres filles du même âge se marient à l'époque. Ce tiers semble nécessaire pour sa renaissance. Sinon nous pourrions en déduire qu'elle resterait prisonnière entre l'enfance qu'elle ne désire pas quitter ou bien que son père n'a pas voulu la voir quitter, et l´âge adulte qui l'orientera vers la mariage et donc vers un autre homme que son père. La psychanalyse pourrait y voir une représentation du complexe d'Oedipe chez la petite fille, chez laquelle il doit y avoir un renoncement symbolique au père comme époux, une identification à la mère comme femme épouse de son père. Par ce double mouvement psychique, la fille devenue adulte se mettra en quête d'un homme pour le mariage et répétera ainsi le modèle traditionnel de ses parents. Pourquoi recourir alors à un tiers au regard de la psychanalyse ? Quelle rapport avec le message de l'Évangile ?

Selon moi, là où figure la Résurrection, figure ainsi le témoignage de Dieu, ce tiers Trinitaire sans lequel nous ne serions rien. De plus, sans le sacrifice de Jésus sur la Croix, nous n'aurions pas accès en tant que simple pécheur mortel à la promesse de la vie éternelle. Autrement dit sans l'intervention extérieure du Seigneur, sans l'intervention d'un tiers, nul nous serait possible d'accéder de nous-même au message de la Bonne Nouvelle. Et sans le souflle de l'Esprit Saint, nous ne pourrions marcher sur les pas de Jésus suite au sacrement de Confirmation. De même que le prêtre est ce tiers des temps modernes qui recueille nos confesssions et par ordination nous permet de nous repentir. Donc il y a toujours un tiers, divin ou messager de Dieu, qui nous permet d'avancer dans notre parcours chrétien.
Parallèlement et de la même manière, la psychanalyse a mis au jour le complexe d'Oedipe que l'on rencontre chez les enfants. C'est un stade de développement naturel qui était là avant que Sigmund Freud s'y intéresse, lequel n'a fait que le théoriser sous forme symbolique. Dans sa lignée la français Jacques Lacan a aussi beaucoup insisté sur le rôle structurant d'un tiers symbolique dans la relation entre l'enfant et ses parents. L'exemple du passage sur Jaïre et sa fille en sommeil, est un parmi tant d'autres. En effet, comme Françoise Dolto l'avait expliqué en des termes plein d'emphase et d'excitation de pouvoir associer Bonne Nouvelle et psychanalyse, je suis moi-même toujours surpris et heureux d´être interpelé en tant que chrétien et psychologue formé à la psychanalyse, à la lecture des Évangiles.

Par conséquent, avec le recul des années et l'aide de l'Université Catholique de l'Ouest où l'on peut recevoir à la fois un enseignement de théologie et un enseignement de psychanalyse, il y a pour moi un signe de Dieu dans le fait que psychanalyse éclairée, Évangiles et foi se fassent écho de manière positive. En effet, si nous nous accordons à admettre que les psychanalystes n'ont fait que théoriser des mécanismes psychiques ancestraux propres à l'être humain, sous forme de concepts symboliques, le fait de constater dans les Évangiles la présence de mécanismes universaux comme le complexe d'Oedipe, le travail de deuil, la difficulté à couper le cordon ombilical, l'identification à autrui, le rapport à l'altérité, les tentations ou fantasmes, est un témoignage supplémentaire de l'infini richesse du message de Jésus.

Infini sera ainsi mon émerveillement par rapport aux mystères et trésors que recellent les Évangiles. Et ma position psychanalytique ne vient que renforcer cet émerveillement, à l'image de ma foi.

Pour finir j'ajouterai le point suivant au sujet de la dialectique du désir. Certains pensent à tort que la cure psychanalytique cherche uniquement à expliquer en fonction de l'enfance nos souffrances et dérives à l´âge adulte. En réalité ce n'est là qu'une facette non exhaustive du travail psychanalytique. En effet, le divan permet de découvrir avec l'aide du tiers qu'est le psychanalyste, nos désirs refoulés inacessibles à notre pensée mais actifs dans nos décisions et nos rapports aux autres. Découvrir pourquoi l'on pêche en pensée en fantasmant sur telle personne de l'autre sexe, pourquoi l'on pêche en acte en se montrant irrespectueux envers notre prochain, n'aurait-il pas un intérêt pour les chrétiens qui utiliseraient l'outil de la psychanalyse ? Éviter d'emprunter une route biaisée par nos pulsions refoulées ou le Malin, ne peut-il pas nous être profitable en parallèle des outils proposés par l'Église ?

Mettre ses désirs à jour n'est donc pas dangereux mais libérateur. Par mon expérience personnelle et professionnelle, j'ai constaté de mes propres yeux combien la psychanalyse pouvait libérer des faux semblants et aider à se rapprocher de la Parole et de l'Amour de Dieu.

Bonne lecture. Que Dieu puisse nous éclairer dans notre réflexion !
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Isabelle47
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par Isabelle47 »

Je vous remercie de votre long exposé et des réponses qu'il amène à certaines questions.

Vous présentez la psychanalyse comme un outil supplémentaire pour apprécier la richesse des Evangiles.
Les Evangiles ont-ils besoin de la psychanalyse pour qu'on en apprécie toute la richesse?
Et même si c'est le cas, cela l'est aussi de l'analyse textuelle, de l'étude de la philosophie, de l'histoire, de la théologie...
La psy aurait-elle une spécificité supplémentaire?

Le parallèle que vous dessinez entre psychanalyse et confession me semble sujet à confusion. Et même problématique; l'une et l'autre n'ont pas le même statut ni le même enjeu.

De plus, en quoi le fait de savoir pourquoi on péche devrait empêcher de continuer à pécher? Ou en diminuerait l'aspect négatif et le sain discernement que nous devons avoir?
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi? Répons

Message non lu par Oedipe »

Bonjour Isabelle, La Paix du Seigneur soit sur nous tous,

Merci d'avoir pris le temps de me lire et de relancer notre réflexion.

Je vous rejoins concernant le fait que confession et psychanalyse n'ont pas le même statut. La première est religieuse et sacrement, la deuxième est une science humaine laïque, un outil optionnel pour les souffrances récalcitrantes.

Par ailleurs vous vous demandez si la psychanalyse apporterait une plus-value que vous ignoreriez par rapport notamment à l'histoire et à la philosophie. En tant que psychothérapie, la psychanalyse et les psychothérapies d'inspiration analytique apportent en effet des changements en profondeur chez l'être humain qui les pratiquent. Or l'érudition en histoire ne semble pas avoir les mêmes vertus. Ainsi la psychanalyse permet à des souffrances ancrées de se libérer définitivement et parfois d'éviter, à l'issue de nombreuses séances, de répeter ces mêmes erreurs qui nous mettent en difficulté et surtout agressent notre prochain. Prenons un exemple. Un mari alcoolique qui répète inlassablement ses états d'ébriété et leurs actes déshinibés associés, et sa femme qui de la même manière les supporte. La perspective de la rupture du couple ou même la fin entérinée du couple, peut parfois amener un conjoint alcoolique suffisamment en souffrance par les conséquences de ses actes à demander à changer réellement. S'il décide de faire appel à l'aide d'un professionnel laïque comme le psychanalyste, ce dernier prendra le temps d'examiner avec lui sa demande de changement. Puis, au cours des séances, le lien entre son problème d'alcool pourra être associé à d'autres souffrances plus profondes et anciennes. Si celles-ci ne sont jamais conscientisées et pacifiées, la répétition des mêmes erreurs demeurera inévitable. Au final, les séances de psychanalyse peuvent aider à pacifier notre intérieur. Et comme je l'ai souligné précédemment, le bloquage des souffrances peut résulter d'une incapacité à pardonner à des personnages de nos vies passées. Cette notion de pardon, bien que s'opérant dans un cadre psychothérapeutique laïque, peut faire écho avec la dimension de pardon à laquelle nous exhorte le Christ. A fortiori, elle ne remplace ni la confession ni le Pardon qui lui seul au final appartient au Seigneur. En effet ce n'est pas le psychanalyste qui pardonne, mais le patient (l'analysant pour reprendre le terme usité), qui pardonne à son prochain après avoir déterminé où tout cela s'est bloqué, souvent à cause de la haine, de la colère ou de la jalousie qui n'ont pu se dissiper avec le temps.

Pour résumer la cure analytique met la lumière sur la compulsion de répétition propre à l'être humain, laquelle nous dirige inlassablement vers les mêmes chemins erronés et les mêmes relations biaisées. En cela, la compulsion de répétiton nous ferme à la Parole et nous éloigne des pas tracés par Jésus. Parfois la prière, l'Eucharistie et la confession suffisent à nous pacifier. Parfois l'aide d'un professionnel n'officiant pas dans l'Eglise mais respectueux de son message, peut être constructif et de manière durable. La foi de ceux qui s'y sont exercés n'en est que plus libéree. Assurément.

En espérant vour lire à nouveau sur ce sujet, Isabelle, je vous adresse mes pensées les plus fraternelles, ainsi qu'aux acteurs passés et à venir de ce fil.
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Isabelle47
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par Isabelle47 »

Merci Oedipe,
Nous sommes bien d'accord: la psychanalyse est censée libérer l'homme en dénouant ce qui, en lui, est figé, noué dans son inconscient.
Cela peut amener au pardon, le pardon vu comme libération.
Mais cette libération intérieure, aussi souhaitable soit-elle, amène-t-elle à Dieu, ou, au contraire à une forme d'idôlatrie de soi-même?

Le problème se pose pour un chrétien de se diriger vers un psychanalyste chrétien. Dans le cas contraire, il pourrait y avoir dialogue et travail mais qui se révèleraient rapidement sans issue ou qui dirigeraient le patient vers une forme d'athéisme.
Qu'en pensez-vous?
"Aussi, croyez-moi, vous pratiquerez beaucoup mieux la vertu en considérant les perfections divines, qu'en tenant le regard fixé sur votre propre limon"
(Thérèse d'Avila)
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Fée Violine
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Re: La psychanalyse est-elle conciliable avec la foi?

Message non lu par Fée Violine »

Isabelle47 a écrit :Mais cette libération intérieure, aussi souhaitable soit-elle, amène-t-elle à Dieu, ou, au contraire à une forme d'idôlatrie de soi-même?
La libération en elle-même ne mène à rien de particulier. C'est à la personne d'utiliser sa liberté comme elle veut, par définition. Si la liberté mène inéluctablement à quelque chose de négatif, ce n'est pas une liberté, c'est un déterminisme.
Vous craignez que la liberté mène à l'athéisme. Mais faut-il avoir peur de la liberté?
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