L'âge de la vulnérabilité

« Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous serez dans la joie ! » (Lc 6.21)
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Véronique Belen
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L'âge de la vulnérabilité

Message non lu par Véronique Belen »

A la vingtaine, on construit sa vie d'adulte, on fourmille de projets, on aime, parfois avec bonheur, parfois avec souffrance, on se projette dans l'avenir tout en rejetant les systèmes qu'on n'a pas choisis, héritages souvent douloureux de ce que les générations précédentes ont semé.

A la trentaine on prend sa part, on s'inscrit dans la marche du monde, on consolide une situation, on construit qui un couple, qui une famille, qui une maison.

A la quarantaine bien souvent on savoure les bases posées, on sait mieux qui on est, on ose penser ce que l'on pense et l'exprimer, on devient de plus en plus soi. On voit déjà les premiers vrais fruits de sa vie : des enfants qui grandissent, une reconnaissance professionnelle, un engagement que l'on tient, toute une maturité que l'on peut apprécier avant les premiers assauts du temps.

Et puis vient ce passage délicat de la cinquantaine. Je n'y suis pas encore, mais je l'observe autour de moi et j'en ai peut-être déjà subi certains revers avant mon heure. Nombreuses sont les femmes qui voient leurs maris se désintéresser d'elles. Elles n'ont plus la fraîcheur de leurs 30 ans, du temps des promesses, le corps se fait obstacle là où il était ami, le regard du partenaire change. Il se sent encore plein de verdeur : pourquoi ne prendrait-il pas un nouveau départ, pourquoi n'irait-il pas reconquérir sa jeunesse dans un nouveau couple, de nouvelles aventures exaltantes ? Revivre une hypothétique jeunesse qu'on craint de voir fuir à tout jamais... Elles sont nombreuses, ces abandonnées du milieu de la vie, celles qui avaient tout donné et à qui l'on reprend tout, d'un coup. La vie de couple, et son corollaire souvent, le cadre de vie. Remise en question totale qu'elles n'avaient pas choisie, pas prévue. Blessure vive qui restera longtemps ouverte, compromettant indéniablement la confiance. Paupérisation à l'âge où l'on devrait pouvoir goûter les fruits de plusieurs décennies de labeur...

Il y a aussi les couples qui tiennent, et je les admire. Mais tout ne leur est pas épargné pour autant. La cinquantaine, ce sont les parents qui vieillissent, qui causent du souci, qu'il faut parfois placer alors qu'on les sait tellement mieux chez eux. Ce sont les enfants qui quittent le nid, qui ne font pas toujours les choix qu'on aurait voulus pour eux - je bénis le Ciel de ne pas connaître cette déception-là.

Et puis il y a le corps, ce corps qu'on habite depuis toutes ces années, en lequel on a eu confiance, qui a donné la vie peut-être, et qui veut encore sa part de joie.

Et vient parfois la maladie. Et là le temps s'arrête. Le corps trahit. Le corps dysfonctionne alors qu'on croyait si bien le maîtriser.

Vient le temps de l'humilité. S'en remettre à un médecin. Accepter de recevoir d'un autre des informations sur son propre corps. S'abandonner en confiance à cet autre qui connaît des remèdes, espérer dans les progrès de la médecine, quand on la chance de vivre dans un pays où le système de santé est performant. Redevenir pour un temps un enfant malade qui espère des soins. Mais en mobilisant toute sa maturité, toutes ses énergies de vie, de responsabilités, pour vaincre le mal.

Seigneur mon Dieu, aide cet ami, tous ceux que j'aime et tous ceux que je ne connais pas, à passer le cap de l'âge de la vulnérabilité...

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