Droit de vote aux immigrés

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Cinci
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Re: Droit de vote aux immigrés.

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Oui...
Par ailleurs, il existe une tranche de français de souche qui n'ont pas accès au droit de vote : les SDF... alors, la nationalité...
Attention. Marcel le SDF a bel et bien le droit de vote. Il est né à Paris en 1950 : il peut voter. Son état psychique ou psychologique peut faire qu'il ne se prévaudra pas de son droit en 2012, mais ce ne serait pas parce que le gouvernement (voire le haut-fonctionnaire) voudrait spécifiquement que Marcel ou des milliers d'autres SDF comme lui n'en puissent pas voter. Marcel le SDF serait un peu comme des centaines de milliers de noirs aux États-Unis qui ne votent à peu près jamais et simplement par découragement (c'est une autre affaire), non parce que leur propre droit constitutionnel serait bafoué par la république.

C'est ce que l'on aimerait démêler un peu avec cette histoire de sans papier, de vote étranger.
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Nanimo
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Re: Droit de vote aux immigrés.

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salésienne05 a écrit :Je me posais la question pour moi même : si je devais déménager à l'autre bout du monde, et ce quel qu'en soit le motif, pourquoi demanderai-je la nationalité du pays où je me suis installée ? J'en respecterai les lois, je tenterai d'y travailler, j'inscrirai mes enfants à l'école locale, j'y ferai mes courses, mais je resterai française. Dans un monde où les moyens de communications nous permettent de rester en lien avec nos proches, nos amis, où qu'ils soient dans le monde, je ne vois pas en quoi le fait de résider dans un pays, de l'aimer, d'y faire sa vie, nécessiterait que l'on renonce à sa nationalité originelle.
Bonjour Salésienne,
Je vous avais bien comprise et je vous ai bien répondu.
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marie du hellfest
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Cinci a écrit :Il faudrait quelques exemples concrets et réels et pour être à même de se faire une idée. A priori, il me semblerait incompréhensible (difficile à croire aussi par conséquent) que l'administration d'un pays aux ordres du patronnat en particulier, et un patronnat qui apprécient lui-même la survenue d'une main d'oeuvre étrangère, etc, s'amuserait à ne pas renouveller des permis de séjours de sujets sur place, répondant parfaitement aux conditions, pour pousser plutôt au bordel administratif, à l'accroissement du marché noir et une diminution d'entrée des impôts à la base. Bizarre... Il faudrait des exemples.
Je sais pas trop quoi vous dire, pour moi aussi c'est assez incompréhensible ... toujours est-il que des exemples, ma mère qui bosse à RESF en a vu quelques uns, même dans notre patelin de 10000 habitants (pas de cité, peu d'étrangers).

- une famille marocaine dont le père était maçon depuis quelques années, il avait une promesse d'embauche en CDI de son patron dès que sa situation serait régularisée : OQTF
- un jeune rwandais pris en charge par une ONG parce que la totalité de sa famille avait été massacrée au pays : OQTF dès qu'il est devenu majeur. Sarkozy voulait de l'immigration choisie, de haute qualité : le jeune avait été admis à Fermat, la plus prestigieuse prépa de Toulouse. C'était pas un guignol. OQTF quand même. Pour avoir droit à son autorisation de séjour il devait justifier d'une activité salariée : un boulot pas au noir, quoi. Donc pour avoir droit à ses papiers on lui demandait un boulot pour lequel il faut justement lesdits papiers. Bande de petits plaisantins ...
- un congolais dont le père et un frère ont obtenu l'asile politique (avant Sarkozy), mais son histoire à lui n'a visiblement pas été suffisamment convaincante ? Asile refusé, OQTF.
- un jeune kurde fuyant le service militaire en Turquie, là encore études, promesse d'embauche : OQTF
- ...

Il y a plusieurs cas différents mais dans l'ensemble il y a eu un durcissement de la politique d'immigration constatée par toutes les organisations, ce qui a poussé pas mal de personnes à s'investir dans ces problèmes alors qu'elles s'en désintéressaient globalement avant. Souvent, des voisins des expulsables, des parents d'élèves, des collègues, ... Cette politique du chiffre a connu un certain nombre de débordements, tant dans le fond (OQTF pour des enfants ou des personnes âgées gravement malades prises en charge par leur famille) que dans la forme (policiers qui viennent chercher des enfants en classe, à l'école primaire ; mères célibataires en garde à vue avec leur bébé seul pendant plus d'une journée à la maison ; départs précipités en charter avant la réponse du tribunal, avec parfois obligation de faire revenir la personne en France ; intimidation et poursuites envers des membres d'association de défense des sans-papiers, ...)

Mon sentiment tient plus d'une impression générale liée aux exemples que j'ai connu personnellement, avec toute la désinvolture envers le respect des personnes et même des lois quand elles ne vont pas dans le sens des expulsions que j'ai pu constater. J'ai eu des retours similaires de personnes avec qui je n'en avais jamais discuté auparavant.
Peut-être, après tout, qu'avec les immigrés en situation régulière c'est différent ? J'ai pas de preuve irréfutable mais bon, j'ai comme un gros doute.
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Cgs
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Re: Droit de vote aux immigrés.

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Bonjour,
salésienne05 a écrit :Il ne faut pas regarder ce "problème" (si problème il y a) avec nos yeux de nationaux n'ayant jamais bougé de chez nous. La question "pourquoi n'ont-ils pas demandé la nationalité française " pouvait se poser pour des émigrés/immigrés du siècle dernier, il se pose différemment aujourd'hui, dans notre univers mondialisé.
Je compte dans mon cercle d'amis proches 17 personnes travaillant à l'étranger, pour des raisons très diverses : l'amour pour certains, la capacité de travailler dans un domaine qui leur était fermé en France, l'envie de changement, le dépaysement, le soleil... Bref. Sur ces 17 personnes, certaines ne travaillent pas (elles sont épouses de ou quand ce sont des hommes, ils ont des difficultés à trouver un emploi). La plupart sont partis de France depuis plus de 10 ans et sont bien intégrées dans leur seconde patrie, 10 d'entre elles sont quasiment sûres de finir leur vie dans leur pays d'adoption. Mais, aucun d'entre eux ne désire obtenir la nationalité du pays où leurs enfants sont nés. Chacun d'entre eux continue à parler français à ses enfants. Chacun d'entre eux continue à cuisiner à la française, avec les apports de l'autre culture. De fait, leurs enfants sont élevés dans deux cultures différentes, et eux cultivent les deux cultures également.
Je me posais la question pour moi même : si je devais déménager à l'autre bout du monde, et ce quel qu'en soit le motif, pourquoi demanderai-je la nationalité du pays où je me suis installée ? J'en respecterai les lois, je tenterai d'y travailler, j'inscrirai mes enfants à l'école locale, j'y ferai mes courses, mais je resterai française. Dans un monde où les moyens de communications nous permettent de rester en lien avec nos proches, nos amis, où qu'ils soient dans le monde, je ne vois pas en quoi le fait de résider dans un pays, de l'aimer, d'y faire sa vie, nécessiterait que l'on renonce à sa nationalité originelle.
La question se pose uniquement pour les personnes qui, de fait, restent en France, pas pour ceux qui s'exilent 10 ou 20 ans. Ces deux cas sont très différents. Le premier entame une démarche d'assimilation à la nation française, le second cas s'installe avec un projet de retour. Mélanger déracinement et culture, deux écueils à l'assimilation, à la question du droit de vote aux étrangers, biaise la réponse à cette question.

Dans les faits, on ne sait pas si l'immigré va revenir. Mais la république française pourrait avoir des règles plus claires, en proposant non pas un droit de vote aux étrangers, dont j'ai montré qu'il était discriminatoire et qu'il remettaient en cause le suffrage universel, mais de proposer la nationalité à ceux qui de fait pourraient l'avoir.

salésienne05 a écrit : Cela en me paraît pas inconcevable, si on est installé depuis un petit moment en France, de pouvoir voter aux élections locales.
Pourquoi uniquement aux élections locales ? Après tout, les élections législatives sont locales, mais on élit quelqu'un qui va influencer la société au global via le Parlement. De plus, pourquoi ne pas donner à ces citoyens la nationalité française, pour éviter d'en faire des citoyens de seconde catégorie ? C'est ce que je disais ci-dessus : on a le citoyen qui vote parce qu'il est français, et le citoyen qui vote parce que l'on a estimé qu'il contribuait au pays localement. Double injustice : entre immigrés (comment déterminer qui contribue, et qui ne contribue pas), entre l'immigré et l'autochtone, l'un devant faire ses preuves pour voter, pas l'autre.

Il y a beaucoup plus simple : donner la nationalité à l'étranger qui s'assimile à la nation française. Il sera citoyen comme n'importe qui d'autre.
Par ailleurs, il existe une tranche de français de souche qui n'ont pas accès au droit de vote : les SDF... alors, la nationalité...
Argument idiot. Les handicapés non plus n'ont pas accès au droit de vote, selon cette logique. En réalité, cela n'a rien à voir. Les procurations existent, et le problème est ici l'exercice effectif du droit de vote, pas sa jouissance.
Dans les zones d'éducation prioritaire, la difficulté d'intégration ne vient pas des "primo-arrivants" qui sont généralement plein de bonnes volonté, mais bien de la deuxième ou troisième génération dont les parents n'ont pas été intégrés à la période du plein emploi.
A Marseille, dans les années 75/85, mon père était obligé d'appeler tous ses contacts pour trouver des emploi à ses anciens élèves maghrébins, y compris les plus diplômés, car on ne voulait pas de "bougnoules". Avec le temps, les "bougnoules" ont fait des enfants, toujours aussi peu intégrés, des imams saoudiens sont venus leur faire du porte à porte, et nous avons désormais une véritable rancoeur installée, en plus d'un extrêmisme religieux galopant. Pourquoi n'adhèrent-ils pas plus au christianisme ? Parce qu'ils ont dans la tête que le christianisme est la religion des riches blancs... Et de tout manière, dans ces quartiers, il n'y a guère de communauté chrétienne unie pour les accueillir.

Après, avec l'Algérie, on a un autre différend. Les blessures de part et d'autres sont encore béantes et il faut espérer que le temps pourra apporter le réconfort...
Vous parlez ici d'un cas spécifique d'intégration, qui n'est pas vérifié pour d'autres cas. Dans certaines situations, ce sont les primo-arrivants qui ne cherchent pas à s'intégrer, dans d'autres (cas des gitans par exemple, dont la non intégration date du XVème siècle) ce sont des populations plus anciennes.
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Re: Droit de vote aux immigrés.

Message non lu par salésienne05 »

Il me semble très bien de pouvoir donner la nationalité française aux résidents permanents étrangers mais qui peut dire, à notre époque, qu'il restera toute sa vie dans le même pays (par choix ou par "hasards de la vie") ? Nombreux sont mes amis français exilés qui ne comptent pas revenir en France, ou qui ne le pourront pas, y compris pour la retraite, mais ils ne souhaitent en aucun cas acquérir la nationalité du pays d'accueil... Je pense notamment à une amie qui vit maritalement avec un Indien, en Inde, et dont le mari, issu d'une grande famille possédant de nombreuses entreprises, ne quittera jamais l'Inde. Leurs enfants sont nés en Inde et vivent à l'indienne (vie mâtinée il est vrai de culture occidentale). Il n'est pas question de retour (si ce n'est pour les vacances), et mon amie n'aurait jamais idée de devenir Indienne. Elle est, me dit-elle, une française ayant épousé un Indien et vivant en Inde. Elle aime l'Inde mais ne se sentira jamais indienne... Je ne lui ai pas demandé pour la double nationalité (ce qui serait alors préférable). Idem pour mes amis français partis par amour aux Etats-Unis, ou au Canada. L'une de mes amies s'est installée volontairement avec son mari au Mozambique et ne souhaite ni renoncer à sa nationalité française, ni acquérir la nationalité du pays où elle souhaite finir ses jours avec son mari.

Cela paraît toujours étrange à un français, qui souvent a une tendance casanière (moi la première), d'imaginer des personnes volontairement "nomades" pour des raisons fort différentes (amour, travail, goût pour le changement). Quant aux réfugiés politiques, ils peuvent tout à fait être présents sur notre sol, s'intégrer, vouloir participer à la vie locale et nationale, et imaginer un retour au pays un jour. LA double nationalité pourrait convenir mais certainement l'adoption pure et simple de la nationalité française en renonçant à son autre nationalité. Mais participer à la vie politique du pays où l'on réside me paraît "normal" (l'organisation de la cité et ses choix peuvent concerner tous ceux qui vivent sur un même territoire). L'élection locale paraît plus adaptée à un étranger qui ne désire pas acquérir la nationalité française. Et, est-il si facile d'obtenir la nationalité française ?

Après, reste le problème de l'intégration : combien sont officiellement français, se sentent français, mais ne sont jamais considérés comme français dans les yeux des français de souche ? La marraine de mon fils est métisse, née en France, de père Martiniquais et de mère métropolitaine blanche : à chaque fois, on lui demande si elle est française... à près de 40 ans, cela commence à être "lourd". A une plus petite échelle, il se passe la même chose au niveau régional : dans les villages français, on ne vous considère jamais du "cru", si vous n'avez pas de la famille née sur place. Mon mari et moi sommes considérés comme des étrangers dans notre village car nous ne sommes pas d'ici (nous venons d'un département limitrophe tout de même ! et en tous les cas de la même région).

Vaste sujet tout de même...

Fraternellement.

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Re: Droit de vote aux immigrés.

Message non lu par Cgs »

salésienne05 a écrit :Il me semble très bien de pouvoir donner la nationalité française aux résidents permanents étrangers mais qui peut dire, à notre époque, qu'il restera toute sa vie dans le même pays (par choix ou par "hasards de la vie") ? Nombreux sont mes amis français exilés qui ne comptent pas revenir en France, ou qui ne le pourront pas, y compris pour la retraite, mais ils ne souhaitent en aucun cas acquérir la nationalité du pays d'accueil... Je pense notamment à une amie qui vit maritalement avec un Indien, en Inde, et dont le mari, issu d'une grande famille possédant de nombreuses entreprises, ne quittera jamais l'Inde. Leurs enfants sont nés en Inde et vivent à l'indienne (vie mâtinée il est vrai de culture occidentale). Il n'est pas question de retour (si ce n'est pour les vacances), et mon amie n'aurait jamais idée de devenir Indienne. Elle est, me dit-elle, une française ayant épousé un Indien et vivant en Inde. Elle aime l'Inde mais ne se sentira jamais indienne... Je ne lui ai pas demandé pour la double nationalité (ce qui serait alors préférable). Idem pour mes amis français partis par amour aux Etats-Unis, ou au Canada. L'une de mes amies s'est installée volontairement avec son mari au Mozambique et ne souhaite ni renoncer à sa nationalité française, ni acquérir la nationalité du pays où elle souhaite finir ses jours avec son mari.
Dans ces cas-là particuliers, dans la mesure où la personne ne s'assimile pas à la culture du pays d'accueil, je ne vois pas ce qui fonderait une quelconque prétention à vouloir participer à la vie publique, et à l'avenir d'un pays, pour lequel l'individu ne s'assimile pas. Comment l'individu considère-t-il le pays qui l'accueille ? Comme un lieu où il habite, point. Pas d'adhésion à la culture, pas de sentiment d'appartenir au corps social local (indien dans votre exemple). Pourquoi participer à l'édification de l'avenir d'une nation à laquelle on ne veut pas appartenir ? C'est incohérent, et ceci vide d'elle-même la revendication d'un droit de vote étranger.
Cela paraît toujours étrange à un français, qui souvent a une tendance casanière (moi la première), d'imaginer des personnes volontairement "nomades" pour des raisons fort différentes (amour, travail, goût pour le changement). Quant aux réfugiés politiques, ils peuvent tout à fait être présents sur notre sol, s'intégrer, vouloir participer à la vie locale et nationale, et imaginer un retour au pays un jour. La double nationalité pourrait convenir mais certainement l'adoption pure et simple de la nationalité française en renonçant à son autre nationalité. Mais participer à la vie politique du pays où l'on réside me paraît "normal" (l'organisation de la cité et ses choix peuvent concerner tous ceux qui vivent sur un même territoire). L'élection locale paraît plus adaptée à un étranger qui ne désire pas acquérir la nationalité française. Et, est-il si facile d'obtenir la nationalité française ?
Les réfugiés politiques sont un autre cas encore à part : ils ont fui leur pays pour des raisons géopolitiques. L'accueil en pays étranger leur assure la survie, on est loin d'un départ volontaire, ou d'un possible choix d'une nationalité.

La double nationalité est une possibilité en elle-même contradictoire, et renvoie à la question de ce qu'est la nationalité. Est-ce uniquement un truc pour avoir des droits supplémentaires, ou est-ce une appartenance à une nation, avec sa culture et son histoire ? La définition que l'on prend généralement est la première, car on raisonne au niveau de l'individu, sans se préoccuper de l'effet sur la nation qui accueille. Du coup, la double-nationalité devrait être accordée à tous ceux qui ont un peu voyagé. En effet, cela donne des droits dans tous les pays où l'on va, et on pourrait voter dans 2, 3 ou 5 pays. Si l'on considère la nation comme une culture et une histoire (ce qui est plus proche de sa définition natio en latin, et qui renferme l'idée d'une unité culturelle, historique et linguistique), alors la multi-nationalité est un non-sens.

Pourquoi est-ce un enjeu important ? Parce que considérer la nationalité uniquement comme un supplément de droits revient à dissoudre l'identité d'une nation dans les autres. Conséquences : multi-culturalisme, morcellement de la société et communautarismes en réaction. C'est une mauvaise approche de la nationalité.
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Re: Droit de vote aux immigrés.

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Marie du hellfest,
Il y a plusieurs cas différents mais dans l'ensemble il y a eu un durcissement de la politique d'immigration constatée par toutes les organisations, ce qui a poussé pas mal de personnes à s'investir dans ces problèmes alors qu'elles s'en désintéressaient globalement avant.
O.K. Donc, nous aurions une question ouverte finalement. Le genre : Y a-t-il eu un durcissement à quelque part dans le dossier des personnes se trouvant en situation précaire, sous Sarkozy ? En l'admettant, mais alors dans quelle mesure ? Et le gouvernement de Sarko encourageait-il un rallongement des délais afin de pouvoir obtenir la citoyenneté française ? Possible que son gouvernement aurait pu être favorable à une présence assez nombreuses d'étrangers en France, mais bien que favorable en même temps à l'idée de mettre dans bâtons dans les roues de ces derniers ? On dit «oui aux hilotes !» Mais ce n'est pas que l'on veuille qu'une masse de nouveaux arrivants puisse jouir trop rapidement de divers droits. Ce serait peut-être une affaire de clientélisme politique (?)

Les nouveaux arrivants en France (les ''un peu moins nouveaux'' aussi) sont simplement pris en étau dans le jeu politique qui s'exerce entre les deux grands partis de pouvoir. Il y a ceux que le parti socialiste aimerait bien recruter (nouvelle clientèle) pour le jeu électif, lorsque c'est nécéssaire, il y a ceux que l'UMP ne peut pas se permettre de trop favoriser à raison de sa propre base électorale déjà existante, légèrement plus conservatrice et formant l'échine du parti.

En tout cas, merci pour avoir fait suivre avec la réponse précédente, Marie. Entre damnés du bac à sable ou hippies déclassés ayant pu débarquer par mégarde dans un congrès d'actuaires de la chambre de commerce l'on devrait finir par s'entendre (sourire).

____________


«... le matériel à écrire d'Alcide tenait dans une boîte à biscuit. Quand il me vit ouvrir sa boîte, Alcide, il eût un geste qui me surprit pour m'en empêcher. Je ne savais pas pourquoi il m'en empêchait. Je la reposai sur la table.
- Ah ! ouvres-là, ça va, ça ne fait rien
A l'envers du couvercle était collé la photo d'une petite fille, rien que la tête, une petite figure douce avec de longues boucles comme on les portait dans ce temps-là. Je pris le papier, la plume, je refermai vivement la boîte. J'étais bien gêné pour mon indiscrétion. Je me demandais aussi pourquoi ça l'avait tellement bouleversé. Alors bien sûr j'imaginai tout de suite que c'était un enfant à lui dont il avait évité de me parler. Je n'en demanderais pas davantage. Mais je l'entendais derrière moi qui essayait de me raconter des choses. Il bafouillait. Je ne savais plus où me mettre. Ça serait une confidence terrible à écouter, j'en étais sûr. Je n'y tenais vraiment pas.
-C'est rien, qu'il disait, c'est la fille à mon frère. Ils sont morts tous les deux.
- Ses parents ?
- Oui.
-Alors qui c'est qu'y l'élève maintenant, ta mère ? Je disais cela comme ça, pour manifester de l'intérêt.
-Ma mère, je ne l'ai plus, non plus.
-Et alors ?
- Moi.
Il ricanait, Alcide, cramoisi. Comme s'il venait d'avouer quelque chose de pas convenable du tout.
-Je vais t'expliquer, qu'il disait, c'est à dire que la fais élever chez la soeur à Bordeaux, mais pas les soeurs pour les pauvres, tu me comprends. Chez des soeurs biens. Je veux que rien lui manque. Ginette, qu'elle s'appelle. C'est une gentille petite. Elle m'écrit, Elle fait des progrès. Payer des pensions comme ça, c'est cher, mais je voudrais qu'elle apprenne le piano en même temps. Qu'est-ce t'en dis, toi, du piano ? C'est bien le piano pour les filles, tu crois pas ? Et l'anglais ? c'est utile aussi, l'anglais. Tu sais l'anglais, toi ?
Je me mis à le regarder de plus près, Alcide. Comme il avait dû en faire des économies sur sa solde, sur ses primes, sur son minuscule commerce clandestin, pendant des mois, durant des années dans cet infernal Topo. Je n'osais plus lui parler. Je me sentais soudain énormément indigne de lui parler.
- Tu iras bientôt la voir ?
-Je pourrai pas avant trois ans. Tu comprends, ici, je fais un peu de commerce et ça lui aide bien. Si je partais à présent, à mon retour la place serait prise.
Ainsi, Alcide demandait-il à redoubler son séjour dans cet enfer.
- Ce qui m'ennui, disait-il, c'est qu'elle n'a personne là-bas pour les vacances. C'est dur pour une enfant.
Il tutoyait les anges, ce garçon. Il n'avait l'air de rien. Il offrait à cette petite fille lointaine assez de tendresse pour refaire un monde, et ça se voyait pas. On s'est couché. On s'est endormi à la lueur de la bougie. J'ai pas pu m'empêcher de me relever un coup pour bien le regarder à la lumière. Il dormait comme tout le monde. Il avait l'air bien ordinnaire.

Ce serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants.»

- Le voyage au bout de la nuit, Céline
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miel.
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Les personnes adoptées sont effectivement pris en étau quand les Français de souche ne les considèrent pas comme Français par exemple... les personnes de seconde génération aussi...
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Re: Droit de vote aux immigrés.

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Il me semble très bien de pouvoir donner la nationalité française aux résidents permanents étrangers mais qui peut dire, à notre époque, qu'il restera toute sa vie dans le même pays (par choix ou par "hasards de la vie") ? Nombreux sont mes amis français exilés qui ne comptent pas revenir en France, ou qui ne le pourront pas, y compris pour la retraite, mais ils ne souhaitent en aucun cas acquérir la nationalité du pays d'accueil... Je pense notamment à une amie qui vit maritalement avec un Indien, en Inde, et dont le mari, issu d'une grande famille possédant de nombreuses entreprises, ne quittera jamais l'Inde. Leurs enfants sont nés en Inde et vivent à l'indienne (vie mâtinée il est vrai de culture occidentale). Il n'est pas question de retour (si ce n'est pour les vacances), et mon amie n'aurait jamais idée de devenir Indienne. Elle est, me dit-elle, une française ayant épousé un Indien et vivant en Inde. Elle aime l'Inde mais ne se sentira jamais indienne... Je ne lui ai pas demandé pour la double nationalité (ce qui serait alors préférable). Idem pour mes amis français partis par amour aux Etats-Unis, ou au Canada. L'une de mes amies s'est installée volontairement avec son mari au Mozambique et ne souhaite ni renoncer à sa nationalité française, ni acquérir la nationalité du pays où elle souhaite finir ses jours avec son mari.

Cela paraît toujours étrange à un français, qui souvent a une tendance casanière (moi la première), d'imaginer des personnes volontairement "nomades" pour des raisons fort différentes (amour, travail, goût pour le changement). (...) Et, est-il si facile d'obtenir la nationalité française ?

Après, reste le problème de l'intégration : combien sont officiellement français, se sentent français, mais ne sont jamais considérés comme français dans les yeux des français de souche ? La marraine de mon fils est métisse, née en France, de père Martiniquais et de mère métropolitaine blanche : à chaque fois, on lui demande si elle est française... à près de 40 ans, cela commence à être "lourd". A une plus petite échelle, il se passe la même chose au niveau régional : dans les villages français, on ne vous considère jamais du "cru", si vous n'avez pas de la famille née sur place. Mon mari et moi sommes considérés comme des étrangers dans notre village car nous ne sommes pas d'ici (nous venons d'un département limitrophe tout de même ! et en tous les cas de la même région).(...)
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Bonjour ou bonsoir Salésienne,
Maintenant si le pays d'accueil doit connaître toutes les émotions par lesquelles passent un migrant, on n'en sortira pas. Je connais parfaitement la question que vous abordez, puisqu'elle me concerne. J'ai la double nationalité, française et canadienne, (et heureuse que le Canada accepte la double nationalité de la France; je n'aurais jamais renoncé à ma nationalité française; voyez comme c'est simple!). Attendez, je vais faire encore plus simple : les nationaux de souche ne considèrent pas réellement comme nationaux, les nationaux d'adoption; c'est un fait. Cela se constate partout. Parfois, cela s'étend même sur plusieurs générations! Pourtant, je me considère canadienne, à la fois, française et canadienne. La France est mon pays et le Canada est mon pays; pour moi, c'est indiscutable. J'aime autant l'un et l'autre. Différemment. Ceci dit, je comprends parfaitement les cas que vous citez, car chacun d'entre nous se situe différemment dans ces cas-là.

Mais revenons à la question du droit de vote pour les immigrés (résidents permanents). (Au fait, une nationalité ne se donne pas. Cela nécessite une démarche citoyenne; il faut la demander. On n'est pas des mollusques.) Mais pourquoi voulez-vous que ce soit fonction de comment les nationaux de souche les regarde, s'ils se décident ou non à demander la nationalité (et donc obtenir le droit de vote)? Je ne vous suis pas.
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Re: Droit de vote aux immigrés.

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Cgs a écrit : La double nationalité est une possibilité en elle-même contradictoire, et renvoie à la question de ce qu'est la nationalité. Est-ce uniquement un truc pour avoir des droits supplémentaires, ou est-ce une appartenance à une nation, avec sa culture et son histoire ? La définition que l'on prend généralement est la première, car on raisonne au niveau de l'individu, sans se préoccuper de l'effet sur la nation qui accueille. Du coup, la double-nationalité devrait être accordée à tous ceux qui ont un peu voyagé. En effet, cela donne des droits dans tous les pays où l'on va, et on pourrait voter dans 2, 3 ou 5 pays. Si l'on considère la nation comme une culture et une histoire (ce qui est plus proche de sa définition natio en latin, et qui renferme l'idée d'une unité culturelle, historique et linguistique), alors la multi-nationalité est un non-sens.

Pourquoi est-ce un enjeu important ? Parce que considérer la nationalité uniquement comme un supplément de droits revient à dissoudre l'identité d'une nation dans les autres. Conséquences : multi-culturalisme, morcellement de la société et communautarismes en réaction. C'est une mauvaise approche de la nationalité.
Bonjour,
Vous allez un peu plus loin que moi qui voyait dans le fait de ne pas demander la nationalité française un choix en faveur du pays d'origine (dans le cas ou il n'accepte pas la double nationalité); mais vous y ajoutez la notion de "supplément de droits", dans le cas ou l'immigré opte pour la nationalité du pays d'accueil. Déjà, ce choix n'est pas simple. Je le comprends fort bien. L'histoire de mes aïeux est tellement enracinée dans l'histoire de France qu'il m'est difficile de ne pas me sentir française. Ce choix n'est pas simple, mais c'est un choix qui regarde et engage l'immigré et lui seul. Point barre.
Mais pour en revenir à la notion de supplément de droits, disons que c'est un moindre mal que d'accorder le droit de vote à des étrangers dont il faudra définir le statut, selon quels critères, etc. (pourra-t-on voter avec un titre de séjour de 3 mois?!) Il me paraît bien plus simple de conserver le critère de la nationalité pour voter.
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