le surendettement : deux poids et deux mesures.

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Bernard Cherlonneix
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Inscription : jeu. 09 août 2012, 21:01

le surendettement : deux poids et deux mesures.

Message non lu par Bernard Cherlonneix »

Bonjour,

J'ai vu que l'on parle ici d'économie avec l'espérance d'un renouveau de cette dernière. Je me permets de m'immiscer dans le débat en proposant le thème du surendettement.

Je voudrais juste dénoncer ici, que selon que nous soyons pauvres ou puissants, le traitement du surendettement ne sera pas le même.

D'un côté il y a le surendettement des particuliers, encadré et combattu et de l'autre celui du surendettement de notre Etat, qui lui, est très loin d'être encadré, et encore plus loin d'être combattu. Pour prouver cela il me suffit de rappeler que cela fait près de 37 années que la France n'a pas su produire un budget à l'équilibre !

Deux poids, deux mesures, donc. Et cette situation mérite, je pense, que l'on y réfléchisse un peu. Imaginez un particulier que se trouverait dans la situation d'un Etat, il y a là pour lui de quoi rêver. Le particulier, en effet rappelons-le, est surendetté dès que les mensualités de crédit dépassent sa capacité de remboursement. Et si sa capacité de remboursement est inférieure sur le long terme aux mensualités de remboursement contractuelles, sa situation est dite "irrémédiablement compromise". Mais par contre, en ce qui concerne l'Etat, l'indicateur retenu pour lutter contre son surendettement consiste en un pourcentage du PIB, mis au point par...les États, et cela ne serait déjà pas si mauvais si cet accord sur les 60 % (plafond théorique de la dette publique rapportée au PIB), qui fut signé par les Etats européens en 1996 à Dublin, n'avait depuis longtemps été foulé aux pieds.

Deux poids deux mesures, et supercherie démocratique aussi, car le critère retenu - le pourcentage de PIB - est de nature politique et largement complaisant à l'égard de l'Etat. Il a été retenu par ce dernier car il permet de minimiser la gravité des déficits et de la dette aux yeux du bon peuple. C'est un peu comme si l'on rapprochait la perte nette comptable d'une entreprise du chiffre d'affaires de son secteur économique. En toute honnêteté la dette publique devrait être rapportée - non pas au PIB ou aux dépenses publiques - mais aux recettes budgétaires de l'Etat.

En réalité donc, et c'est ici que les choses s'éclaircissent hélas pour nous, afin d'avoir une image fidèle de la situation des finances de notre Etat, il faudrait rapprocher la dette de la capacité de remboursement de l'Etat, qui ne peut être qu'une partie de son revenu (de ses ressources budgétaires, soit 290 milliards d'euros), car la plus grande partie est absorbée par des charges courantes incompressibles, les salaires de la fonction publique par exemple, et qui ne peut donc être consacrée au remboursement de la dette. Si l'Etat parvient à dégager chaque année une fraction de son budget et le consacre ensuite au remboursement de la dette, c'est alors seulement que cette dernière diminuera enfin. Prenons alors en compte le montant du "service de la dette", qui s'élève à près de 50 milliards d'euros, et qu'il faudra nécessairement dépasser pour commencer à rembourser, et nous voyons alors réellement l'effort à consentir pour lutter contre le surendettement de l'Etat. Rappelons enfin que la dette s'élève à près de 1800 milliards d'euros...cela laisse songeur sur l'irréalité de la situation, qui se reflète bien dans les discours et les actes de nos gouvernants, qu'ils soient de droite ou de gauche d'ailleurs.

Nous sommes donc bien dans une situation de gouvernance financière aberrante, et qui confine à l’absurde. Une situation qui prévaut hélas, à quelques exceptions près, dans de nombreux pays et il est clair que le mensonge et la complaisance de nos dirigeants sont les premiers coupables.

Pour conclure et ouvrir le débat, je vous pose la question de savoir comment en est-on arrivé là, car moi j'ai bien une petite idée, mais je vous laisse à vos réactions éventuelles.

Merci, et à bientôt.
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zelie
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Re: le surendettement : deux poids et deux mesures.

Message non lu par zelie »

bonjour Bernard et permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue sur le forum si vous en êtes un nouveau membre, je ne vous avais pas croisé jusque-là.

Je trouve que même si on peut constater des différences essentielles entre les prêts aux ménages et les prêts aux états, les comparer n'a pas lieu d'être, les règles ne sont pas les mêmes, les enjeux non plus.
Au contraire, concernant les particuliers, il est très souhaitable qu'il y ait des règles rigoureuses et que chacun s'y tienne, ceci au moins pour encadrer les personnes qui par manque de connaissances bancaires pourraient se noyer dans l'endettement; donc je vois là un point très positif, devant lequel la contrainte des plafonnements ne m'apparait même pas regrettable.

Pour les états... j'avoue ma totale ignorance du détail, seulement une constatation globale externe des choses, qui se résument à peu de choses près au sentiment d'emballement incontrolé que vous décrivez.
Sur un point seulement je ne vous rejoindrais pas: un ministre de l'actuel gouvernement, -mais je ne sais plus lequel-, interrogé sur les 60 000 fameux nouveaux postes de l'enseignement et surtout sur leur poids financier, a balayé la question de leur coût comme étant dérisoire face à d'autres coûts étatiques, un truc de l'ordre de la centaine de milliers d'euros contre d'autres coûts de centaines de millions d'euros.
Comme on entend tout et son contraire sur le traitement (financier et social) des fonctionnaires, et dont on attend une rentrée bien agitée, ce serait pas mal, si quelqu'un a des chiffres et des arguments, de creuser aussi un peu cet aspect dans les charges de l'état.
Au moins, à entendre un coup que les fonctionnaires coutent trop chers et sont responsables de tous les maux, et d'autres fois qu'ils ne coutent presque rien et sont bien utiles, on pourrait commencer à y voir clair sans faire ressentir du rejet à tous les fonctionnnaires qui nous liront, qui doivent aussi un peut saturer de tous les points de vue à l'emporte-pièce qu'ils se prennent par la figure alors qu'ils n'y sont pour rien.
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Bernard Cherlonneix
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Re: le surendettement : deux poids et deux mesures.

Message non lu par Bernard Cherlonneix »

Bonjour Quaestor,


Merci pour votre message, je vais essayer ici d’y répondre, surtout en ce qui concerne le début de votre post.

Concernant la distinction qu’il faut faire selon vous entre endettement de l’Etat et celui des particuliers, je ne suis évidemment pas d’accord.


Naturellement, je me réjouis de l’encadrement de plus en plus sévère des conditions d’octroi d’un crédit. Ce fut l’objet de la loi Lagarde de 2010, qui marque plusieurs choses : aucune publicité incitant à recourir au crédit ne doit comporter d’ambigüité sur le fait que ce faisant on s’endette ; qu’un crédit « doit se rembourser », on insiste sur l’avertissement fait au particulier en rappelant qu’un crédit n’est ni un don ni une subvention. Enfin, les excès du crédit renouvelable sont dénoncés et les organismes de crédit à la consommation sont tenus d’incorporer dans chaque mensualité une partie de remboursement en capital pour que le crédit à la consommation ne devienne pas un boulet permanent pour le consommateur.

On le voit donc, les prêts faits aux particuliers sont encadrés avec sagesse par le législateur. Or, cette même sagesse ne semble pas s’appliquer à lui-même. Pourtant, comme le particulier ou l’entreprise, l’Etat dont le législateur émane, est tenu de respecter le droit et la justice. Quelle que soit la taille et le nom de celui qui agit, il doit respecter le droit et s’y soumettre, tout comme chacun doit se soumettre au principe de réalité que traduit le principe d’équilibre budgétaire, dont l’Etat s’est justement trop longtemps éloigné, en exposant ainsi le patrimoine entier de sa population qui croit avoir de l’épargne et qui n’a en fait que de la « fausse épargne ». Le fait que l’Etat soit plus gros, que le panier moyen de l’emprunteur public soit sans commune mesure avec celui de l’homme de la rue justifie-t’il un traitement dérogatoire encore plus favorable ? Ne devrait-il pas plutôt être exemplaire ou du moins se comporter plus normalement ?


Je continue en essayant de pointer pourquoi l’Etat espère, pour notre malheur et envers et contre tout, créer de la richesse en s’endettant toujours davantage. Pourquoi donc l’Etat relance-t-il les dépenses publiques avec de l’argent qu’il n’a pas, alourdissant ainsi son passif et celui de ses concitoyens ? Ses espoirs s’appuient en réalité sur le concept du « multiplicateur keynésien », véritable pont aux ânes des étudiants en « macro-économie ». Selon Keynes, l’Etat peut créer de la richesse nouvelle en ayant recours à l’emprunt. Or la valeur du multiplicateur keynésien est négative en période de crise. Je m’explique, G (la dépense publique totale) a beau augmenter, Y (le PIB ou revenu national) stagne ou se traîne. Avec une croissance de 1% (de PIB) obtenu grâce à 5 % (de PIB) de déficit budgétaire, la valeur du multiplicateur keynésien est de – 5 ou inférieur, or si la croissance du PIB est de zéro, sa valeur devient égale à moins l’infini ! A la longue, il ne multiplie que la dette.


Pour conclure, je dirais donc deux choses. D’abord que l’Etat ne peut légitimement pas se dispenser de respecter l’esprit des lois qu’il impose au nom du peuple à ses citoyens et très concrètement les règles qu’il s’est imposé dans le cadre du Traité de Maastricht définissant l’Union monétaire européenne, et ne peut donc pas se permettre un tel endettement. Et d’autre part, ce chemin vers l’équilibre retrouvé de nos comptes publics passe par la renonciation explicite des responsables politiques à la magie keynésienne qui a gagné tous les esprits, et a de ce fait peu à peu mené l’ensemble du monde « capitaliste » à la faillite virtuelle.


Voilà cher Quaestor ce que je peux répondre pour le moment à votre message, en espérant avoir été clair et vous avoir (un peu) convaincu.

Bien à vous,
Bernard.


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