Raistlin a écrit :
Je pense que ce que vous appelez la liturgie informe est un peu exagéré. Pour ma part, je n'ai jamais eu l'impression d'assister à des messes à chaque fois différentes. Et qu’entendez-vous lorsque vous dites qu’aucune paroisse n’a les mêmes pratiques liturgiques ? Je vous assure que je ne suis pas dépaysé lorsque j’assiste à des messes ailleurs que dans ma paroisse.
Néanmoins, là où je vous rejoins, c’est que trop de libertés sont prises avec le rite ordinaire.
D'une part, le missel laisse place à un certains nombre de choix, dont on se demande le besoin. D'autre part, les abus liturgiques sont innombrables. Et l'imagination humaine en la matière est sans borne. L'utilisation du vernaculaire facilite ces dérives car le célébrant peut ainsi facilement personnaliser la messe en y faisant des ajouts à sa façon.
Raistlin a écrit :
Moi j’ai honte des abus liturgiques. Mais je n’ai pas honte de la forme ordinaire.
Aujourd'hui ces deux éléments sont indissociables, donc je considère tout dans son ensemble.
Raistlin a écrit :
AdoramusTe a écrit :A contrario, quel que soit l'endroit où l'on assiste à la forme extraordinaire, on se sent chez soi, c'est l'universalité concrète.
Ça, je peux le comprendre. Néanmoins, un reproche qui fût souvent fait à la forme extraordinaire est que tout est en latin. Ne vous méprenez pas, j’aime le latin. Je trouve que c’est aussi une belle façon de prier tous ensemble la même chose, même quand on ne parle pas la même langue, c’est vraiment un moyen de vivre l’universalité.
Mais j’avoue que si je devais passer la Messe à lire mon missel pour comprendre ce que disent les prières, ça m’embêterait. Bon, j’imagine qu’avec la pratique, on finit par les connaître par cœur…
On s'accoutume très vite au latin. En fait, on finit par connaitre tout l'ordinaire par coeur, de même que les dialogues prêtre-assemblée.
Quand aux prières latines, elles ne sont pas si nombreuses.
Les lectures sont lues en français de nos jours, ou chantées en latin puis lues en français.
Dans la pratique, si on prépare sa messe avec son missel avant d'y assister, le problème ne se pose pas vraiment (c'est aussi valable pour la forme ordinaire).
Raistlin a écrit :
AdoramusTe a écrit :Etre attaché aux traditions, ce n'est pas être tourné vers le passé, c'est un enracinement nécessaire à la transmission de la foi.
Entendons-nous bien : je respecte la forme extraordinaire qui fait partie de la richesse de l’Église. Mais franchement, quand vous voyez les évêques de la FSSPX s’habiller comme au XIXème siècle,
Les questions vestimentaires sont annexes. Bien sûr, cela ne me plait pas plus qu'à vous. Mais d'un autre côté, les sacristies sont remplies de ces ornements inutilisés et ont les a remplacés par des choses assez horribles et très souvent indignes. Là aussi, on a voulu faire table rase du passé.
Raistlin a écrit :
lorsqu’on en entend certain récriminer contre le concile Vatican II (et notamment la liberté religieuse), ça s’appelle être tourné vers le passé. Non pas que toute innovation soit nécessairement une bonne chose, mais il faut aussi comprendre que l’Église doit sans cesse
Je me limite à la question de la liturgie ici, si vous le voulez bien. Je ne suis pas contestataire du Magistère même si je pense qu'on donne trop d'importance à Vatican II, qui n'est pas un super dogme.
Raistlin a écrit :
AdoramusTe a écrit :Et qu'on n'aille pas dire que l'interdiction de la messe de Saint Pie V et la persécution des prêtres et fidèles qui y étaient attachés fut une oeuvre de l'Esprit Saint.
Non, mais à votre avis, les choses se seraient-elles passées ainsi si le camp « tradi » ne s’était pas crispé ? Qui nous dit que l’interdiction de la forme extraordinaire ne fut pas la conséquence directe de la fronde de Mgr Lefebvre and Co ?
Figurez-vous que ce type de problème n'est pas nouveau dans l'histoire de l'Eglise.
Les Papes Nicolas II (XIIème) et Eugène IV (XV ème) ont essayé se faire disparaitre de le rite ambrosien (diocèse de Milan). Les milanais se sont opposés fermement à cette abrogation, jusqu'à la guerre civile, et ont obtenu satisfaction. Car il n'y a rien de plus légitime que de prier avec la prière de ses pères dans la foi.
Il y a d'autres exemple plus anciens. Il y en a dans l'Orthodoxie aussi, où certains changements liturgiques ont failli entrainer des schismes.
Il y a dans l'histoire de l'Eglise une légitimité à s'opposer à des changements liturgiques.
Il est un peu trop facile d'accuser Mgr Lefebvre. Je suis convaincu que son oeuvre était bonne à la base et même salutaire. Là où les prêtres se sécularisaient, où la soutane était interdite, où la liturgie était décadente, il a voulu sauver les meubles à son niveau.
Les attaques qu'il a subies de toute part (les prélats en première ligne !) l'on entrainé à se radicaliser jusqu'à franchir la ligne rouge.
Chacun a eu sa part de responsabilité dans ce schisme.
Raistlin a écrit :
Mais bon, je pense en effet qu’un vent malsain a soufflé dans l’Église à une époque (et que ces effets se font toujours sentir). Il ne s’appelle pas Vatican II ou forme ordinaire, mais libéralisme et relativisme. Vatican II a-t-il ouvert la voie au libéralisme et au relativisme ? C’est possible… Mais j’ai foi dans le Seigneur, et je crois fermement que si Vatican II n’avait pas eu lieu, la situation de l’Église, peut-être à plus long terme, aurait été pire. C’est un acte de foi que je pose, car c’est vrai qu’en voyant l’état de l’Église, surtout en France, j’ai plutôt envie de me partir penaud, comme les disciples d’Emmaüs, en me disant que tout est fichu et que Vatican II était une erreur. Mais je ne peux pas croire que le Seigneur a laissé un mauvais concile avoir lieu dans son Église.
Permettez-vous de vous citer le Cardinal Lutstiger (qu'on ne peut pas taxer de traditionalisme !), dans son livre d'entretien "Le choix de Dieu" paru en 1987 :
D. W. - Avez-vous le sentiment qu’après le triomphe de la raison, il y a, dans l’Église, une redécouverte de la nécessité de cette assomption et de l’importance des symbolismes ?
J.-M. L. - On commence à peine à s’en rendre compte, car on a cédé à la fascination rationnelle. Dans la réforme liturgique, on a cédé à la griserie de la modernité en éliminant trop de symbolismes naturels, en estimant qu’ils étaient païens, ne voulaient rien dire et devaient faire place à « un nouveau langage » encore à inventer, notamment pour les jeunes. Mais ce nouveau langage peut être très décevant quand il n’a aucune dimension historique et eschatologique. On a eu trop tendance à penser que réformer signifiait faire table rase des enracinements et tout réinventer à neuf. C’est aussi compréhensible, mais aussi contraire à la condition de l’homme que l’attitude des révolutionnaires les plus radicaux, qui, en urbanisme ou ailleurs, disent : « Table rase du passé ! ». C’est une méconnaissance de l’histoire.
...
J.- L. M. - D’une façon plus générale, vous êtes plutôt favorable à la conservation, et plutôt hostile à des changements dans les rites ?
J.-M. L. - Cela dépend des changements. Nous n’avons pas assisté à la première réforme liturgique de l’histoire, loin de là, mais c’est la première qui ait été aussi radicale dans le rite latin.
D. W. - En quoi a-t-elle été un changement radical ?
J -M. L. - La Constitution conciliaire sur la liturgie en est restée à des principes généraux, mais il faut considérer les applications ultérieures. Ce sont des universitaires, des professeurs, qui ont conçu cette réforme. Elle a été précédée d’un travail scientifique très remarquable. L’érudition historique moderne sur la liturgie s’est constituée à partir du XVIII siècle. Peu à peu, il s’est instauré une critique historique et « génétique » des sources. Entre les années 1930 et le Concile, les spécialistes de la liturgie ont généralement donné en modèle la liturgie basilicale de la belle époque, entre le IV et le V siècle : c’était l’idéal qu’il fallait reconstituer ! Et on a fait de la reconstitution. C’était intelligent, mais il n’est pas sûr qu’une évolution plus lente, moins volontariste, plus respectueuse des permanences et des continuités n’aurait pas donné aux fidèles eux-mêmes le sentiment d’un traumatisme moins grave. Si l’on avait mieux mesuré la portée des rites comme mémoire historique inscrite au cours des générations, on aurait probablement avancé plus lentement dans la réforme liturgique.
L'entretien peut être consulté ici :
http://www.paris.catholique.fr/132-Jean ... choix.html
Enfin, puisque nous parlons de vent mauvais, je pense tout autant que la haine (non, le mot n’est pas trop fort) que certains membres de la FSSPX manifestent envers l’Église « conciliaire » est du diable, et peu importe qu’ils célèbrent la Messe selon le rite extraordinaire, ça ne les protège pas de faire le jeu du démon.
La FSSPX pourrait justement avoir une vraie mission au sein de l’Église, pour l’aider à se réconcilier avec son passé. Par orgueil, c’est vers le schisme qu’elle se dirige.
C'est ce qu'on appelle des blessures. Il disent beaucoup de choses insupportables. Hélas, on a laissé s'installer cette situation.
Mais ils dénoncent aussi certaines choses scandaleuses qui se passent dans l'Eglise, et que personne ne semble vouloir résoudre, d'où une radicalisation des positions.