Bonjour Servane Chantal,
Il n'y a qu'un seul Dieu et qu'une seule Église qui est son corps. Une tête avec deux corps cela ne fonctionne pas, y voir deux religions c'est donc y voir deux Églises avec ses conséquences de facto.
Les autres, soucieux de rester dans l'unité et la communion de l'Église, y voient un Dieu de Miséricorde ou un Dieu comptable des fautes; tout comme dans la parabole du Pharisien et du Publicain.
Le pape François utilise cette jolie phrase : « La confession n’est pas un tribunal de condamnation, mais une expérience de pardon et de miséricorde ! ».
Regardons donc tout cela selon ce que dit l'Église catholique dans son CEC :
1491 Le sacrement de la Pénitence est constitué par l’ensemble des trois actes posés par le pénitent, et par l’absolution du prêtre. Les actes du pénitent sont : le repentir, la confession ou manifestation des péchés au prêtre et le propos d’accomplir la réparation et les œuvres de réparation.
Si le prêtre vous donne l'absolution ce n'est pas parce qu'il serait moderniste/progressiste/conciliaire mais pour une chose toute simple : le prêtre accorde le Pardon au nom de Dieu et non du sien, il vous fait donc partager une expérience de Miséricorde. Celle que le Pardon de Dieu n'est jamais refusé à celui ou celle qui le demande
et se convertit pour que la justice soit rétablie.
J'avais donné un lien sur mon mémoire concernant le sacrement de la Réconciliation sur ce forum, je ne vais donc pas refaire l'historique de ce sacrement ici. Pour les uns l'absolution sera donnée "en aval" - donc après, comme ce qui a existé pendant environ les 12 premiers siècles - et pour les autres l'absolution sera donnée "en amont" : à condition de remplir aux exigences de l'Église qui a ce pouvoir de lier ou délier (Matthieu 18,18) par la confession, la contrition, la pénitence et la
réparation.
Toujours historiquement, il y a peu que les prêtres dits "tradis" se sont vus déléguer la validité du sacrement de la Réconciliation (toujours par délégation de l'évêque diocésain) - puisque cela remonte à 2016, année de la Miséricorde - on peut donc comprendre cet anachronisme dû à une incompréhension sur la forme mais qui ne change pourtant rien au fond; ainsi que cette propension à vouloir toujours qualifier de "conciliaire" ce qui est incompris.
Par exemple, si vous êtes en situation de vie maritale avec un homme considéré comme marié par l'Église, les "tradis" vous donneront une sentence selon la Justice : état de vie corrigé alors l'absolution peut être donnée.
Les autres vous feront vivre une expérience de miséricorde : Dieu ne refuse jamais son Pardon à celui/celle qui veut changer, se convertir.
C'est ainsi que le Pardon vous est offert, mais à vous de faire en sorte que ce Pardon de Dieu puisse agir : on ne peut forcer Dieu à pardonner celui/celle qui ne veut pas sortir de son état de vie désordonné ou de son péché.
Ce que les "tradis" n'ont pas encore compris c'est que la Justice de Dieu est présente dans sa Miséricorde, un autre grand Mystère à découvrir.
Pour faire la lumière discernons notre confession, la réponse est-elle "oui" aux quatre questions suivantes ?
- Ai-je eu la contrition ? (le regret sincère de mes péchés)
- Me suis-je bien confessé ? (sans intention de cacher quoi que ce soit pour rouler le prêtre).
- Ai-je fait œuvre de repentance ? (en effectuant ma pénitence)
- Ai-je réparé, ou avais je l'intention sincère de le faire au moment de ma confession ? (pour rétablir une juste situation)
Mais vous savez, vous trouverez partout des personnes pour voir la paille dans votre œil, et les conseilleurs ne sont pas forcément les payeurs surtout par écran interposé.
Ce que nous vous disons (de manières différentes) c'est ce que dit l'Église, mais celle-ci reconnait aussi qu'elle ignore quelle est la réelle Miséricorde de Dieu. Aussi dans son caractère sotériologique c'est comme une mesure conservatoire : il est préférable d'aller dans le sens du Salut en appliquant ce qu'elle sait et nous enseigne, plutôt qu'aller en sens inverse par présomption. Au final, Dieu seul jugera.
Mais votre situation peut aussi être amplifiée par un autre déchirement : quelle sensibilité suivre ?
Soit vous vous sentez une attirance traditionnaliste et dans ce cas il faut en assumer la discipline et donc le Pardon en aval qui va avec, soit vous vous sentez attirée par l'expérience de la Miséricorde avec un pardon en amont mais qui ne changera rien sur le fond.
Faire le grand écart entre les deux ne pourra que vous rendre malheureuse, il faut de la cohérence : "que votre oui soit un oui, que votre non soit un non" comme le dit saint Jacques dans sa lettre (au chapitre 5 je crois).
L'important n'étant pas la préférence de l'une pour l'autre, mais de la vivre dans l'unité et la communion de l'Église; or tous ne sont pas dans la pleine communion comme on peut le constater ici même et cela a son importance.
Et je vais conclure avec les petits cahiers de Maria Simma, au nombre de sept je crois bien, que j'ai lus il y a 3 ou 4 ans.
Je suis surpris, qu'en tant que personne fréquentant un milieu toujours scrupuleux du légalisme, qu'aucun n'ait attiré votre attention sur la prudence concernant ces lectures. Alors que je ne suis pas "tradi", je vous informe que ses cahiers contiennent des erreurs doctrinales bien antérieures à nos différences respectives (comme les disputes scolastiques sur la vision béatifique permettant le salut après la mort, et qui a été fixé par benoit XII). Ses cahiers sont donc édifiants concernant les âmes du Purgatoire mais attention à ne pas les prendre pour des enseignements ou des vérités. Ce ne sont pas les mystiques qui fixent la doctrine, l'Eglise peut y trouver inspiration et discernement mais pas passionnellement; ce qui est souvent notre cas.