peccator a écrit :le concile de Latran IV (1215) a précisé la formule suivante :
" C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède "
Dans cette formule, je ne vois pas comment le Père procède de qui que ce soit.
Cher ami ,
Je vous remercie d'avoir pris le peine de faire des recherches aussi pointues.
Dans la formule que vous citez (et qui , je pense , n'est pas fausse mais trop lapidaire puisque l'on peut en déduire logiquement ce que vous en déduisez) , je remarque que le verbe "engendrer" est appliqué à l'actif pour le Père et au passif pour le Fils. Le Père est réputé actif de toute éternité par rapport au Fils , et le Fils est réputé passif de toute éternité par rapport au Père.
Le concept d'engendrement (substantif du verbe "engendrer") ne se conçoit pas sans communication de la vie , et si la vie du Père est communiquée au Fils par engendrement et à sens unique , la vie du Fils a une origine en soi qui est pour lui , et il est n'est pas égal au Père dont il tient la vie. Si l'on comprend de cette manière la relation entre le Père et le Fils , il y a une hiérarchie dans l'Etre trinitaire , et les 3 Personnes ne sont pas"conssubstantielles".
Pour que le Père et le Fils soient consubstantiels , il est indispensable d'admettre une activité de toute éternité du Fils par rapport au Père , en sorte que la vie du Père procède du Fils comme la vie du Fils procède du Père.
Cette procession réciproque pourrait-être génération >< régénération.
S'agissant du Saint Esprit (il ne faut pas oublier qu'il est Dieu , égal au Père et au Fils et éternellement conssubstantiel à CHACUNE des 2 autres Personnes et non pas à l' ENSEMBLE des 2 autres Personnes) , la même problématique se pose quant à l'origine de sa vie.
Si le Fils procède du Père à sens unique et que le Saint Esprit procède du Père et du Fils à sens unique , la hiérarchie s'accentue dans l' Etre trinitaire , et les 3 Personnes sont éternellement de moins en moins consubstantielles , ce qui constitue un non-sens.
Faire valoir que le Père est la seule Personne qui soit "non-engendrée" est une erreur , puisque la Personne du Saint Esprit aussi est "non-engendrée".
La difficulté, c'est que la procession fait une référence à l'origine. Hors les trois personnes divines co-existant de toute éternité, il ne saurait y en avoir une qui existe avant les autres.
Tout à fait , et il me semble qu'il ne faut pas faire abstraction de cette difficulté mais concevoir qu'il puisse y avoir , au sein même de la Trinité , des pro-cessions et rétro-cessions éternellement efficaces , sans faire intervenir une origine qui émane spécifiquement du Père.
Quand on dit que le Fils et l'Esprit procèdent du Père, cela ne veut pas dire que d'abord il y a eu le Père, puis un jour il y a eu aussi le Fils et l'Esprit.
D'autant qu'une notion temporelle (un jour) est incompatible avec l'intemporalité de l'éternité.
Cela veut dire que la relation entre le Père et le Fils est une relation de génération (engendrement ? J'ai un doute sur le substantif correspondant à engendrer), et que dans cette génération, c'est le Père qui engendre, et le Fils qui est engendré.
Cf. plus haut , la Personne active et la Personne passive.
Mais il n'y a ni ordre de succession, ni subordination.
C'est là qu'est l'os , parceque l'engendrement à partir d'une Personne (le Père) suppose une cession vectorielle (pro-cession) à destination de la Personne suivante dans l'énumération (le Fils) , et la vie du Fils serait subordonnée à la vie du Père , ce qui ferait du Père l'origine de sa propre éternité et de l'éternité du Fils.
Il en est de même pour l'Esprit, dans ses relations avec le Père et le Fils.
C'est un postulat qui résulte du postulat précédent.
Les relations inter-Personnelles au sein de la Trinité sont des relations entre Personnes consubstantielles , et leur consubtantialité impose de ne concevoir entre elles ni succession ni subordination ; mais sans réciprocité des cessions , les 3 Personnes seraient successives , et la Personne suivante subordonnée à la précédente , a fortiori en cas de procession d'une Personne (le Saint Esprit) à partir de 2 Personnes (le Père et le Fils).
Je pense qu'il ne faut pas confondre la consubstantialité de chaque Personne avec chaque Personne et la consubstantialité de chaque Personne avec 2 Personnes réunies.
Selon la formule du concile de Florence (1442) :
" tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas l’opposition de relation "
Evidemment , il ne peut pas y avoir OPPOSITION des relations entre les Personnes.
Et même (toujours par le même concile) :
" A cause de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils "
C'est l'UNICITE de l'Etre qui est la cause de la compénétration des Personnes , non pas l'unité des Personnes entre elles : Elles ne sont pas UN (compénétrées) quand elles sont extrinsèquement distinctes dans leur unité.
Par exemple : Le Fils siège à la droite du Père , et le Père s'emploie à faire des ennemis du Fils l' escabeau de ses pieds ( Actes 2, 34 ; Psaume 110, 1).
Tout ceci est expliqué au CEC, dans les sections 249 et suivantes.
Et je vais même enfoncer le clou, car je viens de retrouver la ligne que je cherchais : juste au-dessus, à la section 248 :
Citer:
248 La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine première du Père par rapport à l’Esprit.
On en revient au début : Dieu est sa propre origine , et l'Esprit Saint n'est pas moins Dieu que le Père et le Fils...etc (je ne vais pas tout recommencer).
En confessant l’Esprit comme " issu du Père " (Jn 15, 26), elle affirme que celui-ci est issu du Père par le Fils (cf. AG 2).
Ainsi , le Fils serait l'agent de la procession du Saint Esprit : On retombe dans la succession et la subordination.
La tradition occidentale exprime d’abord la communion consubstantielle entre le Père et le Fils en disant que l’Esprit procède du Père et du Fils (filioque).
Dire que l'Esprit procède du Père et du Fils n'est pas l'expression préalable de la consubstantialité du Père et du Fils ; c'est l'expression d'une procession.
Elle le dit " de manière légitime et raisonnable " (Cc. Florence en 1439 : DS 1302), car l’ordre éternel des personnes divines dans leur communion consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de l’Esprit en tant que " principe sans principe " (DS 1331)
Le Père posé comme premier principe empêche que chaque Personne soit principale.
On en revient à la succession et à la subordination.
mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit avec Lui " l’unique principe d’où procède l’Esprit Saint " (Cc. Lyon II en 1274 : DS 850).
Ces processions sont linéaires , et 2 personnes deviennent l'unique principe d'où procède la 3eme , comme si le principe n'était pas éternel.
Toujours la succession et la subordination.
Cette légitime complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé.
Complémentarité ? Il n'y a pas de complémentarité dans une UNICITE (où les Personnes ne s'ajoutent pas les unes aux autres dans des processions successives et subordonnées). Il y a complémentarité dans l'unité mais non pas dans l'unicité.
Ce n'est pas moi qui soutient que le Père est principe sans principe (et donc qu'Il ne procède de personne), mais bien le Catéchisme de l'Eglise Catholique, qui ne fait que citer le Concile de Florence.
J'entends bien que ce n'est pas vous qui le soutenez , mais j'entends aussi que vous le soutenez par principe , avec toute la rigidité que celà implique.
Puisque vous avez évoqué les enseignements du concile de Florence en les présentant comme des enseignements magistraux , comme le veut la tradition catholique pour tous les enseignements de tous les conciles (en particulier pour les conciles oecuméniques , malgré la contestation ultérieure(théoriquement impossible) de la procession adoptée à Constantinople) , permettez moi de mettre en exergue un enseignement magistral du dit concile de Florence présidé par le Pape Eugène IV :
Décret sur l'unité du 8 juillet 1439.
/...
4." Les âmes de ceux qui meurent avant d'avoir satisfait par de dignes fruits de pénitence, quoiqu'en état de grâce, sont soumises aux peines du purgatoire, et peuvent être soulagées par le saint sacrifice, par les prières et les autres bonnes oeuvres des vivants; celles qui n'ont rien à expier sont aussitôt admises dans le ciel au bonheur de voir Dieu; et celles qui sortent de ce monde avec un péché mortel, ou même avec le seul péché originel, descendent en enfer, pour y souffrir des peines diverses."
Quoi ??? les âmes qui sortent de ce monde "même avec le seul péché originel" descendent en enfer , pour y souffrir des peines diverses ?
Quelles sont les âmes qui sortent de ce monde "avec le seul péché originel " ? Uniquement les âmes des enfants ! Et ces âmes d'enfants descendraient en enfer en sortant de ce monde "pour y souffrir des peines diverses " ? Mais c'est abominable ! Et abominablement faux , n'en déplaise à Eugène IV ou à n'importe quel concile , oecuménique ou pas , en PRINCIPE guidé par l'Esprit Saint. Qui croira celà ?
A+ (volontiers : Il faudra aussi examiner la Thèse de St.Thomas d'Aquin relative au "Filioque").
