Bonjour,
Ce sont des réflexions de Gustave Thibon. Elles me paraissent si profondes, il serait dommage de ne pas en faire profiter les passants qui circulent dans le coin.
Voir :
«La souffrance a ceci de vrai et de profond qu'elle nous fait nécessairement ou monter ou descendre; elle ne connaît pas de statu quo ni de ligne horizontale, elle mène au ciel ou en enfer. Celui qui marche dans la douleur ne marche jamais en pays plat.»
«De ce que le plaisir ne m'a point aimé, de là est née ma liberté. - Nous savons trop bien quelles sont les conditions de la plupart des ascensions humaines. On monte quand on n'a plus d'issue par en bas. Pour que l'homme veuille la joie la plus haute, il faut que la joie la plus basse ne veuille plus de lui.»
«Un homme est grand dans la mesure où, placé entre l'illusion et la douleur, il choisit la douleur.»
«J'affirme contre les nihilistes contemporains la valeur essentielle de l'expérience du désespoir. Mais tandis que pour eux le désespoir est une fin, il est pour nous un passage, une épreuve. Le sommet de la sainteté pour un chrétien réside dans le refus du désespoir. Pour refuser le désespoir, il faut d'abord l'éprouver, le pâtir à fond, mais il faut en même temps le dépasser par un acte d'amour aveugle, inconditionnel (il n'est donc pas valeur suprême : in manus tuas commendo spiritus meum). Alors que les nihilistes prêchent le désespoir pur et simple, nous prêchons avec saint Paul l'espérance contre l'espoir. On ne possède Dieu, dans sa pureté surnaturelle, qu'à travers le désespoir pâti et surmonté. Plus précisément, ce que nous enseignons, ce n'est pas le désespoir, mais l'espérance sans consolations ni complicités naturelles qui, au-delà de toutes les apparences hostiles, s'appuie uniquement sur la miséricorde ineffable de Celui qui «ne donne pas comme le monde donne». C'est au fond l'enseignement de saint Jean de la Croix : pour n'espérer qu'en Dieu seul, il faut avoir désespéré de tout ce qui n'est pas Dieu.»
«Tous les êtres qui s'agitent ... Que cherchent-ils? Ils ont soif d'avorter de quelque chose. Ils n'ont pas la force de laisser mûrir dans leurs entrailles leur douleur, leur solitude ou leur Dieu. Ils cherchent des moyens rapides et proches de se débarrasser de ces choses : qui les bras d'une femme, qui une vie facile, qui les vains jeux de la gloire ou du pouvoir. Ils ne veulent pas enfanter dans la douleur. Mais où est leur gain? Ils avortent aussi dans la douleur - et dans une douleur stérile et sans issue. Car l'avortement n'est jamais une délivrance, et le fruit vert arraché se survit dans les entrailles par une plaie qu'on arrache pas.»
«Plus l'expérience affective du divin se tarit en moi, plus la foi au Dieu chrétien s'ancre, irréfutable, absolue, immortelle dans ma pensée. Jadis, au coeur des ivresses religieuses, cette pensée me traversait parfois comme une flèche : c'est trop doux pour être vrai! Et maintenant, dans la transcendance désertique de ma foi, je songe : c'est trop vrai pour être doux!»
«Il n'est peut-être ici-bas - sauf chez les saints - qu'une douleur parfaitement innocente, parfaitement vraie, et c'est la douleur physique. Que reste-t-il des douleurs de l'âme, si l'on en retranche les tourments de l'orgueil, de l'envie et du rêve, le vain regret du passé et la vaine angoisse du lendemain?»
Source : Gustave. Thibon, L'échelle de Jacob, 188 p.
L'échelle de Jacob
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Cinci
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L'échelle de Jacob
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gerardh
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Re: L'échelle de Jacob
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Bonjour,
L'échelle de Jacob est une figure de Jésus et de sa grâce, comme nous le voyons quelque part dans les évangiles.
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Bonjour,
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Cinci
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Re: L'échelle de Jacob
Le péché
«Ce que l'homme répare est toujours plus pauvre et plus précaire qu'avant l'accident ou l'usure. Mais ce que Dieu répare est plus vierge et plus profond que dans son intégrité primitive. Et là seulement est la solution du problème du mal : felix culpa, necessarium peccatum, etc.»
«Ce qu'il y a de plus divin peut-être dans le christianisme, c'est son attitude en face du mal. D'une part, il repousse tout compromis avec lui (si ton oeil te scandalise ...) et, de l'autre, il proclame sa nécessité, sa fécondité divine (O felix culpa ...). La morale du monde, au contraire, enveloppe théoriquement les moindres fautes d'une réprobation absolue (voir par exemple l'attitude de la conscience bourgeoise devant la plus légère infraction au code de l'honnêteté ou de la «pureté») mais, pratiquement, elle compose bassement avec le mal. »
«Ce paradoxe de l'Évangile et cette hypocrisie du monde s'expliquent d'eux-mêmes. Le monde ne peut pas transformer le mal en bien : comment croirait-il en la beauté et en la profondeur du mal? Et ce mal qu'il est impuissant à détruire, comment ne transigerait-il pas avec lui? Mais le christianisme croit à la fécondité du mal parce qu'il sait tirer du mal les suprêmes fruits de l'amour. Et c'est pour la même raison qu'il repousse tout compromis avec le mal : il n'a pas besoin de composer avec la pourriture, celui qui peut ressusciter Lazare ...»
et
«Sens du péché - Des ennemis de la vie, ceux qui croient au péché? Sans doute, si leur sentiment du péché ne procède pas de l'amour. Mais la vraie doctrine du péché est fille du plus profond respect de la vie. Pécher, ce n'est pas enfreindre une règle morte, c'est gaspiller quelque chose d'indiciblement profond, vierge et frêle. L'ordre est en effet un abîme vivant, l'ordre est divin. Les choses que nous profanons par le péché sont toutes vibrantes, toutes chaudes de l'amour infini qui nous les présente. Quand nous les détournons avarement de leur but, nous souillons, nous vouons au vide et au diable des miettes de Dieu. Celui qui a la notion la plus vive du péché est aussi celui qui croit le plus à la sainteté de la vie. Les autres - ceux qui nient le péché au nom de la vie - ne prennent pas la vie au sérieux, ils traitent la vie en prostituée.»
et
«En face du vice, de la cruauté et de la débauche, du mal en général, on éprouve parfois une impression d'abîme, de mysterium tremendum. Mais cet abîme n'est pas dans le mal, il n'est que dans le bien refusé. Rien n'est plus banal que le mal : c'est surtout à force de sottise et d'étroitesse que le vice est répugnant. L'enfer est un pays plat. En dépit de tous les romantismes, la bassesse ne s'identifie jamais avec la profondeur.
«Un homme agit bassement. Avant de le juger, il s'agit de savoir ce qui, en lui, se trouve au niveau de cette bassesse. Si ce sont les entrailles seulement, rien n'est perdu. Si c'est le coeur, le cas est déjà plus grave. Si c'est la tête, tout est consommé!»
La haine
Problème
«Tu joues avec le feu. Prends garde : demain, c'est le feu qui jouera avec toi. Tu pèches encore librement. Mais bientôt le péché chassera de toi la liberté et tu pécheras malgré toi. Alors malheur à toi si tu conserve encore quelque saveur et quelque nostalgie de la pureté perdue! Il n'est pas de pire destin que celui de l'homme qui reste trop noble pour se complaire dans le mal et qui n'est plus assez fort pour lui résister. La torture de cet homme dont l'âme est d'autant plus vibrante au bien que ses membres sont plus liés par le mal, d'autant plus délicate au-dedans qu'elle est plus impuissante au-dehors, ressemble à celle du blessé qui, suivant l'image saisissante de Baudelaire : meurt sans bouger dans d'immenses efforts».
Consentement au mal
«Il faut consentir au mal en ce sens qu'il ne faut se dissimuler ni son existence ni sa force, mais il ne faut pas s'y résigner. Il faut y consentir comme un guerrier accepte, pour mieux le vaincre, la réalité de l'ennemi. Cette acceptation est à l'opposé de la résignation. La façon la plus radicale de s'abandonner au mal est de refuser d'en prendre conscience (optimisme facile, mythe du progrès nécessaire, etc.)»
La volonté de prier
«Les faibles prient, ils ont besoin de prier pour vivre. Et les forts qui ne prient pas les traitent de lâches. Mais les plus lâches sont ceux à qui Dieu a fait crédit, et qui profitent des réserves que Dieu leur a confiées pour s'isoler dans l'orgueil. Ceux qui ont reçu d'avance la force et l'équilibre et qui, n'ayant pas besoin de mendier chaque jour le pain de leur âme, abusent sans vergogne des dons sans repentir, des dons les plus nobles, retournent ces dons contre le donateur et puisent, dans la générosité de celui-ci, la noire force de l'ingratitude et de l'oubli.
L'orgueil peut donner une impression superficielle de grandeur et de noblesse : en réalité il n'est pas pire bassesse que l'orgueil parce qu'il n'est de pire ingratitude. L'homme le plus vil est celui qui néglige de dire merci à Dieu parce qu'il sent que Dieu ne reviendra pas sur ses bontés. L'âme noble prie et plus Dieu lui a donné d'assurance et d'autonomie terrestre, plus sa noblesse se fait humble et dépendante envers Dieu; moins la nécessité la force à prier, et plus sa fidélité veut prier.
«Ce que l'homme répare est toujours plus pauvre et plus précaire qu'avant l'accident ou l'usure. Mais ce que Dieu répare est plus vierge et plus profond que dans son intégrité primitive. Et là seulement est la solution du problème du mal : felix culpa, necessarium peccatum, etc.»
«Ce qu'il y a de plus divin peut-être dans le christianisme, c'est son attitude en face du mal. D'une part, il repousse tout compromis avec lui (si ton oeil te scandalise ...) et, de l'autre, il proclame sa nécessité, sa fécondité divine (O felix culpa ...). La morale du monde, au contraire, enveloppe théoriquement les moindres fautes d'une réprobation absolue (voir par exemple l'attitude de la conscience bourgeoise devant la plus légère infraction au code de l'honnêteté ou de la «pureté») mais, pratiquement, elle compose bassement avec le mal. »
«Ce paradoxe de l'Évangile et cette hypocrisie du monde s'expliquent d'eux-mêmes. Le monde ne peut pas transformer le mal en bien : comment croirait-il en la beauté et en la profondeur du mal? Et ce mal qu'il est impuissant à détruire, comment ne transigerait-il pas avec lui? Mais le christianisme croit à la fécondité du mal parce qu'il sait tirer du mal les suprêmes fruits de l'amour. Et c'est pour la même raison qu'il repousse tout compromis avec le mal : il n'a pas besoin de composer avec la pourriture, celui qui peut ressusciter Lazare ...»
et
«Sens du péché - Des ennemis de la vie, ceux qui croient au péché? Sans doute, si leur sentiment du péché ne procède pas de l'amour. Mais la vraie doctrine du péché est fille du plus profond respect de la vie. Pécher, ce n'est pas enfreindre une règle morte, c'est gaspiller quelque chose d'indiciblement profond, vierge et frêle. L'ordre est en effet un abîme vivant, l'ordre est divin. Les choses que nous profanons par le péché sont toutes vibrantes, toutes chaudes de l'amour infini qui nous les présente. Quand nous les détournons avarement de leur but, nous souillons, nous vouons au vide et au diable des miettes de Dieu. Celui qui a la notion la plus vive du péché est aussi celui qui croit le plus à la sainteté de la vie. Les autres - ceux qui nient le péché au nom de la vie - ne prennent pas la vie au sérieux, ils traitent la vie en prostituée.»
et
«En face du vice, de la cruauté et de la débauche, du mal en général, on éprouve parfois une impression d'abîme, de mysterium tremendum. Mais cet abîme n'est pas dans le mal, il n'est que dans le bien refusé. Rien n'est plus banal que le mal : c'est surtout à force de sottise et d'étroitesse que le vice est répugnant. L'enfer est un pays plat. En dépit de tous les romantismes, la bassesse ne s'identifie jamais avec la profondeur.
«Un homme agit bassement. Avant de le juger, il s'agit de savoir ce qui, en lui, se trouve au niveau de cette bassesse. Si ce sont les entrailles seulement, rien n'est perdu. Si c'est le coeur, le cas est déjà plus grave. Si c'est la tête, tout est consommé!»
La haine
- «La haine n'est pas une passion réaliste : elle poursuit une image outrageusement simplifiée du prochain. C'est notre propre péché que nous haïssons dans les autres; nous substituons à la réalité objective de l'être haï la projection des plus basses parties de nous-mêmes; nous ne voyons plus ce qui reste en lui d'humain et d'aimable sous le mal qui suscite notre fureur; nous décrétons qu'il est tout entier ce monstre ou cette canaille que nous ne sommes qu'en partie.»
- «Je jette un cancrelat dans la basse-cour. Si une seule poule s'y trouve, elle le pique du bec et le rejette avec dégoût. Mais si elles sont deux ou plusieurs, elles se battent pour le dévorer. Les hommes agissent ainsi sur une plus vaste échelle. Que de choses pour lesquelles nous n'avons pas plus de goût naturel que la poule pour le cancrelat et que nous poursuivons avec rage uniquement pour arriver les premiers au but et pour en priver les autres! La compétition et l'envie entrent dans nos convoitises pour une plus large part que le désir.»
Problème
«Tu joues avec le feu. Prends garde : demain, c'est le feu qui jouera avec toi. Tu pèches encore librement. Mais bientôt le péché chassera de toi la liberté et tu pécheras malgré toi. Alors malheur à toi si tu conserve encore quelque saveur et quelque nostalgie de la pureté perdue! Il n'est pas de pire destin que celui de l'homme qui reste trop noble pour se complaire dans le mal et qui n'est plus assez fort pour lui résister. La torture de cet homme dont l'âme est d'autant plus vibrante au bien que ses membres sont plus liés par le mal, d'autant plus délicate au-dedans qu'elle est plus impuissante au-dehors, ressemble à celle du blessé qui, suivant l'image saisissante de Baudelaire : meurt sans bouger dans d'immenses efforts».
Consentement au mal
«Il faut consentir au mal en ce sens qu'il ne faut se dissimuler ni son existence ni sa force, mais il ne faut pas s'y résigner. Il faut y consentir comme un guerrier accepte, pour mieux le vaincre, la réalité de l'ennemi. Cette acceptation est à l'opposé de la résignation. La façon la plus radicale de s'abandonner au mal est de refuser d'en prendre conscience (optimisme facile, mythe du progrès nécessaire, etc.)»
La volonté de prier
«Les faibles prient, ils ont besoin de prier pour vivre. Et les forts qui ne prient pas les traitent de lâches. Mais les plus lâches sont ceux à qui Dieu a fait crédit, et qui profitent des réserves que Dieu leur a confiées pour s'isoler dans l'orgueil. Ceux qui ont reçu d'avance la force et l'équilibre et qui, n'ayant pas besoin de mendier chaque jour le pain de leur âme, abusent sans vergogne des dons sans repentir, des dons les plus nobles, retournent ces dons contre le donateur et puisent, dans la générosité de celui-ci, la noire force de l'ingratitude et de l'oubli.
L'orgueil peut donner une impression superficielle de grandeur et de noblesse : en réalité il n'est pas pire bassesse que l'orgueil parce qu'il n'est de pire ingratitude. L'homme le plus vil est celui qui néglige de dire merci à Dieu parce qu'il sent que Dieu ne reviendra pas sur ses bontés. L'âme noble prie et plus Dieu lui a donné d'assurance et d'autonomie terrestre, plus sa noblesse se fait humble et dépendante envers Dieu; moins la nécessité la force à prier, et plus sa fidélité veut prier.
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