Avé PaxetBonum
Vu la page ; c'est bien que vous ayez cherché des documents (comme j'ai vu d'autres pages de manuel, vous en aurez un aperçu ici :
http://www.penser-le-genre-catholique.f ... 26859.html )
Ce blog fait une critique générale et intelligente de nombre de pensées catholiques sur le sujet, en montrant l'insuffisance intellectuelle de certains des commentateurs (frappant dans le cas de Marguerite Peeters, dont on se demande si la "pensée" mérite ce nom).
Plusieurs commentaires :
- une réserve de fond - et là, je serai d'accord avec vous - sur l'idée de faire ces débats, qui semblent incongrus dans un manuel de biologie. A ceci près que des inserts "à côté" du sujet sont courants dans ces ouvrages, qu'il s'agisse de biologie humaine ou non. Donc il faut mettre en contexte et voir ce qu'on dit à côté. Au demeurant, pour que votre présentation soit complète, il faut que vous joigniez les questions et les exercices mentionnés, qui sont parfois beaucoup plus tendancieux.
- un accord avec vous sur l'idée que l'éducation sexuelle manque d'éthique et qu'il y a un vrai problème de définition "mécaniste". Pas besoin d'être un tradi pour le dire : comme je l'ai écrit plus haut, Françoise Dolto elle-même s'en plaignait. Mais ce n'est pas le "gender" qui est en cause ici.
- le texte lui-même n'est pas d'un seul bloc. Il y a des interviews et des coupures de presse, qui ne disent pas la même chose, et pas sur le même ton. Je les passe en revue :
1° le premier est le plus orienté, et le plus contestable car il n'emploie même pas le mot "genre" et il résume tout par la notion de sexe, défini comme l'ensemble sexe chromosomique + sexe différencié + identité sexuelle. C'est seulement cette dernière qui est décrite comme "la perception subjective que l'on a de son propre sexe et de son identité sexuelle". Ce qui veut dire que les deux premières composantes sont définies de façon objective.
Je ne vois pas ce qu'il y a de polémique à dire que l'identité sexuelle comporte une part de subjectivité. Je me sens hétérosexuel, et personne ne va m'enlever ça. Dans la suite du texte, la phrase est plus discutable : on donne une part
exclusive à la subjectivité dans la définition de l'identité sexuelle. Je rejoindrai ici vos critiques. Mais - vous l'aurez noté - le texte mentionne que ce serait le cas "selon les auteurs". Donc ce n'est pas affirmé de manière catégorique.
2° le deuxième texte est beaucoup plus nuancé qu'il n'y paraît. On met l'accent sur le processus de socialisation, mais c'est incontestable (il n'est pas dit à la naissance que nous devions associer le rose aux filles et le bleu aux garçons). La phrase qui prête le plus à discussion est "seul sexe bien établi, le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle, mais ce n'est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin". Sauf qu'elle est nuancée par ce qui suit : "Selon Chiland, l'être humain est une construction, seuls existent des hommes et des femmes. Devenir un être sexué fait partie intégrante de la construction identitaire". Franchement, je ne vois pas ce que vous avez à redire à cet extrait. La première phrase sonne comme du Joseph de Maistre ; la deuxième est un truisme, et pris isolément, cela pourrait être de l'Anatrella dans le texte (enfin, encore une fois, même si l'on pose que le comportement viril ou féminin est une donnée, elle n'en demeure pas moins à actualiser par l'imitation et l'apprentissage). Donc en réalité, ce texte est étonnamment consensuel.
3° le troisième texte sur l'athlète kenyan(e) ne comporte aucun commentaire positif et aucune prescription à suivre. La tonalité même de l'article laisse entendre que cet athlète trafique de son identité sexuelle pour cacher des faits de dopage ! Alors je ne suis pas sûr que les adolescents qui le liront le comprendront de la manière que vous croyez. Quant à l'illustration de cet article, elle est complètement neutre.
4° Le dernier texte, qui définit le transsexualisme, n'est absolument pas prescriptif, puisqu'on parle même de "trouble de l'identité sexuelle". Qu'avez-vous à redire à cela ?
Le texte rappelle qu'on a souvent confondu ce "trouble" avec l'homosexualité - et de fait, les deux choses n'ont rien à voir. Je connais bien pas mal d'homos, et ils peuvent être très virilistes dans leur comportement, même lorsqu'ils sont passifs.
5° L'illustration de fond (le mannequin complètement androgyne) est ce qu'il y a de plus troublant. Mais je ne suis pas du tout certain que les adolescents le prennent bien ; je crois que vous sous-estimez leur autonomie ici. Vous sous-estimez aussi, et je serai paradoxal, leur conformisme de groupe : presque tout le monde trouvera cette image dégueu.
En définitive, que retirer de ces textes ? Que
tout dépend du cours du professeur. D'abord, il peut très bien choisir de ne pas parler du sujet. Vous me direz qu'il est censé le faire, mais vu que les inspections sont bien rares, et que de toute façon les inspecteurs ont des pouvoirs réels très limités, vous pourrez vous rassurer. Je pense que c'est ce qui doit se passer (beaucoup de professeurs n'en parlent pas pour avoir la paix et pour faire du "vrai" cours). Vous anticipez le militantisme des profs. Mais ils ont beaucoup plus d'éthique de la neutralité que vous ne le croyez !
- "Mais, me direz-vous, il y a des élèves qui vont lire ça tout seuls même si le professeur n'en parle pas !" Vous êtes très optimiste quant à la curiosité que les élèves manifestent vis-à-vis de leurs manuels ! Et franchement, si un élève est assez lecteur pour être arrivé jusque là, cela veut dire aussi qu'il lit en général beaucoup dans la vie, c'est-à-dire qu'il a les ressources culturelles qui lui permettront de ne pas être manipulé - s'il y a manip, d'ailleurs, puisque ces textes ne sont pas si catégoriques que vous le dites.
Ensuite, il peut très bien en parler d'une manière constructive. Vous savez, ma prof de SVT en 4ème et en 3ème - les années où on apprend tout sur le zizi - était une religieuse. J'étais dans un établissements sous contrat, donc elle devait appliquer le programme et parler de tout. Elle l'a fait loyalement, sans cacher d'ailleurs l'enseignement de l'Eglise, en ajoutant une dimension éthique authentique ("la sexualité comme merveille et comme don") : bref, elle a été chaste et pudique, mais pas pudibonde.
Je crois que dans le fond, bien plus qu'une simple question de gender, le grief de beaucoup de catholiques porte sur le simple fait de parler de sexualité. Mais ils ont du mal à faire la différence entre ce qui est pudique et ce qui est puritain. Tant pis pour eux !
- "Mais - je vous imagine parler - il peut y avoir des profs militants qui vont endoctriner les élèves !" Oui, mais croyez-vous vraiment qu'ils ont besoin de manuels ? C'est le principe de la liberté pédagogique, elle va dans les deux sens. Et ne prétendez pas la supprimer, car là l'enseignement n'ira pas forcément dans le sens que vous croyez.
Bref, je crois que vous présumez beaucoup trop. Qu'est-ce qui vous choque ? Qu'on dise (sans même faire de commentaire positif) qu'il y a des gens pas comme tout le monde ? Qu'on parle juste de sexe ? Vous avez peur qu'on veuille transformer nos jeunes en fiottes de backrooms ?
Alors laissez-moi vous dire une chose. Je fréquente pas mal de tradis, et je suis ébahi par la quantité incroyable d'homos que l'on y trouve. On peut, bien sûr, voir cela comme le signe qu'ils comprennent la bienveillance de l'Eglise à leur égard (et comme le disait le curé d'une des paroisses concernées, "j'aime mieux les voir ici qu'au Marais"). Mais - vu le caractère systématique et prévisible de leur présence - on peut se demander si ce n'est pas plutôt un effet collatéral de l'éducation tradi. C'est à la limite de la caricature ! Je suis ouvert à la discussion, mais tant qu'à faire, si vous tenez tellement à la virilité hétérosexuelle des futurs hommes de ce pays, je me demande si vous ne vous trompez pas de cible.
Bien à vous,
MB