Bonjour Lys_Sul,
Merci pour les commentaires.
Défiler pour la liberté d'expression le message initial fut essentiel
Oui.
le seul problème, c'est l'après, une loi sur le renseignement un 'patriot act' à la française, des événements qui sont annulés pour cause de risques élevés, des débats impossibles à tenir car des propos peuvent être interprétés de façon de tomber sous le coup du droit pénal.
Oui.
Après ces signaux contraires à l'idée défendue, il me paraît sans surprise de voir des personnes abandonner ce pour quoi ils ont marché, il n'y a pas de débat serein possible sur ces questions, ce qui manque au fond, c'est une forme de liberté.
Il faudrait penser qu'il y a de la méfiance. J'explique : on serait probablement plus libre quand on serait en ouverture. Sauf, à quoi bon l'ouverture quand on se méfie ? Les dirigeants démontrent zéro confiance envers le bon populo et inversement.
Je songe ici à une impression citoyenne apparemment justifiée et qui est celle de se faire déposséder, circonvenir et puis jouer littéralement par les représentants institutionnels (ici le gouvernement lui-même). Voilà qui serait chose propre par-dessus tout à instiller une sorte de fatalisme, de démission. Chacun se repli sur ses terres.
Le professeur disait :
Pourquoi une telle démission intellectuelle?
Ce climat défaitiste me frappe. Je l’ai éprouvé moi même dans le milieu académique. Il y a quelques semaines, requis par mes étudiants sur ce sujet, j’ai tenté une explication théorique de ces événements. Et j’ai ressenti un double sentiment. J’ai eu l’impression de répondre à une attente profonde et, à la fois, j’ai senti au fond une sorte de scepticisme face à la nécessité d’une telle entreprise. En fait, je me suis fait l’effet d’un ancien combattant Don Quichottesque, livrant le combat de la raison – au nom de celle-ci, on doit pouvoir comprendre de tels phénomènes – et se heurtant au doute. Ce micro-phénomène me semble révélateur de l’état général de sociétés européennes qui ont perdu leur allant. Derrière cela, il existe un vrai motif de fond. Les Européens sont devenus incapables de comprendre des comportements procédant de motivations religieuses, quelles qu’elles soient. Ceux-ci sont devenus tellement inintelligibles pour nous que l‘on préfère se dire que ce type de radicalisation n’a rien à voir avec l’Islam, la religion, qu’ils relèvent plutôt d’explications sociales. Parce que ces jeunes sont pauvres, déscolarisés, exclus, ils ont basculé. C’est la seule explication accessible à l’entendement de nos sociétés.
Gauchet parle de démission, et au premier chef, ici, concernant la religion comme phénomène. Mais l'on pourrait peut-être le comprendre aussi comme un énervement par rapport à tout ce qui pourrait paraître compliqué, qui réclamerait des réponses éxigeantes, des réponses modulées.
Mais comme cela [la liberté ?] est une notion inconnue, le débat restera toujours guider par l'émotion entre deux parties, ce qui envenimera les choses au lieu d'y trouver une solution de façon par la raison.
... émotion qui peut révéler peut-être une certaine impuissance.
Je reprendrai ici une partie du compte-rendu de ce qu'exprimerait Marcel Gauchet :
L’autre débat issu de ces événements est celui sur l'Islam et sur la place des musulmans de France. Jusqu’où doit-il aller ?
Je trouve qu’il n’a pas réellement lieu. Il est cantonné par principe à la sphère économico-sociale. Il est résumé par le mot de Manuel Valls: «apartheid». Avec cela, on aurait l’explication à tout. Mais même si cela peut recouper quelques réalités, même si je n’en sous estime pas l’importance, le sujet va bien plus loin. Je le redis: nos sociétés européennes sont incapables d’appréhender ces phénomènes qui relèvent du cadre mental et social fourni par la religion dont elles sont aujourd’hui tellement loin. C’est pourtant le monde autour de nous. Un milliard de ses habitants sont sortis de ce cadre et six milliards ont toujours un pied dedans même s’ils sont en train de s’en extraire. Cela donne une idée de la profondeur du décalage.
Il dit qu'un vrai débat n'a pas eu lieu, n'a jamais eu lieu. Ce débat n'a pas lieu et quasiment par défaut : les intervenants n'étant tout simplement pas capables de prendre la mesure de ce qu'est réellement une société religieuse. Il y aurait une incapacité à saisir la puissance motrice de la croyance religieuse, son importance centrale pour mobiliser les gens et les faire agir d'une manière ou d'une autre. On dédaigne le religieux comme facteur, on le minoriserait quoi.
Ce qu'exprime Marcel Gauchet correspondrait pour moi à une in-communication entre les parties. Partant de là, c'est sûr que le dialogue est impossible à quelque part.
Les édiles tiendront leur discours économique et matérialiste qui se voudrait rassurant, les fanatiques religieux affirmeront leur croyance, les citoyens inquiets pourront toujours faire part de leur souci, eux, mais dans le vide alors que tout le monde en face s'entendra pour dire que l'inquiétude serait chose suspecte. La raison va consister à répéter ce que le gouvernement dit avec les banquiers. «Pas de problème ! La norme c'est encore Charlie, sa tolérance, sa minorisation du religieux. L'infime minorité de fous dangereux ne remet pas en cause le fait que l'islam est une religion d'amour et de paix, mesdames et messieurs, continuons à consommer et dormir sur nos deux oreilles, etc.»
Pour moi, la solution est toute trouvée; du côté des politiciens en tout cas. Elle est toute trouvée, cette solution, sans que personne n'ait été consulté réellement, sans débat. C'est ne rien faire. Et c'est peut-être pour ça aussi que le phénomène "manifestation monstre" ressemble tant à l'expression de la société du spectacle. C'est comme aller voir un film. Le lendemain, on n'y pense déjà plus. Le film ne change rien, n'impacte à rien du tout.
On aura bien vu quelque chose soit ! Mais rien ne changera dans le discours, l'orientation politique de fond, etc. Rien ? Rien si ce n'est la ferme résolution du côté des possédants de mettre un peu plus la police sur les rangs, afin de resserer la surveillance des citoyens risquant d'être mal conformés au discours politique reçu.
La question reste secondaire concernant la psychologie de la masse, en ce sens Marcel Gauchet dans son entretien semble amha, plus pertinent que E.Todd.
Pourquoi diriez-vous que la psychologie de la foule serait secondaire ? Que vouliez-vous dire ?