Ce que je constate surtout, si vous voulez mon avis, c'est l'existence de passions. Elles sont diverses, parfois carrément inconciliables entre elles. C'est le philosophe Alain qui disait que les intérêts transigent toujours, les passions jamais.
Le noeud de ce qui est en discussion pourrait se trouver aussi dans une simple remarque d'Aldous Huxley écrite dans les années 1930 :
«Pour comprendre la politique européenne, on devrait lire l'histoire de l'Amérique centrale. C'est en étudiant le plus simple que nous apprendrons à comprendre les phénomènes du même ordre se présentant de façon plus complexes. [...] Le plus frappant dans les guerres d'Amérique centrale est qu'aucune d'elles n'a eu une origine pouvant s'interpréter comme d'ordre économique. Les guerres des cinq républiques ont été des guerres entre conservateurs et libéraux, entre cléricaux et anticléricaux, entre ceux qui désiraient un seul État fédéral et ceux qui revendiquaient une indépendance souveraine pour chaque État.»
- A. Huxley, Des Caraïbes au Mexique. Journal d'un voyageur,1934, p.66
Si des évêques prennent le train de l'Union européenne et comme en vue d'une seule et unique grande construction fédérale, tous ceux qui préfèrent de loin l'autonomie et la souveraineté de leur pays («une question de principe») ne pourront s'y reconnaître. La crise des migrants n'est qu'une occasion de plus pour mettre en lumière l'antagonisme fondamental, la politique véritable et les vraies passions.
