«... de toute ma vie, je n'oublierai les visites que j'ai fait à Salzbourg à la maison de Mozart; quelques manuscrits de Mozart sont exposés : c'est de cela que je me souviens.
Ce n'étaient que des feuilles de papier brunies par le temps, traversées de portées musicales, mais ces feuilles étaient criblées de petites taches d'encre. Devant ces feuilles rescapées de l'oubli, je me faisais la même réflexion d'Einstein devant le cosmos : «Apparemment tout cela n'a aucun sens, il est cependant impossible que cela n'en aie pas un!» Ces pages sont graphiquement belles. Je ne sais pas lire la musique, mais elles sont tellement belles que je m'étonne pas qu'elles soient musicalement traduisibles.
C'est une telle image que je suscite en moi quand je veux évoquer le Paradis : une page aux dimensions infinies, traversées de portées elles-mêmes en nombre infini, et sur chacune de ces portées des notes d'importance variée et qui, semées dans un apparent désordre, donnent cependant l'impression d'être toutes solidaires les unes des autres, nées de la même écriture, liées dans la même mélodie. Quand la symphonie se met en marche, se concrétise, s'ébranle, on a en effet l'impression d'entrer au Paradis.
Comme tous les grands créateurs, Mozart ne composait que pour échapper à l'enfer et pour entrer au Paradis. Au Paradis de Jésus-Christ, chaque note est un ange ou un saint du ciel. Et tous ensemble font une symphonie qui s'enrichit de nouveaux accords au fur et à mesure de l'arrivée des Élus, chacun trouvant son lieu sur la portée prédestinée.
[...]
Et voici, transfigurée dans sa propre beauté, Marie se tenait sur le seuil. Du haut en bas de la hiérarchie céleste courut un frémissement d'admiration : tous les anges et tous les saints découvraient ce qu'est dans une créature la plénitude de grâce, et combien la beauté de la grâce divine est au-dessus, surpasse tout autre beauté.
Pour les anges particulièrement, la surprise fut totale que tant de grâce divine ait pu être accumulée sur une âme de rang si inférieur, empêtrée dans la matière et qu'un corps de femme puisse exprimer tant de grâce. Quant à nous, sur cette terre, nous n'aurons jamais l'idée de la beauté d'une telle transfiguration, prophétique de cette «résurrection de la chair» pour tous les Justes, dont parle le dernier article du Credo.
La plénitude de grâce et la personnalité éminente de Marie donne à la religion chrétienne une note de féminité et de tendre complémentarité, sans laquelle le monothéisme risquerait de rester une religion abstraite et dure, comme une haute muraille lisse. Dès qu'on pense à Marie, mère de Dieu, Dieu devient concret, vivant, présent, mêlé à nous, incroyablement familier, accessible. Par cette femme, l'incarnation de Dieu, la Croix, le pardon des péchés, l'espérance de la vie éternelle pour vous, pour moi, tout devient plausible et désirable.
Sans elle, le christianisme devient flou, théorique, hypothétique, inodore, moralisateur, peut-être invraisemblable, en tout cas peu aimable. Elle apporte à toute cette histoire le sceau royale de l'authenticité et de la Parole tenue. Elle est toute en Dieu par élection et par grâce, elle reste toute de chez nous par sa nature et par sa race, par son odeur inaliénable de fille de chez nous.
- P. R.L. Bruckberger, Marie mère de Jésus-Christ, p. 208
Laudate Dominum omnes gentes
Laudate eum, omnes populi
Quoniam confirmata est
Super nos misericordia eius,
Et veritas Domini manet in aeternum.
Amen.
https://www.youtube.com/watch?v=6tqofFP2_Os
Laudate Dominum