Le problème de votre côté c'est peut-être que vous ne voulez rien savoir d'autre (quand on parle de la croix) que cette notion de sacrifice entendue ici comme le fait de devoir châtier le mal ou le péché, dans la personne de celui-là qui est mis à l'écart, comme un bouc émissaire expédié dans le désert ou par une bête mise à mort. Il semble que ce serait l'essentiel pour vous, comme l'alpha et l'oméga de toute l'affaire. Dieu doit venger dans le sang le mal commis.
Le père Sesboüé :
- Il ne faudrait pas insister unilatéralement sur le sacrifice pour la rémission des péchés. Dans la Bible, un tel sacrifice a évidemment sa place, mais il y est également fait mention de sacrifice de louange, d'action de grâce ou encore de communion et le terme même d'eucharistie oriente en ce sens. Si le sacrifice de la messe n'est pas seulement louange et action de grâce, il est aussi de ce type et ne se réduit pas au sacrifice pour le péché. En même temps, on perçoit à cause des sacrifices de communion de l'ancienne Alliance qu'il ne faut pas séparer dans l'eucharistie le sacrifice et la communion : c'est l'offrande qui se partage et qui unit. (Les signes du salut, tome 3, p. 318)
Pour l'expiation :
Le judaïsme considère le pécheur comme spirituellement éloigné de Dieu, de son prochain, ou de son moi idéal. L'expiation, au sens religieux du terme, signifie un renversement de l'éloignement causé par le péché, de sorte que la partie pécheresse se voit restaurée dans son unité spîrituelle et finalement absoute. Qu'elle soit délibérée ou inconsciente, l'offense doit d'abord être expiée - dans certains cas par le paiement d'une rançon (hébr «kofer», compensation) L'expiation dans la doctrine juive, ne peut être atteinte qu'après un processus de repentir qui implique la reconnaissance et l'admission de la faute commise, des sentiments de remords, la réparation envers la partie offensée, et la résolution de ne pas pécher de nouveau.
De plus, l'exercice de la liberté humaine se trouve au centre de l'expiation. De même que l'homme est libre de pécher, il est libre de se repentir, et c'est à lui de prendre l'initiative de rechercher l'expiation.
La Bible et la littérature rabbinique contiennent de nombreuses références à Dieu en tant que souverain miséricordieux et clément qui ne veut pas la mort du pécheur, mais plutôt qu'il revienne de sa voie et de sa vie mauvaise (Ez 33,11) Dans le judaïsme cependant, il n'existe pas de concept de «grâce prévenante» par laquelle Dieu fait le premier pas. L'expiation dépend d'abord du repentir authentique et sincère du pécheur.
Lorsque les prophètes d'Israël critiquaient âprement le sacrifice, leur cible réelle n'était pas le sacrifice en tant que tel mais l'expiation non sincère et la manière de pure forme dont l'offrande était apportée. Aucun sacrifice ne pouvait expier une transgression délibérée, et le concept de sacrifice substitutif était largement étranger au judaïsme.
Après la destruction du Second Temple (et dans une certaine mesure même auparavant), la prière remplaça le sacrifice, et les prières propriatoires deviennent le principal moyen de restaurer une relation spirituelle brisée. Le jeûne, les actes bienveillants et la pratique de la charité étaient des voies recommandés vers l'expiation. A ce stade, aucun prêtre ni aucun intermédiaire n'aide le pécheur à expier sa faute. Le pécheur doit se tenir seul devant Dieu et seul Dieu peut lui pardonner.
Yom Kippour ne peut toutefois contribuer qu'à l'expiation des offenses commises envers Dieu. Pour les péchés commis par l'homme envers son prochain, l'expiation n'est accordée qu'après que le pécheur a octroyé une pleine réparation et a recherché le pardon de la partie offensée (Yoma 8,9)
Source : Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, p.358
