prodigal a écrit : ↑mar. 21 mars 2017, 12:42
Permettez à l'autruche que je suis d'assumer totalement son refus de l'un et de l'autre, comme de toute fermeture d'esprit en général.
Le traditionalisme croit que ce qui est passé est forcément supérieur à tout ce qui peut se dire depuis, le modernisme croit que ce qui vient après est toujours supérieur à ce qu'il y avait avant, c'est d'ailleurs en gros ce que vous expliquez.
Mais en vérité, comme le chante Brassens, le temps ne fait rien à l'affaire. Pourquoi tout simplement ne pas préférer la vérité et la justice d'où qu'elles viennent et quelles que soient les moments de leur apparition?
Concrètement, rien n'empêche évidemment d'aimer la tradition, puisqu'elle est le trésor qui nous est transmis. Mais il ne nous est pas transmis de fermer notre esprit.
Le traditionalisme est une idée moderne, et le modernisme est une vieillerie. Les deux, traditionalisme et modernisme, ont été rejetés par l'Eglise dès le dix-neuvième siècle. Sans doute à l'époque les autruches trônaient-elles sur le siège de Pierre.
Laissons tomber les "ismes" cinq minutes. Pourquoi allez vous à l'église assister à la messe, communier ? Oui c'est vrai, pourquoi répétez vous cet acte vieillot et poussiéreux venu des époques antérieures ?
Et pourquoi lisez vous la bible, ce vieux livre écrit il y a des siècles ?
Et ce ne sont que des exemples.
Je vous livre quelques éléments de réponse : tout homme est travaillé par la question de son origine. Dès son enfance. Cette question est essentielle pour savoir où l'on va, et ce que l'on fait. Sinon, on bascule dans la vie animale et instinctive, où l'on agit sans se poser de questions, pour satisfaire ses instincts immédiats.
Pourquoi lisez-vous des livres ?
Encore mieux, pourquoi apprenez vous un langage ? Pourquoi portez vous un nom ?
Ne remarquez vous pas que la société moderne capitaliste fait tout pour vous arracher à un quelconque enracinement, à une quelconque origine ? Pourquoi selon vous ?
Et l'autre élément essentiel, c'est le récit. Le récit commun collectif. Parce que l'autre question essentielle concerne le rapport, le lien avec les autres, qui donne un repère. Ce repère est fourni par le récit commun et collectif : la Bible, mais aussi Homère, les mythes grecs antiques, l'Histoire, les fables, les contes, les oeuvres d' art. Bref, tout ce que le capitalisme assoiffé d'or et d'argent exècre et tente s'extirper pour nous transformer en chiffres sans âmes. Et c'est cela, la tradition au sens large.
Lorsque votre maman vous chantait une berceuse, elle vous transmettait tout ceci ! Elle faisait de vous un humain.
Car pourquoi en avons-nous besoin ? Parce que nous ne sommes pas Dieu. Nous ne sommes pas omniscients, omnipotents, ni autosuffisants. Nous avons besoin de tout un faisceau de rites, histoires, symboles, langages, pour nous relier, nous les humains, entre nous à travers le temps et l'espace, parce que nous sommes faibles, misérables, chétifs, vulnérables, fragiles.
N'étant pas Dieu, nous n'avons pas la science infuse. D'où la nécessité d'une tradition.