Bonjour,
Altior a écrit : ↑mar. 21 mars 2017, 7:18
La Tradition (avec un grand T), la Sainte Tradition, est une des quatre sources de notre foi. Et encore une des deux sources primaires, la Sainte Tradition ayant le même rang que la Sainte Ecriture. Par contre, le traditionalisme n'est pas source, mais attitude. Méthode. Façon de penser et façon de vivre. Une option fondamentale si vous voulez. Un peu comme la droite et la gauche sont des options fondamentaux en politique. D'ailleurs, l'adhésion ou non à la tradition est l'ultime critère qui distingue droite et gauche. On ne peut pas être en même temps traditionaliste et de gauche, tout comme on ne peut pas être en même temps moderniste et de droite. Traditionalisme et modernisme se distinguent et s'opposent, tout comme droite et gauche se distinguent et s'opposent, la seule différence est que le binome traditionalisme/modernisme va bien au-delà de la politique et transperce toutes les aspects de la vie, jusqu'aux fondements philosophiques, jusqu'au
Weltanscauung. Le monde va depuis le
cosmos vers le
chaos ou bien depuis le
chaos vers le
cosmos ? Voilà une question fondamentale. Car, si le monde va depuis le
cosmos vers le
chaos, alors on doit être traditionaliste pour faire tarder sa dégénérescence (et, si possible, par la grâce de Dieu, obtenir sa réversion). Par contre, si le monde va depuis le
chaos vers le
cosmos, alors on doit être moderniste, car le plus on change plus vite, le plus le monde s'épanouit et se rapproche de son accomplissement.
On est traditionaliste si on est adepte de la première possibilité de réponse. C'est ce que les traditionalistes lisent dans la Bible, qui commence avec l'Âge d'or et finit avec l'Apocalypse. Avons-nous une meilleure image de Dieu que les Apôtres et les Pères ont eu ? Si la réponse est «oui», alors on se place dans le modernisme, car on parle évolution par rapport à un «moment zéro» du christianisme. Si la réponse est «non», alors on se place dans le traditionalisme, car on parle dissolution, on parle d'une perte, par rapport au même moment.
Là-dessus je suis complètement d'accord avec vous. N'oublions pas que notre religion a été transmise par le témoignage des Apôtres qui ont vu le Christ et à qui l'Esprit Saint a "enseigné toutes choses" à la Pentecôte. Dès lors, il nous fait retrouver laborieusement ce qui leur a été infus à ce moment zéro. Nous n'avons pas à innover, à oser prétendre mieux connaître ou comprendre les choses qu'eux, simplement à retrouver autant que possible ce qu'ils ont transmis. Dans le meilleur des cas, ce que nous savons est identique à ce qui leur a été transmis par le Fils et le Saint-Esprit, mais c'est peu probable.
[quote: 2 Thessaloniciens, 2:15]Ainsi donc, frères, tenez bon, et gardez ferme les traditions que nous vous avons enseignées, soit de vive voix, soit par lettre.[/quote]
[quote: Epître de Jude, 3] Bien-aimés, j’avais la ferme intention de vous écrire au sujet du salut qui nous est commun ; or me voici dans l’obligation de le faire pour vous exhorter à combattre pour la foi qui a été transmise aux fidèles une fois pour toutes.[/quote]
Peut-on être fidèle aux Apôtres et donc à la foi chrétienne si on fait peu de cas de ce principe de base?
Il me semble néanmoins déceler une contradiction dans vos propos:
Le traditionalisme est, donc, transmettre ce qu'on a reçu. Le traditionalisme catholique est la foie de nos ancêtres, de ma grand-mère, de mon grand-père.
Ce que le traditionalisme n'est pas ?
-Il n'est pas immobilisme. Il n'est pas figé, il n'est pas muséification. Il est vivant. Le traditionalisme n'est pas transmettre comme un tuyau transmet l'eau, mais vivre. On a reçu la foie vivante, on transmet la foi vivante, car nous ne sommes pas la religion du Livre, mais la religion de la Vie.
-donc il n'est pas archéologie. On ne fait pas des choses parce que ceux il y a 20 génération l'ont fait, car nos grands-mères n'ont pas vécu il y a 20 générations. Par exemple, on peut rencontrer un argument plaidant pour la communion habituelle sous les deux espèces: c'est comme ça qu'on a fait à la Cène, la première Messe. Ce n'est pas un argument traditionaliste, c'est de l'archéologie biblique, de la panoplie des protestants. Ce n'est pas de cette manière que nos grand-mères avaient l'habitude de communier.
La "religion vivante" est justement le leitmotiv habituel des modernistes et tend à justifier toutes les innovations. Mais ce que nous devons viser, est-ce la foi de nos grand-mères (qui a connu un gros problème de transmission ces dernières décennies... était-elle si vivante que cela?) ou la foi des Apôtres? Devons-nous faire quelque chose parce que nos grand-mères le faisaient, ou parce que les Apôtres le faisaient? Est-ce-que les différences ont si peu d'importance, ou est-ce-que ce que nous faisons est à la fois une expression de notre foi et une façon de la diriger et de la mettre en pratique? Lex orandi, lex credendi...
Les changements disciplinaires, liturgiques, etc... sont rarement anodins. Dans certains cas, il peut ne s'agir que de détails. Je pense que c'est finalement assez rare. Dans d'autres cas, ils trahissent un changement psychologique chez ceux qui en sont à l'origine et chez ceux qui les adoptent, qui peut être lié aux conditions extérieures - si tel est le cas, le changement de conditions extérieures est généralement décelable, y compris du point de vue de l'historien - mais qui peut aussi marquer une déviation de la foi, ou une perte de sens. Enfin, quand ces changements sont forcés sur des fidèles qui n'étaient pas encore prêts à les accueillir, il peut arriver que ces changements provoquent eux-mêmes une déviation dans la compréhension de la foi ou la façon de l'accueillir.
Conserver les traditions de nos grand-mères permet certes de conserver ce qui n'a pas encore dévié depuis l'époque des Apôtres. Cela conserve aussi tout ce qui l'a été. Je pense que la conservation de la foi apostolique impose aussi de mettre à l'épreuve ce qui nous a été transmis. Au fur et à mesure, certaines choses ont été écrites, à commencer par les Evangiles, et en continuant par les dogmes, les canons ecclésiaux et les écrits des Pères, ce qui permet justement d'attester ce qui a été la Tradition à une époque et d'évaluer notre fidélité à travers les siècles.
Vous prenez l'exemple de la Communion sous les Deux Espèces, qui est conforme à l'ordre du Christ tel que consigné dans les Saintes Ecritures, "prenez et buvez-en tous", et qui est conforme à ce qui a été transmis par les Apôtres puisque c'était la coutume universelle dans l'Eglise au 1er millénaire. Au second, l'Eglise latine s'est singularisée en introduisant progressivement un changement disciplinaire (pour des raisons qui mériteraient d'être approfondies), dans un domaine qui est loin d'être un détail liturgique puisqu'il s'agit de la matière même du Sacrement central de la vie ecclésiale. Pouvons-nous affirmer sans aucun doute que ce changement soit anodin ou "protestant", comme vous dites? Les Pères du Concile de Trente n'ont pas osé le faire.
Il est vrai que là où la Communion sous les Deux Espèces est réapparue dans l'Eglise catholique ces dernières décennies, cela s'est souvent accompagné d'une perte de la plupart voire tous des signes extérieurs de respect pour la Très Sainte Eucharistie, respect attesté sous une forme ou sous une autre depuis les débuts de l'Eglise. Le résultat n'a donc pas forcément été très convaincant. La matière du Sacrement que nous offre gratuitement Dieu ne suffit pas, la tournure d'esprit pour le recevoir importe tout autant. Mais cela ne change rien au problème de base.
Retrouver la Tradition apostolique dans sa plénitude est aussi un devoir de chrétien.
In Xto,
archi.