Cher Christian,
Comme d'habitude, je vous approuve dans les grandes lignes. Mais il y a quelques points de détails où je souhaiterais marquer un léger désaccord. Vous dites :
J'aimerais vous soumettre un cas concret qui, il me semble, rend quel que peu problématique l'idée de l'inviolabilité absolue de la propriété privée :Christian a écrit :Si un quidam m’invite chez lui, dans son « espace privé », j’accepte de me soumettre aux pratiques qu’il me demande (ou je décline l’invitation). Mais telle est la différence entre les lieux publics et privés. Dans un lieu privé, le propriétaire peut légitimement exiger tel ou tel comportement que vous avez le droit de refuser en quittant son espace. En revanche, personne n’étant propriétaire d’un lieu public par définition, vous pouvez y faire tout ce qui ne viole pas une propriété privée (le corps ou les biens d’autrui).
Imaginons qu'une personne, appelons-la Paul, se trouve à avoir son terrain enclavé dans celui de Pierre. Pour aller au travail, pour acheter à manger, etc. Paul est donc obligé de traverser la propriété de Pierre. Mais Pierre, selon une perspective libertarienne orthodoxe, peut très bien refuser que Paul traverse sa propriété. D'où il s'ensuit que, soit Paul dépérit dans son enclave, mais en toute légalité, soit Paul est obligé d'entrer par effraction dans la propriété de Pierre...
Il me semble que ce cas peut être utilisé également pour contester l'idée suivant laquelle la seule égalité valable serait l'égalité devant la loi, et non pas aussi une certaine égalité sociale qui, si elle n'existe pas de fait, doit être apportée secondairement. Non pas forcément en touchant à la propriété de Pierre, mais : ou bien en amendant quelque peu ce droit à la propriété, ou bien en réorganisant les propriétés de manière à ce qu'une telle situation n'apparaisse pas.
Avez-vous une solution libertarienne à proposer ?
Vous parliez plus haut d'une éventuelle privatisation de l'espace public. Mais si l'espace public est privatisé, cela veut dire que les règles relatives à à l'espace privé que vous évoquiez au-desssus s'appliquent, non ? Par conséquent, imaginons qu'une femme occidentale et catholique traverse un village musulman, ce village ne comprendra pas d'espace public mais uniquement une juxtaposition d'espace privés s'étendant jusque dans les rues. Par conséquent, ne doit-elle pas se voiler, pour respecter les règles de ces espaces privés, ou alors sortir du village ?Christian a écrit :L’idée qu’il faut se conformer aux normes culturelles du pays d’accueil est inacceptable. Un chrétien dans les rues du Caire et d’Islamabad n’a pas à se conformer au folklore musulman. Il doit réclamer le droit de vivre et de pratiquer ostensiblement sa religion et les coutumes de son pays. De même un musulman doit avoir tous les droits d’exhiber son folklore dans les rues de nos villes.
100% d'accord.Christian a écrit :Car si nous réclamons chez nous de retour de la « subordination du théologique au politique », nous nous privons de tout argument pour critiquer ceux qui pratiquent encore cette subordination, notamment les musulmans, avec les résultats que l’on voit.
Bien amicalement,
Mikaël


