Brefs commentaires sur les dimanches du temps ordinaire (C)

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Re: Brefs commentaires sur les dimanches du temps ordinaire (C)

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Dominica XXXII per annum
32ème dimanche du Temps ordinaire
Je n'ai pas eu la possibilité cette semaine de préparer le commentaire de la Messe de ce dimanche.

Je comblerai ce manque dès que possible.

Je prie mes lecteurs réguliers de bien vouloir me pardonner cette première infidélité.

Je vous souhaite à tous de passer un bon et saint dimanche en Notre Seigneur.

A la semaine prochaine... sans faute !

Cordialement en Jésus +,

- VR -
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VexillumRegis
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Re: Brefs commentaires sur les dimanches du temps ordinaire (C)

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Dominica XXXIII per annum
33ème dimanche du Temps ordinaire
Les oraisons

Absente du Missel de 1962, l’oraison d’entrée (1), très antique, provient du sacramentaire de Vérone. Elle aurait été composée par le pape Vigile en 537, au cours du siège de Rome par les Ostrogoths. La notion de service divin, qui est au centre de cette prière, est très présente dans les collectes de la fin du Temps ordinaire (2) ; on la retrouvera lors de la solennité du Christ-Roi, qui clôt l’année liturgique, où, dans une perspective eschatologique grandiose, toute la création est appelée à servir le Seigneur.

(1) Da nobis, quǽsumus, Dómine Deus noster, in tua semper devotióne gaudére, quia perpétua est et plena felícitas, si bonórum ómnium iúgiter serviámus auctóri. | [Traduction proposée par Dom HALA] Nous t’en prions, Seigneur notre Dieu, accorde-nous de toujours trouver notre joie dans notre dévouement pour toi, car c’est dans le service constant de l’auteur de tous biens (que se trouve) le bonheur durable et plénier.

(2) Cf. les collectes 24, 29, 31 et 32.


Cette thématique du service se retouve dans la Super Oblata (3) (*), car qu’est-ce que le service, si ce n’est un don de soi-même, lui-même produit par la grâce, le don de Dieu ? Cette oraison est employée dans le MR1962 au samedi des Quatre-Temps de septembre.

(3) Concede, quaesumus, Domine, ut oculis tuae maiestatis munus oblatum et gratiam nobis devotionis obtineat, et effectum beatae perennitatis acquirat. | [traduction Dom LEFEBVRE] Faites, Dieu tout-puissant, que cette offrande présentée aux regards de votre majesté nous obtienne la grâce d’un vrai don de nous-mêmes et nous acquière la bienheureuse éternité.

La postcommunion (4) (**), enfin, est utilisée dans le MR1962 au vendredi des Quatre-Temps de Pentecôte, mais avec des modifications (de telle sorte que l’oraison soit désormais adressée au Père, et non plus au Fils). Dans la collecte du XXXème dimanche, nous demandions les trois vertus théologales ; aujourd’hui, nous demandons “la plus grande” (1 Co XIII, 13) des trois, c’est-à-dire la charité, que doit nourrir en nous l’Eucharistie, Sacramentum caritatis.

(4) Sumpsimus, Domine, sacri dona mysterii, humiliter deprecantes, ut, quae in sui commemorationem nos Filius tuus facere praecipit, in nostrae proficiant caritatis augmentum. | Ayant reçu, Seigneur, le don de vos mystères sacrés, nous vous demandons humblement de faire servir à l’augmentation de notre charité ce que votre Fils nous a prescrit de faire en mémoire de lui.

Les lectures

Les leçons de la semaine dernière avaient trait à la résurrection des morts, comme au 23ème dimanche après la Pentecôte dans le MR1962 (résurrection de la fille de Jaïre : Mt IX, 18-26) ; les lectures de ce XXXIIIème dimanche per annum annoncent d’une manière très claire le second avènement du Seigneur, et tout particulièrement les signes qui doivent le précéder, comme au 24ème dimanche après la Pentecôte (ruine de Jérusalem et fin des temps : Mt XXIV, 15-35).

La L1 (Ml III, 19-20) est une grandiose prophétie qui clôt le livre de Malachie, et par là aussi l’Ancien Testament. Par un coup de maître, l’Eglise nous fait donc entendre en ce dernier dimanche du Temps ordinaire (5) la dernière prophétie de l’Ancienne Alliance, qui annonce pour un temps indéterminé la venue du “Soleil de justice” ; bientôt, c’est la voie tonitruante du Baptiste, le dernier des prophètes, qui résonnera à nos oreilles pour annoncer l’avènement prochain du Verbe dans la chair. Mais si cette leçon annonce déjà la liturgie de Noël (6), elle prophétise aussi clairement le Jugement dernier, ce qui est le thème propre de cette fin d’année liturgique. Les rayons du “Soleil de justice” apportent la guérison pour les justes (7), mais ils consument aussi les impies (cf. 2 Pi III, 10).

(5) Le Christ-Roi a un statut ambigu, puisque c’est à la fois une solennité mais aussi, dans les faits, le dimanche qui clôt le temps per annum avant le début de l’Avent.

(6) Le psaume responsorial proposé (Ps ; Ps 97) est d’aileurs celui de la Messe du jour de Noël.

(7) On notera que les ostensoirs dans lesquels on expose le Saint-Sacrement figurent souvent le “Soleil de justice” dont les rayons apportent la guérison. On tachera donc, à l’adoration, de bien méditer sur le caractère eschatologique de l’exposition du Saint-Sacrement, qui est à la fois le mémorial du premier avènement du Seigneur dans l’humilité de la chair et comme l’anticipation et le gage de son dernier avènement dans la gloire.


Dans l’évangile (L3 ; Lc XXI, 5-19), l’Eglise, avec les paroles mêmes de Jésus, nous décrit les signes et les persécutions qui annonceront la fin du monde et précèderont le Jugement dernier. La péricope parallèle de l’évangile selon saint Matthieu (XXIV, 15-35), employée dans le Missel de 1962, plus claire et plus expressive, n’est plus présente dans le nouveau lectionnaire. “Jérusalem était le centre et le symbole de l’univers, aussi, en une seule vue prophétique, se compénètrent aujourd’hui dans l’Evangile deux prophéties distinctes : l’une relative au siège et à la destruction de la Cité sainte par les Romains ; l’autre relative à la fin du monde. L’accomplissement de la première nous est le gage et la sûte garantie que la seconde également se réalisera en son temps.” (Cardinal SCHUSTER, Liber Sacramentorum, t. V, pp. 233-234).

La L2 (2 Th III, 7-12), dans ce contexte parousique, apparait un peu incongrue. Mais, nous dira-t-on, saint Paul y fustige sans doute les chrétiens qui, prétextant la prochaine venue du Seigneur, l’attendaient dans l’oisiveté. Peut-être, mais aujourd’hui, les chrétiens n’ont pas tellement la certitude du retour prochain du Seigneur au point de ne pas travailler dans cette attente ! - On regrettera que le passage de l’épître aux Thessaloniciens supprimé du nouveau lectionnaire (cf. commentaire du 31ème dimanche) n’ait pas pu être employé en ce dimanche, où il aurait pourtant parfaitement convenu.

Les chants grégoriens

Les pièces grégoriennes de ce dimanche sont employées aux messes des 23ème et 24ème dimanches après la Pentecôte dans le MR1962, les derniers avant l’Avent. On y retrouve exprimé l’écho des sentiments contradictoires qui peuvent agiter les âmes à l’annonce de l’imminence de la Parousie : l’angoisse et la supplication, avec l’emploi du psaume 129 De profundis (Alleluia et A2), mais aussi l’espérance de la béatitude éternelle (A1, Graduel, A3).

L’introït (A1) (8) est un passage du livre de Jérémie. Le prophète y annonçait le prochain retour des Juifs de leur captivité babylonienne. “Ce texte est tout à fait d’actualité : nous aussi nous sommes dans un temps d’épreuves et d’inquiétude, mais le Seigneur nous invite à garder en lui notre confiance, et il nous délivrera de la captivité du péché qui nous retient prisonniers.” (Yves GIRE, L’Année grégorienne, p. 226).

(8) [Jr XXIX, 11, 12, 14 V/ Ps 84, 2] Dicit Dóminus : Ego cógito cogitatiónes pacis, et non afflictiónis : in vocábitis me, et ego exáudiam vos : et redúcam captivitátem vestram de cunctis locis. V/ Benedixísti, Dómine, terram tuam : avertísti captivitátem Iacob. | Moi, j’ai des pensées de paix et non d’affliction, dit le Seigneur ; vous m’invoquerez et je vous exaucerai, et je ramènerai vos captifs de tous les lieux. V/ Vous avez béni, Seigneur, votre terre, vous ayez délivré Jacob de la captivité.

Dans le Répons graduel (9), tiré du psaume 43, l’âme anticipe déjà, par-delà le Jugement, la bienheureuse éternité, ce face à face avec Dieu (1 Co XIII, 12) où nous chanterons les louanges de Son Nom pour les siècles des siècles.

(9) [Ps 43, 8 V/ 9] Liberásti nos, Dómine, ex affligéntibus nos : et eos, qui nos odérunt, confudísti. V/ In Deo laudábimur tota die, et in nómine tuo confitébimur in sǽcula. | Vous nous avez délivrés, Seigneur, de ceux qui nous affligeaient et vous avez confondu ceux qui nous haïssaient. V/ En Dieu nous nous glorifierons tout le jour et nous célébrerons à jamais votre nom.

Avec l’Alleluia et le chant d’offertoire (A2) (10), nous passons brusquement à des sentiments tout à fait différents. Après l’espérance de la vie éternelle, c’est l’angoisse du Jugement qui prédomine. Non pas cette angoisse malsaine qui paralyse les forces vives de l’âme, mais cette angoisse salutaire qui nous aide à ne pas nous reposer dans une confortable mais fausse certitude quant à notre salut éternel.

(10) [Ps 129, 1-2] De profúndis clamávi ad te, Dómine : Dómine, exáudi oratiónem meam. | Du fond des abîmes je crie vers vous, ô Seigneur ; Seigneur, exaucez ma prière.

[Ps 129, 1-2] De profúndis clamávi ad te, Dómine : Dómine, exáudi oratiónem meam : de profúndis clamávi ad te. Dómine. | Du fond des abîmes. je crie vers vous, ô Seigneur, Seigneur, exaucez, ma prière. Du fond des abîmes je crie vers vous, Seigneur.


Enfin, nous retrouvons dans l’antienne de communion (A3) (11) des sentiments de paix et d’espérance, comme une réponse apaisante aux appels angoissés de l’Alleluia et de l’offertoire. Dieu écoute notre prière, si tant est qu’elle est sincère, et Il l’exauce, Lui qui nous aime et veut que tout homme trouve le chemin de la vie éternelle (1 Tm II, 4).

(11) [Mc XI, 24] Amen, dico vobis, quidquid orántes pétitis, crédite, quia accipiétis, et fiet vobis. | En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous le recevrez et cela vous sera donné.
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Dominica XXXIV per annum
Solennité du Christ Roi de l'univers
La Fête du Christ-Roi a été instituée par le pape Pie XI le 11 décembre 1925. Le Souverain Pontife voulait proclamer solennellement la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, dans un contexte difficile voire tragique : communisme athée en Russie ; montée des tensions au Mexique, devant bientôt aboutir à la guerre civile (Cristiada) ; progression du laïcisme radical dans les sociétés démocratiques occidentales, etc. Le contexte a aujourd’hui changé. La tonalité de la fête aussi. Initialement fixée au dernier dimanche du mois d’octobre, elle clôt l’année liturgique dans le nouveau calendrier, en faisant office de 34ème dimanche du Temps ordinaire. Désormais encadrée par l’évangile de la fin des temps (33ème dimanche per annum) et le début de l’Avent, la solennité acquiert de ce fait une coloration eschatologique nettement plus accentuée que dans l’ancien calendrier (MR1962). Ce changement d’esprit se retrouve dans les modifications que l’on constate dans les oraisons de la Messe, et tout particulièrement dans la collecte (1), ainsi que d’autres changements affectant l’office divin (2).

(1) Toute la seconde partie de la collecte a été modifiée de telle manière que la royauté sociale laisse place à la royauté eschatologique (*) :

[MR2002] Omnípotens sempitérne Deus, qui in dilécto Fílio tuo, universórum Rege, ómnia instauráre voluísti, concéde propítius, ut tota creatúra, a servitúte liberáta, tuæ maiestáti desérviat ac te sine fine colláudet. | Dieu éternel et tout-puissant, qui avez voulu restaurer toutes choses en Votre Fils bien-aimé, Roi de l’univers, accordez dans Votre bonté que toute la création, enfin libérée de la servitude, serve Votre majesté et Vous loue sans fin.

[MR1962] Omnipotens sempiterne Deus, qui in dilecto Filio tuo, universorum Rege, omnia instaurare voluisti : concede propitius ; ut cunctae familiae gentium, peccati vulnere disgregatae, eius suavissimo subdantur imperio. | [traduction Dom LEFEBVRE] Dieu éternel et tout-puissant qui avez voulu réunir toutes choses dans votre Fils bien-aimé, Roi de l’univers, accordez, dans votre bonté, à la grande famille des nations, déchirée par la blessure du péché, de se soumettre à son joug plein de bénignité.

Voici les modifications affectant les deux autres oraisons de la Messe :

La Super Oblata (**)

[MR2002] Hóstiam tibi, Dómine, humánæ reconciliatiónis offeréntes, supplíciter deprecámur, ut ipse Fílius tuus cunctis géntibus unitátis et pacis dona concédat. | En offrant la victime qui vous réconcilie les hommes, Seigneur, nous vous prions humblement : que Votre Fils accorde Lui-même les dons de l’unité et de la paix à tous les peuples.

[MR1962] Hostiam tibi, Domine, humanae reconciliationis offerimus : praesta, quaesumus ; ut, quem sacrificiis praesentibus immolamus, ipse cunctis gentibus unitatis et pacis dona concedat, Iesus Christus, Filius tuus, Dominus noster. | [traduction Dom LEFEBVRE] Nous vous offrons, Seigneur, la victime qui rendit la paix divine aux hommes ; faites, nous vous en prions, que celui-là même que nous immolons en ce sacrifice, Jésus-Christ, notre Seigneur, accorde à tous les peuples l’unité et la paix.

La postcommunion (***)

[MR2002] Immortalitátis alimóniam consecúti, quǽsumus, Dómine, ut, qui Christi Regis universórum gloriámur obœdíre mandátis, cum ipso in cælésti regno sine fine vívere valeámus. | Après avoir été nourris du pain de l’immortalité, nous vous prions, Seigneur, que, nous qui mettons notre gloire dans l’obéissance aux commandements du Christ Roi de l’univers, nous puissions vivre éternellement avec Lui dans le Royaume céleste.

[MR1962] Immortalitatis alimoniam consecuti, quaesumus, Domine : ut, qui sub Christi Regis vexillis militare gloriamur, cum ipso in caelesti sede, iugiter regnare possimus. | [traduction Dom LEFEBVRE] Nourris du pain qui donne l’immortalitaté, puissions-nous, Seigneur, fiers d’avoir combattu sous l’étendard du Christ Roi, régner à jamais dans le ciel avec Lui.

(2) Très significative est la suppression dans la Liturgia Horarum des deux dernières strophes (avant la doxologie) de l’hymne Te sæculórum príncipem aux deuxièmes Vêpres de la fête :

Te natiónum Præsides
Honore tollant publico,
Colant magistri, júdices,
Leges et artes exprimant.

Que les Chefs des nations
Vous rendent les honneurs publics ;
Que vous vénèrent maîtres et juges,
Que lois et arts portent votre marque.

Submissa regum fulgeant
Tibi dicáta insígnia :
Mitique sceptro pátriam
Domosque subde civium.

Que brillent les insignes des rois
Qui vous sont soumis et consacrés ;
Soumettez à votre doux sceptre
Les patries et les foyers des citoyens.


Ceci étant dit, le changement de perspective de la Solennité du Christ Roi de l’univers n’affecte pas la beauté de cette Messe, et renforce bien plutôt la cohérence eschatologique de la fin de l’année liturgique : “par-delà les images de catastrophes et de ruines attachées à la perspective de la fin des temps [cf. évangile de dimanche dernier], l’Eglise nous annonce, dans cette solennité, le triomphe du Christ et, en lui, la réussite finale de la création” (Abbé Pierre JOUNEL).

La préface, très belle, résume parfaitement l’esprit de notre liturgie, et mérite à ce titre d’être citée in extenso (la traduction est celle de Dom LEFEBVRE, légèrement modifiée) :

Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus :

Qui Unigénitum Fílium tuum, Dóminum nostrum Iesum Christum, Sacerdótem ætérnum et universórum Regem, óleo exsultatiónis unxísti : ut, seípsum in ara crucis hóstiam immaculátam et pacíficam ófferens, redemptiónis humánæ sacraménta perágeret : et, suo subiéctis império ómnibus creatúris, ætérnum et universále regnum imménsæ tuæ tráderet maiestáti : regnum veritátis et vitæ ; regnum sanctitátis et grátiæ ; regnum iustítiæ, amóris et pacis.

Et ídeo cum Angelis et Archángelis, cum Thronis et Dominatiónibus, cumque omni milítia cæléstis exércitus, hymnum glóriæ tuæ cánimus, sine fine dicéntes : Sanctus, Sanctus, Sanctus Dóminus Deus Sábaoth...


Il est vraiment juste et digne, c’est notre devoir et notre salut, de vous rendre grâces toujours et en tout lieu, Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant :

Vous qui avez oint de l’huile d’allégresse votre Fils unique notre Seigneur Jésus-Christ, prêtre éternel et roi de l’univers, afin que s’offrant lui-même sur l’autel de la croix en victime immaculée et pacifique, il accomplisse le mystère de la rédemption de l’humanité, et qu’après avoir soumis à son pouvoir toutes les créatures, il remette à votre majesté infinie un royaume universel et éternel : royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d’amour et de paix.

C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec la troupe entière de l’armée céleste, nous chantons une hymne à votre gloire, redisant sans fin : Saint, Saint, Saint le Seigneur Dieu des armées célestes...


L’onction “de l’huile d’allégresse” (malheureusement, cette expression disparaît dans la traduction française officielle) rappelle bien entendu l’onction royale des anciens rois d’Israël, et en premier lieu celle de David (L1 ; 2 S V, 1-13). Cette onction d’huile manifestait à tout le peuple que le roi était désigné et investi de son autorité par Dieu Lui-même : “Samuel, ayant pris la corne d'huile, l'oignit au milieu de ses frères, et l'Esprit de Yahweh fondit sur David à partir de ce jour et dans la suite” (1 S XVI, 13). Cependant, David, comme les autres rois d’Israël, n’étaient que les types du véritable Oint du Seigneur, du Roi des rois, du Messie, le Christ (christos en grec signifie “oint”) Jésus, qui ne reçut pas l’onction d’une huile quelconque, mais la plénitude de l’Esprit-Saint Lui-même (Ac X, 38) qui descendit sur Lui le jour de Son baptême dans le Jourdain (Mt III, 16-17), manifestant ainsi Sa mission divine. Mais la L1 nous rappelle aussi l’ascendance davidique du Messie, que les anciens prophètes avaient prédite (3), et que Jésus-Christ réalise (4) : “Béni soit le règne de David notre Père, le royaume des temps nouveaux ! Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur !” (Alleluia ; cf. aussi la mention de David dans le Ps). C’est par Son incarnation que Jésus-Christ a mérité Sa royauté sur tous les hommes, Lui qui, unissant dans l’unité de Sa personne, et la nature divine, et la nature humaine, a ainsi acquis sur nos corps et nos âmes une souveraineté véritable (5). C’est ce que signifient le Graduel (6) et le chant d’offertoire (A2) (7), tirés de psaumes messianiques utilisés à Noël et à l’Epiphanie, les deux grandes solennités de l’incarnation.

(3) 2 S VII, 12 : Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j'élèverai ta postérité après toi, celui qui sortira de tes entrailles, et j'affermirai sa royauté.

Is IX, 5-6 : Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l'empire a été posé sur ses épaules, et on lui donne pour nom: Conseiller admirable, Dieu fort, Père éternel, Prince de la paix : pour étendre l'empire et pour donner une paix sans fin au trône de David et à sa royauté, pour l'établir et l'affermir dans le droit et dans la justice, dès maintenant et à toujours. Le zèle de Yahweh des armées fera cela.

Jr XXIII, 5 : Les jours viennent, dit Jéhovah, où je susciterai à David un germe juste ; Il régnera en roi, Il sera sage et fera droit et justice dans le pays.

Ez XXXIV, 24 : Moi, Yahweh, je serai leur Dieu, et mon serviteur David sera prince au milieu d'elles ; moi, Yahweh, j'ai parlé.

Os III, 5 : Après cela les enfants d'Israël se convertiront et chercheront de nouveau Yahweh, leur Dieu, et David, leur roi ; ils reviendront en tremblant vers Yahweh et vers sa bonté, à la fin des jours.

(4) Lc I, 32 : Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père.

Ap XXII, 16 : C'est moi, Jésus, qui ai envoyé mon ange vous attester ces choses, pour les Eglises. C'est moi qui suis le rejeton et le fils de David, l'étoile brillante du matin.

(5) Par la première création, le Christ est le Seigneur de notre nature ; par la nouvelle création, il s’est rendu maître de notre volonté. Il peut ainsi régner véritablement sur les hommes, puisque ce sont la liberté de la raison et l’autonomie du vouloir qui constituent l’homme. Le Christ a enchaîné ces facultés (...) En effet, en s’unissant une fois pour toute aux corps et aux âmes, le Christ gouverne souverainement ses sujets comme l’âme régit le corps, et la tête les membres. - Nicolas Cabasilas, La vie en Christ.

(6) [ Ps 71, 8 V/ 11] Dominabitur a mari usque ad mare : et a flumine usque ad terminos orbis terrarum. V/ Et adorabunt eum omnes reges terrae : omnes gentes servient ei. | Il dominera de la mer à la mer, du fleuve aux confins de la terre. V/ Tous les rois se prosterneront devant lui, toutes les nations le serviront.

La mélodie “est calquée sur celle du graduel de l’Epiphanie ; c’est une heureuse idée de faire la même mélodie célébrer, là, le commencement du règne et, ici, sa plénitude. L’ampleur majestueuse, pénétrée d’ardeur enthousiaste, qui chantait le cortège des Mages et celui de tous les rois et de tous les peuples marchant après eux dans l’avenir, chante très bien, ici, dans la même admiration et la même fierté, le cortège arrivé devant le Trône et l’Agneau immolé !” - Dom BARON

(7) [Ps 2, 8] Postula a me, et dabo tibi gentes hereditatem tuam, et possessionem tuam terminos terrae. | Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, et pour domaine les extrémités du monde.

Le Psaume 2 est employé à Noël.


Si le Mystère de l’incarnation constitue en quelque sorte le principe de la royauté universelle de Notre Seigneur Jésus-Christ, Son Mystère pascal en est alors l’accomplissement et la manifestation éclatante. C’est ce que dit la préface : en s’offrant “sur l’autel de la croix en victime immaculée et pacifique”, Notre-Seigneur a accompli le mystère de notre rédemption ; en étendant les mains sur le bois, Il s’est acquis un peuple saint (cf. préface de la Prex II), nous arrachant ainsi “au pouvoir des ténèbres”, et nous transférant dans Son royaume, Lui qui “a voulu tout réconcilier sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix” (L2 ; Col I, 12-20). La croix glorieuse est comme le sceptre royal du Seigneur, et le symbole de Sa seigneurie sur toute chose (8). A celui qui le regardait, le serpent d’airain procurait la guérison (Nb XXI, 6-9) ; ce n’était là qu’un type, qui se réalise sur le bois de la croix : qui élève avec foi les yeux vers le Seigneur crucifié y trouve la guérison et la vie éternelle. Ainsi le bon larron, brigand et sans doute homicide, regarda avec foi le Crucifié, et reçu pour récompense l’assurance du Royaume éternel (L3 ; Lc XXIII, 35-43). Un roi “n’est digne de la royauté qu’autant qu’il s’oublie lui-même pour se sacrifier au bien public” (Fénelon). Jésus-Christ, de condition divine, est descendu jusqu’à nous, qui étions misérables ; Il s’est fait notre serviteur et a pris sur Lui la boue de nos péchés, donnant Sa vie pour vaincre la mort et revivifier la vie languissante après le péché d’Adam. C’est pour cela que Jésus-Christ a été exalté au-dessus de toute la création, en tant que Roi des rois, parce qu’Il a fait rois et prêtres de Son royaume Ses serviteurs (Ap I, 6), Lui, le Serviteur parfait. Ainsi l’Agneau céleste immolé, et pourtant glorifié, mérite le cantique de louange que l’Eglise du ciel et de la terre chante à l’ouverture de la Divine Liturgie : “Il est digne, l’Agneau qui a été égorgé, de recevoir puissance, divinité, sagesse, force et honneur ! A lui soient la gloire et la puissance dans les siècles des siècles !” (A1) (9).

(8) Songes-tu à tous les bienfaits que la croix nous procure ? Tu veux connaître le Royaume ? Dis-moi : Que vois-tu donc ici qui y ressemble ? Tu as sous les yeux les clous et une croix, mais cette croix même, disait Jésus, est bien le signe du Royaume. Et moi, en le voyant sur la croix, je le proclame roi. Ne revient-il pas à un roi de mourir pour ses sujets ? Lui-même l'a dit : Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (Jn 10,11). C'est également vrai pour un bon roi : lui aussi donne sa vie pour ses sujets. Je le proclamerai donc roi à cause du don qu'il a fait de sa vie. Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume. - Saint Jean Chrysostome

(9) [Ap V, 12 ; I, 6 V/ Ps 71, 1] Dignus est Agnus, qui occisus est, accipere virtutem, et divinitatem, et sapientiam, et fortitudinem, et honorem. Ipsi gloria et imperium in saecula saeculorum. V/ Deus, iudicium tuum Regi da : et iustitiam tuam Filio Regis. | Il est digne, l’Agneau qui a été égorgé, de recevoir puissance, divinité, sagesse, force et honneur ! A lui soient la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. V/ O Dieu, donne au Roi ton équité, ta justice au fils du Roi.

L’Alleluia grégorien rappelle discrètement que ce n’est pas seulement par la croix, mais aussi par la Résurrection (les deux étant inséparables) que Jésus-Christ nous a sauvé et a acquis Sa royauté :

[Dn VII, 14] Alleluia, alleluia. V/ Potestas eius, potestas aeterna, quae non auferetur : et regnum eius, quod non corrumpetur. Alleluia. | Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas, son règne un règne éternel qui ne sera jamais détruit.

La mélodie est celle de l’Alleluia du quatrième dimanche après Pâques [cinquième dans le MR2002], Christus resurgens : le Christ ressuscité ne peut plus, la mort ne l’emportera plus sur lui. Le rapprochement entre les deux textes est évident. Cette mélodie est une magnifique acclamation ample et solennelle au Christ victorieux de la mort et de ses ennemis.” - Yves GIRE, p. 258.


Avec le chant de communion, l’année liturgique s’achève sur la vision douce et apaisante du Royaume céleste, “Royaume universel et éternel, royaume de vérité et de vie, Royaume de sainteté et de grâce, Royaume de justice, d’amour et de paix” (préface) (10).

(10) [Ps 28, 10-11] Sedebit Dominus Rex in aeternum : Dominus benedicet populo suo in pace. | Le Seigneur trône en roi pour jamais ; le Seigneur bénira son peuple dans la paix.

Sous les images grandioses de la tempête, c’est Dieu qui apparaît dans le Psaume 28.

« L’application au règne glorieux du Christ se fait d’elle-même. Après les orages qui se succèderont au cours de l’histoire, il y aura un dernier ouragan dans lequel tout disparaîtra. Puis il y aura de nouveaux cieux, une nouvelle terre. Et le Seigneur bénira son peuple à jamais, dans la paix de son Royaume. Rex Pacificus, Regnum justitiae, amoris, et pacis. » - Dom BARON.
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