Vatican II plus laxiste ? Si Humanae vitae puis l'enseignement de Jean-Paul II sont laxistes, c'est que nous n'avons pas la même définition de "laxiste".
Je ne pensais pas précisément à un texte comme
Humanae vitae (qui n'est pas 100% traditionnel non plus), mais plutôt à la pratique concrète au sein de bien des paroisses. Souvent, les textes demeurent conservateurs, tandis que sur le terrain, la situation témoignage d'un plus ou moins grand progressisme. Par ailleurs, les indifférents ne se tournent pas plus vers les paroisses ordinaires que vers les traditionalistes, donc ce n'est un argument ni en votre faveur ni en la mienne. Par contre, les jeunes gens intéressés par la religion catholique se tourneront bien plus facilement vers les paroisses VOM ou du moins vers certains milieux NOM conservateurs que vers les paroisses ordinaires. C'est un fait que l'on peut aisément constater, même sur ce forum, où les moins de 30-35, issus de familles catholiques pratiquantes ou non, sont majoritairement soit traditionalistes, soit du moins conservateurs "ratzinguériens", et pour le moins peu inspirés (pour ne pas dire plus) par le pontificat actuel. Il ne faut pas rêver, la majorité de nos contemporains sont éloignés de la religion catholique et ne vont pas y revenir, sauf miracle. C'est une tendance générale contre laquelle il est difficile de lutter. Par contre, pour la petite minorité non satisfaite de notre époque matérialiste et agnostique, ce sont les milieux traditionnels ou traditionalistes qui sont attirants, et pas vos solutions libérales en matière de mœurs conjugales... Pourquoi voulez-vous que je sois attirée par des paroisses catholiques qui me disent strictement la même chose que le monde qui m'entoure (aime qui tu veux, l'important, c'est l'authenticité, le respect et le consentement; il n'y a rien de mal à divorcer et refaire sa vie, à vivre en concubinage, à la contraception, à l'homosexualité, etc...) ? Ce n'est pas du tout ce qu'enseignaient les saints catholiques ! Pas du tout.
Bien observé, il y a en effet une impasse ici ; mais c'est l'Eglise qui s'y est mise elle-même, en sacralisant le moindre de ses enseignements.
Elle n'a pas sacralisé des enseignements profanes et humains. Elle a tout simplement transmis l'enseignement traditionnel à travers les siècles. Si vous pensez que l'Eglise enseigne des erreurs ou abuse de sa position en proclamant qu'il existe des vérités d'ordre moral, y compris dans les questions relatives au mariage, c'est tout simplement que vous n'avez au fond pas la foi catholique, pas confiance en l'Eglise et au fait qu'elle a été fondée par le Christ et qu'elle transmet la vérité. L'impasse vient donc plutôt de votre côté... Et vous le dites vous-même : si l'Eglise renie son enseignement bimillénaire (c'est déjà largement le cas), elle perd toute crédibilité (c'est déjà aussi largement le cas) ! Pourquoi donc voulez-vous que cela arrive ? Qu'y gagnerez-vous ? Serez-vous vraiment plus à l'aise dans une Eglise qui aura perdu le peu d'attractivité et de crédibilité qui lui restent ? Une Eglise encore plus vide que maintenant et qui ne transmet plus la foi aux jeunes générations ? Croyez-vous que vous y gagnerez quelque chose sur le long ou même moyen terme ? Permettez-moi d'en douter...
Evidemment, un prêtre ne peut absoudre un fidèle qui ne regrette pas ses péchés et ne compte pas y renoncer... Pour autant, les portes de l'église sont ouvertes à tous. Tout baptisé peut assister à la messe. De nos jours, beaucoup de catholiques viennent même communier indignement lors des grandes fêtes et des enterrements et les prêtres ne disent généralement rien du tout... Et François, par ses ambiguïtés, semble suggérer que certains états de vie jugés traditionnellement comme peccamineux ne le sont pas tant que cela. Les églises se remplissent-elles pour autant ? Non. Pensez-vous que si l'Eglise se mettait à assumer entièrement les points de vue moderne sur la sexualité, cela serait le cas ? C'est une illusion, car les églises protestantes libérales, très ouvertes sur ces questions, sont plus vides que jamais ! Regardez l'état du protestantisme libéral en Suisse et ailleurs ! Il se meurt à une vitesse encore plus grande que le catholicisme conciliaire...
"C’est presque mieux ici [à Genève] qu’en Valais, alors qu’autrefois on pensait que Genève était une ville en perdition, que plus personne n’allait à l’église. Il y a un contraste incroyable avec ce que j’ai pu penser de la religion à Genève. En Valais, tous les gens allaient à la messe parce qu’ils y étaient presque obligés. On avait la pression, on y allait comme des moutons. Mais ici, les personnes qui s’y rendent ont beaucoup plus de conviction."
Notez l'année de son déménagement à Genève ! 1972 : en pleine dérive post-conciliaire. Et toujours les mêmes illusions progressistes : c'est mieux d'être minoritaire, on en est que plus convaincu, etc... Pourtant, la réalité est tout autre : le Valais (puisque c'est l'exemple que vous prenez avec cet article) pré-conciliaire était bien plus croyant que le Valais actuel. Ce n'est pas parce que tout le monde pratiquait que c'était une région peuplée d'hypocrites moutonniers sans convictions... Il serait intéressant de faire un sondage à la sortie des messes NOM pour étudier le degré d'adhésion au magistère de l'Eglise, que ce soit en matière doctrinale ou morale. Croyez-moi, que ce soit en Suisse, en France ou ailleurs, nos ancêtres n'auraient pas à en rougir.