Perlum Pimpum ,
J'ai pris un peu de temps pour répondre de réfléchir au sujet (bien imparfaitement sûrement), il faut dire que votre dernier message demandait aussi du temps.
Perlum Pimpum a écrit :J’aurais pu faire plus court ; le goût de la matière m’a poussé à faire long. Je dois être fou de perdre ainsi mon temps à un si long message dont très probablement vous ne tiendrez pas compte.
Oui enfin, depuis le début je tiens compte de ce que vous dites, je ne fais que ça d'ailleurs puisque je discute essentiellement sur votre position.
Ce n'est pas parce que je peine à la partager que je n'en tiens pas compte. Faut-il obligatoirement être d'accord avec vous pour que cela vous signifie un intérêt ?
Perlum Pimpum a écrit : ↑sam. 12 juin 2021, 12:23
I - En réponse à votre premier post.
1. Ce n’est pas l’acte qui est responsable, c’est l’agent. Le péché est un acte dont l’homme est responsable s’il en est coupable.
2. La détermination de la personne qu’emporte le péché résulte du fait que
la privation de rectitude morale de l’acte peccamineux est celle de la personne commettant l’acte, puisque cet acte est l’acte de la personne qui le commet. Si
votre action est mauvaise, c’est
vous qui êtes mauvais à mal agir
: le sujet est déterminé par son acte.
Le problème est que la personne peut aussi faire de bonnes actions à côté, cela la rend-elle bonne ?
Ne dit-on pas "le juste pèche sept fois par jour" (Pr. 24,16) ? Il est à la fois juste et pécheur.
Vous, vous réduisez la personne au seul péché. Or, la réalité n'est pas si manichéenne.
Je dirais que j'ai mal agit mais pas que je suis mauvais, que je suis le mal. C'est trop absolu.
Si le sujet est déterminé par son acte, il ne se réduit pas à un seul acte, à une seule catégorie d'acte, au seul péché. Le sujet est aussi déterminé par Dieu en son acte créateur. C'est cette dimension que vous tendez à occulter.
Si vous dites que la personne
est mauvaise, que la personne
est pécheresse, vous l'enfermez dans un état, vous la définissez tellement comme telle sans nuance que c'est en fait lui retirer toute possibilité de retour, de conversion. Puisque c'est ce qu'elle
est.
Car si elle
est mauvaise alors elle n'est plus autre chose. Mais si elle est autre chose, elle n'est pas
simplement mauvaise. Sinon, d'où pourrait-elle avoir la ressource de revenir vers Dieu ?
Pour avoir une telle possibilité, il faut bien qu’il demeure du bon chez cette personne "mauvaise ", on dira l'entendement, la conscience, l'homme intérieur, la fine pointe de l'âme. Or, si tel est le cas on ne peut pas dire que la personne
est mauvaise, surtout lorsque ce mal est de l'ordre de l'accidentel et non de l'essentiel. Seul l'essentiel en tant qu'invariable peut être dit de façon si absolu.
De même qu'on ne puisse dire qu'une personne est bonne car seul Dieu est substantiellement bon, la créature ne l'étant que par accident, on ne peut pas non plus dire qu'une personne est mauvaise, seul le péché en tant qu'objet détaché de toute relation à l'être peut être qualifié de mauvais.
Dire qu'une personne
est devenue mauvaise,
est devenue pécheresse, c’est dire qu'elle est devenue le mal, le péché. Après, on comprendra bien que lorsqu'une personne est qualifiée de pécheresse c'est en tant que la personne commet le péché, que la personne chute, mais certainement pas en tant qu'elle se confond avec le péché, en tant que le péché redéfinirait la personne.
Si tel était le cas, quelle possibilité de faire autrement que ce qu’on est, que ce qu'on est devenu ?
Et si une fois qu'on est défini comme pécheur, mauvais, n'ayant plus de possibilité de faire autrement que ce qu'on
est, on retire du même coup toute responsabilité du pécheur, du damné. Et du même coup toute légitimité de la peine. Car quelle culpabilité reste-t-il alors pour celui qui ne plus faire autrement que ce qu'il est (devenu) ?
Mais s'il peut faire autrement alors c'est qu'il n'
est pas mauvais mais porte son péché, est atteint par le péché. Et encore une fois, une personne atteinte d'un mal n'est pas ce mal.
Et c’est en tant que le pécheur n’est pas devenu le mal mais est atteint par le mal qu'il reste aimé de Dieu.
Mais ne vous trompez pas sur ma position, je ne défends pas la personne pour elle-même, comme si elle avait sa valeur d'elle-même, par elle-même. Je la défends davantage pour ce qu’elle est l'œuvre de Dieu justement avec toute la dignité et la beauté que cela lui confère, et la valeur que Dieu lui accorde pour aller jusqu'à mourir pour elle alors que nous étions encore des pécheurs. Oui, Dieu n'est pas mort pour des justes mais pour
des pécheurs (Romains 5 : 8). Il doit bien peu aimer le pécheur pour mourir pour lui...
Je ne crois pas que ce qui vient du bien suprême puisse devenir "mauvais ", mais mauvais absolu.
Perlum Pimpum a écrit :3. Vous ne tenez manifestement pas compte des réponses qui vous sont faites. M’objecter que si la détermination était essentielle, personne = péché, de sorte que..., c’est me faire perdre mon temps. Je vous ai clairement expliqué que la détermination n’est pas essentielle mais accidentelle. La personne n’est pas essentiellement déterminée par son péché, la personne n’est pas essentiellement son péché. La détermination de la personne n’est pas essentielle mais accidentelle. La personne est accidentellement déterminée par son péché, et c’est pour cela qu’elle est pécheresse : la malignité de l’acte se répercute sur l’agent puisqu’il est l’acte de cet agent. Je vous ai déjà expliqué comment la malignité morale de l’acte affecte (détermine) l’agent posant l’acte. Par delà l’acte privé de rectitude, le défaut de rectitude est celui de l’agent, puisque l’acte est celui de l’agent. Je ne vais donc pas me répéter mille fois, mais vous le résumer une fois pour toutes : si la personne n’est pas moralement déterminée par son péché, est impossible qu’elle soit pécheresse.
Pour être sûr de bien comprendre, lorsque vous dites que la personne est accidentellement déterminée par son péché, est-ce que pour vous cette corruption atteint l'essence de la personne ? Tel que la personne est à l'origine aimée de Dieu mais devenant pécheresse, la personne est désormais haït de Dieu ?
Car dans ce que vous dites, on a l'impression que ce qu'est essentiellement la personne est transformée par le péché. Alors certes, ce n'est pas le péché qui est au fondement de la personne, son essence, tel que le péché ayant une substance, fondant la personne (je ne l'ai jamais pensé, et ce n’est pas non plus ce que je comprenais de vos propos), mais c'est comme si le péché recouvrait, corrompait, transformait l'essence de la personne qui n'est plus simplement une personne mais une personne pécheresse, comme définissant un nouvel état, une essence modifiée (ce qui d'ailleurs n'aurait pas de sens en soi, l'essence étant par définition ce qui ne change pas). Car dans vos propos c'est plus que quelque chose qui s'ajoute, qui recouvre la personne (essentielle) mais c'est plutôt comme se fondant dans l'essence, la redéfinissant.
Or, si tel est le cas je ne sais pas trop ce qu'il resterait à aimer pour Dieu chez une personne se confondant avec son péché ?
Par ailleurs, le péché n'est pas créateur tel que pouvant transformer, ajouter, donner une nouvelle identité. Plutôt il prive, il retire, il détruit ce qui est. Il perd mais ne perd pas totalement, sans quoi il saperait l'essence jusqu'à la racine. Il demeure la personne, une personne certainement amoindrie par le péché mais une personne quand même, aimée de Dieu.
Le péché n'a pas cette valeur de se confondre avec
la personne tel que définissant la personne, tel qu'ayant quelque chose qui ressemble à l'être, un être mauvais (doctrine manichéenne) ou tel qu'on puisse dire que le péché vienne de la personne, de son être. Le péché ne peut pas provenir de
l'être, de
la personne, de ce qu'elle est essentiellement, il n'en a pas les propriétés. L'être n'est pas la source du néant, du péché. Je veux dire que l'être, la personne en tant que substance, étant fondamentalement bon il ne peut produire le mal tel que le mal engendré par l'être, par le bien, tel que la vie engendrant la mort ?!
Le péché révèle davantage quelque chose de notre nature.
C'est pourquoi il m'apparaît comme un non-sens l'idée de confondre la personne et son péché, de parler de haine du pécheur plutôt que du péché. Car la personne ne disparaît pas derrière le péché, le péché n'est pas une personne, et la personne n'est pas un péché. La personne demeure, en perdition. Et cette perdition d'une personne, d'une œuvre de Dieu est quelque chose d'haïssable. C'est cette perdition de la personne, son péché qui est haïssable, pas la personne en soi.
Le péché vient de ce que l'homme est faible, finitude et déchoit, perd de lui-même. Le péché vient de ce que l'homme ne peut rien par lui-même, seul Dieu en lui peut le maintenir dans le bien. Mais l'homme livré à lui-même, éloigné de sa source, de son fondement se perd, se perd lui-même, perd le bien et perdant le bien commet son manque, le mal.
Je pense au péché originel dont le récit la chute de l'homme à un moment où Dieu est absent de la scène, où l'homme est remis à lui-même. On pourrait se dire que ça ne veut rien dire, que l'homme avait les ressources pour ne pas pécher. Et pourtant, ce serait dire que l'homme n'a pas besoin de Dieu, qu'il peut être bon par lui-même, qu'il a cette capacité en lui-même. Mais non, il n'a cette capacité en lui que par Dieu.
Je pense que c'est ça la leçon de cette vie, une leçon d'humilité qui nous fait comprendre notre néant, jusqu'où on peut sombrer sans Dieu, dans notre refus. Cela nous fait comprendre notre besoin de Dieu, notre seule vraie demeure et identité car nous ne sommes qu'en Dieu, il n'y a rien en-dehors.
Je suis désolé si je ne comprends pas votre pensée, j'essaie mais ça reste confus pour moi.
Perlum Pimpum a écrit :4. Ce que la personne devient accidentellement n’efface aucunement ce qu’elle est essentiellement : une personne. Et c’est bien parce qu’elle est essentiellement une personne qu’elle est responsable de ce qu’elle est devenue accidentellement : une pécheresse.
Vous voyez, pour moi cette affirmation reste peu claire.
Parce que quand vous dites "elle est devenue ", cela renvoie l'idée que même si ce devenir est accidentel il atteint l'essence. Ou alors on a une personne essentielle et une personne accidentelle se superposant ?!
Ce que je ne comprendrais pas c'est pourquoi l'accidentel éclipserait l'essentiel, de telle sorte qu'on ne tienne plus compte que de l'accidentel, qu'on enferme la personne dans l'accidentel, qu'on absolutise cet accidentel au point de reduire cette personne à "elle est mauvaise ", "elle est pécheresse ", rejetant l'aspect "elle est essentiellement bonne en tant que personne", "elle est l'œuvre de Dieu ".
En gros, pourquoi la réduire à son péché comme si elle n'était que ça ?
Car pour dire de façon si absolue "elle est mauvaise", c'est bien que ça touche jusqu’à l'essence.
Pour moi, je crois que le péché ne peut atteindre au fondement, je pense que plutôt qu'elle est mauvaise, elle est surtout une personne.
Perlum Pimpum a écrit :III - En réponse à votre deuxième post.
1. Dans le pécheur se trouvent mêlés la personne et le péché ; c’est pourquoi l’on dit qu’il est aimé en tant que personne et haï en tant que pécheur. Et si indubitablement Dieu continue d’aimer la personne qu’il damne, puisqu’il la maintient dans l’être ; nonobstant il la hait ou l’exècre ou l’abhorre ou la vomit, toutes expressions scripturaires, puisqu’il la rejette loin de sa face, dans les ténèbres extérieures, où sont les pleurs et les grincements de dents.
Vous me dites donc là que Dieu aime et hait la personne. Je pense que cette affirmation n'est pas anodine mais qu'elle traduit la difficile contorsion de la tentative d'explication pour nier que cet amour et cette haine porte au final sur le même objet alors que...
Perlum Pimpum a écrit :2. Faudrait-il dire à un pécheur que Dieu le hait ? C’est affaire de prudence. Oui, si ça peut le tirer de son endurcissement. Non, si ça risque de le faire désespérer de la Miséricorde de Dieu. En définitive il faut lui prêcher la Miséricorde de Dieu ET la Justice de Dieu, car Dieu est Saint.
3. Dieu frappant le damné de peines infernales, il fait souffrir la personne, non en tant que c’est une personne mais en tant que c’est une pécheresse : il ne punit pas la personne pécheresse parce que c’est une personne, mais parce qu’elle s’est trouvée endurcie au Jour de son jugement particulier.
Oui mais peu importe vos tentatives de contournement du problème. Il n'en demeure pas moins qu'en punissant le pécheur, inévitablement la personne est punie. Et si la personne est punie alors Dieu la hait selon la logique que vous m'avez vous-même exposé.
Car quand bien même il punit la personne pécheresse parce qu'elle s'est trouvée endurcie, cela reste la personne qui est punie. Que Dieu aime la personne n'empêche pas ici qu'il la punit à travers le pécheur. Or, selon ce que vous me dites si elle subit la punition c'est donc qu'elle est haïe. Punition = haine.
Car au fond, on se demanderait bien ce qu'il resterait de l'amour pour la personne, sa nature dans une punition vindicative éternelle ?! Il l'aime parce qu'il lui donne l'être ? Sauf que là, il lui donne l'être seulement pour la faire souffrir. D'ailleurs, tout le paradoxe tient dans ce qu'il lui donnerait à la fois l'être et la destruction (qu'est la haine) ?!
L'amour semble ne plus être qu'un mot ici.
Quand vous parlez d'amour de la personne, de sa nature, de son essence mais de haine du pécheur, on a l'impression que cette nature est dépersonnalisée, vidée de la personne, que ce n'est plus qu'un corps, une âme ou je ne sais quoi mais sans
personne à l'intérieur. Un amour complètement détaché de l'objet ?!
Par contre, quand vous parlez de haine du pécheur, là on a l'impression que c'est pleinement personnalisé et tellement associé au péché qu'il ne reste rien de la nature bonne donnée et maintenue par Dieu.
Perlum Pimpum a écrit :IV - En réponse à votre troisième post.
Il faut être clair au sens à donner au mot haine, et je l’ai été. Mais ici encore vous n’écoutez pas les réponses qu’on apporte à vos questions. Je vais donc expliquer une toute dernière fois. Après quoi, si vous n’écoutez tjrs pas et objectez tjrs identiquement, je ne répondrais plus. Pour bien comprendre pourquoi l’Écriture dit que Dieu hait les pécheurs et que cette haine est une « haine parfaite », le meilleur moyen que je puisse vous fournir est de suivre point par point l’exposé qui suit. Prenez déjà en compte qu’il ne s’agit pas de démontrer une thèse, que Dieu hait les pécheurs en tant qu’ils sont pécheurs, pour, la conclusion atteinte, la confirmer d’un argument d’autorité. On procède tout à l’inverse. Malgré que l’Écriture nous dise que Dieu est Amour et qu’il nous aime, elle dit aussi que Dieu hait les pécheurs. Pourquoi ? Comment concilier les textes ? En quel sens Dieu est-il dit nous haïr ? Il s’agit d’expliquer l’Écriture, pas de défendre une thèse. Pour l’expliquer je vais partir d’un principe que vous ne contestez pas : « Dieu est Amour ».
(1) L’amour que Dieu a pour nous n’est pas un sentiment mais un vouloir. Dieu est dit nous aimer parce qu’il nous veut du bien : il nous crée, nous conserve, nous conduit, nous rachète, nous sanctifie, nous glorifie.
(2) Cet amour de Dieu pour nous n’est que consécutif à l’amour que Dieu à de lui-même. Dieu s’aime souverainement parce qu’il est souverainement aimable. Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes aimables, mais nous sommes aimables parce que Dieu nous aime.
Oui c'est vrai, nous ne sommes pas aimables par nous-même, mais par Dieu.
Et Dieu nous aime parce que nous sommes son oeuvre dont il est dit "Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. "(Genèse 1 : 31)
Je veux dire qu'il ne nous aime pas comme de l'extérieur, comme adoptant quelque chose qui lui soit extérieur. Mais nous venons de Dieu et l'œuvre qui vient des mains de Dieu est aimable. Je ne conçois pas que son oeuvre puisse devenir haïssable telle que s'affranchissant de Dieu, telle qu'étant indépendante de Dieu. Nous ne nous appartenons pas, nous ne sommes pas notre propre Dieu et maître. Ce qui vient de Dieu, ce qu'il a voulu de toute éternité, ce qu'il a aimé avant même de le créer, comment pourrait-il devenir haïssable ?! Il ne l'aurait pas voulu et aimé
de toute éternité.
Il aime sa création de tout éternité. Or, vous dites "L’amour que Dieu a pour nous n’est pas un sentiment mais un vouloir. Dieu est dit nous aimer parce qu’il nous veut du bien", ce qui renvoie l'idée que dès lors que Dieu nous infligerait des peines vindicatives, ne nous voulant plus de bien alors il nous haïrait. Et pourtant, il nous aime de toute éternité. Son amour pour nous ne change pas (immuabilité divine). Ce n’est pas nous qu'il hait mais le péché.
La conception que vous exposez donne l'impression d'un Dieu subissant la création, les circonstances.
Perlum Pimpum a écrit :Car tout ce que nous avons de bon en nous, nous le tenons de Dieu[/b], à commencer par nos œuvres bonnes et le bon mérite qu’elles impliquent.
- Nous tenons de Dieu notre être, et avec lui notre capacité à agir.
- Nous tenons encore de Dieu notre agir, car comme le dit l’Écriture, « c’est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire » (et saint Thomas en explique métaphysiquement le comment et le pourquoi). S’en suit que l’acte humain est de Dieu et de l’homme tant quant à son exercice que sa spécification bonne.
- Mais seul l’homme est cause de la malignité morale de son acte, du fait que cet acte est peccamineux. Ce n’est que quant à ce que la spécification a de privativement mauvais par sa contrariété à l’ordre de la justice, privation qui comme telle relève du non-être, de la privation du bien dû, que l’homme seul est cause : « Ta perdition vient de toi Israël. »
- Et remarquez jusqu’où va la bonté de Dieu : même l’acte mauvais est bon en tant qu’il est un acte, n’étant mauvais qu’en le défaut de bien spécifiant son objet : ce qui est mauvais dans cet acte n’est pas qu’il soit un acte, mais la malignité morale qui l’affecte, laquelle n’a d’autre cause que le libre-choix de la créature se détournant du bien.
D'accord, mais pourquoi la créature se détourne-t-elle du bien ?
Elle est là la vraie question...
Perlum Pimpum a écrit :
(b) L’Amour aime donc le Bien qu’il est : ici aimer le bien c’est l’être. L’Amour aime encore le bien qu’il fait, car aimer quelqu’un est lui faire du bien, ce que Dieu nous fait en nous donnant d’être. Mais si l’Amour (Dieu) aime le bien, et si le mal s’oppose au bien, l’Amour n’aime pas le mal, puisque le mal s’oppose au bien. Et puisque le bien s’oppose au mal, l’amour du bien s’oppose à l’amour du mal, comme la haine du bien s’oppose à la haine du mal. Mais l’amour du bien ne s’oppose pas à la haine du mal : la haine du mal découle de l’amour du bien. Je vous ai déjà expliqué qu’on distingue le mal en mal de nature, mal de peine, mal de faute. Mais ni le mal de nature ni le mal de peine ne s’opposent à Dieu, ne s’opposent au Bien. Quant au mal de peine c’est évident, puisque par lui la justice de Dieu triomphe, et cette Justice est Dieu. Quant au mal de nature, il est requis pour le bien de la nature : le lion ne pourrait pas vivre s’il ne pouvait manger ses proies. Ce mal là est donc de sa nature ordonné à un bien, aussi dit-on qu’il est indirectement voulu dans la volonté divine de poser un ordre de nature. Appert ainsi que ni le mal de peine ni le mal nature ne s’opposent à Dieu. Par contre, le mal de faute, le péché, s’oppose à Dieu, s’oppose au Bien, car par son péché l’homme se détourne de Dieu, sa fin dernière. Donc le mal que Dieu hait, c’est le mal de faute, le péché . Et puisque le mal qui s’oppose au Bien est le péché qui en détourne, l’Amour du Bien est Haine du mal qu’est le péché : c’est un même acte et cet acte est Dieu, distingué en raison selon les effets qu’il opère : amour puisque produisant la bien de la personne qu’il crée et conserve ; haine puisque châtiant les péchés qu’il abhorre. Car la haine ne s’oppose pas à l’amour dès qu’elles portent sur des objets contraires : l’amour de la justice s’oppose à l’amour de l’injustice ; l’amour de la justice ne s’oppose pas à la haine de l’injustice.
Oui, là je suis d'accord puisque vous parlez d'amour de la personne et de haine du péché. Il y a donc bien objets contraires.
Pour la suite de votre raisonnement j'ai déjà répondu par ma réponse précédente et par celle du début.
Votre réponse renvoie l'étrange impression que le péché entraîne la personne en tant que telle, ne laissant qu'une essence vidée de la personne ?! Au point de parvenir à identifier la personne au péché. Au point que le mal puisse avoir l'être, qu'une personne puisse être mauvaise ?! Ce qui en réalité veut dire la même chose. Car la personne c'est l'être. Une personne pourrait-elle ne pas avoir l'être ?! Par conséquent, dire qu'une personne est mauvaise revient à dire que l'être est mal ?!
Et tout ça pourquoi ? Parce qu'on réduit la personne à ses actes et que quand je vous dit que la personne est plus que ça, vous répondez ironiquement qu'elle n'est que ça...
Non, un acte ne définit pas la personne. Il dit quelque chose, il a des conséquences mais l'acte et surtout le péché ne sont pas des
absolus pour déterminer intégralement la personne. Aucun accident n'est absolu.
C'est l'essence qui définit la personne. Qu'est-ce que le mal, le péché pourrait-il bien définir, déterminer ? Tout chaotique et néantisation qu'ils sont ? Nous ne sommes pas face à deux principes du bien et du mal, avec un principe du mal définissant, déterminant une
personne, même de façon accidentelle. Le mal est une déchéance.
La volonté de la personne s'est égarée, s'est perdue, a déchue. Mais la volonté est-elle un mal ? Non, mais par l'intermédiaire de la volonté finie de la créature, le manque de la créature livrée à elle-même, éloignée de son fondement, Dieu, produit ce non-amour du péché.
Alors je me dis que d'une certaine façon, nous sommes effectivement haïssables dans ce sens que par nous-même nous ne sommes que néant, mauvais. Et pourquoi ? Parce que nous n'avons pas l'amour en nous-même, par nous-même. Tout ce que nous avons n'est que don de Dieu, ou plutôt est cette grâce de nous être donné par le Bien Suprême.
Mais en même temps, le néant est-il haïssable en soi ? Sommes-nous haïssables parce que nous sommes néant par nous-même ? Je ne pense pas. Le néant en soi n'est pas forcément haïssable, mal, péché, il est plutôt neutre.
Mais nous concernant, nous ne sommes qu'en Dieu et par Dieu. Et notre néant en ce que nous ne sommes rien par nous-même nous fait perdre ce que Dieu nous donne et cette perte de l'amour, du bien produisant le péché est haïssable. La perte de ce que nous sommes, exprime ce que nous sommes sans Dieu, pécheur. Pécher signifiant manquer le but, pécheur signifiant manquant. Je pense qu'il n'est pas tout à fait correct de traduire pécheur par mauvais mais qu'il est plus juste de le traduire par manquant. Par nous-même nous sommes pécheurs, manquants.
Est-ce que nous sommes haïssables parce que nous sommes manquants ?
Plus que de la haine pour notre misère, notre faiblesse, notre finitude, je tends à penser que Dieu éprouve davantage de pitié et de compassion. Pitié et compassion qui procèdent de l'amour.
Pour nous haïr, il faudrait me semble-t-il que le mal qu’on produit traduise non pas une perte de ce que nous sommes mais pleinement ce que nous sommes, tels des êtres un mauvais, révélant un principe mauvais, et donc une conception manichéenne. Je pense plutôt qu'il exhorte, ou qu'il blâme, menace davantage dans un but pédagogique pour nous "tenir". Mais je ne pense pas que Dieu nous prenne pour des Dieux.
Est-ce que nous sommes haïssables parce que nous sommes manquants ou est-ce ce manque qui est haïssable ?
Je me dis que Dieu a dû bien haïr ce manque, cette condition pour vouloir aller jusqu'à s'incarner, à mourir pour sauver le manquant, le pécheur, pour unir le créé à sa divinité, le comblant ainsi éternellement de ses manques. Et ayant ainsi la victoire sur le manque qu'est le péché.
Par nous-même, nous ne sommes rien, et si Dieu nous haïssait nous n'existerions pas. Tout ce que nous avons nous vient de Dieu, nous n'avons pas d'autre raison d'être que l'amour, l'amour et encore l'amour. Que l'on puisse s'éloigner de notre côté et Dieu nous poursuit et nous poursuit jusque dans l'abîme, au seuil de notre mort, de notre néant, pour nous maintenir à l'être. Si cela ne vient pas de l'amour, d'où alors ?
Pourrait-il accompagner notre haine de sa haine ? Comment subsisterions-nous ?
Par nous-même, nous sommes haïssable, il faut donc bien l'amour de Dieu pour nous tirer de ce néant et un amour sans cesse renouvelé pour qu'on ne retourne pas à ce néant qu'on semble s'acharner à vouloir retrouver. Il faut un amour et une compassion bien immense pour nous secourir de notre perdition, pour nous tenir à bout de bras alors que nous nous effondrons, consumés de cette destructivité que nous portons en germe dans cette finitude dont nous souffrons et nous fait crier à Dieu en même temps que nous le clouons.