Comme évoqué dans un autre fil, je lance ce nouveau sujet pour discuter de cette thématique. Ma position est que le dogme de la Descente de Notre-Seigneur aux enfers, au cours de laquelle il a annoncé l'Evangile à ceux qui étaient morts comme l'écrit S. Pierre en son épître, ne vaut pas uniquement pour ceux qui étaient morts avant Lui, mais qu'il vaut pour tous les hommes de tous les lieux et de tous les temps, et que, par conséquent, lorsque tout homme meurt, il se trouve en présence de Notre Seigneur qui lui annonce la Bonne Nouvelle du Salut qu'il lui est loisible d'accepter ou de refuser en tout connaissance de cause, cette dernière condition impliquant de soi l'éternité des conséquences attachées à ce choix.
Je sais que d'autres fils de discussion sont déjà intervenus, portant spécifiquement sur la doctrine théologique de M. Dumouch, et qu'ils ont souvent finis par être bloqués, à juste titre d'ailleurs quand on en prend connaissance.
Je souhaite que le présent fil soit une discussion purement théologique, c'est-à-dire, pour parler vulgairement et je vous prie de m'en excuser, que je me fiche de ce que M. Dumouch a pu dire ou écrire pour présenter sa doctrine. Inutile, donc, d'avancer comme argument sed contra ce qu'il a pu dire ou écrire, je n'y répondrai pas. Tout comme je me fiche des NDE comme des révélations privées, que ce soit dans un sens ou dans un autre. Pareillement, je n'y répondrai pas.
Je propose donc de partir d'un texte magistériel établi par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, approuvé avec science certaine et son autorité apostolique par Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II le 6 août 2000, à savoir la magnifique déclaration Dominus Iesus :
Ce texte reprend une affirmation du Concile Vatican II sur laquelle il convient en premier lieu de s'arrêter : "nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal". Les termes employés sont forts : il s'agit d'une doctrine qu'il faut tenir. Par ailleurs, le Saint Concile enseigne que la possibilité est offerte à tous, i.e. sans exception, et ce "d'une façon que Dieu connaît". Le texte latin de Gaudium et Spes porte : "modo Deo cognito", c'est-à-dire le singulier.[...] l'action salvifique de Jésus-Christ, avec et par son Esprit, s'étend à toute l'humanité, au delà des frontières visibles de l'Église. Traitant du mystère pascal, où le Christ associe déjà maintenant le croyant à sa vie dans l'Esprit et lui donne l'espérance de la résurrection, le Concile affirme : « Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal ».
Le lien entre le mystère salvifique du Verbe fait chair et celui de l'Esprit est donc clair, qui en fin de compte introduit la vertu salvifique du Fils incarné dans la vie de tous les hommes, appelés par Dieu à une même fin, qu'ils aient précédé historiquement le Verbe fait homme ou qu'ils vivent après sa venue dans l'histoire : l'Esprit du Père, que le Fils donne sans mesure (cf. Jn 3,34) les anime tous.
Pour cette raison le Magistère récent de l'Église a fermement et clairement rappelé la vérité sur l'unique économie divine : « La présence et l'activité de l'Esprit ne concernent pas seulement les individus, mais la société et l'histoire, les peuples, les cultures, les religions [...]. Le Christ ressuscité agit désormais dans le cœur des hommes par la puissance de son Esprit [...]. C'est encore l'Esprit qui répand les “semences du Verbe”, présentes dans les rites et les cultures, et les prépare à leur maturation dans le Christ ». Tout en reconnaissant le rôle historico-salvifique de l'Esprit dans l'univers entier et dans toute l'histoire, le Magistère précise cependant : « Ce même Esprit a agi dans l'incarnation, dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus, et il agit dans l'Église. Il ne se substitue donc pas au Christ, et il ne remplit pas une sorte de vide, comme, suivant une hypothèse parfois avancée, il en existerait entre le Christ et le Logos. Ce que l'Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions, remplit une fonction de préparation évangélique et cela ne peut pas être sans relation au Christ, le Verbe fait chair par l'action de l'Esprit, “afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et récapitule toutes choses en lui” ».
En conclusion, l'Esprit n'agit pas à côté ou en dehors du Christ. Il n'y a qu'une seule économie salvifique du Dieu Un et Trine, réalisée dans le mystère de l'incarnation, mort et résurrection du Fils de Dieu, mise en œuvre avec la coopération du Saint-Esprit et élargie dans sa portée salvifique à l'humanité entière et à l'univers : « Les hommes ne peuvent donc entrer en communion avec Dieu que par le Christ, sous l'action de l'Esprit ».
Il s'en déduit donc qu'il existe un moyen que Dieu connaît, et non pas que seul Dieu connaît (une telle formulation rendrait inopportune, voire même irrespectueuse, toute recherche théologique sur le sujet), par lequel les hommes de tous les temps et tous les lieux, sans exceptions aucunes, ont la possibilité d'être associés au mystère pascal. Cela exclut donc nécessairement qu'il s'agisse d'un moyen extraordinaire relevant de la discrétion divine, ce que l'on appellerait une grâce extraordinaire. Il ne peut s'agir que d'une grâce ordinaire puisque tous en bénéficient.
Il s'agit ensuite, non pas d'être sauvés, c'est-à-dire concrètement d'être admis au Paradis sans autre forme de procès, mais d'être "associé au mystère pascal". Qu'est-ce à dire ? Le mystère pascal, c'est la mort, la résurrection et l'ascension de Notre Seigneur. Y être associé, c'est y être conformé. Tout comme le baptême, selon l'enseignement de l'Apôtre, consiste à être uni à la mort du Christ afin d'être uni à sa résurrection. Une telle précision exclut donc que ce moyen puisse permettre d'être sauvé sans une radicale transformation intérieure. Il ne saurait en être autrement puisque les hommes ne sont pas justifiés par la seule imputation de la justice du Christ ou bien par la seule rémission des péchés, mais qu'il y a faut encore la grâce et la charité qui est répandu dans leur cœur par l'Esprit Saint (Canon n° 11, Décret sur la justification du 13 janvier 1547, Concile de Trente).
L'apport de la déclaration Dominus Iesus, puisqu'il a été nécessaire à une époque de le rappeler fermement, est de préciser que si le Concile parle de l'Esprit Saint en ce passage, il n'en demeure pas moins que tout doit être référé, et ne peut qu'être référé, au Christ. Ce que propose l'Esprit Saint, par ce moyen ordinaire que Dieu connaît, ce n'est pas une voie alternative, mais c'est bien l'union avec le Christ mort-ressuscité-ascensionné, ce que la seule référence à l'association au mystère pascal suffisait à comprendre, mais une certaine théologie des religions devait à l'époque être recadrée.
Il convient de relever que l'enseignement du Concile Vatican II n'a rien de nouveau puisqu'il ne s'agit que d'exprimer le dogme de l'universalité du salut, aux termes duquel Dieu veut, de volonté antécédente, que tous les hommes soient sauvés (ce qui ne signifie pas, nous sommes bien d'accord, que tous le soient).
Pouvons-nous, à titre de point de départ des échanges, être d'accord sur la compréhension de l'affirmation du Concile Vatican II, à savoir qu'il existe un moyen ordinaire par lequel il est proposé à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux d'être associés au mystère pascal, les deux termes soulignés étant essentiels dans cette compréhension puisqu'ils impliquent l'unicité et l'universalité du moyen qu'il s'agit de rechercher.
+


