Bonjour,
@Gaudens
Gaudens a écrit : ↑mer. 26 juil. 2023, 15:20
(comprendre vos posts est réellement difficile la plupart du temps).
Pour que vous puissiez comprendre la réponse adressée ci-après à OlivierJC, à supposer que vous souhaitiez la lire, l’explication préalable de la terminologie employée, qui relève de la théologie morale, ne paraît pas inutile.
On distingue d’abord l’infidélité selon qu’elle soit négative ou positive. L’infidélité négative est celle de l’infidèle qui n’a pas la foi dont il ignore l’existence et/ou le contenu. L’infidélité positive est celle de celui qui refuse la foi dont il connaît les articles qui lui furent annoncés (par prédication ou par illumination) ou dont il a pris de lui-même connaissance.
On distingue ensuite l’infidélité selon qu’elle soit matérielle ou formelle. Elle est matériellement constituée par l’absence de la foi (infidélité négative matérielle) ou par le refus de la foi (infidélité positive matérielle). L’infidélité formelle est dans l’advertance de l’intelligence et de la volonté à l’infidélité matérielle. L’infidélité négative n’est donc jamais formelle, celui qui ignore l’existence ou le contenu de la foi ne pouvant vouloir ne pas avoir la foi qu’il ignore. Seule l’infidélité positive peut être formelle.
Pour que l’infidélité positive (le refus de la foi) soit formellement constituée, il faut que ce refus, qui est un acte libre, soit exempt de causes faisant obstacle à l’exercice de la liberté. Et parce que l’acte libre est un acte de volonté, qui suppose un acte d’intelligence spécifiant (déterminant) le choix de la volonté, les causes faisant obstacle à l’exercice de la liberté se prennent soit d’un défaut affectant l’intelligence spécifiant la volonté (savoir l’erreur invincible ou l’erreur de bonne foi), soit d’un défaut affectant la volonté s’exerçant à son acte, affectant la liberté de son choix (savoir la force des passions, sous réserve de précisions supplémentaires).
Par ailleurs les actes sont toujours les actes d’un agent. Quand donc l’agent a l’advertance suffisante de l’intelligence et de la volonté à son acte, l’acte libre s’impute à la personne. L’imputation est plus que l’attribution de l’acte à son auteur. C’est l’attribution à l’agent de la valeur morale de son acte. Aussi l’imputabilité implique la responsabilité. La responsabilité est l’effet même de l’imputabilité, et consiste en le fait d’avoir à assumer devant Dieu la valeur morale de nos actes libres. La culpabilité est la responsabilité de l’agent quant aux actes moralement mauvais qui lui sont imputés, responsabilité engagée à raison de l’advertance qu’il avait à ces actes. Les actes libres engagent la personne, et c’est sur nos actes que nous seront jugés.
Se pose alors la question de savoir si le péché formel de celui qui s’en rend coupable est un péché véniel ou mortel, le premier impliquant la peine de feu du Purgatoire, le second celle du feu de l’Enfer. Par son péché mortel dont il est seul responsable, l’homme est cause que Dieu le damne. La raison de la peine que Dieu inflige est que Dieu s’aime ; aussi punit-il ceux qui ne L’aiment pas : « Le but du commandement, c'est une charité venant d'un coeur pur, d'une bonne conscience, et d'une foi sincère. » (I Tim. I, 5). « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père, je l'aimerai, et je me ferai connaître à lui. » (Jn. XIV, 21). « Car l'amour de Dieu consiste à garder ses commandements. » (I Jn. V, 3). « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu'il est né de Dieu. C’est par là que se font reconnaître les enfants de Dieu et les enfants du diable. Quiconque ne pratique pas la justice n'est pas de Dieu… » (I Jn. III, 9-10). « Celui qui pèche est du diable, car le diable pèche dès le commencement. Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. » (I Jn. III, 8). « Je vous le déclare : on donnera à celui qui a ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence. » (Lc. XIX, 26-27). « Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle. » (Mt. XXV, 46).
Pour déterminer si un péché formel est véniel ou mortel, autrement dit pour apprécier sa gravité, il faut envisager l’acte peccamineux selon son objet et selon ses circonstances. La gravité de l’acte formellement peccamineux se prend principalement de l’objet-même de l’acte, secondairement des circonstances de l’acte. L’objet de l’acte libre est ce qui est voulu. Pour que les circonstances puissent modifier la spécification morale que l’acte reçoit de son objet il faut : ou que l’acte soit moralement neutre par son objet, de sorte que sa bonté ou sa malignité morale dépendent seulement des circonstances (le débat restant ouvert quant à savoir si existe des actes moralement neutres par leur objet) ; ou que l’acte moralement bon par son objet soit rendu mauvais par les circonstances (par exemple faire l’aumône pour inciter l’indigent à blasphémer : ce n’est plus une aumône, acte bon, c’est une incitation au blasphème, acte maivais) ; ou que l’acte mauvais par son objet soit rendu bon par les circonstances (par exemple refuser de restituer au propriétaire l’arme qu’il vous a confié - ce qui de soi, objectivement, s’assimile à un vol - pour éviter qu’il ne s’en serve pour commettre l’assassinat auquel vous le savez résolu) ; ou encore que, restant dans la ligne du bien ou du mal moral donnée par l’objet, la circonstance change l’espèce de l’acte (faire du bien à autrui est un acte de philanthropie naturelle, moralement honnête, mais le faire en étant en état de grâce [circonstance relative à la personne qui agit] et pour qu’autrui se convertisse à Dieu [circonstance relative à la fin visée par l’agent] est un acte de charité surnaturelle, méritoire de la vie éternelle). Mais jamais les circonstances ne peuvent changer la spécification morale de l’acte pour rendre bon un acte intrinsèquement mauvais par son objet. Dans le cas du péché formel d’infidélité, l’objet est intrinsèquement mauvais, de sorte que les circonstances pourront éventuellement atténuer la gravité de l’acte, mais jamais le rendre bon. Si n’était que l’objet, tout péché formel d’infidélité serait un péché mortel. Mais parce que sont aussi les circonstances, le péché d’infidélité formel peut être rendu véniel si les circonstances sont telles qu’elles atténuent ou allègent tant la gravité de l’acte qu’elle rendent la faute vénielle.
Précisons enfin que les causes de non-advertance de l’agent à son acte, qui empêchent que le péché soit formellement constitué, ne sont pas à proprement parler des circonstances, encore que, par manière impropre de parler (lato sensu), on puisse les désigner comme des circonstances, des circonstances excusantes. Les causes d’inadvertance de la volonté à son acte modifient l’essence de l’acte, qui cesse d’être volontaire, tandis qu’à proprement parler (stricto sensu) les circonstances sont des accidents qui, sans affecter l’essence de l’acte, modifient sa moralité, soit en changeant sa spécification morale, soit en affectant sa valeur morale sans en changer la spécification. Ainsi voler un ciboire contenant des hosties consacrées ajoute au vol la circonstance aggravante du sacrilège, et change la spécification morale de l’acte mauvais en le rendant pire.
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@OlivierJC
Le véritable infidèle positif ne peut être que celui auquel la foi a été prêchée, qui a très bien compris son contenu et ses implications, et qui refuse de lui donner son assentiment. Un tel refus repose ainsi sur un motif tiré du contenu de la foi correctement comprise, et non pas sur des données extérieures à ce contenu telles que la personnalité du prédicateur ou une présentation déficiente du contenu de la foi induisant une compréhension erronée.
Je ne peux accepter la première phrase. Car pour très bien comprendre les implications de la foi, il faut être très bon théologien. Mais s’il fallait préalablement avoir l’intelligence de la foi pour que le refus de la foi fut constitutif d’une infidélité formelle, ce préalable au démérite de l’infidèle formel et positif sera du fait-même aussi celui du mérite de celui quittant l’infidélité en passant â la foi, de sorte que la foi des simples sera sans aucune valeur, assertion insane, le mérite de la foi tenant à la foi, non à l’intelligence qu’on en a. Bref, la foi des simples oppose à votre phrase le plus flagrant des démentis. Votre première phrase ne peut donc être acceptée qu’à en limiter drastiquement la portée. Pour que l’infidélité positive soit formellement constituée, il faut seulement que la foi soit prêchée, fusse dans son appareil kerygmatique le plus simple, et que cette prédication soit à la fois comprise et refusée avec advertance. En disant qu’il faut qu’elle soit comprise, je n’affirme pas, contradictoirement à ce qui précède, qu’il faudrait avoir l’intelligence de la foi. N’est aucunement requis à la foi ou à l’infidélité formelle de comprendre les explicitations théologiques exposant de long en large la doctrine des relations incommunicablement subsistantes, et en elle celle du constitutif formel de l’hypostase divine, suffisant seulement de comprendre que la foi chrétienne prêche un Dieu unique en Trois personnes, un Dieu Tri-Un (Trine), et l’incarnation d’une de ces personnes, à la fois vrai Dieu et vrai homme. Le seul fait de refuser cette prédication en la jugeant absurde ou blaspématoire suffit à constituer matériellement l’infidélité positive. Reste ensuite à savoir si l’infidèle positif l’est seulement matériellement (par son refus, par l’acte de refus de la foi prêchée), ou s’il l’est aussi formellement (de sorte que son refus implique sa responsabilité morale, sa culpabilité et la peine éternelle qui s’en suit).
Quant à la seconde phrase, vous référez au motif, autrement dit à la fin visée. Vous ne parlez donc pas de la
finis operis, la fin objective de l’acte, qui n’est autre que l’objet de cet acte, mais de la
finis operantis, la fin subjectivement visée par l’agent, qui n’est jamais qu’une circonstance (stricto sensu) de l’acte. Vous illustrez votre propos en arguant que refuser la foi pour un motif lié à la personnalité du prédicateur ou au contenu défectueux de la prédication ne peut suffire à rendre l’auteur d’un acte matériel d’infidélité positive formellement coupable d’infidélité positive. Les deux cas que vous envisagez sont pourtant très différents, et l’usage que vous faites du motif est erroné.
- 1° La présentation déficiente ne présente pas la foi mais sa caricature. Aussi refuser d’assentir à cette caricature n’est aucunement refuser l’assentiment de foi. Il n’y a donc pas ici d’infidélité matérielle - ni donc a fortiori d’infidélité formelle - parce que l’objet même de l’infidélité fait défaut. L’infidélité formelle n’est pas constituée, parce que l’objet même de l’infidélité n’existe pas.
- 2° Tout au contraire, à refuser la foi par aversion de celui qui la prêche, l’acte d’infidélité est constitué dans son objectivité matérielle, et est posé pour un motif extrinsèque à la foi que l’infidèle refuse. Mais cette circonstance (stricto sensu) ne fait aucunement obstacle à ce que l’infidélité positive soit matériellement constituée : elle est matériellement constituée par l’acte même de refus. Cette circonstance empêche-t’elle du moins que l’infidélité positive soit formellement constituée ? Pas nécessairement ! Elle ne peut faire obstacle à l’advertance de la volonté que si l’aversion pour le prédicateur au principe du refus de la prédication relève d’une passion si puissante qu’elle subjugue la volonté. Auquel cas l’aversion n’est pas à proprement parler une circonstance, mais une cause de non-imputabilité par défaut d’advertance. Tout à l’inverse, si la force de l’aversion n’est pas telle qu’elle subjugue la volonté, l’acte volontaire reste libre, posé avec l’advertance suffisante, et l’aversion sera seulement une circonstance capable, le cas échéant, d’atténuer la gravité de l’acte et conséquemment la responsabilité de l’agent. Auquel cas cette circonstance pourra soit restreindre la gravité du péché sans l’alléger suffisamment pour le rendre véniel, soit aller jusqu’à le rendre véniel.
Je crois discerner, à vous lire, que vous voudriez que seul le refus de la foi qui serait motivé par le contenu même de la foi puisse être formellement constitutif du péché d’infidélité positive. Il n’en est assurément rien. Le péché est formellement constitué dès l’agent avoir l’advertance suffisante de la raison et de la volonté à son acte. Je sais que je refuse de consentir à la foi catholique, et je le veux pour un motif extrinsèque à la prédication de la foi, par exemple l’aversion que j’éprouve pour le prédicateur. Je suis donc formellement infidèle, coupable du péché d’infidélité, dès cette aversion n’être pas si puissante que supprimant l’advertance de ma volonté à son acte ; restant seulement à déterminer si je suis coupable d’un péché mortel ou d’un péché véniel.
Soit donc la répulsion suscitée par la personnalité du prédicateur est telle que cette passion soit si violente qu’elle fasse obstacle à la liberté du refus de la foi prêchée, auquel cas l’advertance de la volonté à l’acte d’infidélité fait défaut : l’infidèle positif l’est matériellement sans l’être formellement. Soit cette aversion n’est pas telle qu’elle fasse obstacle à l’advertance de la volonté refusant la foi prêchée ; auquel cas cette aversion n’est qu’une circonstance pouvant possiblement atténuer la responsabilité morale de l’agent jusqu’à rendre véniel son péché formel, sans jamais être une cause de non-imputation à même d’excuser l’agent de son acte. Elle ne pourra pas davantage changer l’espèce de l’acte, qui reste un acte d’infidélité formelle, intrinsèquement mauvais par son objet.
Je crois qu'ultimement, ce qui nous oppose est une différence de perspective en ce sens que votre raisonnement, et c'est la méthode scolastique qui veut cela, repose sur une analyse objective.
Je n’écarte pas la subjectivité de l’agent dans l’appréciation de la moralité de son acte. Je dis que la moralité de l’acte se prend principalement de son objet, restant saufs les causes d’inadvertance de l’agent à son acte, et sauves les circonstances pouvant atténuer la responsabilité de l’agent quant à son acte libre.
Et je considère que c'est également pour cette raison qu'Il offre à tous la possibilité d'être associé au Mystère pascal par l'intermédiaire d'une prédication telle que l'assentiment ou le rejet en résultant intervienne en pleine connaissance de cause pour un motif inhérent à cette foi de telle sorte que cet assentiment ou ce rejet soit définitif et mérite, selon le cas, la béatitude éternelle ou la damnation éternelle.
Et que serait cette « prédication telle que l'assentiment ou le rejet en résultant intervienne en pleine connaissance de cause pour un motif inhérent à cette foi » ? Dit autrement, comment l’infidèle se refusant à la foi théologale qui lui est prêchée pourrait-il savoir que son acte est intrinsèquement mauvais par son objet ? Comment sinon en sachant que Dieu est véritablement l’auteur de la foi chrétienne ? Mais comment savoir que la seconde classe des préambules de la foi est vraie ?
- Si par la raison, force est de constater que cette démonstration rationnelle est introuvable : l’apologétique s’y casse les dents depuis plus d’un siècle ; raison pourquoi j’écarte ici les causes d’inadvertance de la volonté à son acte tirées d’un défaut intellectuel inhérent à la conscience erronée.
- Si c’est par grâce actuelle, refuser le jugement de crédibilité relatif à la seconde des préambules de la foi est déjà se soustraire coupablement à la grâce selon les paroles mêmes du Christ : « Vous avez le diable pour père, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge. Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas. Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? Qui est de Dieu entend les paroles de Dieu ; vous n'entendez pas parce que vous n'êtes pas de Dieu. » (Jn. VIII, 44-47).
Si c’est par grâce actuelle, opère-t’elle ut quo ou ut quod ? Ut quo, la grâce donne de discerner que Dieu est l’auteur de la foi chrétienne sans être elle-même discernée. Ut quod, en étant elle-même discernée. Pour saint Paul sur le chemin de Damas, la grâce opérait ut quod. Mais pour nombre de fidèles, elle opérait ut quo à l’instant où ceux-ci posaient le jugement de crédibilité antécédent à l’acte de foi.
Vous semblez penser - je ne vois pas comment interpréter autrement vos paroles - qu’il faudrait que l’infidèle positif sache, moyennant une grâce opérant ut quod, que ce à quoi il se refuse est la vraie foi. Cette idée est assurément fausse, si la grâce peut opérer ut quo. Alors quoi ? Dieu devrait-il faire le maximum ? Et pourquoi le devrait-il sinon pour se conformer à votre vision des choses qui, prétendant imposer à Dieu une nécessité jusqu’en ses actes libres, conjoint à la contradiction (d’une liberté nécessité) une présomption confinant au blasphème (en tant que vous présumez ici des libres-choix de Dieu). Disant cela, c’est à votre discours que je m’attaque, non à votre personne.
Perlum Pimpum a écrit : ↑mar. 08 août 2023, 13:08Je dis encore que les choses peuvent aussi se passer autrement, l’infidèle négatif à qui jamais la foi ne fut prêchée pouvant recevoir une grâce interne le disposant, s’il y coopère, à l’acte de foi théologale, indépendamment de toute grâce actuelle visant à le disposer de manière naturelle éloignée à sa justification.
C'est exactement ce que je soutiens, à ceci près que je considère que cette grâce est offerte ultimement à tous.
Votre considération me semble totalement infondée pour au moins deux raisons.
D’une, l’infidèle formellement et positivement infidèle ayant de son vivant refusé la foi théologale, il a du fait-même mésusé fautivement de la grâce qui lui était offerte. Mais à mésuser des grâces, elles se tarissent. Pourquoi donc faudrait-il qu’à l’article de sa mort Dieu réitère l’offre ? Pour offrir à l’infidèle formel la possibilité d’être associé au mystère pascal ? Cette possibilité lui avait été pourtant déjà offerte, aussi votre considération n’est aucunement impliquée par GS.
De deux, et sans aucunement exclure que Dieu réitère parfois l’offre antécédemment refusée, affirmer qu’il le ferait toujours, c’est présumer sans droit ni titre des libres-choix divins. C’est préempter la liberté divine en une audace qui, objectivement, est une insolence confinant au blasphème… Car de toute évidence nous ne pouvons connaître des libres décrets divins qu’autant qu’ils nous soient manifestés. Or précisément, « quoique les enfants ne fussent pas encore nés et qu'ils n'eussent fait ni bien ni mal, afin que le dessein d'élection de Dieu subsistât sans dépendre des oeuvres et par la seule volonté de celui qui appelle, il fut dit à Rebecca : L'aîné sera assujetti au plus jeune ; selon qu'il est écrit : J'ai aimé Jacob et j'ai haï Esaü. Que dirons-nous donc ? Y a-t-il en Dieu de l'injustice ? Loin de là ! Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j'aurai compassion de qui j'ai compassion. Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. Car l'Ecriture dit à Pharaon : Je t'ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre. Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » Rm. IX, 11-18.
Perlum Pimpum a écrit : ↑mar. 08 août 2023, 13:08Que Dieu fasse le maximum est tout simplement faux, et s’il fallait qualifier votre assertion, elle serait a minima proche de l’hérésie. Si Dieu faisait le maximum, déjà ceci que l’humanité entière aurait été créée en état de terme, dans la béatitude surnaturelle. Et encore ceci que la Toute-puissance divine accorderait à tous des grâces de conversion efficaces de soi, de sorte que nul ne soit damné. J’ai vu que vous refusiez énergiquement cette insanité, aussi ne puis-je que conclure à une contradiction. Est contradictoire d’affirmer que Dieu fait le maximum tout en affirmant selon la foi que nous n’iront pas tous au Paradis…
Vous voyez une contradiction parce que je n'ai pas pris la peine de préciser ce qui me semblait une évidence, à savoir le respect par Dieu du libre-arbitre qu'il lui a plu d'accorder aux hommes. Les deux options que vous évoquez, lesquelles ne seraient naturellement pas de soi hors de portée de la Toute-Puissance divine, n'en seraient pas moins contradictoires avec son dessein qui implique que l'homme soit doté d'un libre arbitre.
Dieu fait ainsi le maximum de ce qu'Il lui est possible de faire dans le respect de son dessein originel, lequel implique que ce soit librement que la créature fasse retour à son Créateur.
Ce que j’affirmais ne contredit aucunement la liberté de l’homme.
Les élus qui sont au Ciel aiment Dieu d’un amour nécessaire. D’un amour qui ne relève pas de la volonté comme liberté,
voluntas ut libertas, mais de la volonté comme nature [surnaturalisée],
voluntas ut natura. Est-ce pour autant qu’il sont privés de la volonté comme liberté ? Certes non, si la grâce ne détruit pas la nature humaine dont la liberté de choix est une faculté. Si donc Dieu avait voulu, de puissance absolue, faire le maximum, il nous aurait tous créés en état de terme.
Quand à l’efficace de la grâce, elle se déploie dans l’exercice même de la liberté créée. Elle meut efficacement la volonté à produire librement son acte (je vous l’écrit d’autant plus tranquillement que je ne suis pas bañezien). Mais comme vous me semblez ici passablement jésuite, je vais transcrire : si Dieu faisait le maximum, il donnerait à tous celles des grâces suffisantes de conversion (et de persévérance) préconnues de science moyenne être celles auxquelles les volontés créés coopéreront (et s’il est une conception de la volonté qui contredit la liberté, c’est assurément celle véhiculée par la doctrine de la science moyenne). Si donc Dieu avait voulu, de puissance ordonnée, faire le maximum, il donnerait à tous des grâces efficaces de conversion, ce de quelque manière que vous envisagez l’efficace de la grâce.
Et je considère que c'est également pour cette raison qu'Il offre à tous la possibilité d'être associé au Mystère pascal par l'intermédiaire d'une prédication telle que l'assentiment ou le rejet en résultant intervienne en pleine connaissance de cause pour un motif inhérent à cette foi de telle sorte que cet assentiment ou ce rejet soit définitif et mérite, selon le cas, la béatitude éternelle ou la damnation éternelle.
Vous présumez donc que Dieu offre à tous une grâce ut quod, motif pris que Dieu serait tenu à faire le maximum. Mais autre que cette présomption du maximum confine au blasphème pour les raisons ci-avant énoncées, ceci encore que vous n’échappez pas à la contradiction, puisqu’à ce que Dieu fasse le maximum, nous irons tous au Paradis, pour les raisons ci-avant exposées.
Perlum Pimpum a écrit : ↑mar. 08 août 2023, 13:08Quant au refus volontaire, il suppose que l’individu soit capable d’un acte humain, ce dont l’enfant est précisément incapable tant que n’ayant pas atteint l’âge de raison. Reste donc, quant à l’enfant mort sans baptême, soit que Dieu l’ait justifié extra-sacramentellement à l’article de la mort, ce sans que Dieu soit nécessité à le faire (Dieu n’est pas tenu au maximum).
Je suis réservé sur cette thèse puisqu'une telle justification fait fi du libre arbitre de l'homme. Un enfant qui, dans les conditions que vous décrivez, serait justifié par Dieu à l'article de la mort se verrait en réalité imposer arbitrairement cette justification.
D’une, l’arbitraire n’est que l’autre nom de la liberté : le choix-libre émane du libre-arbitre. Dieu n’est-il pas libre de justifier qui il veut ? Et comment ne pourrait-il pas justifier arbitrairement, si est vrai que Dieu « fait miséricorde à qui il veut, et endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18) ? Serait-ce parce que sa liberté vous offense que vous en soyez à la censurer ? Bref, vous voyez bien que votre position est intenable.
De deux, à vous suivre, l’enfant baptisé à sa naissance se voit lui aussi imposer arbitrairement le caractère sacramentel, la grâce sanctifiante, les vertus infuses. Si donc cette imposition arbitraire ne suffit pas au salut de l’enfant, la conséquence inéluctable que ne suffira pas à un enfant baptisé mort avant l’âge de raison d’avoir été baptisé pour monter au Ciel. Votre thèse contredit donc ouvertement la foi.
Je prends note de l'objection lié à l'impossibilité de poser un acte humain avant d'avoir atteint l'âge de raison. Cependant, il ne me semble pas que l'âme soit soumise à un processus de développement progressif comme l'est le corps. Les facultés de l'âme voient certes leur capacité d'expression limitées par le stade de développement du corps, mais il ne m'apparaît pas pour autant que cela doive conduire à exclure qu'un acte humain puisse être posé par celle-ci directement, c'est-à-dire sans la médiation du corps, puisque ces facultés sont bien présentes en leur plénitude dès la création de l'âme, et ce, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des explications plus ou moins mythologiques.
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Les bambins morts baptisés n’ont aucun besoin de poser un acte de foi théologale puisqu’ils ont, par leur baptême, l’infusion de la grâce sanctifiante et des vertus théologales infuses de foi, d’espérance, et de charité. Ils sont déjà justifiés ! Ils sont déjà justifiés, et étant mort avant d’avoir pu commettre le moindre péché actuel, ils sont morts en état de grâce et sans rien à avoir à expier au Purgatoire : ils montent directement au Ciel.
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Petit florilège :
- Innocent III, Lettre Maiores Ecclesiae causas :
« Bien que la faute originelle fût remise par le mystère de la circoncision, et que le péril de la condamnation fût écarté, on ne parvenait pas cependant au Royaume des cieux qui demeurait fermé à tous jusqu'à la mort du Christ ; mais par le sacrement du baptême rougi par le sang du Christ, la faute est remise et l'on parvient également au Royaume des cieux dont le sang du Christ a ouvert miséricordieusement la porte à ses fidèles. On ne peut admettre en effet que tous les petits enfants, dont tant meurent chaque jour, périssent sans que le Dieu de miséricorde, qui veut que personne ne périsse, leur ait procuré à eux aussi un moyen de salut...
Ce que disent les adversaires, à savoir que la foi ou la charité ou les autres vertus ne sont pas infusées aux petits enfants puisqu'ils ne donnent pas leur consentement, n'est pas concédé par la plupart en un sens absolu...; d'autres affirment que par la vertu du baptême la faute leur est remise, mais que la grâce ne leur est pas conférée ; quelques-uns cependant disent que le péché leur est pardonné et que les vertus leur sont infusées, qu'ils les ont cependant comme une disposition mais qu'ils n'en ont pas l'usage jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à l'âge adulte...
Nous disons : il faut distinguer qu'il y a un double péché : à savoir le péché originel et le péché actuel, l'originel qu'on contracte sans consentement et l'actuel qui est commis avec consentement. L'originel donc, qui est contracté sans consentement, est remis sans consentement en vertu du sacrement ; mais l'actuel, qui est contracté avec consentement, n'est nullement remis sans consentement. »
- Innocent III, Lettre Eius exemplo, Profession de foi imposée aux Vaudois :
« Nous approuvons donc le baptême des enfants, et s'ils sont morts après le baptême, avant d'avoir commis des péchés, nous confessons et croyons qu'ils sont sauvés… »
- Benoît XII, Constitution Benedictus Deus :
« Par cette constitution qui restera à jamais en vigueur, et en vertu de l'autorité apostolique nous définissons :
- Que selon la disposition générale de Dieu, les âmes de tous les saints qui ont quitté ce monde avant la Passion de notre Seigneur Jésus Christ, ainsi que celles des saints apôtres, martyrs, confesseurs, vierges et autres fidèles morts après avoir reçu le saint baptême du Christ, en qui il n'y avait rien à purifier lorsqu'ils sont morts, et en qui il n'y aura rien à purifier lorsqu'ils mourront à l'avenir, ou s'il y a eu ou s'il y aura quelque chose à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront été purifiées,
- Et que les âmes des enfants régénérés par ce même baptême du Christ ou encore à baptiser, une fois qu'ils l'auront été, s'ils viennent à mourir avant d'user de leur libre arbitre, aussitôt après leur mort et la purification dont nous avons parlé pour ceux qui en auraient besoin *, avant même de reprendre leurs corps et avant même le jugement et cela depuis l'Ascension de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ au ciel, ont été, sont et seront au ciel, au Royaume des cieux et au paradis céleste avec le Christ, réunis dans la compagnie des saints anges.
* Le texte fait ici distinction entre ceux des enfants morts baptisés avant d’avoir atteint l’âge de raison, et ceux morts baptisés après avoir atteint l’âge de raison, et qui pourraient le cas échéant, avoir besoin d’être purifié pour un péché actuel postérieurement commis à leur baptême.
- Concile Œcuménique de Trente, 13è canon sur le sacrement du baptême :
« Si quelqu'un dit que les petits enfants, par le fait qu'ils ne font pas acte de foi, ne doivent pas être comptés parmi les fidèles, après qu'ils ont reçu le baptême, et que, pour cette raison, ils doivent être rebaptisés quand ils sont arrivés à l'âge de discrétion, ou qu'il est préférable d'omettre leur baptême plutôt que de les baptiser dans la seule foi de l'Eglise, eux qui ne croient pas par un acte personnel de foi : qu'il soit anathème. »
- Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction Pastoralis actio :
« 13. Ainsi, par sa doctrine et sa pratique, l'Église a montré qu'elle ne connaît pas d'autre moyen que le baptême pour assurer aux petits enfants l'entrée dans la béatitude éternelle; c'est pourquoi elle se garde de négliger la mission qu'elle a reçue du Seigneur de faire " renaître de l'eau et de l'Esprit " tous ceux qui peuvent être baptisés. Quant aux petits enfants décédés sans avoir reçu le baptême, l'Église ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu, comme elle le fait dans le rite des funérailles qu'elle a créé pour eux.
14. Le fait que les petits enfants ne puissent pas encore professer personnellement leur foi n'empêche pas l'Église de leur conférer ce sacrement car, en réalité, c'est dans sa foi à elle qu'ils sont baptisés. Ce point doctrinal était déjà clairement fixé par saint Augustin: " Les petits enfants, écrivait-il, sont présentés pour recevoir la grâce spirituelle, non pas tellement par ceux qui les portent dans leurs bras (quoique ce soit aussi le cas s'ils sont de bons fidèles) que par la société universelle des saints et des fidèles [...] C'est la Mère Église tout entière, celle qui est dans ses saints, qui agit, car c'est elle qui tout entière les enfante, tous et chacun. " Saint Thomas d'Aquin, et après lui tous les théologiens, reprennent cet enseignement : l'enfant qui est baptisé ne croit pas par lui-même, par un acte personnel, mais par d'autres, " par la foi de l'Église qui lui est communiquée ". C'est aussi cette doctrine qui s'exprime dans le nouveau Rituel du baptême, lorsque le célébrant demande aux parents, parrains et marraines, de professer la foi de l'Église " dans laquelle sont baptisés les enfants ". »