Me voilà ramené des années en arrière. Franchement, je l'ai uniquement fait parce que je culpabilisais de priver cet ami de ses précieux congés. Me coller à l'orgue reste pour moi une perspective plutôt angoissante. Je m'y prends donc en avance pour avoir les chants.
L'animateur se fend d'une liste de titres, en vrac. À charge pour moi de retrouver les bonnes partitions. Déjà, ça commence mal. Me voilà donc en train de partir à la chasse aux PDF sur internet. Or, certains chants existent en plusieurs versions, et d'autres ont même des variantes. Naturellement, l'animateur est incapable de m'aiguiller. Par dessus le marché, le psaume et la prière universelle sont dans le Prions en l'Eglise. Comme je ne suis pas abonné à cette brochure, je lui demande de m'envoyer un cliché : monsieur se déclare incapable d'envoyer des photos.
Le jour J arrive. L'animateur débarque quinze minutes avant le début, et me montre son fameux Prions en l'Eglise. Magnifique. Je vais donc m'en emparer. Ha mais non ! C'est son exemplaire ! Il s'en sert pour animer. Comment dois-je faire, dans ce cas ?
Là-dessus, je lui déclare que puisque je n'ai pas ces partitions, je ne les accompagnerai pas. Faut pas pousser. Même un excellent organiste a besoin de voir ce qu'il doit accompagner. Je monte à la tribune. Il me suit. Une fois là-haut, je m'installe, je sors toutes mes feuilles. On commence un peu à répéter. Et là il me dit : ho, mais c'est beaucoup trop haut. Il faut baisser ! Il faut tout baisser d'une bonne tierce !
Ce monsieur est en contact avec moi depuis deux semaines, et me dit seulement maintenant que les chants doivent être transposés. Mais est-ce lui qui doit chanter, ou n'est-ce pas plutôt la foule que cet animateur doit faire chanter ? Il me semble que la seule tessiture qui compte est celle de la foule, et non celle de l'animateur. Ce n'est pas à la foule de s'adapter à l'animateur, mais l'inverse. La foule peut bien monter jusqu'au do, faut pas exagérer.
Enfin bref. J'ai donc dû à la grande va-vite bricoler très grossièrement une transposition des chants. Toute l'homélie passée à réécrire des chants à la bonne hauteur.
Cette histoire peu réjouissante s'est déroulée l'an dernier. Et cette année, rebelote ! Je retrouve demain matin ce même animateur, qui vient de reproduire exactement le même coup : une liste de chants dans le désordre, sans plus de précision (quasiment les mêmes que l'an dernier), et bien sûr, j'aurai droit à un coup d'œil rapide sur son Prions en l'Eglise, car comme l'an dernier, il n'a pas pu m'en envoyer de cliché, malgré qu'il possède un iPad.
Mais je me suis bien préparé : tous les chants sont transposés d'une tierce sur des feuilles à part, et je ferai moi-même une photo des deux chants qui manquent avant la messe demain matin.
Cependant, je suis quand même dans l'incompréhension devant une telle attitude. Un tel je-m'en-foutisme, j'ai envie de dire.
Et c'est souvent qu'il y a des problèmes de ce genre, en fait. Je fais encore deux autres messes avec un autre animateur ce mois-ci. Celui-ci a eu la correction de m'envoyer un programme complet avec tous les chants en pièce jointe. Donc ça, au moins, c'est bien. Mais bon sang, aucune de ces partition n'est utilisable. Soit ce sont des partitions de chœur, soit on doit se contenter d'un chiffrage. Et les rares qui disposent d'un accompagnement au clavier sont, de toute manière, tellement mal écrites qu'il faut tout refaire. Bien sûr, ce n'est pas la faute de l'animateur. Mais je trouve vraiment fou qu'après 60 ans de réforme liturgique, l'Eglise ne se soit toujours pas souciée de publier des chants avec un véritable accompagnement pour l'orgue : c'est bien simple, ça n'existe pas.
Tous les organistes professionnels doivent s'adapter et être des pros de l'accompagnement improvisé au pied levé. Et pour les amateurs comme moi, c'est au p'tit bonheur la chance. Sachant donc le niveau de difficulté de la tâche qui s'impose à l'organiste, du fait de la très mauvaise qualité du matériel mis à sa disposition, j'ai toujours été fasciné par cette attitude hautaine, peu communicative, à la limite de l'arrogance qu'affichent bon nombre d'animateurs.

