Bonjour,
Votre conception de la liberté divine me semble sérieusement mâtinée de nominalisme
Aucunement, et vous trouverez dans les lignes qui suivent tout le mal que je pense de la théologie d'Ockham.
1) Principe.
« Si quelqu’un… dit que Dieu n’a pas créé par une volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement qu'il s’aime lui-même, ou s’il nie que le monde ait été créé pour la gloire de Dieu, qu'il soit anathème. » (Concile Œcuménique de Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, canon 5 du chapitre 1).
2) Explication sommaire.
On distingue de raison raisonnée la volonté divine en volonté naturelle et volonté libre. Volonté naturelle et volonté libre ne sont pas deux volontés mais deux modes d’une même volonté divine, sa volonté libre s’exerçant elle-même sous deux modes. La nécessité absolue est l’unique mode de la volonté naturelle. La nécessité conditionnelle et la liberté absolue sont les deux modes de la volonté libre.
1. Volonté naturelle, nécessité absolue. Dieu est Amour de Dieu, est Amour infini de Dieu pour Dieu. Dieu est Amour, car l’Amour de Dieu pour Dieu est Dieu. Dieu infiniment parfait, donc infiniment aimable, s’aime de nécessité absolue à l’infini, parce son amabilité s’impose à Lui. Parce que Dieu est Infiniment Sublime, Infiniment Beau, Infiniment Parfait, Infiniment Aimable, Il s’aime nécessairement d’un Amour Infini.
2. Volonté libre, liberté absolue. Dieu est libre de créer ou de ne pas créer. « La sainte Église catholique apostolique romaine croit et professe qu'il y a un seul Dieu … parfaitement heureux en lui-même et par lui-même, … ineffablement élevé au-dessus de tout ce qui est et peut se concevoir en dehors de lui. Ce seul vrai Dieu, par sa bonté et sa toute-puissance, non pour augmenter sa béatitude ni pour acquérir sa pleine perfection, mais pour manifester celle-ci par les biens qu'il accorde à ses créatures, a dans le plus libre des desseins ‘‘tout ensemble, dès le commencement des temps, créé de rien les deux sortes de créatures, les spirituelles et les corporelles, c'est-à-dire les anges et le monde, et ensuite la créature humaine qui tient des deux, composée qu'elle est d'esprit et de corps.’’ (Concile Œcuménique de Latran IV). » (Concile Œcuménique de Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre 1).
3. Volonté libre, nécessité conditionnelle. Ayant librement créé, Dieu est nécessité à se vouloir fin dernière absolue de ses œuvres, à assigner ses créatures à s’ordonner à Dieu comme à leur fin dernière.
4. Volonté libre, liberté absolue. La nature ayant perdu la grâce, Dieu n’est aucunement nécessité à la sauver. Vindicte et Miséricorde relèvent de la seule Liberté divine. « Je ferai passer devant toi toute ma bonté, et je proclamerai devant toi le nom de l’Éternel : je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde. » (Ex. XXXIII, 19). « Ainsi il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18).
3) Explication avancée.
1. La volonté naturelle est la volonté voulant nécessairement (de nécessité absolue).
Par nature Dieu est nécessité à se vouloir (s’aimer) souverainement, infiniment. La volonté naturelle de Dieu est un amour souverain, infini, et absolument nécessaire, de Dieu pour Dieu souverainement aimable car souverainement parfait. Dieu souverainement et infiniment aimable s’aime nécessairement (de nécessité absolue) à l’infini, parce qu’il est infiniment aimable, et que cette amabilité s’impose à Lui. Aussi Dieu est-il absolument nécessité à s’aimer. Le blasphème inouï de Guillaume d’Ockham résulte de sa négation de la volonté naturelle de Dieu, en conséquence de quoi il professait Dieu n’être pas naturellement nécessité à s’aimer, mais libre de se haïr et de nous ordonner de le haïr, doctrine abominable justement censurée. Il restreignait son propos, disant que de puissance ordonnée Dieu nous ordonne de l’aimer, mais que de puissance absolue il aurait pu nous ordonner de le haïr. Il professait donc l’indifférence absolue de Dieu à Lui-même. C’est évidemment faux, puisque si Dieu est souverainement parfait, il est souverainement aimable, donc s’aime souverainement, infiniment, par nécessité absolue de nature. À défaut, Dieu pécherait contre Lui-même, s’opposerait à lui-même, serait le pervers absolu, sa volonté cessant d’être normative par son opposition à l’être infiniment aimable de Dieu auquel, simplicité divine oblige, sa volonté se confond ; d’où un dieu torturé, schizophrène, pathologiquement malsain, empli de haine formelle de Dieu ou du moins pouvant l’être. Ce dieu d’Ockham, ce dieu père de la haine formelle de Dieu, c’est le diable...
2. La volonté libre de Dieu concerne ce que Dieu est libre de vouloir ou ne pas vouloir, savoir tout autre chose que Dieu.
Il y a déjà ceci que l'amour de Dieu pour Dieu est un agir divin formellement immanent (un agir ad intra) tandis que l'amour de Dieu pour ses œuvres est un agir formellement immanent mais virtuellement transitif (un agir ad extra). Dieu étant simple, l’agir divin est son être ; aussi l’agir divin ad extra est-il formellement immanent (puisqu’il est Dieu) quoiqu’il soit virtuellement transitif (puisqu’il se termine à autre chose que Dieu). S'en suit que l'amour de Dieu pour nous n'est infini que sous le rapport de son immanence (cet amour est un acte de volonté divine, laquelle est Dieu infini) mais non sous celui de sa transitivité (ce que Dieu produit par cet amour est une réalité créée, finie). C'est pourquoi saint Thomas d'Aquin écrit fort justement que : « Puisque aimer c’est vouloir ce qui est bon pour quelqu’un, on peut aimer un être plus ou moins en un double sens. Tout d’abord en ce sens que l’acte même de la volonté est plus ou moins intense. De cette façon Dieu n’aime pas certains plus que d’autres, car il les aime tous d’un vouloir simple et toujours égal. En un autre sens, quant au bien qu’on veut pour l’aimé, et là on dit que nous aimons davantage celui pour qui nous voulons un bien plus grand, quand même ce ne serait pas d’une volonté plus intense. De cette façon, on doit nécessairement dire que Dieu aime certains êtres plus que d’autres. Car, puisque l’amour de Dieu est cause de la bonté des choses, ainsi qu’on vient de le dire, une chose ne serait pas meilleure qu’une autre, si Dieu ne voulait pas un bien plus grand pour elle que pour une autre. » (ST, I, 20, 6, co). Cette précision bien comprise permet d'éviter le tombereau d'imbécilités se déployant dans des pans entiers de l’Église...
3. Voulant librement la créature, est nécessaire (de nécessité conditionnelle, nécessité de conséquence) que Dieu la veuille pour Lui, Dieu seul pouvant être le motif ultime de son acte créateur.
Si Dieu voulait autre chose que Lui-même comme fin dernière absolue de ses œuvres, la fin ayant raison de bien, voulant pour l’opéré une autre fin que Lui, Dieu aimerait davantage cette fin que lui-même, ce qui est impossible, comme est impossible qu’il l’aime autant qu’il s’aime. C’est strictement impossible puisque, si l’acte d’amour divin reste identique (de sorte que sous ce rapport Dieu nous aime infiniment), ses objets diffèrent (et sous ce rapport seul Dieu est infiniment aimé de Dieu). Dieu étant infiniment parfait tandis que ses créatures n’ont de perfection naturelle ou surnaturelle qu’autant qu’elles sont des degrés epsiloniques de participation à Dieu, Dieu ne peut aimer un bien créé autant qu’il s’aime, puisque la bonté est amabilité, et puisque une chose n’est aimée que parce qu’elle est bonne ou que pour qu’elle soit bonne. Est donc strictement impossible que Dieu puisse aimer autant ou davantage la créature que Lui-même. Le degré epsilonique de participation naturelle ou surnaturelle à la Perfection infinie et par essence ne peut donc pas être voulu pour lui-même (comme bien suprême = comme fin derniere absolue), mais seulement pour le Bien divin, Dieu, que Dieu lui assigne comme fin dernière absolue. En d'autres termes, Dieu nous aime et ne nous aime que pour que nous aimions Dieu : c'est par amour de Dieu que Dieu nous a créé. Dit autrement, Dieu est la fin dernière absolue de ses œuvres, est la fin dernière nécessaire de ses œuvres libres. Le dessein de Dieu sur l’homme est un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu, un dessein d’amour de Dieu pour Dieu ne voulant l’homme que pour qu’il aime Dieu. La créature n’a été créée qu’afin d’aimer Dieu. « C’est pour l’Amour de moi, pour l’Amour de moi, que je veux agir… ma Gloire, Je ne la donnerais pas à un autre. » (Is. XLVIII, 11). En cet amour des saints pour Dieu, Dieu est glorifié : la fin dernière absolue de la création est Dieu glorifié par l’amour des saints du Ciel. Saint, Saint, Saint, le Dieu Saint.
4. La Miséricorde divine relève de la liberté absolue de Dieu : « Je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde. » (Ex. XXXIII, 19). « Ainsi il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18).
La Justice vindicative de Dieu est Dieu, est Dieu châtiant ad extra les rebelles. C’est pourquoi les fidèles doivent conjointement professer que Dieu est Amour et Vindicte. Et la raison de la Vindicte, c’est l’Amour. Dieu est Amour de Dieu ; qui n’aime ses créatures que pour qu’elles aiment Dieu ; et hait celles qui ne L’aiment pas. « Ne dois-je pas, ô Éternel, haïr ceux qui te haïssent, avoir en horreur ceux qui s’élèvent contre toi ? Oui, je les haïs d’une haine parfaite, ils sont pour moi des ennemis. » (Ps. CXXXIX, 21-22). « L'homme inique est en abomination aux justes, et celui dont la voie est droite est en abomination aux méchants. » (Pr. XXIX, 27). « L'Éternel sonde le juste et Il hait le méchant. » (Ps. XI, 5). « Les insensés ne subsistent pas devant tes yeux. Tu hais tous les malfaisants. » (Ps. V, 5). « L’Éternel abhorre les hommes de sang et de fraude. » (Ps. V, 6). « L’Éternel est un Dieu jaloux, il se venge. L’Éternel se venge, il est plein de fureur. L’Éternel se venge de ses adversaires, Il garde rancune à ses ennemis. » (Na. I, 2). C’est le b-a-ba biblique de notre sainte religion, ignoré de ceux qui devraient l’enseigner, et qui ayant dévié seront d’autant plus sévèrement jugés qu’ils avaient charge d’âmes…
Mais, diront-ils, Dieu n’est-il pas empli de Miséricorde ? N’a-t-il pas, par amour des pauvres pécheurs, livré son Fils en rachat satisfactoire de sa Vindicte ? Précisément… Il fallait que le Fils de Dieu souffrît en son humanité sa Passion pour satisfaire à la Justice Vindicative de Dieu, pour ainsi seulement réouvrir aux hommes le chemin du Ciel fermé depuis la Chute. La Passion du Christ, c’est la Vindicte de Dieu ordonnée à sa Miséricorde. « Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, et cela afin que la justice de la Loi fût accomplie en nous, qui marchons non selon la chair mais selon l’Esprit. » (Rm. VIII, 3-4). « Lui qui n’a point épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ? Qui accusera les élus de Dieu ? C’est Dieu qui justifie ! » (Rm. VIII, 32-33). « Pour vous, vous ne vivez plus selon la chair mais selon l’esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Car si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » (Rm. VIII, 9). « Car bien que lui soit mort pour tous, tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seuls auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). De ceux là seuls qui, ayant la foi explicite en lui, espèrent d’un cœur sincèrement contrit et humilié le pardon de leurs fautes et leur rénovation en Christ, espèrent de l’aimer en actes et en vérité plutôt qu’en vaines paroles ; recevant de l’aimer par l’espérance de cet amour théologal, recevant en l’amour de charité théologale la grâce sanctifiante par quoi d’injustes ils deviennent justes, saints, fils adoptifs de Dieu par grâce, co-héritiers de Dieu en son Fils (Rm. VIII, 16-17 ; Ga. IV, 7 ; Tt. III, 7 ; I P. I, 4 ; Ap. XXI, 7), héritiers en espérance « jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus, par l’unité de la foi et la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Eph. IV, 13), pour « revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité » (Eph. IV, 24).
La Miséricorde réordonne les pécheurs à Dieu fin dernière surnaturelle absolue en appliquant les mérites de la Passion à ceux là seuls qui y sont prédestinés. « Car bien que lui soit mort pour tous, tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seuls auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). À ceux là seuls qui ont été « élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, afin qu’ils deviennent obéissants et participent à l’aspersion du sang de Jésus-Christ » (I P. I, 2). La Passion du Christ, c’est la Vindicte de Dieu ordonnée à sa Miséricorde par les souffrances satisfactoires et expiatoires de l’Agneau immaculé, immolé inchoactivement pour le salut de tous, terminativement pour le salut de là ceux seuls auxquels les mérites de sa Passion sont appliqués. La Miséricorde de Dieu prime sa Vindicte, car la Vindicte sanctionne l’échec sempiternel du pécheur, là où la Miséricorde remédie au péché en justifiant l’impie afin qu’il parvienne à sa fin dernière surnaturelle absolue, le Dieu Trine aimé dans la gloire du Ciel. La Miséricorde prime donc la Vindicte, seule la Miséricorde permettant l’accomplissement du dessein d’amour divin de Dieu pour Dieu voulant librement que ses créatures spirituelles L’aiment par dessus tout. Car tandis que la Vindicte de Dieu sanctionne l’échec du pécheur s’étant détourné de Dieu sa fin dernière surnaturelle absolue, Vindicte culminant au Jugement particulier par le prononcé des peines sempiternelles de dam et de sens (et au Jugement dernier par l’infliction de peines en les corps ressuscités monstrueux des damnés), la Miséricorde réordonne l’homme pécheur à Dieu sa fin dernière surnaturelle absolue par l’absolution de ses fautes et sa réintégration dans l’ordre de la grâce. Si Dieu aime les pécheurs, c’est en tant qu’il les sauve, par Amour de Lui-même, auquel le salut réordonne : « C’est moi, moi qui efface tes transgressions pour l’amour de moi » (Is. XLIII, 25). « À cause de mon nom, je suspends ma colère, à cause de ma gloire, je me contiens envers toi, pour ne pas t'exterminer… C'est pour l'amour de moi, pour l'amour de moi, que je veux agir » (Is. XLVIII, 9-11). Le primat est donc inubitablement à la Miséricorde, car le dessein divin sur l’homme est un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu ; dessein qui, au regard de la corruption universelle des hommes, requiert que, par amour de Dieu pour Dieu, Dieu fasse librement miséricorde, afin de réordonner certains pécheurs seulement – ceux là seuls prédiscernés par Dieu vouloir coopérer à sa grâce salvifique miséricordieuse – à Dieu pour qu’ils l’aiment. C’est par Amour de Dieu pour Dieu que Dieu sauve ceux là seuls qu’il sauve : « J’aime ceux qui m’aiment, et ceux qui me cherchent me trouvent » (Pr. VIII, 27). « C’est moi, moi qui efface tes transgressions, pour l’amour de moi. » (Is. XLIII, 25). « À cause de mon nom, je suspends ma colère. À cause de ma gloire, je me contiens envers toi, pour ne pas t’exterminer… C’est pour l’amour de moi, pour l’amour de moi, que je veux agir… Ma Gloire, Je ne la donnerai pas à un autre. » (Is. XLVIII, 9-11).
Le dessein de Dieu sur nous est un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu d’un amour de charité spécifié par la vision intuitive. Et nous ordonnant à Lui comme à notre fin dernière surnaturelle absolue, nous atteindrons en elle à la béatitude des élus notre fin dernière surnaturelle relative. Dieu nous a donc créés pour que nous le participions à sa vie divine (II P. I, 4). Mais n’oublions jamais que cette participation, en laquelle les élus trouvent leur béatitude, n’est que notre fin dernière surnaturelle relative (finis quo), corrélat de notre fin dernière surnaturelle absolue (finis qui), qui est Dieu-même aimé de charité spécifiée par vision. Que Dieu soit la fin dernière surnaturelle absolue de sa création est la perspective inamissible de la révélation biblique (et donc de la théologie dogmatique) : « Dieu a tout fait pour lui-même, même l’impie pour le jour du malheur » (Pr. XVI, 4, Vg). Le dessein d’amour de Dieu pour ses créatures n’est que celui de l’amour de Dieu pour Dieu ordonnant ses créatures à aimer Dieu pour en vivre. Oublier cette perspective fondamentale est se condamner à ne plus rien comprendre aux interventions de Dieu dans l’Histoire.
et confiner à l'arbitraire.
L'acte arbitraire, par définition, c'est l'acte du libre-arbitre, l'acte de volonté libre.
Si Dieu permet au mal de se répandre, c'est parce qu'Il sait pouvoir en tirer un bien. Et à ce sujet, le Psalmiste ne dit-il pas : De profundis clamavi ad te Domine ?
Certes. C'est ainsi qu'il ordonne le mal de peine au bien de la justice. Mais il ne va pas du mal de peine (le châtiment) comme du mal de faute (le péché) : le péché, Dieu ne le veut aucunement, ne faisant que le permettre ; le mal de peine, Dieu le veut indirectement en voulant le bien de la justice. « Dieu ne veut aucun bien plus que sa propre bonté ; il veut pourtant tel bien plus que tel autre bien. « En conséquence le mal de faute qui prive la créature de son ordination au bien, Dieu ne le veut en aucune manière. ” Mais le mal qui est une déficience de la nature, ou le mal de peine, Dieu le veut en voulant quelque bien auquel est lié un tel mal. Par exemple, en voulant la justice, il veut la peine du coupable, et en voulant que soit gardé l’ordre de nature, il veut que par un effet de nature certains êtres soient détruits. » (ST, I, 19, 9, co).