Vous faites bien de citer Gödel. Je l'avais oublié, mais il est vrai que son théorème d'incomplétude est en quelque sorte une preuve rationnelle de l'incapacité de la raison à saisir tout le réel, et donc démontre que la raison n'est pas à 100% adéquate au réel, mais seulement, au mieux, adéquate dans les grandes lignes ou pour beaucoup d'aspects.
Je ne suis pas infiniment compétent en la matière, mais ne peut-on interpréter le théorème de Gödel comme la trace d'un arbitraire ? Car, par ailleurs, la physique mathématique, Gödel ou pas, ne marche pas trop mal, il me semble ?
Je ne suis pas contre ce "mystère" que vous évoquez. Bien au contraire, je pense que s'il y a bien une chose dont on peut être à peu près certain, c'est qu'il y a du "mystère" dans le réel. Et je l'entends bien comme vous, ou presque.
En effet, "presque"

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Car je ne parle pas du "mystère" scientifique qui est un problème à résoudre, potentiellement provisoire, et en tout cas résolvable en principe. Je parle bien de ce "mystère" que notre humaine nature ne peut percer.
Tout à fait d'accord jusque-là.
Seulement mon attitude, face à ce "mystère", se démarque de la votre, ou en tout cas de celle de popeye (qui le situe, ce "mystère", encore en amont, qui plus est), en ce que j'évite de le "peupler", ce "mystère". Bien sûr, il existe sans doute un certain "quelque chose" que l'on ne peut connaître, au-delà de ce quelque chose que nous connaissons, mais quel est-il ? On ne peut pas le savoir, par définition.
On ne peut pas le savoir... par nous-même.Ca d'accord. Mais par définition également, rien ne saurait interdire absolument, a priori, l'irruption de ce que nous ne connaissons pas dans notre existence. Comment le démontrer ?
Ceci dit, libre à chacun de spéculer, d'extrapoler, d'imaginer... mais il faut faire attention en s'aventurant dans les chemins non balisés, on n'est pas à l'abri d'une chute mortelle ! Il n'y a pas plus de raison de suspecter que ce que l'on ignore soit semblable à ce que l'on connaît, plutôt que radicalement différent. Un morceau de fromage est encore du fromage, mais un morceau d'homme n'est pas un homme.
J'aime bien cette image sur l'homme et le fromage, elle est parlante !
Il faut aussi, et pour les mêmes raisons, éviter l'attitude dogmatique.
A savoir ?
Nous avons donc du "mystère", par conséquent quelque chose que l'on ne peut connaître parce que nous sommes des hommes, quelque chose qui ne peut être objet que de croyance.
Je dirais plutôt : qui ne peut être objet de démonstration au même sens que les démonstrations mathématiques - on n'est pas dans le même champ épistémologique. Mais à moins de considérer tous les mystiques comme des dingues, pour prendre un exemple simple, ils vivent des choses qui sont plus de l'ordre de l'expérience - même personnelle et incommunicable - que de la "croyance".
Et pourtant, bizarrement, certains se piquent d'avoir quelques certitudes concernant cet "incertain", quelques connaissances sur cet "inconnaissable", parce que, disent-ils, ce "mystère" se serait révélé. Pas à eux, en général.
Mais parfois, si, à eux. Ma chère maman a connu Marthe Robin, qui semble être une mystique sur qui "le mystère est tombé". Et pas qu'un peu.
Mais par la grâce de la foi, ils portent une confiance absolue en cette révélation que quelques-uns disent avoir reçu, de première main si je puis m'exprimer ainsi. Tant mieux pour eux. Jusque là tout va bien. Là où cela dérape quelques fois, c'est lorsque ces gens prétendent que leurs certitudes à eux ont vocation à en imposer sur le penser et l'agir de ceux qui ne les partagent pas.
Je ne sais pas à quel point c'est si fréquent ? Il faudrait mieux illustrer/définir votre position pour moi.
Quand popeye dit (dans un autre fil) qu'il faudrait interdire, par exemple, les camps de naturistes, il me semble qu'il adopte précisément cette attitude dogmatique que je conteste. Il veut utiliser une "vérité de foi" pour contrôler le comportement de gens qui ne la partage pas (et qui ne peuvent peut-être même pas la partager). Alors qu'il suffit simplement que les bons catholiques s'abstiennent de fréquenter ces camps et concentrent leur action sur une pastorale pacifique, incitative et non coercitive.
Cet exemple est assez (baba)cool, je dirais. Il me semble que des problèmes plus cruciaux se posent en bio-éthique où les positions des chrétiens - disons des "pro-life" : les chrétiens ne sont pas si homogènes - se traduisent sans problème en termes purement philosophiques. La question étant plutôt d'ordre : quelle est la valeur première, de laquelle toute décision morale découle ?
Il est vrai, si l'Eglise catholique a raison, que les naturistes risquent peut-être la damnation (qui ne consiste qu'en une privation de la présence divine, paraît-il, donc est-ce bien pire que la vie terrestre d'un athée ?).
La question de la damnation est un peu plus complexe que cela, il me semble. Ce n'est pas qu'un ensemble de cases à cocher, c'est avant tout une affaire d'amour et de don de soi.
Mais on ne peut pas sauver les gens contre leur gré (d'ailleurs seront-ils vraiment sauvé, si c'est contre le gré ? si le péché est toujours là mais qu'on a juste rendu impossible sa manifestation ?).
On ne saurait être sauvé contre son gré. De même qu'on ne peut aimer "contre son gré" : c'est une contradiction dans les termes. Quant à "empêcher toute manifestation du péché", c'est une proposition trop abstraite pour votre serviteur !
Mais bon, je digresse...
J'aime bien ça. Surtout après du vélo

(je me trouve drôle, désolé).
Bien cordialement,
Marc