I - La charité est essentiellement un amour pour Dieu, le vrai Dieu, le Dieu de la foi théologale.
Être chrétien en acte, c’est « aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit, de toute sa force ». C’est accomplir le premier commandement de la Loi.
Ce qu’ici-bas tous doivent faire, mais ne font que les saints, c’est de se ruer sur le Christ, pour l’étreindre de tout notre cœur, afin de nous blottir en son Sacré-Cœur, duquel nous recevons la grâce du salut, la grâce d’aimer Dieu pour Dieu infiniment aimable.
II - L’amour pour le prochain ne relève de la charité qu’autant que le prochain soit aimé en Dieu et pour Dieu.
Aimé en Dieu, en tant que nous n’aimons le prochain de charité qu’en étant nous-mêmes en état de grâce habituelle et sanctifiante, donc en tant qu’aimant Dieu de charité, charité par laquelle nous sommes en Christ et ainsi en Dieu. Aimé pour Dieu, en tant que l’objet-même de l’amour de charité pour le prochain est de le vouloir vivre et mourir en Christ, et ainsi en Dieu, le Père agissant par son Fils en l’Esprit afin qu’en l’Esprit par le Fils tous fassent retour au Père, « de qui tout vient et vers qui nous allons ».
Parce que l’essence-même de la charité est d’aimer Dieu, aimer le prochain de charité est l’aimer ou le vouloir pour Dieu : c’est vouloir qu’il aime Dieu, le vrai Dieu, le Dieu de la foi théologale ; l’aimant d’un amour spécifié par la foi en l’espérant sans relâche.
D’où quatre conséquences.
D’une, que si celui qui n’aime pas son prochain n’aime pas Dieu (cf. I Jn. IV, 20), ce n’est pas qu’il faille aimer le prochain pour aimer Dieu, mais parce qu’on ne peut aimer Dieu sans vouloir que le prochain l’aime, et que là est l’amour de charité pour le prochain.
De deux, que l’amour pour le prochain n’est un amour de charité qu’articulé à l’amour pour Dieu, le vrai Dieu, le Dieu de la foi théologale. Du côté de celui qui aime, pour autant qu’il aime Dieu, et aime le prochain par amour du Christ auquel le prochain s’ordonne, soit comme membre de son Corps mystique, soit comme appelé à l’être.
De trois, qu’en l’ordre de la charité, les œuvres de miséricorde spirituelle priment les œuvres de miséricorde temporelle. Quand le Christ parle de nourrir les affamés, abreuver les assoiffés, vêtir les dénudés, visiter les prisonniers (cf. Mt XXV, 34 sq.), il s’agit d’abord de nourrir, vêtir et visiter les âmes, pour qu’elles aiment Dieu et croissent en cet amour. Cela n’exclut évidemment pas que la charité pour le prochain s’occupe aussi des corps, mais on comprend bien qu’un chartreux dépourvu de bonnes œuvres de miséricorde temporelle mais ayant sanctifié le monde par sa prière enflammée du feu de l’amour divin sera compté au Jour de son jugement parmi les bénis du Père.
De quatre, quant aux œuvres de miséricorde temporelle, que la philanthropie naturelle ne peut aucunement s’assimiler à la charité pour le prochain. Elle ne procède aucunement de l’amour surnaturel pour Dieu, n’étant qu’un amour naturel pour l’homme. Aussi, même si l’acte accomplit est le même par son objet (par exemple donner de l’argent à un pauvre pour le soulager de sa misère), le motif pour lequel l’acte est accompli en change radicalement l’espèce morale. En un cas l’acte est moralement honnête, en l’autre il est surnaturellement méritoire de la vie éternelle.
III - Charité bien ordonnée commence par soi-même.
Tout ce bien spirituel que l’on veut au prochain, il faut d’abord le vouloir pour soi-même. D’abord pour ceci qu’il nous faut vouloir aimer Dieu, et le vouloir toujours plus, plus intensément et plus profondément, en l’espérant du Christ, la mesure d’aimer Dieu étant de L’aimer sans mesure. Ensuite pour ceci qu’à défaut d’aimer Dieu, l’amour pour le prochain ne sera pas un amour de charité, tandis qu’inversement notre charité pour le prochain sera d’autant plus intense que procédant d’un plus intense amour pour Dieu ; c’est pourquoi la grâce est l’âme de tout apostolat, et qu’à l’oublier, on sombre dans l’activisme stérile (cf. Mt. VII, 22-23).
Quant aux autres, l’ordre de la charité est d’abord d’aimer ses proches, les saints dans l’ordre surnaturel, ses parents dans l’ordre naturel, et ensuite ses lointains, selon les exigences de la mission apostolique, la soif du salut des infidèles, qui n’est que la soif de Dieu, du vrai Dieu, afin qu’il soit aimé de ceux qui l’ignorent ou le refusent.
La charité
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La charité
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
Re: La charité
Merci, cher Perlum Pimpum pour cet exposé.
ça sonne vrai !!!
ça sonne vrai !!!
Re: La charité
Je souhaiterais apporter en complément 2 points qui me semblent rester en suspense.
Le premier c’est que Dieu fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants et qu’il s’en est servi lui-même d’exemple pour nous en indiquer l’exemple. Comme nous ne savons pas ici-bas quel sera le sort final de chacun et que nous n’avons pas à en présupposer en accordant crédit à ce que ce serait "joué", il convient donc d’aimer de charité tous les humains.
Le second concerne ceux qui peuvent se supposer être en état de péché mortel et manquer d’une condition pour recouvrer l’état de grâce.
Or ils ne doivent pas pour autant désespérer de leur salut, ce serait pécher contre le Saint-Esprit.
Par conséquent la façon dont ils aimeront leur prochain de tout leur cœur peut se faire en espérance en union de charité avec Jésus notre Sauveur, serait-ce informel ou implicite. Elle s’exprimera à travers une sorte de repentir où se tiendra leur humilité dans le mépris de leur condition pécheresse et de leur manque de discernement ou de vérité.
Quant à savoir quel serait leur sort s’ils mouraient à l’instant, Dieu seul le sait et cela pourrait être pour eux un gage de salut en dépit de « conditions manquantes ».
Car ses voies ne sont pas les nôtres et son cœur est plus grand que les nôtres…
Le premier c’est que Dieu fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants et qu’il s’en est servi lui-même d’exemple pour nous en indiquer l’exemple. Comme nous ne savons pas ici-bas quel sera le sort final de chacun et que nous n’avons pas à en présupposer en accordant crédit à ce que ce serait "joué", il convient donc d’aimer de charité tous les humains.
Le second concerne ceux qui peuvent se supposer être en état de péché mortel et manquer d’une condition pour recouvrer l’état de grâce.
Or ils ne doivent pas pour autant désespérer de leur salut, ce serait pécher contre le Saint-Esprit.
Par conséquent la façon dont ils aimeront leur prochain de tout leur cœur peut se faire en espérance en union de charité avec Jésus notre Sauveur, serait-ce informel ou implicite. Elle s’exprimera à travers une sorte de repentir où se tiendra leur humilité dans le mépris de leur condition pécheresse et de leur manque de discernement ou de vérité.
Quant à savoir quel serait leur sort s’ils mouraient à l’instant, Dieu seul le sait et cela pourrait être pour eux un gage de salut en dépit de « conditions manquantes ».
Car ses voies ne sont pas les nôtres et son cœur est plus grand que les nôtres…
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Re: La charité
Merci Ombiace.
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IV - La charité étant essentiellement un amour pour Dieu le vrai Dieu, elle a sa source en Dieu, car Dieu est Amour de Dieu. En ce sens, la Charité est Dieu : l’Amour de Dieu pour Dieu est Dieu.
1. L’amour de Dieu pour Dieu est nécessaire et infini.
La volonté naturelle est la volonté voulant nécessairement (de nécessité absolue). Par nature Dieu est nécessité de nécessité absolue à se vouloir (s’aimer) souverainement, infiniment. La volonté naturelle de Dieu est un amour souverain, infini, et absolument nécessaire, de Dieu pour Dieu souverainement aimable car souverainement parfait. Dieu souverainement et infiniment aimable s’aime nécessairement (de nécessité absolue) à l’infini, parce qu’il est infiniment aimable, et que cette amabilité s’impose à Lui. Aussi Dieu est-il absolument nécessité à s’aimer.
2. La nécessaire charité de Dieu pour Dieu est au principe de la libre charité de Dieu pour l’homme, charité par laquelle Dieu institue l’homme pour qu’il aime Dieu.
La volonté libre de Dieu concerne ce que Dieu est libre de vouloir ou ne pas vouloir, savoir tout autre chose que Dieu. Voulant librement ses créatures, Dieu les veut nécessairement pour Lui-même.
« Si quelqu’un… dit que Dieu n’a pas créé par une volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement qu'il s’aime lui-même, ou s’il nie que le monde ait été créé pour la gloire de Dieu, qu'il soit anathème. » (Concile Œcuménique de Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, canon 5 du chapitre 1).
Voulant librement la créature, est nécessaire (de nécessité conditionnelle, nécessité de conséquence) que Dieu la veuille pour Lui, Dieu seul pouvant être le motif ultime de son acte créateur. Si Dieu voulait autre chose que Lui-même comme fin dernière absolue de ses œuvres, la fin ayant raison de bien, voulant pour l’opéré une autre fin que Lui, Dieu aimerait davantage cette fin que lui-même, ce qui est impossible, comme est impossible qu’il l’aime autant qu’il s’aime. C’est strictement impossible puisque, si l’acte d’amour divin reste identique (de sorte que sous ce rapport Dieu nous aime infiniment), ses objets diffèrent (et sous ce rapport seul Dieu est infiniment aimé de Dieu). Dieu étant infiniment parfait tandis que ses créatures n’ont de perfection naturelle ou surnaturelle qu’autant qu’elles sont des degrés epsiloniques de participation à Dieu, Dieu ne peut aimer un bien créé autant qu’il s’aime, puisque la bonté est amabilité, et puisque une chose n’est aimée que parce qu’elle est bonne ou que pour qu’elle soit bonne. Est donc strictement impossible que Dieu puisse aimer autant ou davantage la créature que Lui-même. Le degré epsilonique de participation naturelle ou surnaturelle à la Perfection infinie et par essence ne peut donc pas être voulu pour lui-même (comme bien suprême = comme fin derniere absolue), mais seulement pour le Bien divin, Dieu, que Dieu lui assigne comme fin dernière absolue. Dieu est la fin dernière absolue de ses œuvres, est la fin dernière nécessaire de ses œuvres libres.
Le dessein de Dieu sur l’homme est donc un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu, un dessein d’amour de Dieu pour Dieu ne voulant l’homme que pour qu’il aime Dieu. La créature n’a été créée qu’afin d’aimer Dieu. « C’est pour l’Amour de moi, pour l’Amour de moi, que je veux agir… ma Gloire, Je ne la donnerais pas à un autre. » (Is. XLVIII, 11). En cet amour des saints pour Dieu, Dieu est glorifié : la fin dernière absolue de la création est Dieu glorifié par l’amour des saints du Ciel.
En résumé. Dieu nous aime et ne nous aime que pour que nous aimions Dieu. C’est par amour de Dieu pour Dieu que Dieu nous a créés, rachetés, sanctifiés.
3. Et parce que la charité de Dieu pour l’homme est un acte de volonté-libre, elle est inégale en ses effets : Dieu aime charitablement certains plus que d’autres, à proportion des biens surnaturels qu’il leur donne.
C’est ainsi que Dieu aime la Sainte Vierge plus que toute autre créature angélique ou humaine.
Pour le comprendre, déjà ceci que l'amour de Dieu pour Dieu est un agir divin formellement immanent (un agir ad intra) tandis que l'amour de Dieu pour ses œuvres est un agir formellement immanent mais virtuellement transitif (un agir ad extra). Dieu étant simple, l’agir divin est son être ; aussi l’agir divin ad extra est-il formellement immanent (puisqu’il est Dieu) quoiqu’il soit virtuellement transitif (puisqu’il se termine à autre chose que Dieu). S'en suit que l'amour de Dieu pour nous n'est infini que sous le rapport de son immanence (cet amour est un acte de volonté divine, laquelle est Dieu infini) mais non sous celui de sa transitivité (ce que Dieu produit par cet amour est une réalité créée, finie). C'est pourquoi saint Thomas d'Aquin écrit fort justement que : « Puisque aimer c’est vouloir ce qui est bon pour quelqu’un, on peut aimer un être plus ou moins en un double sens. Tout d’abord en ce sens que l’acte même de la volonté est plus ou moins intense. De cette façon Dieu n’aime pas certains plus que d’autres, car il les aime tous d’un vouloir simple et toujours égal. En un autre sens, quant au bien qu’on veut pour l’aimé, et là on dit que nous aimons davantage celui pour qui nous voulons un bien plus grand, quand même ce ne serait pas d’une volonté plus intense. De cette façon, on doit nécessairement dire que Dieu aime certains êtres plus que d’autres. Car, puisque l’amour de Dieu est cause de la bonté des choses, ainsi qu’on vient de le dire, une chose ne serait pas meilleure qu’une autre, si Dieu ne voulait pas un bien plus grand pour elle que pour une autre. » (ST, I, 20, 6, co).
V - La Charité qu’est Dieu est au principe des peines sempiternelles infligées à ceux qu’elle damne.
La charité de Dieu pour l’homme est donc inégale en ses effets. Dieu aime certains plus que d’autres, sauvant ceux-là seuls qu’il sauve, et damnant tous les autres (en tant que l’homme, par son péché, est seul cause que Dieu le damne en châtiment). En définitive la Miséricorde divine relève de la liberté absolue de Dieu : « Je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde. » (Ex. XXXIII, 19). « Ainsi il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18). Il n’y a pourtant pas de symétrie entre la Miséricorde et la Vindicte. Le primat est à la Miséricorde, ainsi qu’il est écrit : « Car l'Éternel m'a oint pour porter l’Évangile aux malheureux ; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé, pour proclamer aux captifs la liberté, aux prisonniers la délivrance, pour publier une année de grâce de l'Éternel et un jour de vengeance de notre Dieu » (Is. LXI, 1-2).
La Justice vindicative de Dieu est Dieu, est Dieu châtiant ad extra les rebelles. C’est pourquoi les fidèles doivent conjointement professer que Dieu est Amour et Vindicte. Et la raison de la Vindicte, c’est l’Amour. Dieu est Amour de Dieu, qui n’aime ses créatures que pour qu’elles aiment Dieu, et hait celles qui ne L’aiment pas. « Ne dois-je pas, ô Éternel, haïr ceux qui te haïssent, avoir en horreur ceux qui s’élèvent contre toi ? Oui, je les haïs d’une haine parfaite, ils sont pour moi des ennemis. » (Ps. CXXXIX, 21-22). « L'homme inique est en abomination aux justes, et celui dont la voie est droite est en abomination aux méchants. » (Pr. XXIX, 27). « L'Éternel sonde le juste et Il hait le méchant. » (Ps. XI, 5). « Les insensés ne subsistent pas devant tes yeux. Tu hais tous les malfaisants. » (Ps. V, 5). « L’Éternel abhorre les hommes de sang et de fraude. » (Ps. V, 6). « L’Éternel est un Dieu jaloux, il se venge. L’Éternel se venge, il est plein de fureur. L’Éternel se venge de ses adversaires, Il garde rancune à ses ennemis. » (Na. I, 2). C’est le b-a-ba biblique de notre sainte religion…
Dieu n’est-il pas pourtant empli de Miséricorde ? N’a-t-il pas, par amour des pauvres pécheurs, livré son Fils en rachat satisfactoire de sa Vindicte ? Précisément… Il fallait que le Fils de Dieu souffrît en son humanité sa Passion pour satisfaire à la Justice Vindicative de Dieu, pour ainsi seulement réouvrir aux hommes le chemin du Ciel fermé depuis la Chute. La Passion du Christ, c’est la Vindicte de Dieu ordonnée à sa Miséricorde. « Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, et cela afin que la justice de la Loi fût accomplie en nous, qui marchons non selon la chair mais selon l’Esprit. » (Rm. VIII, 3-4). « Lui qui n’a point épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ? Qui accusera les élus de Dieu ? C’est Dieu qui justifie ! » (Rm. VIII, 32-33). « Pour vous, vous ne vivez plus selon la chair mais selon l’esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Car si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » (Rm. VIII, 9). « Car bien que lui soit mort pour tous, tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seuls auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). De ceux là seuls qui, ayant la foi explicite en lui, espèrent d’un cœur sincèrement contrit et humilié le pardon de leurs fautes et leur rénovation en Christ, espèrent de l’aimer en actes et en vérité plutôt qu’en vaines paroles ; recevant de l’aimer par l’espérance de cet amour théologal, recevant en l’amour de charité théologale la grâce sanctifiante par quoi d’injustes ils deviennent justes, saints, fils adoptifs de Dieu par grâce, co-héritiers de Dieu en son Fils (Rm. VIII, 16-17 ; Ga. IV, 7 ; Tt. III, 7 ; I P. I, 4 ; Ap. XXI, 7), héritiers en espérance « jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus, par l’unité de la foi et la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Eph. IV, 13), pour « revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité » (Eph. IV, 24).
La Miséricorde réordonne les pécheurs à Dieu fin dernière surnaturelle absolue en appliquant les mérites de la Passion à ceux là seuls qui y sont prédestinés. « Car bien que lui soit mort pour tous, tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seuls auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). À ceux là seuls qui ont été « élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, afin qu’ils deviennent obéissants et participent à l’aspersion du sang de Jésus-Christ » (I P. I, 2). La Passion du Christ, c’est la Vindicte de Dieu ordonnée à sa Miséricorde par les souffrances satisfactoires et expiatoires de l’Agneau immaculé, immolé inchoactivement pour le salut de tous, terminativement pour le salut de là ceux seuls auxquels les mérites de sa Passion sont appliqués. La Miséricorde de Dieu prime sa Vindicte, car la Vindicte sanctionne l’échec sempiternel du pécheur, là où la Miséricorde remédie au péché en justifiant l’impie afin qu’il parvienne à sa fin dernière surnaturelle absolue, le Dieu Trine aimé dans la gloire du Ciel. La Miséricorde prime donc la Vindicte, seule la Miséricorde permettant l’accomplissement du dessein d’amour divin de Dieu pour Dieu voulant librement que ses créatures spirituelles L’aiment par dessus tout. Car tandis que la Vindicte de Dieu sanctionne l’échec du pécheur s’étant détourné de Dieu sa fin dernière surnaturelle absolue, Vindicte culminant au Jugement particulier par le prononcé des peines sempiternelles de dam et de sens (et au Jugement dernier par l’infliction de peines en les corps ressuscités monstrueux des damnés), la Miséricorde réordonne l’homme pécheur à Dieu sa fin dernière surnaturelle absolue par l’absolution de ses fautes et sa réintégration dans l’ordre de la grâce. Si Dieu aime les pécheurs, c’est en tant qu’il les sauve, par Amour de Lui-même, auquel le salut réordonne : « C’est moi, moi qui efface tes transgressions pour l’amour de moi » (Is. XLIII, 25). « À cause de mon nom, je suspends ma colère, à cause de ma gloire, je me contiens envers toi, pour ne pas t'exterminer… C'est pour l'amour de moi, pour l'amour de moi, que je veux agir » (Is. XLVIII, 9-11). Le primat est donc inubitablement à la Miséricorde, car le dessein divin sur l’homme est un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu ; dessein qui, au regard de la corruption universelle des hommes, requiert que, par amour de Dieu pour Dieu, Dieu fasse librement miséricorde, afin de réordonner certains pécheurs seulement – ceux là seuls prédiscernés par Dieu vouloir coopérer à sa grâce salvifique miséricordieuse – à Dieu pour qu’ils l’aiment. C’est par Amour de Dieu pour Dieu que Dieu sauve ceux là seuls qu’il sauve : « J’aime ceux qui m’aiment, et ceux qui me cherchent me trouvent » (Pr. VIII, 27). « C’est moi, moi qui efface tes transgressions, pour l’amour de moi. » (Is. XLIII, 25). « À cause de mon nom, je suspends ma colère. À cause de ma gloire, je me contiens envers toi, pour ne pas t’exterminer… C’est pour l’amour de moi, pour l’amour de moi, que je veux agir… Ma Gloire, Je ne la donnerai pas à un autre. » (Is. XLVIII, 9-11).
Le dessein de Dieu sur nous est un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu d’un amour de charité spécifié par la vision intuitive dont la foi théologale est le préalable ici-bas. Et nous ordonnant à Lui comme à notre fin dernière surnaturelle absolue, nous atteindrons en elle à la béatitude des élus notre fin dernière surnaturelle relative. Dieu nous a donc créés pour que nous le participions à sa vie divine (II P. I, 4). Mais n’oublions jamais que cette participation, en laquelle les élus trouvent leur béatitude, n’est que notre fin dernière surnaturelle relative (finis quo), corrélat de notre fin dernière surnaturelle absolue (finis qui), qui est Dieu-même aimé de charité spécifiée par vision. Que Dieu soit la fin dernière surnaturelle absolue de sa création est la perspective inamissible de la révélation biblique (et donc de la théologie dogmatique) : « Dieu a tout fait pour lui-même, même l’impie pour le jour du malheur » (Pr. XVI, 4, Vg). Le dessein d’amour de Dieu pour ses créatures n’est que celui de l’amour de Dieu pour Dieu ordonnant ses créatures à aimer Dieu pour en vivre. Oublier cette perspective fondamentale est se condamner à ne plus rien comprendre aux interventions de Dieu dans l’Histoire
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IV - La charité étant essentiellement un amour pour Dieu le vrai Dieu, elle a sa source en Dieu, car Dieu est Amour de Dieu. En ce sens, la Charité est Dieu : l’Amour de Dieu pour Dieu est Dieu.
1. L’amour de Dieu pour Dieu est nécessaire et infini.
La volonté naturelle est la volonté voulant nécessairement (de nécessité absolue). Par nature Dieu est nécessité de nécessité absolue à se vouloir (s’aimer) souverainement, infiniment. La volonté naturelle de Dieu est un amour souverain, infini, et absolument nécessaire, de Dieu pour Dieu souverainement aimable car souverainement parfait. Dieu souverainement et infiniment aimable s’aime nécessairement (de nécessité absolue) à l’infini, parce qu’il est infiniment aimable, et que cette amabilité s’impose à Lui. Aussi Dieu est-il absolument nécessité à s’aimer.
2. La nécessaire charité de Dieu pour Dieu est au principe de la libre charité de Dieu pour l’homme, charité par laquelle Dieu institue l’homme pour qu’il aime Dieu.
La volonté libre de Dieu concerne ce que Dieu est libre de vouloir ou ne pas vouloir, savoir tout autre chose que Dieu. Voulant librement ses créatures, Dieu les veut nécessairement pour Lui-même.
« Si quelqu’un… dit que Dieu n’a pas créé par une volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement qu'il s’aime lui-même, ou s’il nie que le monde ait été créé pour la gloire de Dieu, qu'il soit anathème. » (Concile Œcuménique de Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, canon 5 du chapitre 1).
Voulant librement la créature, est nécessaire (de nécessité conditionnelle, nécessité de conséquence) que Dieu la veuille pour Lui, Dieu seul pouvant être le motif ultime de son acte créateur. Si Dieu voulait autre chose que Lui-même comme fin dernière absolue de ses œuvres, la fin ayant raison de bien, voulant pour l’opéré une autre fin que Lui, Dieu aimerait davantage cette fin que lui-même, ce qui est impossible, comme est impossible qu’il l’aime autant qu’il s’aime. C’est strictement impossible puisque, si l’acte d’amour divin reste identique (de sorte que sous ce rapport Dieu nous aime infiniment), ses objets diffèrent (et sous ce rapport seul Dieu est infiniment aimé de Dieu). Dieu étant infiniment parfait tandis que ses créatures n’ont de perfection naturelle ou surnaturelle qu’autant qu’elles sont des degrés epsiloniques de participation à Dieu, Dieu ne peut aimer un bien créé autant qu’il s’aime, puisque la bonté est amabilité, et puisque une chose n’est aimée que parce qu’elle est bonne ou que pour qu’elle soit bonne. Est donc strictement impossible que Dieu puisse aimer autant ou davantage la créature que Lui-même. Le degré epsilonique de participation naturelle ou surnaturelle à la Perfection infinie et par essence ne peut donc pas être voulu pour lui-même (comme bien suprême = comme fin derniere absolue), mais seulement pour le Bien divin, Dieu, que Dieu lui assigne comme fin dernière absolue. Dieu est la fin dernière absolue de ses œuvres, est la fin dernière nécessaire de ses œuvres libres.
Le dessein de Dieu sur l’homme est donc un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu, un dessein d’amour de Dieu pour Dieu ne voulant l’homme que pour qu’il aime Dieu. La créature n’a été créée qu’afin d’aimer Dieu. « C’est pour l’Amour de moi, pour l’Amour de moi, que je veux agir… ma Gloire, Je ne la donnerais pas à un autre. » (Is. XLVIII, 11). En cet amour des saints pour Dieu, Dieu est glorifié : la fin dernière absolue de la création est Dieu glorifié par l’amour des saints du Ciel.
En résumé. Dieu nous aime et ne nous aime que pour que nous aimions Dieu. C’est par amour de Dieu pour Dieu que Dieu nous a créés, rachetés, sanctifiés.
3. Et parce que la charité de Dieu pour l’homme est un acte de volonté-libre, elle est inégale en ses effets : Dieu aime charitablement certains plus que d’autres, à proportion des biens surnaturels qu’il leur donne.
C’est ainsi que Dieu aime la Sainte Vierge plus que toute autre créature angélique ou humaine.
Pour le comprendre, déjà ceci que l'amour de Dieu pour Dieu est un agir divin formellement immanent (un agir ad intra) tandis que l'amour de Dieu pour ses œuvres est un agir formellement immanent mais virtuellement transitif (un agir ad extra). Dieu étant simple, l’agir divin est son être ; aussi l’agir divin ad extra est-il formellement immanent (puisqu’il est Dieu) quoiqu’il soit virtuellement transitif (puisqu’il se termine à autre chose que Dieu). S'en suit que l'amour de Dieu pour nous n'est infini que sous le rapport de son immanence (cet amour est un acte de volonté divine, laquelle est Dieu infini) mais non sous celui de sa transitivité (ce que Dieu produit par cet amour est une réalité créée, finie). C'est pourquoi saint Thomas d'Aquin écrit fort justement que : « Puisque aimer c’est vouloir ce qui est bon pour quelqu’un, on peut aimer un être plus ou moins en un double sens. Tout d’abord en ce sens que l’acte même de la volonté est plus ou moins intense. De cette façon Dieu n’aime pas certains plus que d’autres, car il les aime tous d’un vouloir simple et toujours égal. En un autre sens, quant au bien qu’on veut pour l’aimé, et là on dit que nous aimons davantage celui pour qui nous voulons un bien plus grand, quand même ce ne serait pas d’une volonté plus intense. De cette façon, on doit nécessairement dire que Dieu aime certains êtres plus que d’autres. Car, puisque l’amour de Dieu est cause de la bonté des choses, ainsi qu’on vient de le dire, une chose ne serait pas meilleure qu’une autre, si Dieu ne voulait pas un bien plus grand pour elle que pour une autre. » (ST, I, 20, 6, co).
V - La Charité qu’est Dieu est au principe des peines sempiternelles infligées à ceux qu’elle damne.
La charité de Dieu pour l’homme est donc inégale en ses effets. Dieu aime certains plus que d’autres, sauvant ceux-là seuls qu’il sauve, et damnant tous les autres (en tant que l’homme, par son péché, est seul cause que Dieu le damne en châtiment). En définitive la Miséricorde divine relève de la liberté absolue de Dieu : « Je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde. » (Ex. XXXIII, 19). « Ainsi il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18). Il n’y a pourtant pas de symétrie entre la Miséricorde et la Vindicte. Le primat est à la Miséricorde, ainsi qu’il est écrit : « Car l'Éternel m'a oint pour porter l’Évangile aux malheureux ; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé, pour proclamer aux captifs la liberté, aux prisonniers la délivrance, pour publier une année de grâce de l'Éternel et un jour de vengeance de notre Dieu » (Is. LXI, 1-2).
La Justice vindicative de Dieu est Dieu, est Dieu châtiant ad extra les rebelles. C’est pourquoi les fidèles doivent conjointement professer que Dieu est Amour et Vindicte. Et la raison de la Vindicte, c’est l’Amour. Dieu est Amour de Dieu, qui n’aime ses créatures que pour qu’elles aiment Dieu, et hait celles qui ne L’aiment pas. « Ne dois-je pas, ô Éternel, haïr ceux qui te haïssent, avoir en horreur ceux qui s’élèvent contre toi ? Oui, je les haïs d’une haine parfaite, ils sont pour moi des ennemis. » (Ps. CXXXIX, 21-22). « L'homme inique est en abomination aux justes, et celui dont la voie est droite est en abomination aux méchants. » (Pr. XXIX, 27). « L'Éternel sonde le juste et Il hait le méchant. » (Ps. XI, 5). « Les insensés ne subsistent pas devant tes yeux. Tu hais tous les malfaisants. » (Ps. V, 5). « L’Éternel abhorre les hommes de sang et de fraude. » (Ps. V, 6). « L’Éternel est un Dieu jaloux, il se venge. L’Éternel se venge, il est plein de fureur. L’Éternel se venge de ses adversaires, Il garde rancune à ses ennemis. » (Na. I, 2). C’est le b-a-ba biblique de notre sainte religion…
Dieu n’est-il pas pourtant empli de Miséricorde ? N’a-t-il pas, par amour des pauvres pécheurs, livré son Fils en rachat satisfactoire de sa Vindicte ? Précisément… Il fallait que le Fils de Dieu souffrît en son humanité sa Passion pour satisfaire à la Justice Vindicative de Dieu, pour ainsi seulement réouvrir aux hommes le chemin du Ciel fermé depuis la Chute. La Passion du Christ, c’est la Vindicte de Dieu ordonnée à sa Miséricorde. « Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, et cela afin que la justice de la Loi fût accomplie en nous, qui marchons non selon la chair mais selon l’Esprit. » (Rm. VIII, 3-4). « Lui qui n’a point épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ? Qui accusera les élus de Dieu ? C’est Dieu qui justifie ! » (Rm. VIII, 32-33). « Pour vous, vous ne vivez plus selon la chair mais selon l’esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Car si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » (Rm. VIII, 9). « Car bien que lui soit mort pour tous, tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seuls auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). De ceux là seuls qui, ayant la foi explicite en lui, espèrent d’un cœur sincèrement contrit et humilié le pardon de leurs fautes et leur rénovation en Christ, espèrent de l’aimer en actes et en vérité plutôt qu’en vaines paroles ; recevant de l’aimer par l’espérance de cet amour théologal, recevant en l’amour de charité théologale la grâce sanctifiante par quoi d’injustes ils deviennent justes, saints, fils adoptifs de Dieu par grâce, co-héritiers de Dieu en son Fils (Rm. VIII, 16-17 ; Ga. IV, 7 ; Tt. III, 7 ; I P. I, 4 ; Ap. XXI, 7), héritiers en espérance « jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus, par l’unité de la foi et la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Eph. IV, 13), pour « revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité » (Eph. IV, 24).
La Miséricorde réordonne les pécheurs à Dieu fin dernière surnaturelle absolue en appliquant les mérites de la Passion à ceux là seuls qui y sont prédestinés. « Car bien que lui soit mort pour tous, tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seuls auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). À ceux là seuls qui ont été « élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, afin qu’ils deviennent obéissants et participent à l’aspersion du sang de Jésus-Christ » (I P. I, 2). La Passion du Christ, c’est la Vindicte de Dieu ordonnée à sa Miséricorde par les souffrances satisfactoires et expiatoires de l’Agneau immaculé, immolé inchoactivement pour le salut de tous, terminativement pour le salut de là ceux seuls auxquels les mérites de sa Passion sont appliqués. La Miséricorde de Dieu prime sa Vindicte, car la Vindicte sanctionne l’échec sempiternel du pécheur, là où la Miséricorde remédie au péché en justifiant l’impie afin qu’il parvienne à sa fin dernière surnaturelle absolue, le Dieu Trine aimé dans la gloire du Ciel. La Miséricorde prime donc la Vindicte, seule la Miséricorde permettant l’accomplissement du dessein d’amour divin de Dieu pour Dieu voulant librement que ses créatures spirituelles L’aiment par dessus tout. Car tandis que la Vindicte de Dieu sanctionne l’échec du pécheur s’étant détourné de Dieu sa fin dernière surnaturelle absolue, Vindicte culminant au Jugement particulier par le prononcé des peines sempiternelles de dam et de sens (et au Jugement dernier par l’infliction de peines en les corps ressuscités monstrueux des damnés), la Miséricorde réordonne l’homme pécheur à Dieu sa fin dernière surnaturelle absolue par l’absolution de ses fautes et sa réintégration dans l’ordre de la grâce. Si Dieu aime les pécheurs, c’est en tant qu’il les sauve, par Amour de Lui-même, auquel le salut réordonne : « C’est moi, moi qui efface tes transgressions pour l’amour de moi » (Is. XLIII, 25). « À cause de mon nom, je suspends ma colère, à cause de ma gloire, je me contiens envers toi, pour ne pas t'exterminer… C'est pour l'amour de moi, pour l'amour de moi, que je veux agir » (Is. XLVIII, 9-11). Le primat est donc inubitablement à la Miséricorde, car le dessein divin sur l’homme est un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu ; dessein qui, au regard de la corruption universelle des hommes, requiert que, par amour de Dieu pour Dieu, Dieu fasse librement miséricorde, afin de réordonner certains pécheurs seulement – ceux là seuls prédiscernés par Dieu vouloir coopérer à sa grâce salvifique miséricordieuse – à Dieu pour qu’ils l’aiment. C’est par Amour de Dieu pour Dieu que Dieu sauve ceux là seuls qu’il sauve : « J’aime ceux qui m’aiment, et ceux qui me cherchent me trouvent » (Pr. VIII, 27). « C’est moi, moi qui efface tes transgressions, pour l’amour de moi. » (Is. XLIII, 25). « À cause de mon nom, je suspends ma colère. À cause de ma gloire, je me contiens envers toi, pour ne pas t’exterminer… C’est pour l’amour de moi, pour l’amour de moi, que je veux agir… Ma Gloire, Je ne la donnerai pas à un autre. » (Is. XLVIII, 9-11).
Le dessein de Dieu sur nous est un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu d’un amour de charité spécifié par la vision intuitive dont la foi théologale est le préalable ici-bas. Et nous ordonnant à Lui comme à notre fin dernière surnaturelle absolue, nous atteindrons en elle à la béatitude des élus notre fin dernière surnaturelle relative. Dieu nous a donc créés pour que nous le participions à sa vie divine (II P. I, 4). Mais n’oublions jamais que cette participation, en laquelle les élus trouvent leur béatitude, n’est que notre fin dernière surnaturelle relative (finis quo), corrélat de notre fin dernière surnaturelle absolue (finis qui), qui est Dieu-même aimé de charité spécifiée par vision. Que Dieu soit la fin dernière surnaturelle absolue de sa création est la perspective inamissible de la révélation biblique (et donc de la théologie dogmatique) : « Dieu a tout fait pour lui-même, même l’impie pour le jour du malheur » (Pr. XVI, 4, Vg). Le dessein d’amour de Dieu pour ses créatures n’est que celui de l’amour de Dieu pour Dieu ordonnant ses créatures à aimer Dieu pour en vivre. Oublier cette perspective fondamentale est se condamner à ne plus rien comprendre aux interventions de Dieu dans l’Histoire
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
- Perlum Pimpum
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Re: La charité
Il est écrit : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn. XV, 13).
Il est aussi écrit : « Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins. » (Is. LV, 11).
Dire que le Christ donne sa vie pour ses amis, c’est dire qu’il la donne afin que nous soyons enfin ses amis, ce que nous ne serons qu’en aimant Dieu. Bref, nous ne serons ses amis qu’autant que nous aimerons Dieu.
Car quel est ce grand amour dont le Christ nous a aimé ? Un amour tel que le Fils s’est incarné pour mourrir sur la Croix. Pourquoi ? Pour nous appliquer les mérites de sa Passion (1). Et pourquoi nous les appliquer sinon pour nous justifier par l’infusion de la charité, par laquelle nous nous réordonnons à Dieu en l’aimant (2). Le grand amour dont le Christ-homme, le Fils considéré en son humanité, nous a aimé, est un amour pour Dieu son Père, nous aimant et ne nous aimant QUE pour que nous aimions Dieu.
Bref, partant de cette Charité qu’est Dieu, qu’est l’Amour de Dieu pour Dieu qu’est Dieu, l’amour ne descend de Dieu vers nous (exitus) que pour retourner vers Dieu (reditus). L’amour créateur puis salvateur est ordonné à Dieu aimé des anges et des hommes d’un amour surnaturel créé de charité. Bref, Dieu est la fin dernière absolue de ses œuvres : Dieu s’aime infiniment, et ne nous aime que pour que nous L’aimions.
Et de même que le Christ ne nous aime que pour que nous aimions Dieu, nous n’aimons le prochain de charité, qui est une vertu THÉOLOGALE, une vertu ayant Dieu pour objet, qu’en l’aimant pour DIeu. Aimer le prochain de charité est le vouloir en Christ pour aimer Dieu et en vivre. Dit autrement, la charité pour le prochain n’est aucunement une philanthropie naturelle : c’est une philothéïe surnaturelle. Nier qu’existe un ordre dans la charité, nier que le second commandement découle du premier, nier que la charité pour le prochain n’est charitè qu’articulée à l’amour pour Dieu, c’est ignorer ce qu’est la charité, au risque de basculer du théocentrisme à l’anthropocentrisme, de l’adoration de Dieu à l’idolâtrie de l’homme.
Dieu premier servi.
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
- ChristianK
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Re: La charité
Excellente idée de citer Trente sur ces sujets, afin de recadrer Vatican II, qui lui aussi réfère très souvent à Trente. Vatican II laissé à lui-même risque de s'effondrer sur lui-même, comme une pasto a-dogmatique n'est pas du tout plus pastorale, mais antipastorale.
Les expressions Dieu est charité, amour, sont analogiques et je me demande si pour filer l'analogie il ne serait pas mieux de dire Dieu est esprit et volonté d'abord, et ensuite seulement Dieu est sagesse (par son esprit) et charité (par sa volonté). Ceci malgré qu'il soit vrai que les actes divins et la "substance" divine soient identiques, puisqu'il n'y a aucun passage de la puissance à l'acte en lui. Cependant, par exemple, l'acte de création est libre, donc non identique à la substance divine, par opposition à l'amour de Dieu pour lui-même. Analogie pour analogie, puisque nous ne sommes pas identiques à nos amours, qui sont des actions de notre substance, il serait peut être mieux de dire que Dieu est esprit et volonté.
Les expressions Dieu est charité, amour, sont analogiques et je me demande si pour filer l'analogie il ne serait pas mieux de dire Dieu est esprit et volonté d'abord, et ensuite seulement Dieu est sagesse (par son esprit) et charité (par sa volonté). Ceci malgré qu'il soit vrai que les actes divins et la "substance" divine soient identiques, puisqu'il n'y a aucun passage de la puissance à l'acte en lui. Cependant, par exemple, l'acte de création est libre, donc non identique à la substance divine, par opposition à l'amour de Dieu pour lui-même. Analogie pour analogie, puisque nous ne sommes pas identiques à nos amours, qui sont des actions de notre substance, il serait peut être mieux de dire que Dieu est esprit et volonté.
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