Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

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ChristianK
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Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

Message non lu par ChristianK »

St Thomas, contrairement aux rationalistes comme Descartes et Spinoza pourqui en un sens Dieu est premier connu et pas le monde sensible, affirme que La nature des choses sensibles est L'objet propre de la connaissance humaine, suivant en cela Aristote contre PLaton. Or Dieu n'est pas sensible, donc sa connaissance philosophique est indirecte et difficile, et même sous un aspect partiellement inconnaissable (C'est l'idée de via negativa).
De là une force de l'agnosticisme de savoir, une certaine vraisemblance, qui en fera une pente pour un grand nombre d'esprits.

Mais quand on sait pas démonstrativement on peut encore croire raisonnablement (comme souvent en morale, dans la vie courante etc.).
Or ici l'agnostique de croyance objectif dit qu'il est impossible d'avoir des raisons valables de croire dans un sens ou dans l'autre, même des raisons d'ordre existentiel. Nous aurions un devoir de suspendre notre croyance. Mais n'est il pas hautement invraisemblable que croire P ou non P ait très exactement la même force , ou faiblesse , de fondements? Car il ne faut pas grand chose pour croire, un argument d'autorité suffit par exemple, un prophète , un philosophe considéré hautement fiable, un saint, et bien d'autres choses. Il serait donc extrêmement bizarre que objectivement les fondements de croyance à l'existence de Dieu soient à égalité stricte avec les fondements inverse, il serait beaucoup plus normal ou problable que la balance penche.
Ne restera donc en lice qu'un agnosticisme de croyance subjectif qui se limite à dire: ces questions me dépassent, par décision personnelle je suspends ma croyance.
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Fernand Poisson
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Re: Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

Message non lu par Fernand Poisson »

Bonjour,
Ne restera donc en lice qu'un agnosticisme de croyance subjectif qui se limite à dire: ces questions me dépassent, par décision personnelle je suspends ma croyance.
Il reste la possibilité d'un agnosticisme de croyance subjectif moins fort qui dit : pour le moment et en l'état actuel de mes connaissances, je ne vois aucune raison décisive de pencher dans le sens d'une croyance positive (en Dieu, en la résurrection du Christ, etc.). Autrement dit, pas un raisonnement de principe mais un raisonnement circonstanciel. Cette position me paraît difficile à contrer, c'est celle d'un scepticisme cohérent.
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ChristianK
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Re: Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

Message non lu par ChristianK »

Bien sûr, mais en un sens il n'y a rien à contrer si rien n'est affirmé, si l'agnostique subjectif ne voit aucune raison de nier Dieu non plus. Je me demande d'ailleurs si une distinction supplémentaire ne serait pas indiquée:
-agnosticisme subjectif d'ignorance
-agnosticisme subjectif d'examen, et dans ce 2e cas ne retrouve-t-on pas la même bizarrerie que dans l'agnosticisme objectif, une équivalence exactement 50-50.
Pour prendre une analogie assez imparfaite, sur une échelle de 100, 50-50 n'est elle pas une faible probabilité, même subjective, par rapport à toutes les autres possibilités, 45-55, 40-60 etc?
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Fernand Poisson
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Tout le problème est que l'estimation des probabilités en cette matière paraît extrêmement subjective.
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prodigal
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En effet, l'existence de Dieu échappe à tout calcul de probabilités. Tout ce que peut faire l'amoureux de l'incertitude, c'est d'examiner la force des arguments des uns ou des autres. Mais cet examen n'est pas une mesure chiffrée.
En ce qui concerne l'agnosticisme, il faut distinguer deux façons de l'être :
1) certains sont agnostiques parce qu'ils estiment que ne pas prendre parti est la seule position raisonnable (on pourrait appeler cela un scepticisme pratique).
2) d'autres sont agnostiques pour se rendre disponibles à la vérité quelle qu'elle soit (on pourrait appeler cela un agnosticisme pré-baptismal :D ).
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu
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prodigal a écrit : jeu. 11 avr. 2024, 9:47 En effet, l'existence de Dieu échappe à tout calcul de probabilités. Tout ce que peut faire l'amoureux de l'incertitude, c'est d'examiner la force des arguments des uns ou des autres. Mais cet examen n'est pas une mesure chiffrée.
La science du 21ème siècle, et tout particulièrement la cosmologie, apportent les preuves modernes de l'existence de Dieu, d'un créateur de l'univers, comme l'explique le magistral ouvrage vendu à 850.000 exemplaires : ''Dieu, la science, les preuves", de Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies en association avec 20 spécialistes.

Après lecture de cet ouvrage qui fait déjà référence, tout agnostique ou athée faisant partie du cercle de la raison ne peut devenir que à minima déiste.

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ChristianK
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Fabb a écrit :

Après lecture de cet ouvrage qui fait déjà référence, tout agnostique ou athée faisant partie du cercle de la raison ne peut devenir que à minima déiste.
Non, c’est un bouquin journalistique très stimulant sans plus, largement inspiré de l’apologétique empirique protestante américaine, sans doute refusé par les éditeurs cathos, et donc publié chez Trédaniel, spécialisé dans l’ésotérisme entre autres.
La part religieuse est valable (miracles), mais la part scientifique ne souligne pas assez que Dieu N’est aucunement phénoménal, or la science empirique (non philosophique ou métaphysique) consiste à lier des phénomènes entre eux au moyen de la quantification si possible.
De ce point de vue, la théorie des multivers est plus en phase avec la science, car elle fait appel à des entités comparables avec l’univers empirique, bien que radicalement inobservables (donc non empiriques cependant; mais Dieu L’est encore moins, il ne peut être que déduit en métaphysique, donc en philo, plutôt méprisée par le bouquin dans un chapitre (un très gros contresens).

Fernand Poisson a écrit : Tout le problème est que l'estimation des probabilités en cette matière paraît extrêmement subjective.
Je suis pas convaincu. Est-il extrêmement subjectif de penser que les fondements pour la croyance d’une vie animale extraterrestre, ou de l’absence de cette vie, sont subjectifs?
Certes la quantification n’est qu’une analogie, mais elle est utilisée par L’apologète d’Oxford, Richard Swinburne, qui parle de 2 chances contre 1 pour Dieu. On peut, et peut-être doit la remplacer par : probabilité forte, moyenne, faible, nulle, des 2 côtés. Comme dans les décisions morales (raison pratique), avec pour but une certitude morale (pour le niveau croyance). Et alors 50-50 est-il vraiment moralement probable?
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Message non lu par Fernand Poisson »

Il y a d'ailleurs de grosses erreurs factuelles dans ce bouquin, par exemple dire que la théorie des mondes multiples d'Everett est complètement écartée aujourd'hui alors que c'est peut-être l'interprétation la plus populaire de la physique quantique (hors Copenhague). Ou mentionner que l'inflation éternelle est une hypothèse "intéressante" sans voir qu'elle détruit l'argument téléologique employé dans le bouquin (entre autres arguments certes).
ChristianK a écrit : jeu. 11 avr. 2024, 18:56 Je suis pas convaincu. Est-il extrêmement subjectif de penser que les fondements pour la croyance d’une vie animale extraterrestre, ou de l’absence de cette vie, sont subjectifs?
Précisément, une telle probabilité me paraît complètement indéterminable, et elle serait pourtant beaucoup moins complexe à établir que la probabilité en faveur de l'existence de Dieu (qui n'est même pas un fait empirique). Après ça ne veut pas dire qu'il est interdit d'essayer. ;)
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Re: Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

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Fernand Poisson a écrit : Précisément, une telle probabilité me paraît complètement indéterminable, et elle serait pourtant beaucoup moins complexe à établir que la probabilité en faveur de l'existence de Dieu (qui n'est même pas un fait empirique). Après ça ne veut pas dire qu'il est interdit d'essayer. ;)
Indéterminable mathématiquement, mais un raisonnement dialectique probabiliste n’a pas besoin d’être mathématique, et surtout n’est pas « subjectif » purement et simplement.
Prenons un exemple plus simple avec un argument d’autorité, avec certitude morale possible :
Je crois qu’il y a un ours dans la forêt pcq un ami me l’a dit (sans autre moyen de vérification), l’autorité de l’ami vient de sa compétence épistémique et de sa droiture morale (véracité), atteingnables sur indices et par induction;
La même chose, mais avec plusieurs amis : argument d’autorité plus fort par consensus (important en philo des sciences);
Encore la même chose avec plusieurs amis pendant un temps plus long : le consensus devient tradition, encore plus fort.
La probabilité augmente et c’est pas purement subjectif, ou surtout subjectif. C’est juste un raisonnement dialectique.
Analogie : croire que la vie animale existe ailleurs que sur terre selon l’opinion majoritaire des spécialistes de la question.
Autre Analogie : Sartre très isolé, avec un système un tantinet irréaliste pour prouver l’inexistence de Dieu, dans le cadre d’une philo de l’absurde par-dessus le marché, versus une pléthore d’arguments théistes de toutes natures (Aristote, Kant, St Thomas, Spinoza etc.)
aldebaran a écrit :
Enfin le théorème de Bayes me semble intéressant pour progresser dans vos fameuses 4 étapes (que vous voudrez bien me rappeler, déisme, théisme, sélection de la religion..?)
1)Athéisme vs théisme (neutre, il pourra être déiste ou religieux)
2)Théisme irréligieux (déisme) vs théisme avec révélation quelle qu’elle soit (religion révélée)
3)fausse (en partie) religion vs vraie religion (révélation authentique; Islam, Xtianisme)
4)Eglise non représentative de la religion authentique vs Eglise représentative (ou la plus représentative; sunnisne, chiisme etc)

J’ai écrit que ce schéma est classique au moins par l’esprit, mais sans vérifier à des sources. Un point très notable : dans les écrits récents je ne l’ai trouvé par hasard que dans un dossier d’origine sédévacantiste! Georges Vinson, Dieu est-il facultatif?
https://csrb.fr/blogs/infos/pere-george ... n-memoriam
Un indice certain que les néotridentins antimodernistes ne se trompent pas sur toute la ligne, au contraire… Ils ont raison sur certains points pastos précis hyperimportants.
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ChristanK a écrit :1)Athéisme vs théisme (neutre, il pourra être déiste ou religieux)
2)Théisme irréligieux (déisme) vs théisme avec révélation quelle qu’elle soit (religion révélée)
3)fausse (en partie) religion vs vraie religion (révélation authentique; Islam, Xtianisme)
4)Eglise non représentative de la religion authentique vs Eglise représentative (ou la plus représentative; sunnisne, chiisme etc)
Bonjour ChristianK,
Décidément j'apprécie beaucoup votre décomposition. Je la trouve parfaitement progressive et logique. Vous auriez intérêt à développer quelque part les arguments pour chaque étape, avec des références à la fois philosophiques (principaux auteurs et écrits) et scientifiques (théories et études, voire hypothèses).
Sachant que cela ne servira pas à convaincre, mais très probablement aidera certains à se remettre à réfléchir, à initier à une recherche plutôt que de rester sur des à priori. Voilà la force de Descartes (doute systématique) ou d'une approche bayésienne itérative.

Et voilà certainement le biais cognitif de notre époque (dans le monde occidental) : un confort de vie qui pousse à la fainéantise y compris intellectuelle, à rester sur des à priori satisfaisants car cohérents avec des penchants pour l'amusement ou le laisser aller.
L'athée moderne est un athée idiot j'en suis convaincu (à part quelques intellectuels bien entendu et qui le voit même comme une marque de supériorité du coup), un qui a entendu une fois que Dieu est mort et qui ne veut surtout pas aller plus loin car la toute puissance de son ego lui convient très bien.
Et malheureusement l'école y contribue, plutôt que de favoriser l'analyse elle inculque désormais la pensée unique sous prétexte de progressisme. Finalement marxisme ou libéralisme, c'est le même lavage de cerveau et même mépris de la recherche individuelle de la vérité.
Indéterminable mathématiquement, mais un raisonnement dialectique probabiliste n’a pas besoin d’être mathématique, et surtout n’est pas « subjectif » purement et simplement.
Prenons un exemple plus simple avec un argument d’autorité, avec certitude morale possible :
Je crois qu’il y a un ours dans la forêt pcq un ami me l’a dit (sans autre moyen de vérification), l’autorité de l’ami vient de sa compétence épistémique et de sa droiture morale (véracité), atteingnables sur indices et par induction;
La même chose, mais avec plusieurs amis : argument d’autorité plus fort par consensus (important en philo des sciences);
Encore la même chose avec plusieurs amis pendant un temps plus long : le consensus devient tradition, encore plus fort.
La probabilité augmente et c’est pas purement subjectif, ou surtout subjectif. C’est juste un raisonnement dialectique.
Analogie : croire que la vie animale existe ailleurs que sur terre selon l’opinion majoritaire des spécialistes de la question.
Autre Analogie : Sartre très isolé, avec un système un tantinet irréaliste pour prouver l’inexistence de Dieu, dans le cadre d’une philo de l’absurde par-dessus le marché, versus une pléthore d’arguments théistes de toutes natures (Aristote, Kant, St Thomas, Spinoza etc.)
Oui. Et c'est très analogue à l'approche bayésienne. Sans formule ni calcul. Mais certains prétendent que le cerveau le fait automatiquement pour nous. C'est notre méthode principale d'apprentissage.

P.S: Vous m'opposez le cogito de Descartes justement. Mais il me semblait, avec mon pauvre vernis, que justement le cogito était là et uniquement parce que tout pouvant être mis en doute, il fallait bien partir d'une hypothèse certaine, et c'était ce "je pense donc je suis" ontologique première pierre de l'édifice. Mais du coup je ne vois pas l'incompatibilité avec mon approche bayésienne, si ce n'est ce premier prédicat. Et encore je vous dirais qu'il n'est pas acquis et n'a pas ce statut infaillible, confère les philosophies idéalistes. Vous pouvez très bien être une machine pensante, ou un algorithme qui croit penser. Probabilité faible mais non nulle.
Ferdinand Poisson a écrit :Précisément, une telle probabilité me paraît complètement indéterminable
C'est parce que vous avez une approche "fréquentiste" des probabilités *. Un même événement, répété de très nombreuses fois sinon on ne sait déterminer une probabilité.
* Pas étonnante car c'est la seule que l'on apprend à l'école et même en études supérieures sauf spécialisation.
Bayes procède complétement différemment. Et peu importe si on se trompe sur les probabilités initiales à priori (pourquoi pas 50%), cela converge assez vite avec les itérations des différents événements venant enrichir l'observation.
l y a d'ailleurs de grosses erreurs factuelles dans ce bouquin, par exemple dire que la théorie des mondes multiples d'Everett est complètement écartée aujourd'hui alors que c'est peut-être l'interprétation la plus populaire de la physique quantique (hors Copenhague).
Avez-vous des éléments pour dire cela? Ce n'est pas mes impressions, en tout cas de toutes les interviews ou des livres des "grands" physiciens. D'ailleurs Everett lui-même ne semblait pas y croire, qui a tout de suite démarré sa carrière sur autre chose.
Je crois que c'était plus une joke, et aussi une réponse pirouette sinon à tous ces gens qui argumentaient sur l'incompréhension de la physique quantique.
Il me semble qu'aujourd'hui le principe de décohérence est retenu majoritairement plutôt que cette fumeuse hypothèse de mondes qui se divisent à l'infini et infiniment (multivers, à ne pas confondre avec le multi mondes des univers séparés pour répondre à l'argument du principe entropique, un des plus convaincants à mon avis pour le déisme avec celui d'une éternité nécessaire pour briser la chaine causale) .

Sinon pour le livre il ne faut pas cracher dans la soupe non plus (autre que ce titre probablement imposé, preuve fait plus vendre). Mais pour une fois que l'on ne se refuse pas de voir dans les études scientifiques des arguments objectifs "pour" le déisme, on ne va pas se plaindre. Surtout que l'on souffre de l'inverse, une censure systématique (sous peine de carrière brisée et de ne plus trouver de financements) de toute allusion religieuse même en dehors d'une étude, du moment que c'est publique.
Dernière modification par aldebaran le jeu. 18 avr. 2024, 18:41, modifié 4 fois.
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Re: Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

Message non lu par Fernand Poisson »

Bonjour aldebaran,
aldebaran a écrit : jeu. 18 avr. 2024, 14:16 Avez-vous des éléments pour dire cela? Ce n'est pas mes impressions, en tout cas de toutes les interviews ou des livres des "grands" physiciens. D'ailleurs Everett lui-même ne semblait pas y croire, qui a tout de suite démarré sa carrière sur autre chose.
Je crois que c'était plus une joke, et aussi une réponse pirouette sinon à tous ces gens qui argumentait sur l'incompréhension de la physique quantique.
Il me semble qu'aujourd'hui le principe de décohérence est retenu majoritairement plutôt que cette fumeuse hypothèse de mondes qui se divisent à l'infini et infiniment (multivers, à ne pas confondre avec le multi monde des univers séparés pour répondre à l'argument du principe entropique, un des plus convaincants à mon avis pour le déisme avec celui d'une éternité nécessaire pour briser la chaine causale) .
La page wikipédia offre un début de réponse à vos interrogations : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_d%27Everett
La théorie d'Everett a connu un regain d'attention depuis les années 1990 et fait notamment l'objet d'un intérêt intense à Oxford autour entre autres de David Deutsch, Simon Saunders et David Wallace. Ces auteurs ont largement avancé sur les réponses à apporter aux objections mentionnées ci-dessus. Le physicien Max Tegmark rapporte dans son livre (L’univers mathématique, p. 295) qu’il a fait un petit sondage auprès de ses étudiants : pour expliquer les bizarreries de la physique quantique, c’est l’hypothèse d’Everett qui est désormais majoritaire.
Je n'ai pas mieux à vous proposer. Un physicien comme Thibault Damour, par exemple, considère la théorie d'Everett comme la plus évidente.
En tout cas chez les philosophes, c'est vrai que c'est serré : https://survey2020.philpeople.org/survey/results/5150
Mais quand on regarde encore aujourd'hui le nombre d'articles publiés sur le sujet (17 600 depuis 2020 en tapant "Everett many worlds" dans Google Scholar), difficile de dire que ce n'est qu'une blague. La vérité est que la question de l'interprétation de la physique quantique est toujours très disputée aujourd'hui et que la théorie d'Everett est un concurrent sérieux.
aldebaran a écrit : jeu. 18 avr. 2024, 14:16 Sinon pour le livre il ne faut pas cracher dans la soupe non plus (autre que ce titre probablement imposé, preuve fait plus vendre). Mais pour une fois que l'on ne se refuse pas de voir dans les études scientifiques des arguments objectifs "pour" le déisme, on ne va pas se plaindre. Surtout que l'on souffre de l'inverse, une censure systématique (sous peine de carrière cassée) de toute allusion religieuse même en dehors d'une étude, du moment que c'est publique.
Je suis d'accord avec les auteurs sur le fond mais je trouve leur triomphalisme déplacé et absolument insupportable. Certes on trouve le même triomphalisme chez les athées militants mais s'il s'agit seulement de les singer, ce n'est pas la peine et ça n'aide pas ceux qui cherchent honnêtement la vérité à y voir clair dans le débat.
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Re: Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

Message non lu par aldebaran »

Ferdinand Poisson a écrit :La page wikipédia offre un début de réponse à vos interrogations
Comme quoi on atteint vite les limites de Wikipedia, et que ce ne sont pas des Penrose ou équivalents qui l'écrivent :-D *.
Quant aux étudiants ils ont trop regardé de séries de SF :rire:

Voilà un autre extrait Wikipédia sur la décohérence, comme quoi :-D :
Cette théorie est considérée aujourd'hui comme étant l'approche la plus aboutie pour résoudre le problème de la mesure quantique[réf. souhaitée]. Elle a reçu un grand nombre de confirmations expérimentales
Bref et si rien n'est jamais tranché en science, la décohérence est désormais assez bien admise des grands je ne pense pas me tromper de mes dernières lectures.
P.S : Everett n'explique d'ailleurs qu'un aspect et non l'interprétation générale de la mécanique quantique. Par exemple ne dit rien sur l'intrication, rien sur les expériences de gomme quantique, etc... qui sont pourtant des fondamentaux de cette science, et remettant en cause ce qu'on entend usuellement par "le réel". La décohérence se substitue élégamment à Everett sur le problème longtemps tenace du mystère de la mesure qui faisait disparaitre la superposition des états pour ne révéler plus qu'un parmi tous comme par magie, et de valeur aléatoire! Et en donnant de surcroit une explication sur l'autre mystère de la transition monde quantique / monde non quantique macroscopique. Plus de fameux chat de Schrödinger :-D
Je suis d'accord avec les auteurs sur le fond mais je trouve leur triomphalisme déplacé et absolument insupportable.
"Ce n'est pas faux", dirait on chez Kaamelott.
Mais bon c'est un peu conditionné aussi au fait du retournement de situation, lequel n'est pas bien connu du grand public malheureusement. Avant la science était à l'attaque, forte de ses découvertes jusqu'au début du XXe siècle, et la rapidité des découvertes donnait de la force au scientisme. Désormais c'est l'inverse, la science bute et démontre même des limites à ce que nous pouvons atteindre par l'observation et à la théorisation, et sans avoir amené par ailleurs aucune explication ontologique. Ne reste que la position têtue du "je n'ai jamais vu Dieu, donc pas étudié, donc je ne crois pas". Face à tout un tas d'éléments eux montrant la nécessité du déisme. Elle est désormais sur la défensive, sur un rejet plus de conviction ou même de choix revendiqué pour les athées durs.
Mais oui je l'admets le ton donné par les auteurs (un en particulier) est un peu agaçant, et amoindrit son discours pourtant pertinent c'est dommage.

* D'ailleurs c'est un vrai problème, une vraie dérive vers la pensée unique. Que l'on voit aussi avec ChatGPT, le roi du politiquement correct ou à défaut du "ptêt bien que oui ptêt bien que non"
Mais bon ils donnent une première réponse pas si mal, alors que l'inculture règne. Donc ils ont leur utilité là non plus ne crachons pas dans la soupe :/ .
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Re: Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

Message non lu par Fernand Poisson »

aldebaran a écrit : jeu. 18 avr. 2024, 15:52 Bref et si rien n'est jamais tranché en science, la décohérence est désormais assez bien admise des grands je ne pense pas me tromper de mes dernières lectures.
De ce que j'en comprends, la décohérence à strictement parler n'est pas incompatible avec la théorie d'Everett et les reprises contemporaines de cette théorie se font dans le cadre de la décohérence (voir ici par exemple : https://plato.stanford.edu/ENTRIES/qm-d ... ce/#EveInt). Je pense qu'il y a une ambiguïté puisque le terme de "décohérence", qui décrit l'apparence subjective de l'effondrement de la fonction d'onde, est utilisé pour parler des théories qui considèrent que cet effondrement est un phénomène réel, or l'un n'implique pas l'autre (https://en.wikipedia.org/wiki/Quantum_d ... _mechanics).

Après je n'ai pas d'intérêt particulier à défendre la théorie des mondes multiples, je voulais juste souligner qu'elle était largement prise au sérieux chez les spécialistes et constitue une des principales interprétations de la physique quantique actuellement en compétition (avec Broglie-Bohm et GRW). Que tel ou tel grand scientifique n'y adhère pas n'a pas grande importance et on peut d'ailleurs aussi bien citer des noms en sens inverse (David Deutsch, Thibault Damour).
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Re: Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

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Bonjour Ferdinand Poisson,
Déjà merci pour avoir cherché et fourni vos références, surtout le premier article, que j'ai lu.
Ferdinand Poisson a écrit :De ce que j'en comprends, la décohérence à strictement parler n'est pas incompatible avec la théorie d'Everett et les reprises contemporaines de cette théorie se font dans le cadre de la décohérence
Oui cet article vous donne raison et j'ai trouvé d'autres mentions ailleurs. Je crois que j'ai compris la subtilité, certains optent encore pour la position que la décohérence et la réduction de la fonction d'onde restent deux phénomènes séparés, le premier uniquement pour la frontière quantique non quantique, et le second pour l'effet de la mesure. Mais à quel prix :
"In a decohering no-collapse universe one can instead introduce a new psycho-physical parallelism, in which individual minds supervene on each non-interfering component in the physical state. (This is different from the many-minds interpretation of Albert and Loewer (1988), where the mental does not supervene on the physical, because individual minds have trans-temporal identity of their own.[22]"
(permier article)

Alors que j'avais toujours lu le contraire de communications sur la décohérence, que c'était bien la même chose (ce qui parait logique?). De plus la décohérence étant un phénomène naturel et permanent avec tout ce qui traine y compris le moindre photon, on ne voit pas trop pourquoi la mesure (et donc son appareillage) serait un acte ou un cas singulier (qui provoquerait la division en many-worlds eux) et n'entrerait pas dans ce cadre général de décohérence. Bref. Et de toute façon impossible à trancher pour l'instant. Sauf à faire intervenir le many-minds, mais là non plus ce ne semble pas très populaire chez les physiciens à part quelques poids lourds.

Mais du coup je comprends mieux vos arguments. On va dire que l'on a tous les deux raison ou tous les deux tort, peu importe.
Par contre pour ma part je préfère me référer aux locomotives en domaine de recherche, les Penrose, Bell, d'Espagnat* etc. qui n'ont pas manifesté d'intérêt publiquement pour cette hypothèse et parfois le contraire. J'aime bien les écrits de d'Espagnat, car c'est aussi un grand épistémologiste.
En faveur ce serait surement Dewitt et Dutch mais ils sont bien isolés?

Mais je vois que vous avez une bonne compréhension du sujet, cela fait plaisir de discuter avec vous.
Si le livre (je ne l'ai pas lu, j'ai juste écouté la conférence pour connaitre les types d'arguments utilisés) indique que la thèse d'Everett est complétement éliminée, il va trop loin je vous l'accorde.

Ceci dit je ne vois pas en quoi le many-worlds serait pour ou contre le déisme et pourquoi le livre en parlerait mais c'est un autre sujet.
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Re: Avantages de l'agnosticisme de savoir et difficultés de l'agnosticisme de croyance

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Bonjour aldebaran,

Sur le fond, je pense que nous sommes d'accord. La théorie d'Everett, malgré sa popularité, comporte de nombreuses faiblesses et si je devais donner un avis personnel (celui d'un amateur un peu informé mais dont ce n'est pas le domaine de compétence), je dirais qu'elle est sans doute fausse.

Pour vous répondre quant à la mention de cette théorie dans le livre de Bonnassies & Bolloré, il s'agissait de dire (si mes souvenirs sont exactes) que le déterminisme physicaliste était totalement dépassé à l'aune de la physique quantique. Donc pas un argument direct en faveur du déisme mais un argument contre la vieille vision "scientiste" du monde.
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