Il ne s’agit pas ici de croyance ou d’opinion, mais d’histoire.iTristan a écrit : ↑ven. 04 avr. 2025, 18:09 la quantité d'éléments textuels et matériels mis au jour dans la région depuis plus d'un siècle par les historiens et les archéologues permettent une bonne connaissance de l'histoire de l’Égypte, et qu'aucun de ces éléments n'atteste de la présence du peuple hébreux telle qu'elle est rapportés dans l'A.-T., ni de sa mise en esclavage, ni de sa libération, ce que je trouve plutôt étonnant compte tenu de l'importance qu'un tel évènement aurait constitué dans l'histoire de l’Égypte et de la région. Bien sûr, c'est votre droit d'y croire, mais le fait que vous y croyiez, même très fort, ne constitue pas une preuve. Pour ma part, en l'absence de preuve, je reste ouvert mais sceptique…
Je ne fais que rapporter l'avis des archéologues et des historiens dont j'ai pris connaissance des travaux, vous pouvez le trouver gratuit et inexact, mais ce n'est que votre opinion personnelle.
Vous avez parfaitement raison de vous référer à « la quantité d'éléments textuels et matériels mis au jour dans la région depuis plus d'un siècle par les historiens et les archéologues permettent une bonne connaissance de l'histoire de l’Égypte ».
Si les traces historiques ne parlent pas du peuple « hébreu », c’est d’abord parce que, selon le récit biblique lui-même, le peuple de Jacob n’est qu’une famille d’immigrés qui ne comprend que 70 personnes (Gn 46, 27) lorsqu’elle arrive en Égypte où vivent à cette époque plusieurs millions de personnes et que, même avec une forte croissance, le nombre de personnes de cette famille de Jacob d’origine mésopotamienne restait très peu important à l’époque de Moïse qui en est un descendant à la quatrième génération (Gn 16, 15) puisque tant Qehath (le grand-père de Moïse) que Hesrone l’arrière-grand-père de Naassone (le chef de la tribu de Juda au moment de l’entrée en Canaan) arrivent en Égypte avec Jacob (Gn 46, 11-12). Les généalogies des évangiles confirment qu’il n’y a que 2 ou 3 générations supplémentaires (cf. Mt 1, 3-4 et Lc 4, 32-33) entre le début et la fin du séjour en Égypte.
Mais votre observation sur une absence de preuve « de la présence du peuple hébreu » me semble surtout s’expliquer par une recherche mal orientée sur la base d’une expression (le « peuple hébreu ») qui n’était pas utilisée à cette époque dans le sens, qui ne s’est précisé que plus tard, de peuple « israélite ».
Pour trouver des traces historiques, il faut les chercher avec les mots et leur sens à l’époque en cause.
Or, à l’époque de Jacob comme à l’époque de Moïse, les « hébreux » ce ne sont pas seulement les quelques descendants israélites de Jacob, mais ce mot recouvre les très nombreux nomades venant du Proche Orient que les historiens actuels nomment « hyksôs ». C’étaient, pour la plupart des Mésopotamiens qui parlaient akkadien, comme Abraham sorti d’Ur en Chaldée.
Dans ce contexte historique, le mot hébraïque « ebri », traduit en français par « hébreu », correspond, en fait, au mot akkadien « habirou » (ou « apirou »). En effet, l'écriture akkadienne (où l'on trouve le mot “apirou”) ne distingue pas les sons “p” et “b”, ni les gutturales, absentes du français mais bien connues en arabe, qui se trouvent ici au début du mot “habirou”.
Au temps d’Abraham « l’hébreu » (Gn 14, 13), on ne parle pas encore d’Israël. Ce mot indique seulement qu’il était un mésopotamien nomade.
Les hébreux, que l’on nommait à cette époque « habirous », étaient des nomades ou semi-nomades qui n’étaient pas rattachés à une cité ou un territoire et étaient souvent considérés par les sédentaires des cités comme des sauvages non civilisés ayant des mœurs étranges.
On pouvait trouver toutes sortes d’ethnies et de langages chez ces habirous.
Dans les traces historiques, il est donc vain de chercher « un » peuple « hébreu » dans l’Égypte ancienne, car rien n’indique que ce mot ait été utilisé exclusivement ou spécifiquement à cette époque pour la seule famille des descendants de Jacob qui étaient, d’une part, des « hyksôs » du fait de leur origine asiatique et, d’autre part, des « apirous » ou « hébreux » du fait de leur vie nomade ou semi-nomade, mais parmi des centaines de milliers d’autres.
Les historiens confirment cette réalité et le fait que ces hyksôs sont devenus tellement nombreux qu’ils se sont emparés du pouvoir dans le nord de l’Égypte, mais aussi qu’ils ont perdu ce pouvoir et ont ensuite été opprimés ce qui a été suivi d’un exil.
Vous pouvez relire la synthèse nuancée qu’en donne Wikipédia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyks%C3%B4s
En ce qui concerne l’historicité des apirous, vous en trouverez aussi une synthèse utile sur Wikipédia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Apirou
Dans ce fil, il vous serait utile de regarder la vidéo d’Alan Arsmann sur la réalité historique de l’esclavage des Hébreux en Égypte :
https://www.youtube.com/watch?v=As7DJIIUYCc
Le récit biblique de l’exil en Égypte n’est pas un regard des Égyptiens de l’époque ou des historiens d’aujourd’hui mais un regard d’exilés sur leur propre histoire dans une histoire plus vaste dont les traces historiques sont nombreuses.
Si vous cherchez un exil d’environ 600.000 descendants d’un dénommé Jacob errant quarante ans dans le désert, vous ne trouverez rien, en effet.
Mais, si vous cherchez à savoir si de nombreux hyksôs se sont déplacés de la vallée du Nil pour s’installer en Canaan comme le raconte la Bible, vous pourrez constater, comme Alan Arsmann (qui n’est pas croyant, ni religieux) qu’il est historiquement possible qu’un gouverneur hyksos (Joseph) et ses frères aient structuré, dans le nord de la vallée du Nil, douze tribus rassemblant un vaste peuple qui s’est ensuite déplacé en Canaan.






