Or, absolument rien de ce qui est dit dans cette vidéo sur le disciple que Jésus aimait, qui serait un certain Jean, à Ephèse, n'est impossible à rattacher à l'apôtre Jean.
- Les évangiles canoniques, tous, sont des textes liturgiques et catéchétiques. Ceux qui les ont composés, collectés, n'allaient pas les écrire à la 1ère personne. Ils ont dû recourir à d'autres manières de faire : 3ème personne, formule détournée. "Le disciple que Jésus aimait" désigne un grade de disciple particulier, le disciple préféré, celui qui connaissait intimement l'enseignement du maître. Il y a à l'évidence un propriétaire à Jérusalem qui est déjà disciple. Mais la position du disciple que Jésus aimait à la Cène n'est pas celle de la place d'honneur. C'est différent : là, il s'agit d'une position d'intimité, de confiance très rapprochée. C'est cette proximité d'enseignement qui fait que Pierre doit demander à Jean de se renseigner auprès de Jésus, ce n'est pas une question de place d'honneur : Jésus n'a que faire avec les places d'honneur et les convenances de réception : il l'a montré à plusieurs reprises.
- C'est une vue de l'esprit de dire qu'on n'a commencé à assimiler l'évangéliste à l'apôtre qu'à partir du IIIe siècle. Au IIe siècle, Irénée écrit "Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l’Evangile, tandis qu’il séjournait à Éphèse". Il ne précise pas "Apôtre" comme il ne le précise pas non plus pour Mathieu ni Pierre. La personne qui écrit ou proclame et tait son identité peut le faire parce que tout le monde à l'époque la connaît. Parlant de l'Evangile, tout le monde connaît Jean.
- Saint Jude non plus dans son épître ne se nomme apôtre (ce n'est pas pour ça qu'il faudrait forcément douter qu'elle soit de l'apôtre Jude) et Paul se revendique apôtre parce qu'il doit défendre son autorité. L'apôtre n'est pas un titre honorifique. C'est une fonction, celle d'annoncer la Bonne Nouvelle aux populations qui l'ignorent et de fonder de nouvelles communautés, de les visiter pour s'assurer de leurs bonnes dispositions, et de former d'autres apôtres, évêques, prêtres. Les Douze n'ont pas forcément besoin de rappeler cette fonction. Le 4ème évangile ne parle pas d'apôtres. Il parle de disciples. Pour lui, tout élève de Jésus, quelle que soit sa dignité, est disciple. Jean a été disciple préféré, apôtre, presbytre, hiérus et donc portant le petalon (à l'époque, pour les premiers chrétiens d'orient, le sacerdoce chrétien est dans la parfaite continuité du sacerdoce juif) : c'est différentes fonctions qu'il a endossées, c'est la même personne.
- S'il fallait l'autorité d'un apôtre derrière un évangile, alors c'était dès le début : Ni Marc, ni Luc n'étaient des apôtres, ils étaient inconnus. C'est pour ça que la mémoire de leur proximité avec Pierre pour le premier et avec Paul pour le second s'est transmise. Rien de tel avec l'évangile de Jean. Le conférencier dit que l'autorité référente du presbytre Jean, c'était André et Philippe. On aurait alors appelé son évangile "évangile d'André", ou de Philippe.
- Rien n'empêche à Jean l'Apôtre de recevoir Marie pour mère, de partir (entre autres) à Ephèse, où il écrira son évangile sous la pression d'autres apôtres, d'être exilé à Patmos, de mourir très âgé sous Trajan.

