Bonjour Nicolas,
Je ne sais pas quel but vous poursuivez…
Si c’est de faire œuvre d’enseignement ou de pédagogie, ou pour vous "faire les dents" (encore que ce forum n'y soit pas à mon avis adapté, du moins pour/par cette manière) ne lisez pas la suite. Mais comme vous êtes entré tout d‘abord dans des considérations qui semblaient attendre un échange plus poussé entre connaisseurs, je me permets de vous interpeller et répondre car en dépit de toutes mes connaissances propres je ne sais pas qui est Dieu au regard de ce que vous exposez, mais je l’aime à en mourir, parce que la vie, il n’y a que cela de vrai.
.Vous écrivez :
nicolascroix a écrit : ↑dim. 25 mai 2025, 9:16
Dans le contexte de la Trinité, le principe d’économie implique que la distinction des trois Personnes divines (Père, Fils, Esprit Saint) doit être justifiée comme la manière la plus simple et cohérente d’exprimer la plénitude de la nature divine, sans introduire de multiplicité inutile.
Et c’est bien ce qui ressort en effet de la démarche d’un saint Thomas d’Aquin et d’une certaine théologie, qui considère en cela qu’il a bien répondu à une attente et que cela mérite d’être repris et reçu.
Mais… y a-t-il vraiment besoin de « justifier » (or il y aurait certes un besoin de comprendre, mais… qui peut s’exercer autrement et avec d’autres priorités) ainsi une Révélation quand on reconnaît par ailleurs que son contenu et en particulier celui dont ici il s’agit, nous dépasse ?
Le risque est d’en arriver à des querelles comme celle du filioque, qui auraient pu être évitées !
Ne risque-t-on pas au contraire de ce qui serait souhaitable, d’enfermer cette Révélation dans ce qu’on en comprend et de priver (même par des excommunications !) nos intelligences d’imaginer d’autres alternatives ou compréhensions – qui toutes ne rechercheront pas nécessairement la « justification » : je pense à la théologie apophatique, par exemple.
Vous écrivez encore, dans le droit fil de cette justification qui s’est aussi donné des règles comme celle d’économie :
nicolascroix a écrit : ↑dim. 25 mai 2025, 9:16
Une quatrième Personne serait superflue, car toutes les perfections divines (puissance, sagesse, amour) sont déjà pleinement réalisées dans les trois Personnes.
nicolascroix a écrit : ↑dim. 25 mai 2025, 9:16
Plus de trois : Une quatrième Personne ou plus serait redondante, car toutes les perfections divines sont déjà exprimées dans les relations de paternité, filiation et procession. Le principe d’économie exclut toute multiplication inutile.
Or sauf erreur de ma part cette seconde personne s’est incarnée en homme pour nous sauver, sans quoi nul n’aurait su imaginer ce que saint Thomas a imaginé. Comment pourra-t-elle alors éventuellement sauver (ou qui ?) d’autres de ses créatures vivantes ailleurs : s’y incarnera-t-elle aussi et comment, en quoi ? Est-ce que cette « théorie » vôtre ne revient pas à nier d’autres existences de créatures, ou leur liberté, aussi bien que celle d’une quatrième personne par une fausse raison, et sur quelles bases ?
Un chrétien devrait-il, ce qui lui faciliterait les choses, nier d’office la possibilité d’une existence d’extra-terrestres ?
L’Ancien Testament ne prévoyait en rien expressément 3 personnes, même s’il contient des signes d’une pluralité et même d’une Trinité – mais restée incompréhensible jusqu‘à l’incarnation et la parole de Jésus !
Ainsi, celui qui pour défendre la Trinité, se contentera de citer saint Luc et saint Jean, me paraît-il plus proche de la sagesse et de la vérité que celui qui citera Thomas comme exposant « la » vérité – ce que strictement vous me semblez éviter de peu, en ce que vous vous contenteriez d’exposer sa doctrine qui est une représentation admise et il y en a peu d’autres.
nicolascroix a écrit : ↑dim. 25 mai 2025, 9:16
Réponse : La Trinité n’introduit pas de complexité dans l’essence divine, qui reste absolument simple. Les distinctions sont relationnelles, pas substantielles. Les trois Personnes partagent la même essence, et leurs relations sont le moyen le plus économique d’exprimer la perfection divine.
Ici s’exprime une définition qui permet de « coller » à la réalité ou plus précisément et seulement à la justification donnée à cette réalité, mais cela n’a pas valeur de preuve, plutôt de franchir une épreuve que la démonstration s’était malgré tout donnée à soi-même ou sur laquelle elle avait dû faire une impasse, ce qui entre en contradiction avec la « simplicité » accordée.
nicolascroix a écrit : ↑dim. 25 mai 2025, 9:16
Réponse : Chez Thomas, tous les attributs divins (puissance, sagesse, amour) appartiennent à l’essence divine et donc aux trois Personnes. Les attributions spécifiques sont des appropriations : on attribue la puissance au Père, la sagesse au Fils et l’amour à l’Esprit par analogie, pour refléter leurs relations, mais chaque Personne possède tous les attributs.
Je dirai pour ma part que ces appropriations sont des conventions, et qu’elles montrent clairement que nous parlons de ce que nous ignorons en faisant semblant de le connaître et pour pouvoir en dire quelque chose. Ne ferions-nous pas mieux de nous taire ? Mais alors nous en aurions déjà trop dit… Et nous montrons ainsi n’en avoir dit de la vérité probablement qu’une partie et que le tout pourrait infirmer par d’autres considérations.
Par supputation, parler d’engendrement et de procession « perpétuelles » est une façon de botter en touche la difficulté qui vient de ce que les 3 personnes sont réputées éternelles. Car donner ainsi un sens à l’amour, une priorité de principe au Père, ce n’est pas le rendre « plus éternel » que les autres et par conséquent plus « origine » sachant que le vrai sens ne peut provenir que de celui qui le serait ; car par principe le Père est reconnu pour être ce qu’il est (en l’occurrence cette source ou origine) que par convention et pour maintenir l’unité des 3 personnes, et s’il y a quelque chose d’autre de vrai qui l’explique, personne n’a su l’expliquer ni le bien nommer puisque cette convention est reconnue pour manifester notre insuffisante compréhension et nous permettre d’affirmer quand même quelque chose qui ressemble à ce que disent les évangiles et en donne une explication - alors que c’est plutôt le contraire qui serait ou devrait être modestement revendiqué.
De même, dire que le Fils est le Verbe de Dieu, c’est dire une chose qu’on ne comprend pas car dans cet exemple dit ou fait pour les comprendre, nul ne saurait comprendre qu’une parole, un verbe puisse être une personne -et cela va encore plus loin quand il s’agit donc de procession - il est autant absurde de prétendre à la nécessité qu’elle provienne aussi du Fils, que de prétendre que non.
Jésus a dit être le Fils, il n’a jamais dit être le Verbe et l’expression de saint Jean qu’il serait dommage de restreindre, se prête aussi à bien d’autres sens et c’est pourquoi beaucoup préfèrent ne pas la traduire …
Ce qui est certain vu leur unité, c’est qu’aucune de ces personnes ne saurait être désengagée de la relation que les 2 autres ont entre elles, et ni plus ni moins que de celle qu’elle a avec chacune d’elles pour l’autre ! Donc les 2 thèses ont à la fois raison et tort, car le contraire est aussi vrai : aucune ne saurait s’introduire dans la relation que les 2 autres ont. Sans quoi ce serait les priver chacune de leur liberté ou détruire la démonstration en son départ !
La thèse de Palamas qui distingue l’essence et les énergies, qui permet de rendre au mystère (l’essence) ce qui lui appartient, et à l’amour dans notre relation avec Dieu, sa limite, ici ne résout rien : même si le Père serait le soleil (inaccessible) le Verbe sa chaleur et l’Esprit sa lumière (idée cette fois de Tertulien) : cela ne fait que déplacer le mystère ou le placer autrement.
L’image de la Rose (racine, tige, fleur), attribuée me semble-t-il à saint Irénée, a aussi ses défauts, et toutes ces tentatives butent toujours et pratiquement dès le début de la réflexion sur ce en quoi Dieu échappe totalement à ce que nous connaissons ou pouvons déduire de nos expériences et de la réalité, aucune pas même et surtout pas celle de Thomas ne nous permet d’aller très loin, sinon dans une abstraction plus décourageante qu’autre chose et que ce dernier prolonge et rend si complexe (un labyrinthe où l’on revient toujours au même point sans être plus avancé) qu’elle peut nous égarer et qui rend dommage d’avoir voulu essayer de déflorer le mystère tel qu’il est.
Il ne faudrait pas que ces théories deviennent garantes de notre foi, ou un passage obligé, et je crains qu’en d’autres temps un certain nombre d’âmes se soient perdues avec elles dans l’illusion, voire, quand il s’agit des conditions du salut, le mensonge en s’en servant de substitut intellectuel.
Nourrissent-elles le cœur ?
En conclusion, je poserai une question : l’ignorant présumé incroyant qui ne reconnaîtrait pas Dieu dans votre démonstration, au lieu d’être un imbécile ne pourrait-il pas bien être une personne dont l’expérience intérieure qu’il en a est plus juste que celle de beaucoup qui l’auront adoptée pour faire plaisir à l’Eglise, et son silence ou son incompréhension le signe d’une communion profonde avec leur Essence et dont il ne veut pas être séparée par quelque tentation de faire appel à la raison ?
Or ce en quoi la raison peut être utile pour « prouver » l’existence de Dieu relève d’autre chose et n’indique en rien qu’elle y soit indispensable… Ce n’est d’ailleurs pas un don du Saint-Esprit, mais l’intelligence, si.
L’humilité et les précautions que vous aviez d’abord déployées au début de ce fil me semblent davantage méritées sur ce nouveau sujet ici, qui à mon avis ne devrait pas être abordé sans apporter plusieurs éclairages différents, afin d’éviter un monopole scolastique et sclérosant.
En ce qui concerne l’IA, je la mets au défi de nous apporter autre chose que la révélation des conséquences de nos mémoires imparfaites, rien d’autre car ce qu’elles y ajoutent nous l’aurions ajouté sans elle et sans doute mieux.
Et concernant la question entre monothéisme et polythéisme, il me semble que le raisonnement simple de Xénophane de Colophon (- 570 av. J.-C., - 475 av. J.-C.) suffit largement et les vaut bien tous, outre l’attribut et la fonction de créateur : « Supposons qu’il y ait plusieurs dieux. Alors, chaque dieu est limité dans sa propre volonté par la volonté des autres dieux. En plus, si certains dieux surmontent les autres dans certains aspects ou si les autres cèdent aux premiers dans d’autres aspects, ils ne seront pas des dieux, car la divinité selon sa nature ne tolère pas d’être dominée. S’ils sont tous égaux, ils ne posséderont pas la nature divine, car un dieu doit avoir la supériorité sur tout le monde tandis que l’égalité reste inférieure à la supériorité. Par conséquent, Dieu est unique. »
Vous rendez-vous compte de l’aberration d’une idée comme la suivante qui frôle le blasphème en ne reconnaissant pas l’‘impuissance qui est la nôtre, bourrés d’idées que nous sommes :
nicolascroix a écrit : ↑dim. 25 mai 2025, 23:23
Ainsi, un monde des idées (peut être la cité céleste ou un monde de la grâce) pourrait très bien créer notre monde même s'il serait plus facile avec un Dieu tout puissant qui l'appuie.
La suivante bute sur une simple parole d’évangile, où Jésus met les enfants face aux savants qu’il aligne :
nicolascroix a écrit : ↑dim. 25 mai 2025, 23:23
Désolé, je suis d'un milieu athée bien que très croyant et mon but est de donner des clés pour l'évangélisation des athées les plus durs voir des philosophes donc il nous faut voir les contradictions comme le faisait Saint Thomas d'Aquin à son époque et avec la lumière de la foi !
Même si je peux comprendre la fascination intellectuelle qu’un nouveau croyant intello peut ressentir à certaines lectures, et le désir de se servir de l’instruction pour convertir : c’est une habitude prise à l’école que de croire que c’est un chemin d’évolution mais ce n’est pas vrai du monde spirituel, grand absent de l’école, qui a besoin d’autre chose.
nicolascroix a écrit : ↑dim. 25 mai 2025, 23:23
Comme je viens de discuter avec ChristianK : Dans l'univers, il y a beaucoup plus de choses qui existent (comme les humains, les animaux, les plantes) que de choses qui n'existent pas. Ces êtres ne sont pas parfaits, ils dépendent d'autres choses pour vivre. S'il y a tant d'êtres, même imparfaits, il est très probable qu'un être parfait existe aussi. Cet être parfait, unique, n'a besoin de rien d'autre et représente le sommet de tout ce qui est possible. Peut être cela peut servir en Apologétique et ça rejoint la 3eme voie de Saint Thomas d'Aquin.
Un tel raisonnement, plus simple, et le suivant de votre dernier post, me semble aussi plus juste, plus « authentique » et refléter une vraie réflexion personnelle, mais un simple regard sur la nature (ainsi que l’affirme le début de l’épître aux Romains) et la question philosophique la plus basique « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien», y conduit encore mieux.
Relisez ou lisez les prophètes et vous y trouverez maints argument très « vivants » et une « énergie », un élan vers Dieu, que ne donnent que rarement ces écrits ultérieurs bien plus savants et philosophiques.
nicolascroix a écrit : ↑dim. 25 mai 2025, 23:23
Mais c'est encore à réfléchir de mon côté cet aspect des preuves de l'existence de Dieu.
Dieu lui-même n’a pas besoin de preuves, pas même pour nous convertir. Il a besoin de la foi des croyants, et d’ouvrir un chemin qu’il est seul à pouvoir ouvrir là où il se fera sans difficulté reconnaître. Il a davantage besoin de notre bonne volonté, d’une bonne prédisposition au bien, à la vérité. De notre écoute.
Je dis cela sans vouloir vous décourager, d’autant que je ne connais ni votre personnalité ni votre histoire et je m'y inscris en porte à faux, je n’aurais pas deviné que vous veniez d’un milieu athée, mais plutôt le contraire, trop exposé aux recherches théologiques ardues, alors si elles vous passionnent, allez-y, creusez-les, elles vous serviront peut-être mais selon moi guère ou peu à « convertir », ce que vous semblez souhaiter vouloir faire.
Par expérience (pas que la mienne, celle de ceux que j’ai accompagné…), je dirai que la conversion passe davantage par les travaux pratiques dirigés que par les exposés magistraux, par le partage de ce qui nous tient à cœur et le soulève, que par les leçons de morale, par la rencontre et la relation d’amitié, l’humilité, que par l’autosatisfaction et les lumières que peuvent donner la connaissance, serait-elle théologique, et qui s‘éteignent aussi vite qu’elles arrivent.
Par l’Ecriture Sainte, plus que par les théologiens.
Désolé si j’ai été un peu long, mais c’est que j’envisage de me taire à nouveau longtemps…