Kerygme a écrit : ↑ven. 17 juil. 2026, 9:43
Je ne partage pas ce début de réflexion qui ne peut que dévier puisque le raisonnement de départ n'est pas exact et qu'il n'est pas dans la ligne de l'Église. Désolé mais je ne suis pas passé depuis quelques temps, et je n'ai pas encore lu la suite ; je peux donc être en décalage avec la discussion à ce jour.
Je ne peux que me plaindre et m’attrister de ce que vous écrivez là, diacre Kérygme ; à savoir que vous n’auriez pas lu la suite même du message ainsi commencé et auriez estimé que cette simple phrase suffisait pour mériter un tel jugement : « pas dans la ligne de l’Eglise ». Et cela sans même préciser que c’est du moins votre avis personnel.
Depuis vos premières contributions ici, il y a eu plusieurs posts avant le mien que vous nous laissez supposer avoir lus, ce qui demande du temps. Pourquoi n’avoir pas pris celui de lire en entier le mien avant de porter un jugement aussi sévère et sans avoir cherché à l’ajuster? Cela ne me semble pas trés respectueux, ni charitable. Même si de tempérament sanguin ou colérique, vou auriez eu une envie irrépressible de réagir, personne n’attendait à ce point votre réaction et vous pouviez vous donner le temps nécessaire pour l’élargir au moins à l’ensemble de mon post et gagner en pertinence, à moins que seul vous importait de donner votre propre avis tel qu’il vous est apparu et sans plus de discernement avisé et prudent.
Vous écrivez ensuite
Kerygme a écrit : ↑ven. 17 juil. 2026, 9:43
Les animaux sont crées avec leur instinct, et c'est justement car ils obéissent à ces instincts qu'ils sont en accord avec la Création de Dieu puisqu'ils agissent selon leur nature, selon ce pour quoi ils ont été créés.
L'homme lui a une intelligence et une volonté, à l'image de Dieu. Sa nature est d'être capable de Dieu, et mettre ses instincts dans un argumentaire est donc erroné car sa nature profonde est de ne pas tomber dans les instincts animaliers. Ainsi la reproduction est prolongement de l'acte divin en faisant de l'homme un pro-créateur, et non seulement un acte instinctif de survie de l'espèce.
La première chose qui m’interpelle, c’est que vous faites fi du sujet qui est celui de l’homosexualité (ce que vous aviez déjà fait dans votre premier post - car j’ai évité de faire ce que je vous reproche !).
La seconde, c’est ce que vous entendez par « mettre les instincts de l’homme dans un argumentaire ». Ces instincst constituant une indéniable réalité de fait, en quoi ne pourrions-nous pas utiliser leur existence pour argumenter ? Sans quoi l’argumentaire risquerait au contraire d’être « hors sol », et d’autre part cette existence étant bien voulue par Dieu, elle renvoie encore à Sa volonté.
Ici, vous me semblez mettre en opposition la loi naturelle, et la grâce. L’instinct de l’homme étant le sien, il est porteur d’une humanité que n’a pas l’animal et qui s’implique quand il lui donne droit, évidemment. Le reste de mon post me semblait contenir cette précision implicite, même si en effet, il a pu d‘abord vous engager à le prendre comme vous l’aviez spontanément perçu par le début de la suite où j’écrivais que « c’est nous qui avons associé l’amour à cet instinct », ce qui est une façon de les séparer – mais c’était pour répondre à Peter qui avait écrit
Sorti de ce contexte, il est possible de croire que je les séparais, mais en réalité c’est vous surtout qui le faitees et le faisiez déjà. Dans votre premier post que je rappelle ici par clarté :
Kerygme a écrit : ↑ven. 17 juil. 2026, 9:43
Dieu est amour » ne peut être réduit à l'éros, quand on dit que Dieu est amour on se réfère forcément à "Agapè"; et cela change tout.
Malheureusement en français, on va utiliser le même mot pour dire : j'aime Dieu ou j'aime le chocolat. Alors que dans le grec ancien il y a plusieurs mots qui définissent des formes graduelles d'amour :
· éros : l'amour passionné, sensuel et romantique
· storgē : l'amour familial, l'affection parentale.
· philia : l'amour platonique, l'amitié et la camaraderie.
· agapè : l'amour altruiste, divin, inconditionnel.
Dans Deus Caritas Est, le pape Benoît XVI explique que le terme
éros sert à indiquer un amour souvent qualifié de mondain, et qu’on l’associe volontiers à l’idée d’un amour “ascendant”. L’encyclique souligne aussi que, dans l’histoire religieuse et philosophique, éros peut être pensé comme un amour qui cherche son bonheur et sa possession (c’est pourquoi on le met parfois en contraste avec un amour plus “désintéressé”).
Le même texte indique que
agapè désigne l’amour “fondé et façonné par la foi” : un amour “descendant”, avec une dimension d’offrande (le texte parle aussi de l’opposition “oblatif”/sacrificiel). Autrement dit : l’amour agapè ne se contente pas du désir du bien chez l’autre ; il se donne, se tourne vers l’autre, et cherche son vrai bien jusque dans le don. Concrètement, quand l’amour devient agapè, il cesse d’être seulement “à la recherche de soi” et devient souci réel du bien de l’autre : il devient renoncement et peut aller jusqu’au sacrifice.
Parce que l’agapè rejoint le Christ de manière sacramentelle et communautaire, il n’est pas un amour “privé” : la communion attire “hors de soi” vers le Seigneur et vers l’unité avec tous. Benoît XVI relie explicitement l’agapè à l’Eucharistie : l’agapè de Dieu vient “corporellement” pour continuer son œuvre “en nous et par nous”.
C'est un comble pour une langue, qui se veut une langue de l'amour, d'être si pauvre en mots pour définir l'Amour.
Et qui peut s’interpréter dans le sens où vous metteriez en opposition Eros et Agape (eros représentant la pulsion et comprenant celle homosexuelle, vu le contexte !) alors que dans cette encyclique au contraire le pape Benoît cherche à les réunir !
Vous sous-entendez que l’agapè “change tout” au sens où elle remplacerait l’éros en l’opposant radicalement. Or il ne s’agit pas de faire deux amours incompatibles, mais de reconnaîtres que seul le rapprochement de l’éros et de l’agapè permet d’atteindre la vérité complète de l’amour humain. Il s’agit précisément d’éviter de mettre en opposition des dimensions de l’amour, qui se tient dans une seule réalité dont on obtient un caricature si on l’ampute d’une dimension essentielle.
Si Benoît XVI distingue “éros” (souvent “ascendant”, “possessif”) et “agapè” (don, sacrifice, “descendant”), il affirme aussi qu’ils ne peuvent pas être séparés complètement : l’éros véritable contient un élément d’agapè, et l’agapè véritable contient aussi un élément d’éros réceptif. Donc, si votre discours aboutit à : “agapè = bon, éros = mauvais/à rejeter”, alors il ne suit pas fidèlement la finalité de Deus caritas est (qui tend à éviter une antithèse caricaturale).
En outre, l’Église n’affirme pas que la limitation lexicale interdit la nuance doctrinale. Certaines langues n’ont pas de mot pour désigner directement l’amour, et elles s’en sortent souvent mieux que les autres pour en parler (c’est le principe même de la théologie apophatique transposé).Vous ne pouvez pas transformer une distinction de “langage” en opposition de “réalités”, comme si agapè devait “annuler” l’éros.
La distinction éros/agapè, chez Benoît XVI, sert d’abord à corriger une caricature : l’idée que le christianisme “détruit” l’amour humain parce qu’il serait hostile au désir. Benoît XVI répond que la séparation radicale des deux dimensions n’est pas la bonne grille.
Vous semblez vous dire : “puisque Dieu est agapè, l’autre dimension (éros) devient négligeable ou simplement suspecte”. Cet argument ne tient pas logiquement à l’intérieur même de la ligne de l’encyclique.
Par ailleurs vous « plaquez » là une théorie qui ne tranche pas, par elle-même, des points qui relèvent d’une autre couche de la théologie morale, concernant par exemple quel type d’amour une action concrète exprime (don de soi, ou appropriation, ou recherche utilitaire), ou comment la grâce guérit et ordonne les tendances sans annuler la vérité du bien humain et pourquoi l’Église juge certains actes incompatibles avec la charité authentique.
La doctrine catholique relie explicitement l’amour à une obéissance concrète (la charité “garde les commandements” et “fait demeurer” dans l’amour) et non à une vision théologique spéculative comme vous en proposez.
En bref : si votre distinction entre éros et agapè peut éclairer la structure de l’amour, elle ne remplace pas l’évaluation morale concrète que la charité exige en restant fondée et façonnée par la vérité du bien. L’usage que vous en faites laisse entendre que l’homosexuel seul sacrifierait l’agapé à l’eros (ou que ce serait péché aussi dans le mariage, à cela répondra le second point que je vais mettre en spoiler), ce qui serait faux et discriminatoire. Vous déplacez en outre le problème qui au lieu d’être celui d’une conformité à la volonté de Dieu devient une opposition surtout “directionnelle” (Dieu → individu) et vers une logique “intention → forme”.
Vous me direz que c’était en réponse à Peter, mais puisque vous n’en tenez pas compte dans votre lecture pour la rendre critique, pourquoi le devrions-nous quand nous vous lisons ?
Je suis bien d’accord et la suite de mon post l’indiquait clairement me semble–t-il, sur le fait que l’homme n’est pas réductible à un “instinct animal”, et que la sexualité humaine est ordonnée à des biens plus hauts que la simple reproduction biologique. A raison, vous avez voulu souligner que la différence sexuelle et la complémentarité sont orientées vers les biens du mariage et l’épanouissement de la famille, mais ai-je dit le contraire ? La sexualité n’est pas seulement un mécanisme, mais une réalité intime et personnelle, à ce titre même spirituelle – aspect sur lequel vous insistez. Et à l’opposé, la condamnation de l’homosexualité par le magistère n’est pas faite selon le principe que “l’instinct y est absent, donc c’est faux ».
Ici je me corrige moi-même, et j’ai regretté après coup beaucoup de maladresses dans mon post, mais me disais que je les corrigerai si... Or je ne m’attendais pas à une critique de la nature de la vôtre...
J’ai sans doute eu tort d’opposer instinct et concupiscence, ce qui était mon idée de départ par laquelle je croyais proposer une résolution à un problème resté latent dans l’échange du fil. Le Catéchisme ne présente pas l’acte homosexuel principalement comme “concupiscence de l’instinct”, mais comme désordre moral intrinsèque des actes, et comme appel à la chasteté. Il le formule ainsi : la tendance est “objectivement désordonnée” et constitue pour beaucoup une , épreuve; ils doivent être aidés à vivre la volonté de Dieu.
L’objection que me ferait cette ligne que vous invoquez de l’Eglise serait que si un langage comme le mien peut s’utiliser pour parler de la vie morale en général, l’argument perdrait en rigueur si l’axe central devenait “c’est concupiscence donc forcément mauvais”, plutôt que “l’acte ne correspond pas à la vérité de la sexualité ordonnée au bien de l’union conjugale”.
Mais elle a un corollaire : que ce soit dans l’homosexualité ou l’hétérosexualité, l’instinct et la concupiscence se mélangent alors, mais c’est oublier que l’offre de chasteté avec rapports sexuels est impossible pour l’homosexuel. Lequel peut vouloir élever des enfants, et ce qui prouve son « innocence » c’est qu’il devra pour cela souvent en adopter (car il sera incapable d’engrosser une femme !) L’homosexuel devrait renoncer à tout amour de forme conjugale (fidélité, assistance, etc.) car son eros à lui n’est pas compatible et comment y renoncer puisqu’il en est partie prenante ?
De fait l’Église motive surtout l’acte par la loi morale naturelle et par le fait que les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés - non par un diagnostic seulement fondé sur l’instinct. Autrement dit, s’il peut se dire que la finalité de l’acte conjugal n’est pas celle-là, affirmer que l’“instinct” ne joue pas, et en déduire que ce serait forcément “une singerie”, n’est pas correct vis à vis des homosexuels. Je n’aurais pas dû dire que dans l’acte homosexuel il n’y a “que” du simulacre et “aucun amour” car si nous jugeons moralement l’acte, nous ne devons pas en conclure que toute recherche affective serait pure imposture.
Peu importe la raison qui les a conduits à « en être » – je pense pour une femme qui se sentirait lesbienne (la remarque de Prodigal m’a paru fort pertinente) à si son père battait son épouse, et qu’elle a été violée étant adolescente par plusieurs hommes..., à un jeune homme ayant eu ne serait-ce que des fantasmes d’inceste avec sa mère, qui en aura refoulé une forte culpabilité et qui ne subira pas une castration œdipienne correcte à cause d’un père trop mou ou distrait, absent (adultère ?) etc. – il entre probablement dans leur dérive une part d’instinct naturel et c’est pourquoi ce n’est pas si simple.
Si votre propos fait et faisait appel à plus de théologie, il ne portait pas sur le sujet vraiment et restait comme ici de nature très spéculative, ne justifiant pas l’interdit moral concernant la sexualité. Je comprends donc parfaitement la remarque de Patate Douce, qui avait bien fait de rappeler auparavant dans quel contexte de souci pastoral nous devons nous tenir, même si ici le débat est plus en retrait et entre nous.
Or votre contestation rapide et que je ressens comme épidermique ici m’affligerait car en mettant de côté la sexualité elle ne fait pas cette distinction et vaut aussi pour les hétérosexuels : la condamnation que vous portez implicitement (agape contre Eros) se retrouve ici amplifiée, et votre position aurait de quoi désespérer et faire se sentir coupable une jeunesse qui ne parviendrait pas à contrôler ses pulsions et se masturberait, en lui faisant les tenir pour mauvaises (à moins qu’il se dise par un réflexe de survie que Dieu n’est pas en cause puisqu’il s’agit d’instinct, auquel cas elle se refusera à vous écouter puisque la grâce serait en opposition avec la réalité de son vécu).
Il est trop facile de dire seulement que l’homophilie n’est pas un péché en soi, cela ne règle pas la question pour eux mais les abandonne avec.
Sans doute que votre pensée n’allait pas jusque là, mais votre propos (tout comme le mien par d’autres lacunes...) si ! Votre évocation de l’amour trinitaire, l’usage du thème de la déification (theosis) peuvent certes inspirer, mais pas tout le monde et la loi naturelle doit suffire (ils n’ont pas valeur de preuve morale) pour convaincre, même s’il convient pour cela de faire appel à des principes normatifs, qui’ils soient philosophiques ou disciplinaires (Révélation).
D’un point de vue pastoral, et poussée par les médias, l’Église insiste désormais sur le respect de la dignité de la personne, le refus des discriminations injustes, et la nécessité de mettre en oeuvre un accompagnement pour aider à accepter et accomplir la volonté de Dieu. Ce qui est difficile quand il lui faut rappeler et défendre que l’inclination homosexuelle est “objectivement désordonnée” et que celui ou celle qui l’éprouve peut, de ce seul fait, se sentir discriminé : un hétérosexuel aura toujours le secours du mariage comme remède à la concupiscence, lui/elle non.
C’est un peu comme si votre vie dépendait d’un régime alimentaire, où l’on vous interdirait tout ce que vous aimez et vous autoriserait tout ce que vous détestez, sous peine de mort ! Comment ressentiriez-vous la chose ? ... Et les grands discours sur la grandeur du mariage ?
Certains ont reproché au pape François d’avoir « autorisé » le mariage gay, autrement dit de s’être montré favorable à un encadrement juridique et légal : ce qui évitera la tentation du viol (fort présente quand l’homosexualité était un délit) et offrira, à défaut de mieux proposer et pour éviter toute hypocrisie, « la voie du publicain ». Quant à savoir si un Pacs aurait pu y suffire, c’est une autre question purement civile et souvent traitée pour la symbolique... Or le Président qui en France présidait à l’époque, n’avait pas lui-même une grande idée du mariage, qu’il soit civique ou religieux
Un jeune élevé dans la vraie foi et qui s’apercevrait ado qu’il est homosexuel, s’il parvient à adopter le comportement et la vision que lui propose actuellement l’Eglise (qui a longtemps « ramé « et n’en a pas encore trouvée de véritable, c’est comme pour la question des divorcés sa pastorale est en évolution et n’a pas encore atteint sa pleine efficacité) aura fait preuve d’une résilience hors du commun et résolu une situation personnelle d’abandon par Dieu dont seuls certains grands saints se sont montrés capables. Et s’il perd la foi mais en garde la morale (en dehors de son homosexualité) tout en laissant tranquille l’Eglise et ses membres, il vaudra mieux que bien des cathos qui auront adopté au mieux contraception et bien d’autres compromis.
Aussi difficile que cela soit, nous ne devons pas faire de la nature un adversaire de Dieu et puisque vous êtes sorti du contexte de l’homosexualité et entendez prendre soin de la ligne de l’Eglise, je vous invite à relire les points 100 et 101 de Una caro, dernière parution du magistère traitant de l’unicité du mariage, et qui disent :
100. Dans le même ouvrage, Wojtyła élargit la réflexion sur la monogamie avec un développement original sur la finalité unitive de la sexualité, laquelle devient une expression et une maturation de cette donnée objective qu’est l’unité matrimoniale, propriété essentielle du mariage. C’est pourquoi il rejette avec force la thèse rigoriste qu’il considère comme propre aux visions “manichéennes” ou “ultra-spiritualistes”. Selon cette thèse, « le Créateur se sert de l’homme et de la femme, ainsi que de leurs rapports sexuels, pour assurer l’existence de l’espèce homo. Ainsi utilise-t-Il les personnes comme des moyens ». Dans ce seul contexte, avec cette mentalité, le plaisir sexuel deviendrait tolérable. Karol Wojtyła soutient au contraire qu’« il n’est pas incompatible avec la dignité objective des personnes que leur amour conjugal comporte une “jouissance” sexuelle. […] Il existe une joie conforme à la nature de la tendance sexuelle, et en même temps à la dignité des personnes ; dans le domaine étendu de l’amour entre l’homme et la femme, elle découle de l’action commune, de la compréhension mutuelle, et de l’accomplissement harmonieux des buts choisis ensemble. Cette joie, ce frui, peut provenir aussi bien du plaisir multiforme créé par la différence des sexes que de la volupté sexuelle que donnent les rapports conjugaux […], à condition que leur amour se développe à partir de l’impulsion sexuelle ».
101. Dans son effort pour éviter l’extrémisme rigoriste, qui exclut en définitive la finalité unitive de la sexualité dans le mariage, Wojtyła explique que l’autre peut être véritablement aimé en tant que personne et, en même temps, être pleinement désiré. « L’amour de concupiscence et celui de bienveillance diffèrent entre eux, mais pas au point de s’exclure l’un l’autre : une personne peut en désirer une autre comme un bien pour elle-même, mais elle peut en même temps lui désirer du bien indépendamment du fait qu’elle soit un bien pour elle » En reconnaissant l’intégralité de la personne et de ses besoins, il faut également admettre que l’amour réciproque requiert de nombreuses autres expressions, et pas seulement la sexualité : « Si, par contre, ce que les deux personnes apportent dans l’amour est uniquement, ou surtout, la concupiscence cherchant la jouissance et le plaisir, alors la réciprocité elle-même sera dépourvue des caractéristiques » qui offrent la stabilité au mariage (l’amour vertueux, la confiance, les dons désintéressés, etc.).
Je dois préciser que ce document aura commencé par rappeler que la vie maritale (former un couple homme/femme) est la manière normale de se sanctifier. Votre citation sur Mathieu oublie de préciser que cet appel de Jésus ne vise que certaines personnes et en réponse à une appréhension quant à la faisabilité dans la durée de cette « manière », défi qu’à présent les homosexuels se sentent prêts à relever – certes à leur manière. Ce verset ne dispense pas en effet du discernement sur la conformité concrète de la conduite à la volonté de Dieu (ce qui en effet dépasse une simple direction intentionnelle).
saint Thomas nous aura expliqué que certains éléments de la loi dite naturelle peuvent ne pas avoir la même force d’obligation selon qu’ils sont ou non “sanctionnés” par une loi divine ou humaine - ce qui suggère précisément que la loi divine clarifie et ordonne, au lieu de “contrarier” la nature de façon radicale.
Autrement dit : même si les inclinations comportent un désordre, la grâce ne “remplace” pas la nature ; elle élève et guérit pour conduire à la volonté de Dieu. Si pour une personne son homophilie est naturelle, il y aurait contradiction à dire que la seule façon de l’élever supposerait de la contrarier (à moins d’en sacrifier l’Eros). Et si elle n’est pas naturelle, alors il faudrait adopter le point de vue adopté par le pape François d’une cause d’ordre psychiatrique et qui a tant fait jasé (quand il y a délit, les tribunaux humains estiment qu’il n’y a plus responsabilité. Or les tribunaux ecclésiaux eux se mettent en grève en invoquant parfois le for interne...) Quoi d’autre ?
Ce que personellement je reproche à cette « psychiatrie », c’est de créer des statuts censés nous rassurer mais dans lesquels sont enfermés à vie les personnes, car la guérison n’est pas envisagée. Or si des personnes se découvrent tardivement homosexuelles, aprés parfois un mariage hétéro et avoir eu des enfants, pourquoi le chemin contraire ne serait-il pas possible ?
Vous dites encore :
Kerygme a écrit : ↑ven. 17 juil. 2026, 9:43
Au sens catholique l'amour homosexuel n'est pas remis en doute, mais il devrait être tourné vers la Charité, c'est à dire l'amour de Dieu en premier. Et si ce couple est chrétien, à vivre cet amour "selon Dieu" en unissant leurs difficultés à la Croix du Christ pour s'aimer chastement. Alors un amour homosexuel chaste est chemin de sainteté.
Mais si, cet amour est remis en cause puisqu’on le prive de son eros pour lui permettre d’exister !
Et si je trouve votre exemple ci-dessous quelque peu problèmatique :
Kerygme a écrit : ↑ven. 17 juil. 2026, 9:43
Vous allez trouver la comparaison osée, et c'est volontaire, mais un père peut battre ses enfants tout en les aimant. Si le fond ou l'intention sont là, la forme en est bien dévoyée. Est-ce de l'amour "selon Dieu" ou avec "Dieu au centre" ?
Ce n’est pas pour sa distinction entre l’intention et la forme, mais parce que l’enjeu de l’homosexualité se trouve bien dans le fait que si la personne passe à l’acte, ce n’est pas qu’elle sera battue mais elle ira en enfer (ne retirer son consentement que par principe et pour ne pas y aller, est-ce « valable » ‘en esprit et en vérité’ ?) Or la Bible (Proverbes) prône bien et à plusieurs reprises la pratique du châtiment corporel dans l’éducation des enfants. Ce qui leur évitera pire (Deutéronome 21, 18-21) et c’est pourquoi, ne nous voilons pas la face, l’Eglise l’a pratiquée par le passé et ne sait pas encore trop bien par quoi le remplacer.
Et tant que j’y suis, je vais indiquer en spoiler 2 autres articles de ce document qui me semblent fort intéressants, vu que je n’ai qu’à les recopier et qu’ils apportent un éclairage lumineux sur une question ayant suscité bien des débats au sein de la tradition récente, sur l’ordre à donner aux fins du mariage :
- [+] Texte masqué
-
43. Il convient maintenant de rappeler également la pensée théologique et pastorale de saint Alphonse-Marie de Liguori qui présente l’union et le don mutuel des époux de manière intégrale (y compris les relations sexuelles), comme des fins intrinsèques essentielles, tandis qu’il considère la procréation comme une fin intrinsèque, mais accidentelle. Il soutient donc que « l’on peut considérer trois fins dans le mariage : les fins intrinsèques essentielles, les fins intrinsèques accidentelles et les fins accidentelles extrinsèques. Les fins intrinsèques essentielles sont au nombre de deux : le don réciproque avec l’obligation de satisfaire le devoir [c’est-à-dire les rapports sexuels] et le lien indissoluble. Les fins intrinsèques accidentelles sont également au nombre de deux : la génération de la progéniture et le remède à la concupiscence ».
44. Saint Alphonse fait également référence à des fins extrinsèques, telles que le plaisir, la beauté et bien d’autres, qui sont licites. De cette manière, le saint Docteur de l’Église tente d’enrichir la vision du mariage afin de développer une approche pastorale qui aide les époux à vivre leur union d’une manière plus riche et plus stimulante. Il est permis de désirer le mariage également en raison de l’attirance particulière pour l’une de ces fins extrinsèques, car, à condition que les fins principales ne soient pas exclues, cela « n’est pas un désordre ».
J’aurais sans doute bien d’autres choses à dire et j’ai été fort décousu, mais cette polémique subrepticement soulevée (que je ne peux qualifier d’inutile, sans quoi je n’y aurais pas participé) et que je me suis efforcé de rehausser et pour ne pas me défausser, m’ennuie au plus haut point. Votre statut de diacre, tel que vous le présentez et vous en faites (à tort à mon avis) un scrupule, peut expliquer pas mal de choses.
Or j’aurais préféré que par exemple à la question soulevée ici par Peter (et il y en a pas mal de semblables à résoudre dans la situation présente, et j’ai apprécié la ténacité avec laquelle il a su maintenir sa question de fond)
peter a écrit : ↑sam. 27 juin 2026, 14:26
Une question de réflexion
L'Ancien Testament montre aussi que certaines réalités, comme la polygamie, ont été tolérées pendant un temps avant qu'une compréhension plus profonde du dessein de Dieu sur le mariage ne se développe.
Cela soulève une question théologique qui mérite réflexion :
Dans quelle mesure notre compréhension du mariage, de la sexualité et de certaines questions morales peut-elle encore être approfondie aujourd'hui, tout en demeurant fidèle à l'Évangile ?
Je ne prétends pas avoir la réponse. Je suis simplement en recherche et je trouve cette réflexion intéressante.
Aprés qu’il ait repris son propre et premier propos et pour réactualiser et recentrer sa question après plusieurs échanges et avant que vous n’interveniez... Or il y défend en quelque sorte un droit à la licence et la rend permise pour une fin supérieure : si tant soit peu que la conversation devait se poursuivre, cela méritait mieux que le silence !
et à laquelle j’ai répondu en lui proposant dans mon dernier paragraphe ma propre issue de secours car sa proposition est une des voies de sortie à laquelle il est possible et normal de penser (c’était le motif premier de mon intervention) mais qui se termine à mon sens en impasse - j’aurais souhaité que d’autres et pourquoi pas vous, y joignez votre propre façon d’en sortir au lieu de rester dans autre chose d’assez convenu et qui ne va pas au coeur du sujet..