La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

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Souricette
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La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par Souricette »

Voltaire est considéré en France comme une référence, comme le père indirect des Droits de l'homme, en quelque sorte. France, pays de tolérance, pays de Voltaire. Moi, je veux bien, et j'aime bien Voltaire pour son sens satirique, son humour, et certaines pensées et observations très justes. Mais je ne dirais pas qu'il est un modèle de tolérance.

Voici, par exemple ce qu'il écrit au sujet du peuple noir :
Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils doivent point cette différence à leur climat, c’est que des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu’une race bâtarde d’un noir et d’une blanche, ou d’un blanc et d’une noire.

(Essai sur les mœurs et l’Esprit des Nations)

Et, au sujet des Juifs :
C'est à regret que je parle des Juifs: cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre …

(Article «Tolérance» du Dictionnaire philosophique)
Si vous citez ces propos aujourd’hui, vous vous retrouvez derrière les barreaux. Mais si vous ajoutez qu'ils sont de Voltaire, vous serez sans doute acquittés !

Alors, bon, il faudrait tout de même que les Français réfléchissent un peu : se vanter d'être le pays de la tolérance et des Droits de l'Homme, et avoir pour référence Voltaire et ses propos racistes, Descartes et ses raisonnements à deux balles, la Marseillaise et son éloge du sang versé, de la haine et de la division (car les "ennemis" des Français dans cet hymne ne sont autres que des Français), ou encore la guillotine (à une époque où tout le monde s'offusque de l'existence de la peine de mort), bref, il y a tout de même un problème, vous ne trouvez pas ?
Dernière modification par Souricette le dim. 15 juin 2008, 9:41, modifié 1 fois.
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Christophe
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Re: Voltaire

Message non lu par Christophe »

Exact ! Tout ça, c'est la faute à Voltaire ! :-D

« Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire.
Le nez dans le ruisseau
C’est la faute à Rousseau
».
Victor Hugo, Les Misérables
« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
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Souricette
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Re: Voltaire

Message non lu par Souricette »

Ce cher Rousseau, qui donne des cours de pédagogie et qui abandonne ses enfants à l'Assistance publique. :-D Remarquez, c'est vrai que c'est un modèle pour notre époque : Faites ce que je dis, pas ce que je fais. :clown:

C'est comme la devise "Liberté, égalité, fraternité", devenue mot d'ordre. C'est très joli et plein de bons sentiments, mais enfin, elle pose plusieurs problèmes, selon moi :

1) Elle a été établie dans un contexte d'effusion de sang et de terreur, avec l'institutionnalisation de la guillotine, qui a servi comme moyen de peine de mort jusqu'à une époque très récente. Elle a été plantée comme un étendard sur un monceau de cadavres.

2) Elle n'est pas appliquée dans les faits, à part à quelques privilégiés. Il n'y a pas d'égalité devant la loi (par exemple, il faut avoir de l'argent pour payer un bon avocat). Il n'y a pas de fraternité mais un individualisme forcené. Et la liberté est toute relative.

3) Existe-t-il une égalité naturelle ? Naissons-nous tous humainement égaux (intelligence, caractère, force physique, santé) ? Devant Dieu, nous sommes tous égaux. Mais depuis la Révolution, nous nous situons au-dessus de Dieu. Sous prétexte de liberté, nous rejetons l'idée de Dieu. Si l'on rejette Dieu, toutes les inégalités naturelles ressortent.

Et l'ancienne aristocratie a été remplacée par une nouvelle aristocratie : finance internationale, monde du Show-bizz, classe politique, etc.

Alors, plus de deux cents ans après, quel bilan ?
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

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Oui bon Erasmes, qui est normalement saint Erasmes, il dit bien des Espagnoles que ce sont limite des sémites dégénérés...
je carricature, mais y a un passage un peu comme ça quand meme...
et puis pour la femme, petit animal suave :cool: :hypocrite:

bon est ce qu'on va cracher sur l'oeuvre entière d'Erasmes... en plus il est classé comme humaniste. Donc est ce qu'on va aussi faire le procès des humanistes, parceque on découvre que Erasmes avait un coté antisémite ?

Est ce qu'on va s'empecher de lire Céline si on aime la littérature parcequ'il était antisémite ? OU Jules Vernes qui a des passages bien bien bien antisémite.

Vous savez les gens meme formidables saints etc, ils ont pas toujours dis des choses "proprettes"
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

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en complément au message de Souricette :

Voltaire à propos des Africains :

L'esprit des Nations, de Voltaire (1756)
"Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils ne doivent point cette différence à leur climat, c'est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une noire."
(Tome 1, page 11)

"La même providence qui a produit l'éléphant, le rhinocéros et les Nègres, a fait naître dans un autre monde des orignaux, des condors, des animaux a qui on a cru longtemps le nombril sur le dos, et des hommes d'un caractère qui n'est pas le notre."

" Les blancs et les nègres, et les rouges, et les Lappons, et les Samoïèdes, et les Albinos, ne viennent certainement pas du même sol. La différence entre toutes ces espèces est aussi marquée qu'entre un lévrier et un barbet."
(Tome2, page 49)

Voltaire a placé sa fortune en association avec les armateurs nantais, dans les opérations de traite des esclaves. Dans la citation ci-après, il est plus sincère ; il défend ses intérêts.

" Nous n'achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l'acheteur. Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir."
(tome 8, page 187)

Montesquieu à propos des Africains :

chapitre V - Livre XV de « De l'esprit des lois »
- Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.

- Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez des nations policées, est d'une si grande conséquence.

- Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

- De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ? »
christelle
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par christelle »

excusez moi mais j'ai envie de relever un truc quand meme, christophe a fait de l'humour, et souricette elle a continuer dans son élan

aaah parlons en de ce salopio de rousseauuuuu ! loool

bon qu'est ce que je peux vous dire, le titre... je comprends pas le rapport du titre et Voltaire et Montesquieu. Sinon à part dire aaah les lumières c'était vraiment des ptis fachos...
oui certes... dans le mouvement des lumières, on pense en mettant de coté la religion. donc avec l'emergence de certaines sciences, qu'on réfléchit sans religion (mais les religions utilisent les sciences aussi hein...), donc oui y a eu un nouveau courant, de classification, oui dans les lumières y a des discours racistes et scientifiques. (pseudo scientifiques hein on s'entend, c'est pas sérieux, enfin Montesquieu était surement sérieux, mais c'est pas raisonnable ce qu'il écrit)

Et forcément Montesquieu et Voltaire ben il ont été influencé... et leurs propos sont racistes. .


En France on a des intelectuels racistes, intolérants, meme dans les lumières, les lumières, c'est pas la lumière. C'est pas obscurité hop lumière... C'est un courant qu'on n'a nommé comme ça... d'ailleurs je sais meme pas à quelle époque on a nommé cette période les lumières (chui sur c'est à une période bien anticléricale encore lol)... ce qui est sur c'est que dans les lumières, la lumière s'est parfois éteinte looool

Et puis les droits de l'homme, meme si la France c'est pas parfait, mais les droits de l'homme ce sont de bons principes ! Mais les droits de l'homme ça sort pas ex nihilo. C'est pas que les "lumières" uniquement qui ont fais les droits de l'homme.

En tout cas je préfère MOntesquieu à Chateaubriand comme lecture :p

Mais bon oui il faut montrer que y a des gros racistes dans les lumières, comme ça on le sait. Oui les lumières, c'est aussi l'apparition du racisme scientifique, et c'est mal !
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Souricette
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par Souricette »

christelle a écrit :Oui bon Erasmes, qui est normalement saint Erasmes, il dit bien des Espagnoles que ce sont limite des sémites dégénérés...
je carricature, mais y a un passage un peu comme ça quand meme...
et puis pour la femme, petit animal suave :cool: :hypocrite:

bon est ce qu'on va cracher sur l'oeuvre entière d'Erasmes... en plus il est classé comme humaniste. Donc est ce qu'on va aussi faire le procès des humanistes, parceque on découvre que Erasmes avait un coté antisémite ?

Est ce qu'on va s'empecher de lire Céline si on aime la littérature parcequ'il était antisémite ? OU Jules Vernes qui a des passages bien bien bien antisémite.

Vous savez les gens meme formidables saints etc, ils ont pas toujours dis des choses "proprettes"
Cela n'a rien à voir. Je ne crache absolument pas sur l'oeuvre de Voltaire et si vous lisez bien, vous verrez même que je l'apprécie (tandis que je trouve que Descartes est un piètre philosophe, bien qu'il soit un bon scientifique). Mais je relève une contradiction certaine : la France brandit Voltaire comme père des droits de l'homme et de la tolérance, alors qu'il n'était absolument pas tolérant. Cela fait partie des multiples contradictions françaises : on se gargarise de mots sans les creuser, d'auteurs sans les lire. Et il est évident que Voltaire aurait eu des problèmes avec la justice à notre époque ; ce qui montre bien qu'il y a comme un os dans l'idéologie ambiante.
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par Souricette »

christelle a écrit : Sinon à part dire aaah les lumières c'était vraiment des ptis fachos...
Pas plus fachos que d'autres. Cela signifie simplement qu'ils n'étaient ni plus ni moins éclairés que leurs pères et leurs descendants. L'électricité est d'ailleurs apparue plus tard. :-D

oui certes... dans le mouvement des lumières, on pense en mettant de coté la religion.
On se prend simplement pour... Dieu.
Et puis les droits de l'homme, meme si la France c'est pas parfait, mais les droits de l'homme ce sont de bons principes ! Mais les droits de l'homme ça sort pas ex nihilo. C'est pas que les "lumières" uniquement qui ont fais les droits de l'homme.
Oui, quand c'est appliqué. Or, ce n'est pas le cas, ou du moins pas plus qu'avant.

Quant à la question du racisme, il ne faut pas oublier de se mettre dans le contexte de l'époque : on ne côtoyait pas les Noirs comme on le fait maintenant. Si vous découvrez un extra-terrestre, il vous faudra peut-être du temps avant de réaliser qu'il est un homme (ou une femme) comme vous. Et si nous avons les moyens de les soumettre, je ne donne pas cher de leur sort, je vous l'assure. A moins que ce ne soient eux qui nous esclavagisent... Si tant est qu'ils existent...
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

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:incertain:
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par ximatt »

Relief a écrit :Rappelons que la colonisation et ses ignominies sont le fait des Lumières et de la République.
Il s'agirait de faire la part des choses. Entre autres la colonisation de l'Amérique et la traite des Africains n'ont pas attendu les lumieres ou la republique pour etre ignominieuses.
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par Souricette »

Et avant la traite des Noirs, l'esclavage existait déjà au sein du peuple africain.
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par christelle »

oui la démocratie athénienne, le citoyen pensait qu'il ne pouvait pas se passer des esclaves pour etre exercer sa citoyenneté...
on tourne en rond...

je crois que vous faites un procès un peu à la république, et aux philosophies athées.
On pourrait faire pareil pour toutes les époques.
Et puis les philosophies athées ont servis aussi à l'Eglise, je sais meme pas si c'est athé, mais plutot, se coupant radicalement de la théologie, meme si c'est pas si radicale que ça.

A toutes les périodes y a eu des drames humains, des idéologies excecrables. et oui "les lumières" a été une période qui a connu l'emergence d'un discours raciste et scientifique, maintenant aucune période est coupé à la cisaille, et les lumières ce n'est pas uniquement le discours athé et qui annonce la République.
C'est bien de le dire qu'il y a eu émergence de thèses racistes, mais faut pas tomber dans les faux procès.
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par Relief »

Et enfin n'oublions pas l'antisémitisme des Lumières, la Judéophobie des Modernes...



...on aurait préféré qu'on nous laisse dans l'obscurité !
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par Souricette »

christelle a écrit : Et puis les philosophies athées ont servis aussi à l'Eglise, je sais meme pas si c'est athé, mais plutot, se coupant radicalement de la théologie, meme si c'est pas si radicale que ça.
La plupart des philosophes de cette époque ne sont pas athées. Et Voltaire encore moins que les autres.
Dernière modification par Souricette le lun. 16 juin 2008, 19:11, modifié 1 fois.
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Re: La France, pays des droits de l'homme et de la tolérance ?

Message non lu par Serge BS »

Puisque Souricette a évoqué ce qu'écrivait Voltaire sur les noirs, ces quelques mots complémentaires...

En effet Voltaire s’est intéressé à ce que nous appelons aujourd’hui l’anthropologie... Farouche partisan de l'évolutionnisme, il allait surtout travailler sur les indiens du Canada. Néanmoins, ses recherches présentent le grave défaut d'avoir été réalisées non sur le terrain mais au travers de seuls témoignages écrits, plus ou moins véridiques. Pas d'observation directe sur le terrain, pas de témoignages émanant de scientifiques... Selon Voltaire, la diversité des cultures et des sociétés humaines serait la représentation d'une série de clichés, clichés représentant chacun l'une des différentes phases de l'évolution de l'homme, cette succession de clichés étant la preuve de l'évolution des sociétés. Donc, par introduction du facteur temps, le sauvage n'est plus le barbare. Cependant, cette théorie, séduisante au premier abord, surtout pour des hommes du XVIIIème siècle pétris des Lumières, n'avait ni base réelle, ni expérimentation sur le terrain. En condamnant des clichés, Voltaire ne reprenait que des clichés… Comme toujours…

Maintenant, quelques rappels pour néanmoins resituer les propos voltairiens... Car Voltaire fut un homme de son temps, pas forcément un novateur comme on le pense trop souvent...

Pour ne pas alourdir, je commence à la Renaissance...

Pour l’homme de la Renaissance, quel qui soit, le sauvage, l’homme de ces terres nouvellement découvertes, apparaît sous des traits contrastés et sous une image fausse ; il y a superposition de l’assimilation de ces populations à des animaux fabuleux et de l’idée du bon sauvage. On peut repenser ici à ce que l’on appelle aujourd’hui la querelle de Valladolid ! Ce bon sauvage serait en fait le reflet d’une époque primitive de l’humanité, celui de l’Âge d’or ; ce serait l’homme à l’état de nature, voire même d’avant le péché originel, bref un homme meilleur ! Mais cette image du bon sauvage, chère aux humanistes, est différente de celle qu’en a alors l’Église ; pour l’Église, qui néanmoins ne justifie jamais l'esclavage contrairement à ce que prétendent certains, le bon sauvage est en fait le sauvage converti, et ces sauvages seraient des hommes ayant mal évolué, même si ils ne sont pas perdus car ayant la possibilité de se convertir. En effet, pour l’Église d’alors, la seule base de référence est encore la tradition léguée par les Écritures saintes, et plus particulièrement en l’espèce l’interprétation des textes de l’Ancien Testament. C’est ainsi que se développe une idée de migration de peuples, des tribus juives ayant pu passer en Amérique du sud. Néanmoins, l’Église était divisée sur ce point, étant pour partie tenante d’une idée évolutionniste, pour partie tenante d’une attitude comparatiste.

Tout ceci (le mélange humanisme/Eglise) allait dans tous les cas aboutir à l’établissement d’une hiérarchie très stricte entre les peuples. Ainsi, plus il existe de différences entre les populations rencontrées et l’Occident, plus ces populations sont considérées comme ayant mal évolué, et donc comme décadentes. On distingue ainsi les proches de l’homme blanc et les autres. Néanmoins, il ne s’agit pas encore d’une théorie à proprement parler raciste puisque le sauvage n’est pas condamné à cette fatalité : il y a un échappatoire, celui lié à la perte de sa spécificité ethnique par la conversion au christianisme. Il y a donc condamnation, mais assortie d’une possibilité de conversion ! C’est ceci qui est à l’origine de beaucoup des syncrétismes sud-américains, c’est-à-dire de ces mélanges de christianisme et d’anciens cultes toujours vivants.

Dans tous les cas, ce dialogue avec et sur les sauvages fait qu’il y a à la Renaissance coexistence d’une multitude d’images du dit sauvage : le sauvage supérieur des philosophes, le sauvage moyen de l’Église, le sauvage inférieur, assimilé à un animal, du peuple. Toutes ces perceptions ont elles disparu totalement de nos jours ?

Le XVIIème siècle ne connaîtra qu’une simple accentuation de certains phénomènes. En effet, la multiplication des voyages et des explorations devait faire apparaître une diversité des cultures plus grande que celle prévue, ce qui allait avoir pour conséquence une nouvelle baisse de l'influence de l'Église en anthropologie, par annihilation de la théorie de la migration de tribus juives vers l'Amérique du sud. La diversité humaine sera désormais plus expliquée par des conditions matérielles que par des concepts historiques et/ou religieux; et c'est dans cet esprit nouveau qu'allaient émerger des théories nouvelles, telle celle des climats chère à Montesquieu. Sans en trouver les causes, on se met en fait en quête des raisons de la diversité humaine. Malgré tout, il n'y a pas de modification de la théorie du sauvage, si ce n'est que les hommes du XVIIIème siècle croiront de plus en plus en l'idée de sauvage comme état antérieur de l'homme civilisé. Ce sera la naissance de la théorie de l'évolutionnisme. Dans tous les cas, c'est à partir du XVIIIème siècle que l'on commencera véritablement à chercher à découvrir l'autre, même si la science ne sera pas toujours présente dans cette démarche.

On aura ainsi, dans cette recherche de l'autre, existence d'une période pré-scientifique qui s'étendra en gros du début du XVIIIème siècle à la moitié du XIXème siècle. Si il y a toujours une vision fausse de l'homme, cette vision ne débouchera cependant plus sur l'idée de dévaluation du « sauvage », l'idée dominante étant celle de l'évolution. Cette évolution serait due au climat et à l'environnement naturel, ou encore au temps - différents types d'individus se succédant avec le temps -, les deux facteurs étant parfois associés. L'idée centrale reste cependant que le sauvage n'est plus - ou du moins moins - dévalué, car selon ces théories nouvelles le sauvage ne sera plus un « sauvage » dans le temps; les occidentaux auraient été des sauvages dans le passé, la civilisation actuelle n'étant pas, en contrepartie, l'aboutissement de l'évolution humaine. Il y a donc avec le XVIIIème siècle émergence de l'idée de progrès de l'humanité, mais d'un progrès linéaire, finalement quasiment prédéterminé. La conclusion de cette vision est simple : il est inutile de chercher à convertir le « sauvage », sa condition étant liée à l'évolution. On remarquera que cette idée d'évolution est antérieure au transformisme de Lamarck et à l'évolution sélective de Darwin… Cette période pré-scientifique aura aussi été dominée par l'attrait de l'exotisme, avec par exemple la mode des chinoiseries...

C'est tout cela qui aura donné l'occasion à Voltaire, mais aussi à Rousseau de s'exprimer.
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