
Il est 10h22, ce 21 janvier 1993. Tandis que Jean-Pierre Darras commence à lire le testament écrit par le Roi le 25 décembre 1792, à l'autre bout du temps roule la tête de Louis XVI.
Mécanique, impitoyable, imbécile, la guillotine a fonctionné ; et, dans le ciel de neige qui caractérise ce 21 janvier 1793, s'élève alors l'exortation de l'abbé de Firmont : "Fils de Saint Louis, montez au ciel!".
Deux siècles plus tard, ce 21 janvier 1993, des milliers et des milliers de Français sont venus se recueillir, des bouquets de fleurs dans les mains.
Depuis le 21 janvier 1793, à 10h22, la tête de Louis XVI, le Roi martyr, n'arrête pas de rouler sur toutes les routes de France, sur toutes les avenues du monde, ensanglantant les provinces, les pays, les peuples.
Nées de ce régicide, les révolutions ne se comptent plus, qui embrasent ce monde. Ah, oui, "le bonheur est une idée neuve en Europe". Blasphème prophétique de Saint-Just, ce mot terrible recouvre de son linceul des millions et des millions de morts.
Il est 10h22. Pour combien de temps encore sera-t-il 10h22, place de la Concorde, anciennement place Louis XV? Au vrai, quand donc s'arrêtera la tuerie révolutionnaire?
J'étais place de la Concorde, ce 21 janvier 1993, et, à 10h22, j'ai demandé pardon. Au Roi, bien évidemment, dont je voudrais voir s'instruire le procés en béatification, aux victimes directes de la révolution, aux pauvres suppliciés des colonnes infernales, aux noyés de Nantes, à tous ces Vendéens anonymes ou illustres qui ont sauvé l'honneur de la foi et qui ont enseigné la foi de l'honneur ; puis, plus lointainement, à tous ceux qui, bâtisseurs de cathédrales ou chefs de guerres, saints admirables ou poètes délectables, on vu se briser net le grand élan d'un peuple le 21 janvier 1793, à 10h22.
Platon définissait le rythme comme un ordre dans un mouvement. Depuis ce 21 janvier 1793, à 10h22, seul subsiste le mouvement.
Détaché de son ordre naturel, le mouvement est devenu fou, se nommant tour à tour Staline et Hitler et Pol Pot. Voilà pourquoi, demandant pardon place de la Concorde et m'associant au Pater dit par l'abbé Chanut, j'ai compris que la Vendée, fourches dressées, resterait à jamais le coeur battant, le coeur sanglant, le coeur pantelant des grands génocides révolutionnaires.
Une idée neuve en Europe que le bonheur? Ah, sans nous plaindre jamais par respect pour le partyre du Roi, nous est-il permis de dénombrer les morts, les suppliciés, pauvres chairs en lambeaux qui, de Verdun à Saint-Pétersbourg, de Berlin à Phnom Penh, pour s'en tenir à ce XXème siècle atroce, ont rejoint, ombres parmi les ombres, ces Vendéens farouches qui refusaient de troquer la joie contre le bonheur.
Henry BONNIER







