Le disciple qui retire la paille de son oeil

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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etienne lorant
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Le disciple qui retire la paille de son oeil

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 6,43-49.

Et pourquoi m'appelez-vous en disant : 'Seigneur ! Seigneur !' et ne faites-vous pas ce que je dis ?
Tout homme qui vient à moi, qui écoute mes paroles et qui les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble.
Il ressemble à un homme qui bâtit une maison. Il a creusé très profond, et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l'inondation, le torrent s'est précipité sur cette maison, mais il n'a pas pu l'ébranler parce qu'elle était bien bâtie.
Mais celui qui a écouté sans mettre en pratique ressemble à l'homme qui a bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s'est précipité sur elle, et aussitôt elle s'est effondrée ; la destruction de cette maison a été complète. »
Jamais un bon arbre ne donne de mauvais fruits ; jamais non plus un arbre mauvais ne donne de bons fruits.
Chaque arbre se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
L'homme bon tire le bien du trésor de son coeur qui est bon ; et l'homme mauvais tire le mal de son coeur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c'est ce qui déborde du coeur.

J'avoue, j'ai procédé à une inversion: j'ai placé les versets 43 à 45 à la suite des versets 46 à 49. Je vous dis pourquoi: en découvrant le texte, je ne comprenais pas ce quel rapport il y avait entre la comparaison de l'arbre et des fruits de l'arbre avec le reste de l'enseignement de ce jour. Et puis, en achevant ma lecture, comme je me demandais comment j'allais faire le lien entre les deux parties du discours, cela m'est venu tout simplement, et tout simplement parce que de cette façon, tout devient clair et évident.

Il s'agit bien de la suite de l'Evangile d'hier, qui mettait en exergue la bonne formation du disciple. Le disciple qui veut bien servir son Maître creuse d'abord très profondément ses fondations dans le Christ, car tout comme le Christ s'est enfoui sous la chair, tout pécheur appelé par le Christ a devenir son disciple doit d'abord enfouir sa chair profondément dans le Christ. Dans le Christ crucifié et ressuscité. C'est pourquoi le Seigneur dit aussi: "Quiconque veut me suivre, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive". La première "opération" que subit le pécheur, avant de pouvoir devenir disciple, c'est de s'établir très profondément dans la reconnaissance de sa condition de pécheur, c'est-à-dire tel qu'il était lorsque le Seigneur est venu l'appeler - et tel qu'il demeure. Le disciple bien formé n'est rien d'autre que cela, c'est un pécheur à qui le Seigneur a donné la grâce de Le servir.

Quant au disciple mal formé, c'est le pécheur que le Seigneur a appelé, et qui a cru que tout est arrivé, que son salut a définitivement été garanti par son premier acte de foi. Ce disciple-là ne prend pas sa croix chaque jour, mais il oublie rapidement sa condition de pécheur, et a partir de là, il tombe dans l'orgueil - qui est un péché capital.

C'est bien un aveugle qui prétend conduire un autre aveugle; c'est un serviteur qui va juger et condamner les autres serviteurs - car il a oublié qu'il en est un lui-même; c'est bien l'homme qui dira "Untel a une poutre dans l'œil, il n'est pas des nôtres"... et c'est aussi celui qui, pareil à Judas l'Iscariote, lorsque l'épreuve viendra, ira vendre son maître pour sauver ce que sa tricherie lui a permis d'amasser.

Comme je cherche une conclusion à ce commentaire, je la trouve aussitôt en prenant l'Evangile de Mathieu, qui lui aussi parle de la maison bâtie sur le roc. En effet, qu'adviendra-t-il, à la fin, de ces disciples qui se sont pas enfouis dans le Christ ? Matthieu 7, 21, «Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas tous dans le royaume des cieux ; mais bien celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. En ce jour-là bien des gens me diront : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons prêché, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait bien des miracles ? Et cependant je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus. Retirez-vous de moi, mauvais ouvriers.
Car Judas, comme les onze autres disciples, avait reçu le pouvoir de chasser les démons et d'accomplir de nombreux miracles...

***

Je voudrais dire ici que j'ai subi hier un nouveau revers dans ma vie de foi. Je suis retombé durement sur le sol, et c'est pour me rendre compte, ce matin, que cette chute m'a sauvé d'une trop bonne image que j'étais en train de me donner à moi-même. Et c'est pourquoi je dois encore rendre grâce au Seigneur, oui rendre grâce pour la chute qui m'a épargné de devenir content de moi, de tomber dans la vanité, qui m'aurait conduit à tomber dans l'orgueil... Seigneur, aie pitié de moi !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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