Bonjour à tous,
Lorsque la bourse aura fait sa crise et le bon sens recouvré ses droits, les historiens analyseront les causes de ce tohu-bohu (merci Balade

) Comme celui des origines, il est porteur d’un nouveau monde. Nous verrons quelle en sera la géographie.
Je ne vais pas disculper les banquiers, opérateurs boursiers et autres gourous de la finance. Mais il peut être intéressant de considérer quelques faits que les médias passent sous silence.
Réglementation et titrisation
Depuis le 11 septembre et l’éclatement de la bulle internet, la Fed de Greenspan ne cesse de pomper des dollars dans le système. En même temps, des acteurs nouveaux, par exemple, les fonds souverains des pays exportateurs, engrangent des liquidités qu’ils doivent placer, tout comme les caisses de retraite, les compagnies d’assurances, etc. Autrefois, ces liquidités eussent trouvé le chemin des banques. Mais la réglementation, qu’on accuse pourtant d’être inexistante, a fixé des ratios précis entre le capital des banques et les dépôts qu’elles pouvaient porter dans leurs livres.
Ça tombait mal, car des emprunteurs étaient disposés à payer des intérêts grassouillets, par exemple pour acheter un logement. Pour satisfaire les détenteurs de liquidités, les banques ont alloué des crédits hypothécaires, puis les ont regroupés dans des sociétés offshore par paquets de quelques milliers à chaque fois, et ont refilé les titres de ces sociétés aux organismes prêteurs. La banque prend une com’ pour le service, l’emprunteur emménage dans la maison de ses rêves, le prêteur touche des intérêts. Et le régulateur constate que les ratios de capital qu’il a imposés sont respectés. Tout le monde, il est content. On a ainsi créé un marché des
subprimes.
Les hypothèques pourries
Habitant Londres depuis quelques années, je constate la profonde différence entre les pratiques bancaires anglo-américaines et européennes. La banque française suit le modèle économique du petit commerce : faible volume, mais coûts élevés avec pléthore de personnel, et prix fort demandé à la clientèle. Par exemple, pour accorder une hypothèque, le banquier va procéder à une véritable enquête pour s’assurer des revenus réels de l’emprunteur et va visiter lui-même le bien immobilier pour estimer sa valeur.
Aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, rien de tout cela, sauf pour les très grosses acquisitions. Le modèle économique est celui de l’hypermarché. Centre d’appels en Inde pour un premier contact, dossier sommaire à remplir, prêt accordé. C’est pas cher pour le client, et jusqu’à présent, ça rapportait gros. Pourquoi s’embarrasser de paperasses ? La banque intègre dans son modèle qu’il y aura des tricheurs, mais comme le marché immobilier ne cesse de monter, l’inévitable plus-value sur la revente du bien hypothéqué compensera le coulage.
Sauf qu’en voyant le marché immobilier s’envoler et les voisins s’enrichir, les tricheurs sont devenus plus nombreux que prévu. Ils ont inventé des colocs’ qui partageaient les frais, fourni des feuilles de paie "améliorées", etc., tout pour mettre un pied sur le
property ladder. On parle abondamment de l’immoralité du surendettement, mais il ne faut pas masquer la culpabilité des emprunteurs. Souvent de bonne foi. « Nous serons augmentés l’an prochain ; le bien immobilier qui ne cesse de prendre de la valeur est la plus sure épargne pour nos vieux jours. » Mais voilà, le marché a cessé de monter, la belle mécanique s’est enrayée.
La responsabilité des politiques
Un dernier point, et j’arrête là. On met en cause les jumeaux désormais célèbres, Fannie Mae & Freddie Mac. Ce sont des institutions semi publiques. Elles ont une responsabilité sociale. Les politiques les ont encouragées, et le mot est faible, à aider les pauvres et les minorités ethniques à accéder à la propriété au nom de l’intégration sociale. En même temps, les banques hypothécaires ont souhaité manifester publiquement leur soutien à cette politique sociale en ne rechignant pas sur les crédits accordés. C’est bon pour l’image. Sans risque, bien sûr, puisque ces banques privées recevaient une garantie des jumeaux. Hélas…
Toutes les responsabilités ne sont pas du même côté, et donc la solution n'est pas aussi claire que les politiciens la présentent.
J’ai fini mon sandwich. Retour au boulot.
Bonne réflexion à tous
Christian
Les hommes en général jugent plus d’après les apparences que d’après la réalité.
Tous ont des yeux pour voir, mais bien peu ont la capacité de juger au delà des apparences.
Nicolas Machiavel