Raistlin a écrit :Corso a écrit :Il semblerait que la révélation ésotérique précède et prépare la révélation exotérique.
Non, il semblerait que vous vouliez absolument mêler christianisme et ésotérisme et que cette obsession vous empêche de goûter à la vraie splendeur de la plus belle des religions.
D'autant plus qu'il n'y a pas de "révélation ésotérique". Mais plutôt dissimulation, étouffement, omerta, non-dit ésotériques. Et à chaque fois, c'est un crime qui est dissimulé.
Ces choses secrètes, qui, "comme il en a toujours été dès le commencement", sont faites "à l'abri des regards" et "d’une manière dont on ne peut parler", sont partout les mêmes, des crimes, des violences, que les hommes cachent parce qu'elles sont honteuses.
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Après ces immortels exploits, Romulus avait un jour, pour passer les troupes en revue, réuni l'assemblée dans la plaine près du marais de la Chèvre. Soudain, dans un grand fracas de coups de tonnerre, un orage éclata qui enveloppa le roi d'une nuée si épaisse que la foule ne le vit plus, et Romulus disparut à jamais de cette terre. 2. La frayeur des jeunes Romains ne s'apaisa que lorsqu'à ce ciel si perturbé succéda le calme d'une lumière sereine. Ils virent alors le trône vide. Quand les sénateurs, qui étaient installés auprès de Romulus, leur dirent qu'il avait été attiré dans les airs par la tourmente, ils voulurent bien les croire, mais, comme frappés par la peur d'être orphelins, ils se confinèrent assez longtemps dans un silence attristé. 3. Puis, quelques-uns et ensuite tous à la fois de s'écrier : "Salut à toi, Romulus, dieu né d'un dieu, roi et père de Rome !" Leurs prières réclamaient instamment son assistance : "Sois bienveillant et favorable, et protège toujours ta descendance !"
4. Il y en eut alors, je crois, quelques-uns pour dénoncer sous le manteau le fait que le roi aurait été mis en pièces par les mains des sénateurs. Cette autre version des faits s'est répandue aussi, mais de manière occulte. Quant à la première, elle fut popularisée par l'admiration pour Romulus et l'effroi qui régnait. 5. Il a suffi, dit-on, d' un seul homme avisé pour rendre crédible cette interprétation des faits. C'était Iulius Proculus.
Dans la ville inquiète, qui pleurait Romulus et s'en prenait aux sénateurs, ce personnage de poids engagea sa crédibilité en affirmant devant l'assemblée ce fait inouï : 6. "Romulus, - oui, Quirites ! -, le père de notre ville, aujourd'hui, au lever du jour, est tout à coup descendu du ciel pour venir à ma rencontre. Je ne revenais pas de ma stupéfaction et je suis resté cloué sur place, plein de respect. Je l'ai supplié alors de pouvoir le regarder en face et il m'a dit : 7. 'Va, annonce aux Romains la volonté des dieux : ma chère Rome doit être la capitale du monde. Qu'ils s'adonnent dès lors à l'art militaire et fassent savoir à leurs descendants qu'aucune puissance humaine ne résistera aux armes romaines.' À ces mots, il a disparu dans les airs". (Histoire Romaine de Tite Live - Livre I, chapitres 15-16)
Evidemment Romulus n'a pas été divinisé par un orage mais a été effectivement mis en pièces par les mains des sénateurs. Qu'est-ce qui fait que la version réaliste devient la "version occulte" ? Le mensonge. L'ésotérisme, ce n'est rien d'autre que le travail de Iulius Proculus, de cacher la vérité au peuple, de faire de la version réaliste une version occulte réservée au seuls initiés, c'est-à-dire à ceux qui détiennent le pouvoir. Cette vérité n'a rien de mystérieuse en elle-même, elle ne devient mystère que par l'effort de dissimulation des coupables. Elle n'a rien de spirituel, elle est au contraire tout ce qu'il y a de plus bassement humain.
Astérios étant mort sans enfants, on voulut refuser à Minos le royaume de Crète auquel il prétendait. Il fit donc croire qu'il avait reçu la royauté des dieux, et pour le prouver ajouta qu'il obtiendrait la réalisation de n'importe laquelle de ses prières. Et il fit un sacrifice à Poséidon en le priant de faire surgir des profondeurs un taureau qu'il promettait de lui sacrifier par la suite. Poséidon envoya un taureau d'une exceptionnelle beauté et Minos obtint la couronne; toutefois, ce dernier mit le taureau dans son cheptel, et en sacrifia un autre. Poséidon, irrité de ce qu'il ne le lui avait pas sacrifié, rendit le taureau sauvage, et fit naître en Pasiphaé, femme de Minos, une passion pour lui. Elle, amoureuse folle du taureau, trouve un complice en Dédale, un architecte qui avait été exilé d'Athènes pour un meurtre. Celui-ci construisit une vache de bois qu'il mit sur des roulettes, la prit et en creusa l'intérieur; puis il y ajouta la peau d'une vache qu'il venait de dépecer, et l'ayant placée dans une prairie où le taureau avait coutume de paître, il y fit entrer Pasiphaé. Le taureau arriva et s'accoupla avec elle comme si c'était une véritable vache; elle donna naissance à Astérios, qu'on appelle le Minotaure (en grec "le taureau de Minos"); il avait la tête d'un taureau et le reste du corps d'un homme. La naissance de cet enfant monstrueux n'effraya pas pour autant Minos, qui l'enferma dans une prison construite tout exprès dans son palais par Dédale, le "Labyrinthe".(D'après Apollodore, Bibliothèque, III, 1,3-4)
Bien sûr, les reines ne donnent pas naissance à des enfants à tête de taureau, mais peuvent commettre des adultères et donner naissance à des bâtards. Sans sa tête de taureau, on appellerait le Minotaure : le Bâtard de Minos. D'ailleurs dans Minotaure -Μι
νώταυρος il y a bâtard -
νόθο. L'ésotérisme n'a pas d'autre mystère que celui-ci. Et l'artisan de ce mensonge est un meurtrier en cavale, Dédale, qui intrigue à droite et à gauche, tramant l'adultère puis la dissimulation du bâtard, et finalement disgracié...
Quant aux mystères d'Eleusis, il n'y a qu'à lire l'hymne homérique à Déméter :
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nous subissons, quelque pénibles qu'ils soient, les présents des Dieux, car ceux-ci sont de beaucoup les plus puissants. (...)
Et elles arrivèrent bientôt aux demeures de Kéléos nourrisson de Zeus, et elles traversèrent le portique où leur mère vénérable était assise auprès de la porte de la salle bien construite, ayant au sein son petit enfant nouveau-né, et les jeunes filles coururent à elle.
Mais la Déesse franchit le seuil, et voici que sa tête atteignit la poutre du toit, et qu'elle emplit les portes d'une splendeur divine. Et la terreur respectueuse et l'admiration saisirent Métaneirè, et elle lui donna son siège et lui ordonna de s'asseoir. Mais Dèmètèr, dispensatrice des saisons et des présents splendides, ne voulut point s'asseoir sur le siège éclatant, et elle resta muette, baissant ses beaux yeux, jusqu'à ce que la sage Iambè eût approché pour elle un siège solide qu'elle recouvrit d'une peau blanche. (...)
Et, alors, Métaneirè à la belle ceinture lui dit :
- Salut, femme ! Je ne pense pas, en effet, que tu descendes de parents vils, et sans doute ils sont excellents, car la pudeur et la grâce brillent dans tes yeux, telles que dans ceux des Rois qui gardent la justice ; mais il nous faut subir les présents des Dieux, quelque pénibles qu'ils soient, car leur joug est sur notre cou. Maintenant, puisque tu es venue ici, tu auras les mêmes dons qui m'ont été faits. Nourris cet enfant engendré tardivement et inespéré. Les Dieux me l'ont donné, et il était très désiré par moi. Si tu le nourrissais, et qu'il pût atteindre à la puberté, toutes les femmes t'aimeraient, tant il ferait de présents à sa nourrice.
Et Dèmètèr à la belle couronne lui répondit :
- Et toi, femme, je te salue aussi ; que les Dieux te comblent de biens ! Je prendrai volontiers ton fils, comme tu me l'ordonnes, et je le nourrirai, et j'espère que, par les soins de sa nourrice, il sera préservé des incantations et des herbes magiques. Je connais, en effet, un remède très puissant à l'herbe magique, et je sais aussi un remède excellent aux incantations funestes.
Ayant ainsi parlé, elle prit l'enfant, de ses mains immortelles, sur son sein parfumé, et la mère fut joyeuse dans son coeur.
Et, ainsi, Dèmètèr nourrit dans les demeures le fils illustre du prudent Kéléos, Dèmophoôn, qu'avait enfanté Métaneirè à la belle ceinture ; et celui-ci grandit, semblable à un Dieu, sans manger de pain et sans être allaité. Et Dèmètèr l'oignait d'ambroisie, et, le portant sur son sein, elle soufflait doucement sur lui comme sur l'enfant d'un Dieu. La nuit, elle l'enveloppait de la force du feu tel qu'une torche, à l'insu de ses chers parents, et il semblait merveilleux à ceux-ci de le voir grandir avec tant de vigueur, ayant l'aspect d'un Dieu. Et la Déesse l'eût mis à l'abri de la vieillesse et rendu immortel sans l'imprudence de Métaneirè à la belle ceinture, qui, observant, une nuit, vit de sa chambre nuptiale parfumée. Et elle jeta un cri, frappant ses deux cuisses et craignant pour son fils. Et une grande faute troubla son esprit, et, se lamentant, elle dit ces paroles ailées :
- Mon enfant Dèmophoôn, l'Etrangère t'enveloppe d'un grand feu, et elle me prépare la douleur et les peines amères !
Elle parla ainsi en gémissant, et la noble Déesse l'entendit. Et Dèmètèr à la belle couronne, irritée contre elle, ayant retiré du feu, de ses mains immortelles, le cher fils que Métaneirè avait enfanté, inespéré, dans ses demeures, le déposa à terre loin d'elle, et, enflammée d'une très violente colère, elle dit à Métaneirè à la belle ceinture :
- Hommes ignorants et insensés ! impuissants à prévoir le bien ou le mal ! Tu as commis une grande faute par ta folie, car j'atteste, et ceci contraint les Dieux, j'atteste l'Eau inexorable de Styx ! J'aurais mis ton cher fils à l'abri de la vieillesse, et je l'aurais rendu immortel, et je l'aurais comblé d'honneurs sans fin. Mais voici qu'il ne lui est plus permis d'échapper à la mort et aux Kères terribles. Cependant, il sera toujours honoré, car il a été reçu sur mes genoux, et il a dormi dans mes bras. Mais, dans le cours des temps, après les années révolues, et après lui, les fils des Eleusiniens seront à jamais en guerre les uns contre les autres. Et moi, je suis Dèmètèr très honorée, joie et grande richesse pour les Immortels et les mortels. Mais allons ! Que tout le peuple me bâtisse un grand temple, et un autel dans ce temple, sous la haute muraille de la ville, sur le Kallikhoros et la colline élevée. Et, moi-même, je vous enseignerai mes Orgies, afin qu'à l'avenir vous me sacrifiiez selon le rite et que vous apaisiez mon esprit."
Le grand mystère ! Passer un nouveau-né au feu empêcherait les Eleusiniens d'être en guerre les uns contre les autres... sacrifier un enfant établirait la paix sociale... Dans le système totalitaire du paganisme antique, il n'y a que des mères pour empêcher parfois que leur enfant ne soit sacrifié ou demander la vérité sur leur sort.
Comme dans la première partie de cet hymne homérique à Déméter qui raconte le rapt de Perséphone :
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Et il l'enleva de force et la porta pleurante sur son char d'or. Et elle criait à haute voix, invoquant le Père Kroniôn, le très puissant et le très suprême ; mais aucun des Dieux immortels ni des hommes mortels n'entendit sa voix ni celles de ses compagnes aux mains pleines de belles fleurs.
Seule, la bienveillante fille de Persaios, Hékatè aux brillantes bandelettes, l'entendit du fond de son antre ; et le Roi Hèlios, l'illustre fils de Hypériôn, entendit aussi la Vierge invoquer le Père Kroniôn ; mais celui-ci était assis loin des Dieux, dans un temple aux nombreux suppliants, où il acceptait les beaux sacrifices des hommes mortels.
Et le frère de son père, l'Insatiable qui commande à beaucoup, l'illustre fils de Kronos, avec des chevaux immortels, enleva de force la jeune Vierge, par la volonté de Zeus. Et aussi longtemps que la Déesse vit la terre et l'Ouranos étoilé, et l'abîme de la mer poissonneuse, et la lumière de Hèlios, elle espéra voir encore sa mère vénérable et les tribus des Dieux éternels, et l'espérance charma sa grande âme, malgré sa douleur.
Et les cimes des montagnes et les profondeurs de la mer résonnaient de sa voix immortelle, et sa mère vénérable l'entendit. Et une âpre douleur entra dans son coeur, et elle arracha de ses mains les bandelettes de ses cheveux ambroisiens, et, jetant un voile bleu sur ses deux épaules, elle s'élança, telle qu'un oiseau, cherchant sur la terre et sur la mer.
Mais personne ne voulut lui dire la vérité, aucun d'entre les Dieux, ni d'entre les hommes, ni d'entre les oiseaux ; et aucun messager véridique ne vint vers elle. Et, pendant neuf jours, la vénérable Dèmètèr erra sur la terre, tenant en mains des torches ardentes, et, dans sa douleur, ne goûtant, ni à l'ambroisie, ni au doux nektar, et ne baignant point son corps. Mais quand la brillante Eôs revint pour la dixième fois, Hékatè, portant une lumière en main, la rencontra, et, lui donnant des nouvelles, lui dit :
- Vénérable Dèmètèr, qui dispenses les saisons et les beaux présents, qui d'entre les Dieux Ouraniens ou les hommes mortels a enlevé Perséphonè et affligé ton cher coeur ? En effet, j'ai entendu sa voix, mais je n'ai point vu de mes yeux qui l'enlevait. Je te dis promptement toute la vérité.
Ainsi parla Hékatè, et la fille de Rhéiè aux beaux cheveux ne lui répondit rien, mais, avec elle, elle s'élança en avant, tenant en main des torches ardentes. Et elles parvinrent auprès de Hèlios qui regarde les Dieux et les hommes, et elles s'arrêtèrent devant ses chevaux, et la très noble Déesse l'interrogea :
- Hèlios, honore-moi plus que toutes les Déesses, si jamais j'ai charmé ton coeur et ton âme par mes paroles ou par mes actions ! Honore aussi la fille que j'ai enfantée, douce fleur, illustre par sa beauté ! J'ai entendu sa voix retentissante à travers l'Aithèr sans fond, comme si on lui eût fait violence ; mais je ne l'ai point vue de mes yeux. Dis-moi la vérité, toi qui, de l'Aithèr sacré, découvres avec tes rayons toute la terre et la mer, dis-moi, cher enfant, lequel des Dieux ou des hommes mortels, si tu l'as vu, m'a enlevé ma fille, en mon absence, et par violence, et contre son gré.
Elle parla ainsi, et le Hypérionide lui répondit :
- Fille de Rhéiè aux beaux cheveux, Reine Dèmètèr, tu le sauras. Certes, je te vénère beaucoup et j'ai compassion de toi qui gémis sur ton enfant aux belles chevilles. Aucun des Immortels n'a fait cela, si ce n'est Zeus qui amasse les nuées. Il a donné ta fille pour épouse florissante à son frère Aidés, et celui-ci, l'ayant enlevée sur ses chevaux, malgré ses clameurs, l'a conduite sous les noires ténèbres. Cependant, Déesse, réprime ta douleur cruelle ; il ne convient pas que tu nourrisses une téméraire et vaine colère. Aidôneus, qui commande à beaucoup, n'est pas un gendre indigne de toi parmi les Immortels. Il est ton frère et du même sang ; et,quand tout fut divisé en trois parts,il reçut cet honneur en partage d'habiter avec les Morts et de leur commander. "
"Mais personne ne voulut lui dire la vérité"... personne ne voulut dire la vérité à la mère sur le sort de sa fille enlevé pour être envoyée chez Hadès, le roi des Enfers... personne n'a rien vu ni ne sait rien. C'est l'omerta totale, le silence, le secret ésotérique...
Déméter dans la première partie, puis Métaneirè dans la seconde, je peux même vous montrer leurs visages :
Qui entend les plaintes des victimes des sacrifiées sur l'autel de la paix sociale, de la réconciliation nationale et de l'unanimité retrouvée ? Leurs mères parfois... et le Saint Esprit, le Parakleitos, l'avocat de la défense que Job invoquait : "je connais mon Défenseur". Déméter, Métaneirè, Clytemnestre, les voix des mères qui n'admettent pas le sacrifice de leur enfant.
L'ésotérisme, c'est le mensonge du monde au sujet de sa propre tranquilité : les Eleusiniens ne se sont pas fait toujours la guerre entre eux, parce qu'ils ont bien obéi à la déesse. "Que
tout le peuple me bâtisse un grand temple, et un autel dans ce temple, sous la haute muraille de la ville, sur le Kallikhoros et la colline élevée. Et, moi-même, je vous enseignerai mes Orgies, afin qu'à l'avenir
vous me sacrifiiez selon le rite et que
vous apaisiez mon esprit"... ils ont rendu immortels des nouveaux-nés, selon le rite, en les enduisant d'huile et en les "enveloppant d'un grand feu", puisque c'est cela même que la mère de l'enfant a voulu empêcher et qui a mis la déesse en colère. Et grâce à cela, "tout le peuple" a pu vivre tranquille sans se faire toujours la guerre les uns aux autres.
C'est cela l'ésotérisme : le mensonge sur la saloperie humaine qui arrange tout le monde. Le silence sur l'assassinat politique de Romulus, sur le bâtard de Pasiphaé, sur la mort de Perséphone, sur la "manière" dont on sacrifie à Zeus sur l'autel du mont Lycée, sur la noyade dans le lac du char de Nerthus, sur les traces laissées dans la vallée du Tophèt, sur le sort de tous les "ennemis du peuple", soviétique ou autre... "comme il en a toujours été dès le commencement"...