Le Livre de Job

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Christophe
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Re: Le Livre de Job

Message non lu par Christophe »

Salut Etrigan
Etrigan a écrit :Je me suis mal exprimé : je contestais le choix de personne qui est un décalque du latin persona utilisé par le concile en soulignant le fait qu'en Français, l'utilisation de "personne" sonne ambigüe
Et bien, remplacez le latin persona par le grec hypostase si cela rend les choses plus claires pour vous.
Mais imaginer que Dieu est un homme... l'Eglise professe cela ? Je serais curieux de lire le développement complet, si vous pouvez me l'envoyer. Car je ne vois pas comment on peut affirmer une telle chose.
Mais personne n'a dit que Dieu était humain ou anthropomorphe ! :incertain:
L'Église dit que l'être humain est une personne, c'est-à-dire une image du Dieu personnel, une imago Dei.

Qui dit personne, dit personnalité. Aujourd'hui, le sens du mot "personne" a effectivement évolué, il s'est sécularisé et est devenu profane. Aujourd'hui, lorsque l'on écrit "personne", on entend "être humain". Mais ce n'est pas le cas à l'origine... Je vous renvoie par exemple à cette étude sur l'histoire du concept de personne.
Voici la définition de Boèce, demeurée classique pendant tout le Moyen Âge: Persona proprie dicitur naturae rationalis individua substantia (substance individuelle de nature raisonnable). C'est dans ce sens classique que nous professons un seul Dieu en trois personnes...

Que Dieu vous garde.
Christophe
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Etrigan
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Re: Le Livre de Job

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Merci pour la référence : ça m'intéresse ^^
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Re: Le Livre de Job

Message non lu par Mac »

Effectivement Charles, je suis d'accord avec le fait que nous pouvons transposer l'histoire de Saint Job à niveau plus universel. Ça fait longtemps que j'ai lu Saint Job donc je me suis limité dans mon analyse en essayant d'être synthétique et ne me suis fondé que sur le petit passage de André.
Je suis assez d'accord avec votre conclusion, néanmoins sachez que vous n'êtes pas seul face au monde. C'est le monde qui est seul face au Christ.

tout mon amitié!
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Re: Le Livre de Job

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Excellente lecture griradienne de Charles.

Pour prolonger et développer ce que j'ai déjà écrit, voici ce que j'en disais sur mon blog :

Le livre de Job m’a paru complexe à lire et à comprendre. De prime abord, il s’agit d’un texte choquant puisqu’on y voit le Satan se rendant au conseil angélique et demandant à Dieu de bien vouloir lui permettre de faire souffrir son fidèle serviteur Job. Il faut comprendre que Satan n’est pas une personne dans l’angéologie juive mais une fonction occupée successivement par différents Anges. Un peu comme le contrôleur des impôts qui vous fait si peur mais qui ne se résume pas à son travail. Cela aura son importance dans la suite de la démonstration.

De part l’action du Satan, Job perd tout et finit la peau plein de croûtes sur un tas de fumier (ce qui s’appelle « être dans la merde » : à entendre à tous les niveaux !) entouré de trois amis venus lui rendre visite après l’annonce de son malheur.

Mais les deux premiers amis ne sont pas là pour lui remonter le moral mais pour le retenir de se plaindre. C’est que Job est un juste qui n’a jamais fauté. Il ne comprend pas pourquoi Dieu s’acharne à ce point sur lui et il proteste, revendique et conteste pour parler comme le chanteur. Et ses deux compagnons tentent de le raisonner en lui assurant que Dieu est parfait et punit toujours le coupable. Façon de lui faire comprendre qu’il doit forcément l’être – coupable – et qu’il ne reçoit que la monnaie de sa pièce.

Mais le troisième compagnon sera le plus retors. Sorte de grand inquisiteur, il prend parole contre Job de manière explicite et entame une apologie de Dieu assez remarquable. C’est le moment où le très Saint, béni soit-il, fait entendre sa voix et reprend puis prolonge l’apologie de sa gloire. Véritable explosion de puissance, son discours laisse Job quasiment sans voix et ce dernier rend les armes et admet qu’il n’a pas le droit d’invectiver Dieu de la sorte.

Mais voilà, se produit alors quelque chose d’intéressant. Dieu n’en veut finalement pas à Job, mais plutôt à ses compagnons : s’il les épargne, c’est uniquement car ils sont amis de Job. Car, en vérité, les trois compagnons ont irrité Dieu dans leur façon de parler de Lui et seul Job a trouvé les mots juste à son goût. Stupeur : comment et pourquoi celui qui proteste contre Dieu serait le bon croyant, alors que les trois théologiens qui n’ont pourtant fait que glorifier Dieu seraient des traîtres ?

Sans doute parce que ces derniers n’ont même pas pensés à faire preuve de compassion avec Job et se sont permis de parler de Dieu comme s’ils le connaissaient. Or, sans compassion, sans amour de son prochain, Dieu reste une abstraction. De plus, leur insistance tendait à souligner que Job était coupable de quelque chose : forcément, puisque Dieu soutient toujours le juste et frappe le méchant. Un véritable procès politique !

Mais la vérité est tout autre : la présence du Satan au conseil angélique démontre que le Mal est condition de la création : qu’il se révèle présent malgré tout – et le fait qu’il s’agisse d’un métier (du point de vue Juif, car Jésus fait de Satan un personnage à part). L’idée que Dieu sursoit donc aux affaires humaines est fausse : le juste peut tomber et le méchant se glorifier. Par contre, l’Homme en souffrance qui en appelle à Dieu, comme Job, peut faire basculer les choses : Dieu peut venir le soutenir si sa Foi est réelle. L’Homme peut invectiver Dieu et lui demander réparation : Job annonce en cela la figure du Christ ; ce n’est pas l’holocauste mais le cœur brisé qu’aime Dieu, dit un Psaume.

En substance, on pourra donc dire que celui qui croit connaître Dieu à tout intérêt à modérer ses propos et à se faire attentif de son frère : c’est ainsi qu’il en parlera le mieux. Quant à celui qui souffre, étant le reflet du Christ, il est déjà une supplique à Dieu : ce n’est pas sur la Terre que les soldes sont comptés, mais dans le Royaume des Cieux. Il n’empêche que Dieu peut décider de se déplacer et ceci pour apaiser.
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Re: Le Livre de Job

Message non lu par Mac »

Excellente Synthèse Etrigan. J'ai bien apprécié!
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Re: Le Livre de Job

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Bonjour,

A mon tour, je vous propose la vision de deux commentateurs sur le livre de Job :

Job
La discipline et son fruit
Livre important en ce qu'il traite de la question de la souffrance permise par Dieu, mais infligée par Satan, envers un homme juste («parfait, droit, craignant Dieu et se retirant du mal») : pourquoi cela arrive-t-il ? Les amis de Job sont incapables de trouver la solution de ce mystère (ch. 4-32). Dieu donne la solution et amène Job à saisir son ignorance et sa petitesse infime devant Dieu (fin ch. 39) et à se juger lui-même et à se repentir (ch. 42:1-6), le propos de Dieu au travers de l'épreuve s'achevant par une bénédiction surabondante.


Le livre de Job nous montre l’homme mis à l’épreuve. Pourra-t-il, lui, l’homme renouvelé par la grâce, l’homme juste et intègre dans ses voies, posséder en lui-même la justice, et se maintenir devant Dieu en présence de la puissance du mal? Telle est la question posée par ce livre. On y voit encore les voies de Dieu pour sonder les coeurs et leur donner la connaissance de leur véritable état devant Lui. Ce sujet nous est présenté en dehors de toute économie, de toute révélation particulière de la part de Dieu. Job est un homme pieux, comme pouvait l’être un descendant de Noé qui n’avait pas perdu la connaissance du vrai Dieu, à une époque où le péché se propageait de nouveau dans le monde, et où l’idolâtrie commençait à s’établir, bien que le juge fût prêt à la punir. On voit aussi en Job un coeur qui, tout en étant rebelle à Dieu, compte sur Lui, un coeur qui se tourne vers Dieu qu’il ne trouve pas, un coeur qui, parce qu’il connaît Dieu, tout en étant insoumis, réclame pour Lui des qualités que les froids raisonnements de ses amis ne savent pas Lui attribuer; et toutefois il se complaît dans son intégrité et s’en fait un vêtement de propre justice qui lui cache Dieu et qui cache Job à lui-même. Élihu lui reproche ces choses, tout en lui expliquant les voies de Dieu. Enfin Dieu se révèle à Job et son coeur est brisé; puis Dieu le guérit et le comble, en paix, de bénédictions. Ce livre fournit encore un tableau des voies de Dieu à l’égard des Juifs, et aussi l’enseignement de l’Esprit sur le rôle de Satan dans les voies et le gouvernement de Dieu sur la terre.


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Re: Le Livre de Job

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En vous lisant, je me demande si Dieu n'a pas besoin de Job, de figures christiques, pour se manifester dans le monde et s'imposer en Dieu de gloire. Il faut que Job en passe par ses épreuves et souffrances pour que le monde soit ressuscité, réinvestit de l'énergie divine...
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Re: Le Livre de Job

Message non lu par Invité »

Le 1,11 Mais veuille étendre la main et touche à tout ce qu'il possède. Je parie qu'il te maudira en face
et 2,5 mais veuille étendre ta main, touche à ses os et à sa chair. Je parie qu'il te maudira en face.

Voici la question posée par le livre de Job. Est-ce que le mal, la souffrance physique, morale conduit à maudire Dieu.
La réponse qui est donnée dans les dialogues et dans l'attitude de Job.
Dieu peut être atteint par le mal et la souffrance de l'homme car sa faveur ou sa punition s'exprime par le bonheur ou le malheur.
Mais ce n'est pas suffisant. Car Dieu n'est pas au niveau de l'humain. Il est créateur et sauveur. Le malheur et la souffrance ne suppriment pas l'acte de foi au contraire.
Je crois que au delà du mal, de la souffrance et de la mort que mon rédempteur et vivant et que je le verrai face à face non par ma seule force mais parce que Lui est créateur, source de vie et que ce qu'il fait de bien dépasse et de loin le mal la souffrance et la mort.
Voila pourquoi Job n'est pas seulement rétabli dans ses biens et en famille mais avec prodigieusement plus 42,10
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Re: Le Livre de Job

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Ce que vous écrivez, Charles, est passionnant. Mais concernant votre récente lecture de Job, qu'en déduisez-vous ? Vous avez raison de souligner que Dieu laisse mourir femmes et enfants. Pourquoi ? Que faut-il en conclure ?

Sinon, pour l'histoire d'Akân, vous démontrez, contrairement à ce qu'affirme René Girard, que la Bible n'est donc pas toujours du côté de la victime...
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Re: Le Livre de Job

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Etrigan a écrit :concernant votre récente lecture de Job, qu'en déduisez-vous ?
Qu'il y a une unité étroite entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Que c'est la même révélation qui se déploie de la Genèse à l'Apocalypse, une révélation divine et christique.
Etrigan a écrit :Vous avez raison de souligner que Dieu laisse mourir femmes et enfants. Pourquoi ? Que faut-il en conclure ?
Il y a dans ce livre un combat entre deux interprétations du monde, celle des pseudo-sages contre celle de Job et de Dieu. Tous les événements décrits dans le livre sont d'une banalité affligeante, mais deux interprétations s'opposent à leur sujet. Il y a un ordre du malheur que prétendent discerner les pseudo-sages mais qui n'est que ténèbres, leur "quel est l'innocent qui a péri ?" et leur "il les abat et on les piétine" sont de cette interprétation mensongère, relèvent de l'ordre et de la théorie sataniques du monde. Et il y a une autre interprétation, un autre regard sur ces mêmes événements qui est par contre d'une lucidité implacable, celui de Job avec par exemple "vous seriez capable de tirer au sort un orphelin". La théorie du monde des pseudo-sages est un mensonge, Job démonte leur système, il est le grain de sable qui en bloque l'engrenage, remettant en cause toute la mécanique. On lui dit "quel mal te pousse à te défendre ?", ce qui est quand même phénoménal ! Pourquoi ne te laisses-tu pas faire ? Qui est Job pour prétendre juger le monde ? Car en refusant de porter la faute, c'est bien ce qu'il fait, soit Job est coupable et ses persécuteurs sont innocents, soit il est innocent et ce sont eux qui sont coupables. Et ce sont eux les coupables, d'idolâtrie puis de haine. Ils l'ont d'abord attendu comme la pluie et ensuite ils ont voulu l'écorcher vif.

Donc, des événements relativement communs, qui sont ceux de la vie et de l'histoire avec leurs péripéties, et deux regards différents sur eux.
Etrigan a écrit :Sinon, pour l'histoire d'Akân, vous démontrez, contrairement à ce qu'affirme René Girard, que la Bible n'est donc pas toujours du côté de la victime...
Ce n'est pas exactement ce que dit Girard qui comprend la Bible dans le sens catholique d'une histoire, d'un temps pédagogique, où Dieu prend les hommes tels qu'ils sont et les éduque avec patience, sur des siècles. Il conçoit bien sûr une évolution de la mentalité du peuple de Dieu qui n'est pas sans résistances (le "peuple à la nuque raide") ni retours en arrière, mais c'est globalement que le sens de cette histoire est manifeste et donc il inclut dans son interprétation la possibilité de passages témoignant de ces résistances et reculs. Qu'on voit d'ailleurs jusque dans les Evangiles avec souvent l'incompréhension des apôtres, voire leurs bourdes du genre "qui est le premier d'entre nous?"... Ce qui n'est pas grave, parce que les revirements ponctuels, les défaillances humaines, mettent en évidence la constance du sens de cette révélation qui s'étend sur des siècles et qui est divine.

Akân avait-il volé le manteau et l'argent ? Peut-être... Peut-être aussi que Josué a agi selon la "raison d'Etat" et que ses serviteurs avaient avec eux les objets "volés" prêts à les dissimuler dans la tente de celui sur qui tomberait le sort... C'est une manipulation et une accusation qu'on retrouve dans l'histoire de Joseph, dans différents mythes de différentes cultures, jusqu'aux affaires récentes des "Irlandais de Vincennes" et autres... Il y a aussi des "coupables" qu'on laisserait tranquilles autrement mais dont on s'occupe particulièrement en temps de crise pour apaiser le peuple, et c'est moins la justice qu'on rend que la rage du peuple qu'on passe sur eux. Parfois, la "raison d'Etat" demande de trouver un coupable, ou à défaut d'en fabriquer un, parfois elle en garde en réserve au cas où... L'essentiel ici, étant d'avoir quelqu'un à détruire.
Dernière modification par Charles le lun. 16 févr. 2009, 23:31, modifié 5 fois.
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Re: Le Livre de Job

Message non lu par Etrigan »

Bien d'accord avec vous sur tout. Merci pour ces pénétrantes réflexions qui me font honte de moi-même et de l'orgueil que je conçois en me croyant bon lecteur de la Bible.
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Re: Le Livre de Job

Message non lu par Charles »

Etrigan,

merci mais ce ne sont rien d'autre que des tentatives d'interprétation. :oh:

Au sujet des "prétextes" et de l'instrumentalisation de Dieu à des fins humaines, il y a encore des choses étranges du côté de Josué, avec l'affaire de l'autel construit par Ruben, Gad et Manassé. C'est au chapitre 22 du livre.

"Comme il les renvoyait à leurs tentes, Josué les bénit
8. et leur dit : « Vous retournerez à vos tentes avec de grandes richesses, du bétail à foison, de l'argent, de l'or, du bronze, du fer et des vêtements en très grande quantité; partagez avec vos frères les dépouilles de vos ennemis. »
9. Les fils de Ruben et les fils de Gad s'en retournèrent avec la demi-tribu de Manassé et quittèrent les Israélites à Silo, dans le pays de Canaan, pour s'en aller au pays de Galaad où ils s'étaient fixés, suivant l'ordre de Yahvé transmis par Moïse.
10. Lorsqu'ils furent arrivés aux cercles de pierres du Jourdain, qui sont au pays de Canaan, les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé bâtirent là un autel sur le bord du Jourdain, un autel de grande apparence.
11. Le fait parvint aux oreilles des Israélites. Voici, disait-on, que les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé ont construit cet autel, du côté du pays de Canaan, vers les cercles de pierres du Jourdain, sur la rive des Israélites.
12. A cette nouvelle toute la communauté des Israélites se réunit à Silo pour marcher contre eux et leur faire la guerre.
13. Les Israélites envoyèrent auprès des fils de Ruben, des fils de Gad et de la demi-tribu de Manassé, au pays de Galaad, le prêtre Pinhas, fils d'Éléazar,
14. et avec lui dix notables, un notable par famille pour chaque tribu d'Israël, chacun d'eux étant chef de sa famille parmi les clans d'Israël.
15. Parvenus chez les fils de Ruben, chez les fils de Gad et dans la demi-tribu de Manassé au pays de Galaad, ils leur dirent :
16. « Ainsi parle toute la communauté de Yahvé : Que signifie cette infidélité que vous avez commise envers le Dieu d'Israël, vous détournant aujourd'hui de Yahvé et vous bâtissant un autel, ce qui est aujourd'hui une rébellion contre Yahvé ?
17. « N'était-ce donc pas assez pour nous du crime de Péor, dont nous n'avons pas encore réussi à nous purifier jusqu'à présent, en dépit du fléau qui a sévi contre toute la communauté de Yahvé ?
18. Or vous vous détournez aujourd'hui de Yahvé, et puisqu'aujourd'hui vous vous révoltez contre Yahvé, demain sa colère va s'enflammer contre toute la communauté d'Israël.
19. « Le pays où vous vous êtes fixés est-il impur ? Passez dans le pays où s'est fixé Yahvé, là où s'est installée sa demeure, et fixez-vous parmi nous.Mais ne vous révoltez pas contre Yahvé et ne nous entraînez pas dans votre rébellion en vous bâtissant un autel rival de l'autel de Yahvé notre Dieu.
20. Lorsque Akân, fils de Zérah, fut infidèle dans l'affaire de l'anathème, la Colère n'atteignit-elle pas la communauté d'Israël entière, quoiqu'il ne fût qu'un seul individu ? Ne dut-il pas mourir pour son crime ? »
21. Les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé, prenant la parole, répondirent aux chefs des clans d'Israël :
22. « Le Dieu des dieux, Yahvé, le Dieu des dieux, Yahvé le sait bien, et Israël doit le savoir : s'il y a eu de notre part rébellion ou infidélité à l'égard de Yahvé, qu'il refuse de nous sauver aujourd'hui,
23. et si nous avons bâti un autel pour nous détourner de Yahvé et pour y offrir l'holocauste et l'oblation, ou pour y faire des sacrifices de communion, que Yahvé en demande compte!
24. En vérité, c'est par un souci motivé que nous avons agi ainsi : Demain, vos fils pourraient dire aux nôtres : «Qu'y a-t-il de commun entre vous et Yahvé, le Dieu d'Israël ?
25. Yahvé n'a-t-il pas mis entre nous et vous, fils de Ruben et fils de Gad, une frontière qui est le Jourdain ? Vous n'avez aucune part sur Yahvé. » Ainsi vos fils seraient cause que les nôtres cesseraient de craindre Yahvé
.
26. « Aussi nous sommes-nous dit : Bâtissons-nous cet autel destiné non à des holocaustes ni à d'autres sacrifices,
27. mais à servir de témoin entre nous et vous et entre nos descendants après nous, attestant qu'on célèbre le culte de Yahvé avec nos holocaustes, nos victimes et nos sacrifices de communion en sa présence. Vos fils ne pourront donc pas dire demain aux nôtres : «Vous n'avez aucune part sur Yahvé! »
28. Et nous nous sommes dit : S'il leur arrivait toutefois de dire cela soit à nous-mêmes, soit demain à nos descendants, nous répondrions : «Regardez la bâtisse de l'autel de Yahvé que nos pères ont fait, non en vue d'holocaustes ou d'autres sacrifices, mais comme un témoin entre nous et vous. »
29. Loin de nous de nous révolter contre Yahvé et de nous détourner aujourd'hui de derrière Yahvé en bâtissant, pour y offrir holocaustes, oblations ou sacrifices, un autel rival de l'autel de Yahvé notre Dieu, érigé devant sa demeure. »
30. Quant le prêtre Pinhas, les notables de la communauté et les chefs des clans d'Israël qui l'accompagnaient eurent entendu les paroles prononcées par les fils de Gad, les fils de Ruben et les fils de Manassé, ils les approuvèrent.
31. Alors le prêtre Pinhas, fils d'Éléazar, dit aux fils de Ruben, aux fils de Gad et aux fils de Manassé : « Nous savons aujourd'hui que Yahvé est au milieu de nous, puisque vous n'avez pas commis une telle infidélité à son égard; dès lors, vous avez préservé les Israélites du châtiment de Yahvé. »
32. Le prêtre Pinhas, fils d'Éléazar, et les notables, ayant quitté les fils de Ruben et les fils de Gad, revinrent du pays de Galaad dans le pays de Canaan, auprès des Israélites auxquels ils rapportèrent la réponse.
33. La chose plut aux Israélites; les Israélites rendirent grâces à Dieu et ne parlèrent plus de monter contre eux pour leur faire la guerre et ravager le pays habité par les fils de Ruben et les fils de Gad.
34. Les fils de Ruben et les fils de Gad appelèrent l'autel..., » car, disaient-ils, il sera un témoin entre nous que c'est Yahvé qui est Dieu
." (Josué 22)

Un texte étrange... Ruben, Gad et Manassé emportent leur part du butin pour s'installer dans leurs terres, Josué les voit partir et les bénit avec toutes leurs richesses dans sa bouche, sans doute dans ses yeux, et dans son coeur aussi. Peu après, Ruben est menacé, soit il revient parmi Israël, soit il sera détruit. En effet, il est coupable d'un crime qui menace tout Israël... Il a construit un "autel rival". Que répond Ruben aux envoyés de Josué ? Que Dieu nous donne la défaite si nous avons péché, c'est-à-dire : vous devrez vous battre contre nous et nous n'avons pas peur... vous allez souffrir si vous voulez vraiment réaliser vos plans. De plus, l'autel en question a un sens très précis et montrant que Ruben, Gad et Manassé savaient qu'ils courraient un risque en s'installant de l'autre côté de la rivière - qu'ils pourraient être considérés comme des étrangers, purement et simplement, c'est-à-dire de ceux qu'on peut razzier sans complexe. Donc Ruben répond à l'intimidation : nous n'avons pas peur de vous et nous ne sommes pas des étrangers, nous appartenons nous aussi à Yahvé. Remarquable ! C'était la bonne réponse parce qu'ainsi "les Israëlites ne parlèrent plus de monter contre eux pour leur faire la guerre et ravager le pays habité par les fils de Ruben et les fils de Gad" ! Ils croyaient avoir un prétexte pour attaquer Ruben, mais ce prétexte se retourne en condamnation au cas où ils auraient voulu attaquer...

Cela ressemble vraiment à une tentative de manipuler le péché et la Justice de Dieu, de recouvrir ici une question de rivalité ou de convoitise par celle du péché et de la Justice de Dieu, mais Ruben ne se laisse pas faire, il ressemble à Job.

On voit donc qu'il y a des tensions à l'intérieur d'Israël entre interprétations de la révélation, des manipulations, des travestissements de la parole de Dieu. Que se serait-il passé si Ruben n'avait pas été si ferme et si intelligent ? Peut-être aurions-nous eu une version de l'histoire où il serait apparu comme un horrible pervers, qui aurait été justement puni et razzié en application d'un décret divin. Le "mauvais prétexte" des uns aurait été un "vrai péché" des autres...
Dernière modification par Charles le ven. 22 mai 2009, 15:58, modifié 3 fois.
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Re: Le Livre de Job

Message non lu par gerardh »

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Bonjour,

Dans le livre de Job, Elihu exemplifie l'action de l'Esprit du Christ. Elihu signifie "Dieu lui-même" ou "c'est lui mon Dieu". Il convient donc de le distinguer des trois autres interlocuteurs, qui furent des consolateurs fâcheux et ont été repris par Dieu.


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Charles
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Re: Le Livre de Job

Message non lu par Charles »

Bonjour,
gerardh a écrit :Dans le livre de Job, Elihu exemplifie l'action de l'Esprit du Christ. Elihu signifie "Dieu lui-même" ou "c'est lui mon Dieu". Il convient donc de le distinguer des trois autres interlocuteurs, qui furent des consolateurs fâcheux et ont été repris par Dieu.
J'ai plutôt l'impression qu'il est le pire de tous. C'est lui qui lâche le "il les renverse de nuit et on les piétine", il prend la parole rempli de colère et son discours n'est qu'une longue apologie de la puissance (qui se prolonge dans la bouche de Dieu jusqu'en 41, 26). Je ne vois pas ce qu'il a de "l'Esprit du Christ". Ce long développement sur la puissance s'achève par les descriptions de Béhémoth et Léviathan, par la monstruosité, c'est la même hostilité que celle exprimée par le peuple envers Job - les mêmes images de dents acérées, de gueules béantes, mais élevée à son degré maximal. Il faut se soumettre à cette puissance, pourquoi ? parce qu'elle est la puissance. La conclusion sur Béhémoth et Léviathan balaye la problématique de la justice ou de la confiance, il ne reste que la terreur. Est-ce que la terreur est l'action de l'Esprit du Christ ? Jésus dit plutôt "Heureux les assoiffés de justice car ils seront rassasiés" que "Heureux seront-ils car ils seront menacés par des monstres jusqu'à ce que leur plainte s'éteigne"... non ?
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Re: Le Livre de Job

Message non lu par gerardh »

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Bonjour Charles,

Je pense très fermement qu'Elihu est un personnage positif. Je me permets que vous faire part du texte de réflexion ci-après :

"Comme on le sait, le personnage d’Élihu a donné lieu à beaucoup de dissertations. Il n’y a pas plus de raison de douter de la personnalité d’Élihu que de celle d’Éliphaz, ou de Job, ou de tout autre dont Dieu nous parle. Quant à leur réalité historique, chacun d’eux demeure, ou ils tombent ensemble. Il n’y a pas davantage de raison de supposer qu’Élihu fût un personnage plus surhumain que Melchisédec. Sans doute, ce dernier était un type très frappant du Seigneur Jésus comme le sacrificateur royal, c’est pourquoi l’Écriture ne nous rapporte ni sa naissance, ni sa mort ; elle ne lui donne ni prédécesseur, ni successeur, et cela afin qu’il présente d’une manière plus saisissante la gloire de Celui dont il était l’image. De même, apparaît ici sur la scène un homme exemplifiant d’une manière remarquable l’Esprit de Christ qui, comme nous le savons, agissait dans les saints d’autrefois. Je ne pourrais dire qu’il soit un type de l’Esprit, mais qu’il exemplifie son action. Chez quelques-uns des hommes de Dieu de l’Ancien Testament, cette action prenait un caractère prophétique. Chez Élihu, nous voyons plutôt l’Esprit agissant sur la conscience et revendiquant le caractère de Dieu".


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