Bonsoir,
C'est une question que j'ai toujours trouvé très difficile, ne serait-ce qu'à cause de ce vieux réflexe d'une considération linéaire de l'homme en 3 parties : corps-âme-esprit.
En fait, on peut "opposer" corps et esprit, du fait que ce sont deux substances distinctes. L'âme se distingue des deux à la fois, car elle plus un principe. C'est compliqué, mais je vais essayer de clarifier ma pensée.
Le corps a une matière. Mais d'une certaine manière, pris comme simple "tas", il est indifférencié de l'ensemble de la matière. Posez-vous la question de ce qui délimite votre corps de ce qui l'entoure, du stricte point de vue physico-chimique. Qu'est-ce qui distingue votre corps des vêtements qui le recouvrent, ou votre main de celle de l'ami que vous serrez ? Physiquement, tout n'est qu'atomes (ou énergie) et il n'y a pas de limite entre les atomes qui forment les plus périphériques de vos cellules épithéliales, et ceux des plus invasifs accessoires que vous pourrez porter

.
C'est pourquoi Saint Augustin (je crois) parle de l'âme comme de la "forme du corps". Elle est ce qui l'anime, mais aussi et surtout ce qui fait l'unité du corps, sa fonction en quelques sortes. Je mélange peut-être un peu les concepts ici, mais c'est juste pour avoir une idée générale. Dans la tradition judaïque, le corps était "chair et sang". Il n'y avait pas de notion de corps, comme nous en parlons aujourd'hui. Mais chair et sang. Et c'est pourquoi il fallait saigner les animaux avant de les manger. Car le sang est la figure de l'âme, en tant qu'elle est attachée à la chair. La chair ne devient comestible qu'à la condition qu'elle ne fasse plus corps. De même, pour que le Christ se fasse nourriture, il a fallu en dernier lieu que de son coeur sacré jaillisse son sang... du sang ET de l'eau (n'oublions surtout pas l'eau) car le Christ est torah, enseignement. Il est le verbe fait chair. Il n'est pas comme un animal dont le corps est fait seulement de chair et de sang, mais il est également l'eau jaillissante car sa vie nous enseigne. Et en même temps que sa chair devient nourriture assimilable en se séparant de son sang, nous recevons de lui l'enseignement divin (l'eau). L'eau jaillissante de son corps est probablement ce qui fait du sacrifice du Christ un holocauste unique en tout temps, car c'est le Verbe lui-même (l'eau) qui, en même temps que l'âme (le sang), "abandonne" la chair, après que le Christ eut remis l'esprit... « Éloï, Éloï, lama sabactani ? »... le Psaume peut venir remplir le vide aussi soudain que béant du Verbe divin qui se sépare de la chair, pour qu'elle devienne vraiment nourriture, tandis que l'esprit est rendu.
Alors justement, l'âme n'est pas qu'au corps. Elle est également, de manière similaire, par analogie, à l'esprit. L'esprit, tout comme le corps, est une substance. Nous disons des anges que par nature ils sont esprits et que par fonction ils sont ange. Notre esprit, ou disons ce qui de nous est de nature spirituelle a également sa forme, dans l'âme. C'est ainsi que l'âme, comme le disait Hélène, est constitutive de l'intelligence dans ce qu'elle est ce qui fait que notre esprit n'est pas indifférencié d'avec le monde spirituel. Elle est ce qui anime et fait l'unité de notre esprit, comme pour le corps. L'âme "spirituelle" est donc à l'esprit ce que le sang est à la chair. Elle ordonne l'esprit par la raison, et le coeur (l'intelligence) trouve son plein épanouissement dans la foi, quand notre esprit s'ouvre à l'esprit divin et que nous pouvons accueillir la grâce. C'est notre âme qui permet cela pour notre esprit, comme elle permet à notre corps d'être une unité différenciée en ce monde.
C'est important de voir dans l'âme cette double-connexion. Car ce que nous faisons à notre corps marque notre âme, et ainsi forme ou déforme notre esprit et nuit à l'intelligence ou encore nous ferme à la grâce. De la même manière que la vie de l'esprit marque l'âme et peut donc former ou déformer notre corps. C'est ainsi qu'on peut, avec toute la prudence qui s'impose, car c'est un sujet très délicat et très politiquement incorrect, faire le lien entre péché et maladie par exemple.
Voilà, désolé je n'avais pas prévu de faire si long, c'est toujours pareil, une fois parti je ne m'arrête plus.