Selon Simone Weil, une loi gouverne la relation entre le surnaturel et les choses naturelles: c'est que l'ordre supérieur, donc infiniment au-dessus, ne peut apparaître dans l'ordre inférieur, que par un infiniment petit. L'illustration de cette règle lui apparaît dans l'Ecriture à tous moments:
- Dans la Création: le signe irrécusable de la puissance de Dieu, c'est son impuissance. Car c'est la marque de la puissance que de ne pas user de sa puissance partout où l'on en a le pouvoir. Il n'y a de puissance véritable que de pouvoir y renoncer. Il n'y a de puissance véritable que d'aimer.
- Dans l'Incarnation, il y a ce même "mouvement de retrait": Noël, c'est Dieu bébé, Dieu infiniment fragile, qui ne peut même pas marcher et qui aura besoin de grandir, apprendre, devenir. Si, à la fête de Noël, nous éprouvons une forme de crainte, c'est ici la faiblesse qui force le respect. Quiconque, pour la première fois de sa vie, a reçu dans ses bras un nouveau-né, connaît ce sentiment très particulier.
- Le lavement des pieds: Dieu se fait l'esclave de ceux à qui Il dit pourtant: vous avez raison de m'appeler le Seigneur et le Maître car je le suis.
- La Passion ressemble à une vengeance qu'exerce l'homme du fait que Dieu ne soit pas un roi à la manière humaine. "On a tué le Christ par colère, parce qu'il n'était que Dieu", dit Simone Weil. On voudrait que Dieu soit jaloux de son pouvoir et qu'il offre sa protection à ceux qui le servent servilement. Mais la Passion, c'est juste le contraire, c'est Dieu s'abandonnant à l'homme et qui nous dit partout: c'est à toi qu'il revient de me protéger, c'est à toi qu'il revient de donner à manger à qui meurt de faim, c'est à toi de faire la vérité là où règne le mensonge.
- Dans l'Eucharistie, enfin, aboutit le mouvement de Dieu. L'Eucharistie, c'est Dieu qui consent à être présent dans un simple bout de pain. L'Eucharistie est en ce sens le symbole parfait: la partie matérielle du symbole, la plus simple qui soit (un bout de pain) est investie du sens le plus grand: la présence de Dieu parmi les hommes.
Je n'ai fait que résumer un peu ce que j'ai lu. En finissant, j'ai songé à ceci: l'incroyable chez Dieu, c'est qu'il ait pu inspirer l'horrible jeu des chaises musicales. Vous savez bien, dix joueurs courent autour de neuf tabourets pendant que la musique passe. Au moment où la musique s'arrête, tous s'assoient - sauf un. Eh bien, je me suis dit que Dieu, du moins dans la pensée de Simone Weil, a inventé le jeu de chaises musicales, non pour y gagner, mais pour y perdre à chaque fois.
Dieu et le jeu des chaises musicales
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etienne lorant
- Pater civitatis

- Messages : 13130
- Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53
Dieu et le jeu des chaises musicales
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Re: Dieu et le jeu des chaises musicales
En quelque sorte, Dieu se fait Zéro. Mais tout le monde sait que la puissance Zéro donne toujours Un. Aussi, cette attitude de Dieu très astucieuse lui permet de rester Un en se faisant Zéro. Il n'y a que lorsque l'orchestre joue un silence que les instruments ne sont plus reconnaissables les uns les autres et que l'orchestre est comme un seul timbre.
Linguam refrénans témperet, Ne litis horror insonet. (Hymne ambrosien Jam Lucis)
Re: Dieu et le jeu des chaises musicales
Bonjour :>
Comment cela ? Qu'est-ce qui montre l'impuissance de Dieu dans la Création ?- Dans la Création: le signe irrécusable de la puissance de Dieu, c'est son impuissance.
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etienne lorant
- Pater civitatis

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- Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53
Re: Dieu et le jeu des chaises musicales
Il faut imaginer que s'installe chez vous une sorte de monarque absolu ayant le droit de vie et de mort sur tous ses sujets; au début ceux-ci vivent dans une crainte affreuse, mais à la longue, ils se rendent compte que ce roi, dont les pouvoirs sont réels, visibles dans sa police et son armée, en réalité n'applique jamais la peine de mort, n'enferment pas les opposants au régime, ne se montre que le moins possible en public... Comment considéreriez-vous ce roi ? Pour moi, il m'inspirerait d'abord de la crainte, mais petit à petit une crainte mêlée d'une grande admiration.
Une autre façon d'aborder la question, c'est de considérer le paradoxe: un homme est "potentiellement" capable de faire du mal à son prochain, de l'opprimer, de le voler, de le tuer. Que dire d'un homme qui, ayant ce pouvoir comme tout homme, déclare qu'il faut tendre la joue gauche lorsqu'on reçoit une gifle sur la joue droite ?
Une autre façon d'aborder la question, c'est de considérer le paradoxe: un homme est "potentiellement" capable de faire du mal à son prochain, de l'opprimer, de le voler, de le tuer. Que dire d'un homme qui, ayant ce pouvoir comme tout homme, déclare qu'il faut tendre la joue gauche lorsqu'on reçoit une gifle sur la joue droite ?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Re: Dieu et le jeu des chaises musicales
Comment considérerais-je ce roi ? Hé bien il me ferait toujours peur, même s'il n'use pas de son pouvoir, car ses signes "visibles" (armée, police etc) me rappellerait que j'ai toujours une épée de Damoclès au dessus de la tête. Et comme il ne se montre que très peu, j'aurais l'impression de ne pas le connaitre et qu'il est donc imprévisible. Je ne saurais pas si son absence de réaction relève de la bonté, de la lâcheté ou de l'indifférence.
Enfin je dis ça, mais ne vous inquiétez pas : je vois très bien ce que vous avez voulu dire
Et j'ai beaucoup aimé votre mot de la fin sur le jeu des chaises musicales.
Enfin je dis ça, mais ne vous inquiétez pas : je vois très bien ce que vous avez voulu dire
Et j'ai beaucoup aimé votre mot de la fin sur le jeu des chaises musicales.
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Invité
- Barbarus

Re: Dieu et le jeu des chaises musicales
Parole du Zohar:
Au sixième jour, ayant créé l'homme, Dieu lui dit: J'ai travaillai jusqu'ici, maintenant c'est toi qui continueras
Au sixième jour, ayant créé l'homme, Dieu lui dit: J'ai travaillai jusqu'ici, maintenant c'est toi qui continueras
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