Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2008-2009)

« Mon âme aspire vers toi pendant la nuit, mon esprit te cherche dès le matin. » (Is 26.9)
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coeurderoy
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Re: Les persécutions servent la foi et le témoignage

Message non lu par coeurderoy »

Il suffit de voir la gêne, le désarroi, l'incompréhension que la dépression peut entraîner dans le milieu professionnel : attention contagion danger !
J'ai vu des pseudos spécialistes (autopromus) maitres spi. fuir et laisser la brebis seule face au loup (c'étaient des mercenaires...)
j'ai vu des collègues épatants écouter, sourire, aider, accueillir (Merci Thomas ! toi qui as demandé à être radié des registres de baptême, ma planche de salut, mon frère, l'ange providentiel ! )
j'ai connu aussi les autruches, les malveillants, les pervers, les bien-pensants, bref ceux qui ne comprendront ni n'accepteront apparement jamais qu'on affronte le Mal avec faiblesse, petitesse, voire (apparente) lâcheté, en tout cas ceux qui profitent de l'occasion pour faire la morale, juger, donner des leçons : c'est le plus douloureux à mon avis...
In Christo !
Dernière modification par coeurderoy le sam. 16 mai 2009, 18:57, modifié 1 fois.
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etienne lorant
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Re: Les persécutions servent la foi et le témoignage

Message non lu par etienne lorant »

Je me souviens que ma dépression m'est apparue d'emblée comme la perte de la foi. Mais aussitôt, la partie de moi-même que je qualifierais de "demeurée saine", affirmait que, non, ce ne pouvait pas être cela. Il y eut donc, dès le début, une pénible division de mon être entre deux camps: l'un qui me tirait vers la mort, l'autre qui continuait (imperturbablement, depuis ma conversion) à proclamer "Dieu, par principe !"

Pour en sortir, il y avait un obstacle à renverser: celui de l'imagination négative. Monter sur un vélo devenait une épreuve olympique... M'éloigner de plus de cinquante mètres de mon domicile était dangereux : en cas de chute, je me retrouverais en ambulance.... Glisser ma carte de banque dans un self-banking c'était perdre la carte: elle serait avalée, bien sûr. Je vivais sous un ciel de plomb et l'air était empoisonné. Tous ces dangers, mon intelligence les disait faux, mais "le reste" (comment définir ce reste, était ce l'instinct de survie ?) croyait tout possible, surtout le pire... Les médecins n'étaient pas d'une grande utilité. Le Prozac, ils en étaient les représentants de commerces. Au moment de renouveler l'ordonnance, ils écoutaient distraitement, prenaient des rendez-vous par téléphone, proposaient de répondre à des enquêtes, et le patient, bien que dépressif, n'est pas idiot: il se rend compte de ce qui se passe.

Les réponses vraies, possibles, demeuraient donc du côté de la foi. C'est donc sur ce plan que la lutte s'est engagée. Mais là aussi, l'imagination négative intervenait pour me montrer le diable partout à l'œuvre. Cela a duré jusqu'au moment où je suis allé plus loin que la foi - c'est-à-dire, en fait, au-delà des limites qu'il me semblait possible d'aller dans la foi. (C'est exactement ce que Jésus reproche aux disciples: "Si vous aviez la foi, vous diriez à cette montagne..." Hors, cette montagne, elle ressemble diablement à l'obstacle insurmontable que rencontre un dépressif !). Le jour béni où je me suis levé en disant: "Fini pour fini, je veux finir comme un cowboy, avec mes bottes aux pieds !", toutes les sombres ombres qui rôdaient dans mon ciel ... se sont effacées en moins de deux jours.

Évidemment, je ne dis pas aux dépressifs de faire comme moi - car j'ai arrêté un traitement d'un seul coup, ce qui n'est conseillé par personne. Mais il ne peut pas être mauvais de témoigner de sa dépression, comme on a témoigné de sa foi: les deux font partie de la vérité d'un être.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Le secours de l'Esprit

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 15,26-27.16,1-4.
À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d'auprès du Père, lui, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement.
Je vous dis tout cela pour que vous ne risquiez pas de tomber
On vous exclura de la synagogue. Et même, l'heure vient où tous ceux qui vous tueront s'imagineront offrir ainsi un sacrifice à Dieu.
Ils le feront parce qu'ils ne connaissent ni le Père ni moi.
Mais voici pourquoi je vous dis tout cela : quand cette heure sera venue, vous vous souviendrez que je vous l'avais dit. Je ne vous l'ai pas dit dès le commencement, parce que j'étais avec vous.

L'Esprit de vérité, qui procède du Père, qui attire vers le Fils tout homme qui cherche la vérité, viendra pour rendre témoignage auprès des disciples en faveur du Christ, de sorte que les disciples eux-mêmes témoigneront, en dépit des embûches du monde et des persécutions. Il est bien utile qu'il en soit ainsi, tant notre foi demeure l'ouvrage qu'il faut cent fois remettre sur le métier. Très souvent, il nous suffit d'un changement d'humeur pour nous dérouter ! J'avoue que le ciel couvert de ce dimanche a suffit pour me plonger dans de vagues inquiétudes qu'il m'a fallu combattre en faisant appel à la discipline.

D'où l'utilité des épreuves, car elles nous obligent à reconnaître de nouveau notre impuissance, et donc à prier, à renouveler notre adhésion, une fois de plus - et chez moi une fois par jour à l'Eucharistie - chaque fois que c'est possible. Quant aux persécutions... certaines sont surprenantes et lorsqu'elles m'atteignent, il m'arrive d'en rire tant je les trouve ridicules. J'ai une tante, ancienne sacristine, qui écoute un peu trop ce qui se dit à mon sujet à la sortie de la messe... simplement parce que de mon côté, j'évite d'écouter le commentaires ! "Comment veux-tu que cela m'atteigne. Sauf si c'est nécessaire, je file aussitôt après la bénédiction finale !" Mais revenu à mon travail, j'ai appris que je suis millionnaire depuis que j'ai la climatisation à la boutique (c'lui là, il a bien caché son jeu, toujours dans son petit coin à jouer au pauvre et... blablabla...)

Je ne peux pas m'empêcher de citer ici: "Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. » (Jean 3, 1-8)
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Le départ de Jésus, la venue du Défenseur

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 16,5-11.
A l'heure où Jésus passait de ce monde à son père, il disait à ses disciples: "Je m'en vais maintenant auprès de celui qui m'a envoyé, et aucun de vous ne me demande: 'Où vas-tu?'
Mais, parce que je vous ai parlé ainsi, votre coeur est plein de tristesse.
Pourtant, je vous dis la vérité : c'est votre intérêt que je m'en aille, car, si je ne m'en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l'enverrai.

Si Jésus, le Jésus historique, de chair et d'os - et même dans son corps ressuscité, était demeuré sur la terre, s'il était resté accessible de manière humaine à un endroit quelconque de la planète... et j'ajoute encore: s'il n'était pas nécessaire pour toute homme d'entreprendre dans sa vie une recherche fondamentale à son propos, alors l'Eglise n'eût pas eu de raison d'être. Aujourd'hui, tout le monde aurait la foi, mais quelle qualité de foi ?

Tandis que l'Esprit saint, le Défenseur, viendra pour tous et pour chacun, et son œuvre en nous est exactement adaptée à qui nous sommes, elle répond à nos besoins profonds, mais également:elle rencontre les qualités que nous pouvons développer au service de l'Église et du Seigneur et nous conduit au vrai bonheur. Saint Cyrille de Jérusalem a très bien exprimé cela; je cite ici ce que le viens de lire sur le commentaire de "L'évangile au quotidien", sur le web:

"Il emploie la langue de celui-ci au service de la sagesse ; il éclaire par la prophétie l'âme de celui-là ; il donne à un autre le pouvoir de chasser les démons ; à un autre encore celui d'interpréter les divines Écritures. Il fortifie la chasteté de l'un, il enseigne à un autre l'art de l'aumône, il enseigne à celui-ci le jeûne et l'ascèse, à un autre il enseigne à mépriser les intérêts du corps, il prépare un autre encore au martyre. Différent chez les différents hommes, il n'est pas différent de lui-même, ainsi qu'il est écrit : « Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous » (1Co 12,7).

Je termine avec cette belle prière que j'ai chanté chaque lundi matin depuis quinze ans à l'Office de Laudes et que je connais par coeur depuis ma prime jeunesse: toujours aussi prenant...

http://www.youtube.com/watch?v=tcXYmt4Pjbw
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Révélations en cascades

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 16,12-15.
À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter.
Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.

Et il en sera ainsi de génération en génération jusqu'à la fin des temps. Ailleurs dans l'Evangile, Jésus envoie les disciples et leur dit: vous n'aurez pas visité toutes les villes et villages d'Israël que tout ne soit accompli (cité de mémoire). Ainsi, la révélation continue et se poursuit. Elle se poursuit sur la terre, elle se poursuit dans les Cieux. Et chacun d'entre nous peut se réjouir de voir un nouveau jour apporter avec lui, pour lui-même comme pour autrui, de nouvelles révélations.

Dans la soirée d'hier, il m'est arrivé ceci. (Je le dis en exemple pour l'Evangile de ce jour). Je songeais à la brièveté de l'existence humaine, au fait que la réussite ou l'échec de toute une vie se jouent parfois sur quelques choix très simples au cours d'une période cruciale dans l'histoire de l'individu. Pour moi, ce fut autant un choix de travail, qu'un choix spirituel. J'avais réussi un examen à l'Etat et je pouvais devenir fonctionnaire - place enviée s'il en est, mais entre-temps, converti, devenu simple boutiquier, j'avais trouvé mon bonheur et j'ai poursuivi cette activité sans relâche jusqu'à ce jour. Je n'ai aucun regret et j'ai songé que ce travail était devenu ma "couverture" pour le "vrai" travail, qui consiste pour moi à prier, écrire, partager, étudier, devenir meilleur comme la grâce m'en sera faite.

J'en étais là de mes pensées et, tout d'un coup, je me suis rendu compte que le plus grand message de Jésus, son plus grand témoignage, celui qui lui a pris le plus de temps, c'est aussi un message complètement silencieux: c'est sa vie cachée à Nazareth. On en sait si peu de choses ! C'est au point que lors de son retour à Nazareth, lorsque Jésus manque de se faire lapider, les habitants du village ne le désignent pas comme "Jésus, le charpentier", mais "Jésus, le fils de Joseph le charpentier"... plus humble et effacé que Jésus, c'est difficile !

Or, ce silence et cet effacement m'ont considérablement conforté. C'est exactement comme si j'avais eu la confirmation que le Seigneur m'avait voulu tel que je suis devenu, et que je pouvais donc cesser de me faire du souci de n'être pas devenu Capucin comme j'avais pensé au début. La vie cachée de Jésus est comme le "calque général" de toutes nos existences anonymes - anonymes mais qui ne manquent pas de difficultés, de bouleversements et d'épreuves. Et ce n'est qu'après avoir lui-même tout vécu de ce mode de vie sans éclat, que pendant trois ans à peine, sorti de l'anonymat, le Seigneur s'est révélé au monde.

C'est ainsi que j'ai terminé ma journée d'hier. Je me suis couché heureux et un peu ébahi d'avoir si longtemps, faute d'attention, négligé le message de la vie cachée, qui donne sens à la mienne. Qui me fait envisager, peut-être, quelque chose qui en sortira à la fin. Et j'ai éprouvé de la joie, et la joie a toujours été le signe le plus important de la présence de Jésus dans mon coeur: Oui, l'Esprit reprend ce qui vient de Jésus pour nous le faire connaître. Soyons attentifs !

Etienne
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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L'exemple de la femme qui enfante

Message non lu par etienne lorant »

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 16, 20-23a)
A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples: "Amen, amen, je vous le dis: vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira. Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l'enfant est né, elle ne se souvient plus de son angoisse, dans la joie qu'elle éprouve du fait qu'un être humain est né dans le monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre coeur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l'enlèvera. En ce jour-là, vous n'aurez plus à m'interroger.»

L'image que Jésus livre à ses disciples de la femme sur le point d'enfanter, qui est dans la peine et dans l'angoisse, m'a fait me ressouvenir d'un épisode de ma vie, à l'époque où j'étais encore en quête de vérité. Cela se passait un matin de printemps de mes dix-huit ans, je me hâtais sur les pavés du Grand-Béguinage de Louvain pour traverser la ville et acheter un syllabus de Mathématiques, la branche éliminatoire de ma première année d'université. J'étais très anxieux à ce sujet car le bruit courrait qu'il n'y aurait que, sur la base du résultat d'un seul exercice, il y aurait seulement 30% d'étudiants à passer en seconde année. Mon père m'avait obligé de poser ma candidature en sciences économiques, tandis que je rêvais de philosophie et de littérature. Mais je m'obligeais, comme je l'avais fait au collège, afin de devenir "le meilleur", celui dont la réussite en imposerait à tous les autres. J'étais animé d'un désir de puissance dont on n'a guère l'idée (et que j'ai oublié depuis longtemps). L'esprit tout agité de pensées confuses mais oppressantes, je me suis soudainement retrouvé assis sur un banc, au coeur de ce superbe musée d'architecture qu'est le Béguinage.... et je me suis mis à pleurer. C'était étrange de pleurer sans émotion, car les larmes coulaient d'elles-mêmes sur mes joues. Assez vite cependant, j'ai pu me donner une image de ce qui m'arrivait: un enfant pleurait en moi, un enfant qui était moi et qui gémissait de ce que "l'autre moi", le dominant, le volontaire, l'empêchait d'aimer. Rétrospectivement, ce moment d'introspection sincère, sur ce banc, fut un des plus importants moments de ma vie. Car je ne pus me relever et repartir (en sens inverse) sans avoir reconnu que j'étais en train de tuer en moi mon coeur et ma capacité d'aimer. Il fallait tout de suite changer, renoncer aux succès entrevus, pour aimer de nouveau. Je ne savais pas ce que cela voulait dire, mais cette pression intime, cette supplication, m'a fait faire volte-face: je suis rentré chez moi.

Cet enfant qui était "moi" en moi, il me faudrait encore des années avant qu'il puisse venir au jour dans la joie de la conversion. Des années plus tard, à vingt-quatre ans, j'avais déjà beaucoup changé, je m'étais mis à écrire, j'avais appris diverses langues et mon ambition avait mué en quelque chose de mystérieux qui tenait de "l'homme sans patrie", avide de connaître toutes les cultures. Cependant, les lois m'avaient rattrapé, j'avais dû devenir soldat, puis employé commercial et j'étais retombé - cette fois sans l'avoir voulu, dans un système de "réussite obligatoire". Et un jour de déprime, devant quelques vagues relations, je m'étais écrasé une cigarette sur le dos de ma main en disant: "La souffrance physique compense un peu pour la souffrance morale".... Cependant, cinq ans plus tard, comme dans l'Évangile du jour, l'enfant est né, et je ne me souvenais plus de mon angoisse du fait qu'un être humain était né dans le monde.

Et si je peux rapporter les choses sous cet angle-là, c'est bien à cause de la joie - une joie que personne, jamais, ne pourra m'enlever. Celui que je fus est désormais un étranger, un inconnu, comme une peau morte abandonnée lors de la conversion. Si ce n'est que je suis toujours en butte aux idées du monde et je suis, sans fin de me tourner vers le Christ pour connaître comment poursuivre sur un chemin devenu si étroit...
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Demandez et soyez comblés de joie !

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 16,23-28.
En ce jour-là, vous n'aurez plus à m'interroger. Amen, amen, je vous le dis : si vous demandez quelque chose à mon Père en invoquant mon nom, il vous le donnera. Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en invoquant mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi vous serez comblés de joie. (...) Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant, je quitte le monde, et je pars vers le Père. »

Depuis quelques jours, je demande à Dieu, au nom de Jésus, qu'il me soit donné de savoir si mon papa Gabriel, décédé le 9 avril dernier, est désormais dans le paradis. Je me suis étonné de la façon dont cette demande m'est venue aux lèvres. J'étais en train de prier à son intention, quand l'idée de formuler cette demande m'est venue - et je l'ai chassée aussitôt de mon esprit, en la considérant comme futile et ne pouvant être exaucée. Cependant, cette intention est revenue le soir, et le lendemain matin, et à présent, j'en suis au troisième jour. Un peu comme si le Seigneur m'avait repris en disant, comme dans l'Evangile: "Rien n'est impossible pour celui qui croit !" Voici donc pourquoi, comme je découvre le passage de ce jour, je me sens confirmé dans une prière remplie de confiance: je ne sais pas comment je serai exaucé, mais je sais que je serai exaucé et comblé de joie.

J'ai cité également le dernier verset de cet l'Évangile, car Jésus explique ainsi pourquoi la demande par l'invocation de son nom sera exaucée: car Il part vers le Père - c'est le meilleur endroit où Il peut demeurer à l'écoute de tous et de chacun. C'est en fait l'endroit de nos cœurs où le Royaume "s'est approché" .
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Consacrés par la Vérité, exilés dans le monde

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 17,11-19.

Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais.
Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité.
De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité.


Jésus ne demande pas au Père de nous retirer du monde, mais de nous préserver du mal. Du mal et des puissances du mal, toujours prêtes à nous circonvenir, à nous faire chuter et à force de chutes, à nous pousser vers la désespérance. Je note ceci, tant il me semble qu'en ce monde, tout est fait pour éloigner de Dieu. Dans la vie de celui qui croit, les épreuves sont nombreuses, mais seulement permises par Dieu pour que la foi grandisse encore: elles sont un émondage, un élagage.

Plus la foi est ainsi nettoyée, plus le croyant se retrouve "consacré par la vérité" et ressent sa différence et qu'il est devenu étranger au monde. C'est difficile à décrire évidemment. Pour moi, plus je me sens entraîné par le coeur de Jésus, plus j'ai l'impression d'être un homme qui patauge dans un marais. La boue du marais, ce ne sont pas seulement les tentations rencontrées, mais ce sont les "nécessités de l'existence". Il y a tel et tel problème à résoudre, il faut donc un budget, puis il faut appeler les gens, les rappeler, discuter, veiller à tout... je gère moi-même ma propre affaire, je sais de quoi je parle. Cela me prend tellement sur ma "vraie vie" ! Et pourtant je communie chaque jour, je prie parfois jusqu'à quarante dizaines d'Ave Maria sur une journée, et même ainsi, je trouve que je n'ai rien fait.

Comme ils sont sombres, tous ceux et toutes celles qui affichent leur rejet de Dieu ! Ici et là, ils arrivent comme Satan fit auprès d'Eve, ils vont comme à la pêche avec moi: ils jettent un appât et sont tout prêts de mordre. Car le monde est possession. Tout ce qu'on ne peut pas posséder ne peut exister - c'est à peu près l'état de leur pensée, et ils en souffrent. Je fais donc attention, car je comprends très bien qu'il ne faut pas s'exposer trop. N'est-ce pas pour cela que Jésus a dit:
"Ne donnez pas vos perles aux cochons, de peur qu'ils se retournent contre vous pour vous dévorer !" (Dévorer, assimiler à soi sans aimer, toujours la griffe du monde).

Converti, j'ai toujours le sentiment de ne pas l'être assez; mais ce monde, je sens (bien au-delà d'un raisonnement) qu'il ne veut plus de l'amour, et qu'il voudrait bien en finir pour de bon, quitte à se replier sur lui-même comme dans le trou noir qui broie jusqu'à la lumière des astres qui passent aux alentours... Veillez, afin de ne pas entrer en tentation. Car l'Esprit est prompt mais la chair est faible. L'apparition de jeunes convertis sur les forums fait ma joie....
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Re: Consacrés par la Vérité, exilés dans le monde

Message non lu par papayou »

Merci encore, Etienne.

Je me pose la question : veiller, c'est bien garder son esprit en éveil (et pas dormir le moins possible) contre les attaques spirituelles ? Et comment ? La prière, l'usage des sacrements, l'écoute de la Parole, sa mise en pratique, oui mais y-a-t'il autre chose ? Qu'est-ce que veiller ? Etre passif ou actif ? L'un et l'autre ?

Merci à ceux qui auront la patience de contribuer.

papayou
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Re: Consacrés par la Vérité, exilés dans le monde

Message non lu par etienne lorant »

papayou a écrit :l'écoute de la Parole, sa mise en pratique


papayou
La prière et la pratique des sacrements forment pour moi la veille "passive", tandis que le veille active, c'est la mise en pratique des commandements - et donc pratiquer la miséricorde, aimer son prochain même quand c'est difficile. J'ajouterai que je trouve moins de joie dans la pratique des sacrements que j'en trouve en certains moments où je peux m'oublier moi-même en rendant gratuitement un service qui m'avait paru difficile.
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La paix dans la détresse

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 16,29-33.
Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. »

De la détresse, dans le monde, il y en a. On la trouve partout, à tout moment. Petite ou grande détresse physique, qui survient à l'improviste et nous jette dans la confusion. Détresse pour celui qui n'a plus d'emploi et ne sait comment boucler son budget. Détresse de l'incompréhension. Détresse de ne savoir s'exprimer.

Une détresse dont je veux parler: celle d'avoir rencontré des personnes desquelles j'ai reçu des promesses d'amitiés durables, qui croient et pratiquent, avec lesquelles j'ai en commun la même formation théologiques... et qui me laissent sans nouvelles. Mais plus grand que la détresse éprouvée, il y a en moi ce besoin de leur envoyer de temps à autre un "signe de vie", de demander des nouvelles et de donner des miennes. La plupart du temps je ne reçois plus la moindre réponse, mais parfois, tout de même, en une ligne: une promesse de nouvelles... Il y a une dizaine de jours, la dernière réponse reçue me disait: "Je me demande ce que cela serait si tu parlais, dans tes écrits, à la troisième personne du singulier ? Je crois que cela serait intriguant." Sur le coup, je me suis demandé: qu'est-ce que c'est pour de l'ironie ? Provoqué, j'ai failli répondre sur le même ton... Et puis, non, je n'ai rien répondu parce que j'ai ressenti que l'ironie n'y changeait rien du tout: toutes mes affections demeurent et, dans l'avenir encore, à l'occasion d'une fête ou d'un anniversaire, je n'y pourrai rien, j'essaierai encore de renouer le contact avec l'un(e) ou l'autre.

Comme toutes les grâces déjà reçues du Seigneur, la fidélité à mes amitiés ne m'appartient plus qu'en partie. C'est une preuve plus certaine de la grâce d'éprouver sans broncher des rebuffades tout en sachant qu'on ne changera plus, car Jésus a vaincu le monde - et Il l'a vaincu en moi aussi. Et j'ai cette paix: je suis certain qu'il en est ainsi.
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La gloire du Père et la gloire du Fils

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 17,1-11.
Ainsi parla Jésus. Puis il leva les yeux au ciel et pria ainsi : « Père, l'heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

Le texte de l'Evangile du jour est beaucoup plus long que les trois lignes que j'ai gardées pour les citer. Mais si je suis obligé de détacher ce passage, c'est déjà à cause du grand "souffle" spirituel qui s'en dégage. Cette fois, Jésus ne s'est pas retiré dans le secret, à l'écart des foules, durant la nuit, pour prier le Père : sa prière s'élève librement devant les disciples et m'atteint moi aussi à travers les mots de saint Jean.

Il s'en dégage une merveilleuse et constante réciprocité. Si le Fils doit être glorifié, c'est aussi afin que le Père soit glorifié en lui. Le Fils a reçu autorité sur tout être vivant mais cette autorité, Il ne la garde pas pour un usage selon son goût, mais afin de donner la vie éternelle à ceux que le Père lui avait déjà donnés. Et la vie éternelle, c'est - déjà et pour toujours- de jouir de la connaissance du Père et du Fils. C'est très bon, c'est très beau et comme c'est fort !

Pour s'en convaincre, il faut tenter l'expérience de lire et de relire à haute voix ces quelques lignes: s'il n'y a pas de rimes comme dans les poésies, c'est que "la musique" ne se dégage pas de la sonorité des mots, mais plus profondément encore, elle émane de leur signification profonde. Je ressens donc avec puissance cet Amour-qui-circule, que rien ne peut contenir, et qui jaillit à la source même de la vie. Ce qui me pousse à conclure que cette connaissance du Père et de Fils demeurera toujours un mystère et que la contemplation de ce mystère conduit tout droit à la vie éternelle. En effet, les mystères divins peuvent être perpétuellement sondés, mais ils ne sont pas de nature à être pleinement solutionnés: leur renouvellement se reproduit constamment. Ô, Dieu !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Pneumatis
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Re: La gloire du Père et la gloire du Fils

Message non lu par Pneumatis »

Bonjour Etienne,

Ce matin en lisant cet évangile j'ai pris aussi, comme vous dites, une grande bouffée spirituelle. Car c'est toute la trinité qui est là et qui témoigne de sa gloire, son immense gloire. Au risque de ne pas être très poétique, on en prend plein la figure, c'est simplement grandiose.

J'ai du lire et relire tant cette prière de Jésus donne le vertige. De bas en haut et de haut en bas, de long en large, le souffle circule avec une puissance vertigineuse. Aujourd'hui, bizarrement, j'ai vu Jésus particulièrement sous son aspect d'Homme, allez savoir pourquoi. Et il m'a alors semblé, d'une manière dont je ne l'avais jamais perçu auparavant, que nous participions (ou du moins nous y sommes appelés), en tant qu'homme, à cette trinité. Par Jésus, par sa prière, j'ai l'impression que nous sommes comme incorporés à la trinité en la personne du Fils, et qu'alors il n'y a plus rien hors de sa gloire. Mais cette impression était plutôt celle d'une démesure totale, comme celle de pénétrer dans le soleil, mais de se rendre compte, totalement ahuri et béat, qu'il ne nous consume pas. Nous entrons alors dans le mystère de la trinité, en découvrant qui Il est vraiment et qui nous sommes vraiment. Vision béatifique.
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Re: Consacrés par la Vérité, exilés dans le monde

Message non lu par papayou »

Merci,

ça m'aide à comprendre.
etienne lorant
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Le monde et le secours de la Lumière

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 17, 11-19)
15 Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais.
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
17 Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité.
18 De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
19 Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité.

Je retrouve un évangile que j'ai déjà lu il y a un ou deux jours, et j'en suis un peu étonné.
A la réflexion, cependant, le sujet était loin d'être épuisé (et il en sera encore ainsi quand j'aurai livré ce qu'il m'inspire !) Et voici ce qui m'apparaît tout d'un coup : le verset 17 fait le lien entre les deux précédents et les deux suivants.

Les deux premiers (15-16) parlent du risque que courent ceux qui, n'appartenant plus au monde, pourtant y résident encore, car c'est une situation de plus en plus inconfortable à mesure qu'elle dure - mais aussi à mesure que l'abandon de confiance en Dieu deviendra l'unique motif de contentement. (N'avais-je pas, lors de ma conversion demandé de mourir "tout de suite" afin de garder ma Joie ?) Et en dépit de la détresse que nous connaissons - car nous allons vers le rejet et l'abandon, l'isolement, la précarité, la maladie et la mort, Jésus nous envoie dans le monde, comme le Père l'avait Lui-même envoyé. Ce sont les deux derniers versets (18-19)

Mais comment tiendront-ils ? (Et moi, comment vais-je tenir, tenaillé que je suis entre le désir trompeur, inspiré par la déprime, d'organiser une fête de grandes retrouvailles... et puis tous ces pièges et toutes ces nécessités sociales et économiques, entre lesquels je me faufile: combien de temps vais-je ruser avec ce taureau furieux et l'esquiver avant qu'il m'embroche d'un bon coup de corne ?)

La solution, c'est le verset 17 qui la fournit: Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. Ces mots évoquent pour moi une des sentences du psaume 118: "Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route." Cela veut dire simplement: celui qui se laisse consacrer par la vérité, il aura de la lumière non seulement pour chacun de ses pas, mais tout du long, jusqu'au bout de la route. En fait, c'est plus encore: il ne faut pas se soucier du bout de la route, mais il suffit de s'efforcer de vivre la vérité chaque jour et c'est ainsi que tout se fera. Évidemment, cela renvoie aussi à plusieurs autres paroles de Jésus: "Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie", mais encore: "A chaque jour suffit sa peine" (l'anticipation du lendemain ne sert de rien, car "ce n'est pas par le souci qu'un homme prolonge sa vie d'une seule journée"), et aussi... eh bien, toutes les Béatitudes, il me semble !

Voici ce que je demande aujourd'hui, dans ma prière, et j'irai ensuite piocher un pain biblique qui me répondra encore, j'en suis sûr : je prie le Seigneur de me donner chaque jour de petites joies qui me soutiendront, des petits gestes de miséricorde qui me correspondent et que j'accomplirai dans mon désir de fidélité, et l'oubli du lendemain dans la confiance à Son nom. Qu'il m'en soit fait ainsi.

Voici le "pain biblique" que j'ai trouvé sur http://www.adlumen.net/pains/

Que le Seigneur vous fasse croître, vous et vos enfants ! (Ps 115,14) - ce qui me dit que mon naturel souvent pessimiste me masque encore des possibilités de croissance et les fruits que je peux donner... J'ai foi, mais augmente ma pauvre foi !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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