Fête du Corpus Domini : Fête Dieu

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coeurderoy
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Fête du Corpus Domini : Fête Dieu

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Dimanche prochain 14 juin Fête-Dieu :

en réponse à Zélie :

"Au début du XIIIème s. vivait en Brabant, dans les environs de Nivelles, une pieuse femme qui jouissait d'une grande réputation de sainteté : quoique mariée, on l'avait vue, de concert avec son mari, se vouer de très bonne heure à une vie d'immolation et de prière, d'abord à Willammbrouck, auprès des lépreux, puis à Oignies, où elle devait mourir et d'où elle devait tirer son nom : Marie d'Oignies. La Vita de Marie d'Oignies, rédigée peu de temps après par Jacques de Vitry, est un incomparable document sur cette époque vraiment cruciale dans l'histoire spirituelle du Moyen-Age. (...) Elle fut peut-être l'une des premières à oser, dès l'aube du XIIIème siècle, exprimer le désir d'une communion plus fréquente. (...) Marie ne se contentait pas d'une adoration purement intérieure : après la Messe, elle aimait regarder longuement le calice vide posé sur l'autel, rejoignant ainsi une pratique suggérée par Anselme de Laon pour communier spirituellement. Elle est l'animatrice de tout un groupe de femmes pieuses, béguines, cisterciennes, augustines, dont l'influence devait creuser un profond sillon dans le terroir spirituel des Flandres et du Brabant.(...) En 1208, la religieuse augustine Julienne de Retinne eut cette célèbre vision, qu'à la lumière de ses révélations elle interpréta comme le désir formel d'une fête solennelle en l'honneur de l'Eucharistie (...) bientôt des prophéties, des communications célestes vinrent encourager Julienne à persévérer dans cette voie (...) le plus notable de ces phénomènes divins fut la vision mémorable où le Christ l'invita, dès 1208, à faire instituer une fête en l'honneur de Son Corps et de Son Sang (....) la fête pour laquelle, dès 1232, Julienne avait composé un office, put être célébrée pour la première fois à Liège en 1247. (...) Qu'aurait dit Julienne, morte en 1258, si elle avait pu prévoir que le pape Urbain IV, se déciderait, avant de mourir à imposer la fête nouvelle à l'Eglise universelle, et que saint Thomas d'Aquin en composerait lui-même l'office, la même année 1264 ?
(...) Les ordres religieux ne semblent pas avoir tardé à adopter la nouvelle solennité : les Carmes de Paris dès le XIVème s. comme les Franciscains de Toulouse ou les Bénédictins de Saint-Vaast. (...) Il paraît certain par ailleurs que que la date à laquelle la Fête-Dieu s'établit dans beaucoup d'églises ne doit pas être éloignée de l'année 1320. (...) une fête instituée en 1264 était encore appelée soixante ans plus tard "la nouvelle solennité du Corpus Christi". En 1320 (...) la Fête-Dieu avait dans la plupart des églises l'attrait de la nouveauté"

in : Le Christ selon la chair et la vie liturgique au Moyen-Age, par l'Abbé Edouard Dumoutet, directeur du séminaire d'Issy, Beauchesne et fils éd. 1932.

un ouvrage important sur la représentation eucharistique dans l'Art : L'Eucharistie dans l'Art, Maurice Vloberg, Arthaud 1946.

Un très beau cortège de la Fête-Dieu est représenté, notamment, sur la "Lettre d'indulgences en faveur d'Herkenrode", 1363, conservée à St-Trond (Belgique), reproduite page 170 in Saint Bernard et le monde cistercien, sous la direction de Léon Pressouyre et Terryl N. Kinder, CNMHS/Sand, 1990.
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coeurderoy
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Re: Fête du Corpus Domini : Fête Dieu

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petit complément...

"Quand l'hérésie sacramentaire, propagée avec violence par les Cathares, Vaudois, Albigeois, mit le dogme en péril, l'Eglise réagit et fit plus éclatantes ses démonstrations de foi. En 1264, un pape d'origine champenoise, Urbain IV, institua la fête du Corpus Domini. Etant archidiacre de Liège, il y avait connu en 1230 les visions dont était favorisée une sainte religieuse de cette ville, Julienne du Mont-Cornillon : dans ses prières elle voyait la lune en son plein, mais à laquelle toutefois, manquait un segment ; elle sut que l'orbe d'argent signifiait le cycle liturgique, et l'échancrure, une omission dans ce cycle, la fête du Saint-Sacrement. L'archidiacre, devenu souverain Pontife, fut plus frappé encore par le miracle de Bolsena, qui s'était produit tout près d'Orvieto où il résidait alors. Il lui sembla que ce prodige et les visions de soeur Julienne manifestaient la volonté de Dieu ; cette même année 1264, il promulgait la bulle d'institution : Transiturus de hoc mundo.
L'évènement a laissé trace dans l'iconographie. Les gravures et tableaux relatifs à sainte Julienne du Mont-Cornillon rappellent le détail de sa vision, le disque échancré de la lune.
(...) L'usage général de la procession du Corpus Christi est postérieur à la Bulle d'Urbain IV, de 1264.
Elle s'établit un peu partout à la fin du XIIIème siècle, grâce au zèle des Confrèries du Saint-Sacrement, dont Urbain IV avait établi la première dans l'église eucharistique qu'il fit bâtir à Troyes sous le vocable de son saint patron" [c'est l'actuel joyau qu'est St Urbain, dans le Vieux Troyes ]

Maurice Vloberg, l'Eucharistie dans l'Art (ouvrage cité)
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Re: Fête du Corpus Domini : Fête Dieu

Message non lu par zélie »

Donc la fête-Dieu serait la "fête" du Corps et du Sang?
Je croyais que c'était la Saint-Dieu, comme la sainte Angèle ou la saint Médard, un jour qui fête tous les Médard. :)
Etque donc le jour de la fête-Dieu, c'était sa fête à Lui-Trois, la teuf d'anniversaire en quelque sorte, vu que d'anniversaire Il ne peut en avoir... et que ça fait rien, Lui faire une méga-fête pour lui, c'était un beau geste d'amour, malgré la puérilité de l'idée; le principal étant de l'aimer et de le fêter. :toast:

Bon, la solennité du Corps et du Sang, c'est d'un autre niveau, ça veut peut-être dire qu'il faudrait que je me décide à avancer un peu dans ma maturité spirituelle! :p

Merci décidément CoeurdeRoy pour cette magnifique leçon de catéchisme présentée dans son contexte historique; vous avez un don pour enseigner... Et l'élève en est comblée.

Euh, et la fête de la Sainte Trinité, c'est quoi son histoire? :s

Amicalement,

Zélie
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Re: Fête du Corpus Domini : Fête Dieu

Message non lu par coeurderoy »

Le Moyen-Age ayant l'art des raccourcis et de la symbolique, "Fête-Dieu" = Fête de la Présence réelle dans le Saint Sacrement. Hôtel-Dieu : hôpital où on "soigne Dieu" (!) présent dans le corps souffrant de nos frères malades... là j'extrapole (à peine en fait : lorsque Mère Térésa entend un malade lui dire "j'ai soif ! ", point crucial de sa conversion, c'est le Christ qu'elle entend, présent en nos frères, comme François d'Assise ou Saint-Louis s'agenouillent devant le Christ en soignant les lépreux...).

A Châlons-en Champagne existe un hôtel portant - depuis le XIIIème s. ! - l'enseigne "à la Haute Mère Dieu" : à la Vierge donc, la "Théotokos", Mère de Dieu.

Le culte eucharistique et la vénération dont on n'a cessé d'entourer la Présence réelle au cours des siècles, en réponse aux attaques hérétiques attaquant ce dogme, est à mettre en parallèle avec l'amour et le service des plus faibles et exclus : cela se vérifie au XIII ème s. comme sous la Contre-Réforme, au XIXème s. ou à l'époque contemporaine : les saints les plus donnés à la charité active envers le prochain passaient des heures en adoration devant le Saint-Sacrement.

Pour la Trinité... je sais que l'introduction d'une fête spécifique étendue à l'Eglise universelle est plus tardive (XVIème s. je crois) mais on la fête simplement en faisant le signe de Croix : comme le faisait remarquer le prêtre de ma paroisse dimanche dernier aux enfants qui allaient communier pour la première fois : "au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit" signifie aussi " à la gloire du Père, du Fils et du Saint Esprit" ; il leur expliquait que ce signe et ces paroles étaient en eux-même une prière.
Par ailleurs le culte de la Sainte-Trinité est présent à tous les moments de la liturgie : tous les psaumes se terminent par le Gloria Patri, les hymnes par une doxologie et les oraisons par une conclusion en l'honneur des trois Personnes divines.

Un très beau livre (parmi d'autres) sur la Trinité : Le Mystère de la Sainte Trinité du bienheureux Dom Columba Marmion, abbé de Maredsous.

Bonne journée à vous ! :fleur:
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Re: Fête du Corpus Domini : Fête Dieu

Message non lu par coeurderoy »

suite : conséquence du culte eucharistique dans les Arts :

j'ai évoqué, à propos du pape Urbain IV, le miracle de Bolsena : voici ce qu'en dit Maurice Vloberg dans l'ouvrage cité plus haut :

"L'an 1263, un prêtre des provinces germaniques célèbre la Messe dans l'église sainte-Christine de Bolsena. Depuis longtemps sa foi en la Présence réelle était mise à l'épreuve ; l'angoisse du doute revenait chaque fois qu'il avait à dire les paroles sacramentelles, Hoc est Corpus meum : comment ces quatre mots pouvaient-ils faire d'un peu de pain le Corps du Christ ?
Toujours en ce tourment, il monte à l'autel de sainte-Christine : "Est-ce Lui, Jésus, qui est vraiment là ?" se demande-t-il une fois encore en prenant le pain consacré pour le rite de la fraction qui suit le Pater. Soudain, les deux parts de l'Hostie, sur la patène, se transforment en une chair vive, d'où le sang coule goutte à goutte ; seule la particule qu'il tient entre les doigts garde l'apparence du pain ; bientôt le corporal est tout empourpré, et le sang s'épanche même sur l'autel (...) Il enveloppe alors l'Hostie incarnée dans le corporal, et va en hâte les déposer dans le tabernacle de la sacristie.
Le pape Urbain IV séjournait alors dans la ville voisine d'Orvieto. Informé du miracle,il députa, pour enquêter sur place, les deux théologiens les plus capables de bien juger : saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure. Ceux-ci ayant conclu à la vérité du fait, le pontife ordonna la translation de l'Hostie et du corporal ensanglanté ; il se rendit lui-même à la rencontre de la procession, au pont de Rivo-Chiaro, reçut à genoux les témoignages palpables du miracle et les transporta dans l'église principale d'Orvieto.

Ce miracle eucharistique, en décidant le pape Urbain IV à étendre à toute l'Eglise la solennité de la Fête-Dieu, conrtribua à raviver le culte du Saint-Sacrement. Il eut un retentissement non moindre dans les arts. A la gloire de l'Eucharistie fut construite une merveille, le Dôme d'Orvieto, dont Nicolas IV posa la première pierre en 1290, et dont le Siennois Lorenzo Maïtani dirigea l'oeuvre pendant quarante ans (...) La Chapelle du Saint Corporal, dans le bras gauche du transept, perpétue le souvenir du miracle ; sur l'autel, dans une arche de marbre, un reliquaire d'argent émaillé, superbe travail de l'orfèvre Uggolino di Vieri (1338), contient les linges miraculeusement ensanglantés : sur les murs, des fresques, d'ailleurs assez médiocres, de Ugolino di Prete Hario, constituent une sorte d'épopée de l'Eucharistie.

Comme ses prédecesseurs, Jules II estimait l'importance du miracle de Bolsena, qui avait rendu sensible le dogme de la Présence réelle. Il en désigna le sujet à Raphaël pour la Chambre d'Héliodore au Vatican. Cette fresque est moins un tableau d'Histoire qu'un admirable poème de la Messe ; elle évoque surtout le calme et la force de la foi qui n'a nul besoin du merveilleux pour être assurée que l'Eucharistie est en elle-même "le miracle des miracles", comme le dit saint Thomas : "miraculorum a Deo factorum esse maximum"

Maurice Vloberg, L'Eucharistie dans l'Art. Arthaud, Grenoble - Paris 1946.
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