Vers une définition du Bien Commun

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bajulans
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bien commun et individualisme et collectivisme

Message non lu par bajulans »

Mon post sur "liberté, égalité, fraternité" et "bien commun" va finir par arriver, mais je cherche des références.

J'ai trouvé Montesquieu, Montesquieu est représentatif de tous les auteurs modernes, sauf les thomistes :
Ces premières lois leur acquièrent la liberté les secondes, la propriété. Il ne faut pas décider par les lois de la liberté, qui, comme nous avons dit, n'est que l'empire de la cité, ce qui ne doit être décidé que par les lois qui concernent la propriété. C'est un paralogisme de dire que le bien particulier doit céder au bien public: cela n'a lieu que dans les cas où il s'agit de l'empire de la cité, c'est-à-dire de la liberté du citoyen ; cela n'a pas lieu dans ceux où il est question de la propriété des biens, parce que le bien public est toujours que chacun conserve invariablement la propriété que lui donnent les lois civiles.

Cicéron soutenait que les lois agraires étaient funestes, parce que la cité n'était établie que pour que chacun conservât ses biens.

Posons donc pour maxime que, lorsqu'il s'agit du bien public, le bien public n'est jamais que l'on prive un particulier de son bien, ou même qu'on lui en retranche la moindre partie par une loi ou un règlement politique. Dans ce cas, il faut suivre à la rigueur la loi civile, qui est le palladium de la propriété.
On constate que dans la logique de Montesquieu, il y a contradiction entre bien particulier et bien public, ils ne se confondent jamais et la société représente un sorte d'ennemie du particulier. Système, selon moi, évidemment absurde.
L'Esprit des Lois Livre XXV, CH. XV.

En effet selon la doctrine du contrat social, qui explicite la devise "liberté, égalité, fraternité", au commencement est l'individu libre. Il nait libre de tout, à l'égard de ses parents, de sa patrie, de la religion, de Dieu même. Il est riche de tout et n'est lié par rien, pas même par la piété ou la justice. C'est un éfronté petit tyran.

La deuxième partie de la triade, c'est l'égalité. Là, il va falloir que notre individu, sacrifie au prochain un certain nombre de ses prérogatives et s'il venait à réclamer son héritage, culturel, religieux, patriotique, on lui rappellera l'égalité avec les autres individus. Donc on le prive de tout ce qu'il reçoit, de toute distinction avec les autres individus, de tout ce qui ne vient pas de lui.

La troisième partie de la triade, c'est encore un idéal, une valeur sociale, qui me semble avoir une valeur de moyen : il faudra s'il venait à n'accomplir pas l'idéal de l'égalité, qu'il sacrifie ses biens, même acquis par son talent ou son industrie, pour les autres et c'est l'objet de la "fraternité". Sur ce point le dépouillement ne sera jamais total.

Donc selon cette triade, il n'existe rigoureusement aucun bien commun. Le bien commun, à la rigueur, c'est cette triade, mais sorti de là il n'existe rien de commun : soit c'est à moi et je suis entièrement libre, soit je dois le sacrifier aux autres pour atteindre l'idéal de l'égalité par le moyen de la fraternité et ce n'est plus à moi, ça m'est étranger et je suis "généreux", mais c'est dans le fond mauvais pour moi, cela m'appauvrit.

En revanche la doctrine du bien commun, va tenter et à mon avis arriver à montrer qu'il ne s'agit pas d'être méchant avec soi-même pour être bon avec les autres mais que le bien commun est meilleur pour chacun que son bien propre.

Les deux "doctrines" vont se retrouver sur le plan des réalisations pratiques. C'est d'habitude la deuxième partie des déclarations des droits de l'homme.

Pour les partisans des biens communs, comme pour les partisans de la triade, il ne faut pas être dépouillé de sa liberté de ses biens, de sa santé etc. Toutefois, les déclarations des droits de l'homme vont, jusqu'à, je crois, la déclaration européennes des droits de l'homme (influence des démocrates chrétiens ?) qui va la mentionner, passer sous silence les questions concernant les biens obtenus par et dans les familles.

Cependant pour les partisans de la triade, en raison de la contradiction interne entre les trois idéaux, qui laissent l'esprit dans la confusion, dans la contradiction, nous allons passer du libéralisme au collectivisme ou bien à toutes les nuances intermédiaires, les compromis imaginables, mais toujours sur le fondement de cette triade. Sur le plan philosophique, cela correspond à l'idéalisme, qui tout occupé à "fonder les valeurs" passe d'une idée à une autre, en en faisant des absolus contradictoires, sans s'occuper de la réalité, des choses telles qu'elles sont. Je vais m'attacher à retrouver une citation de Gilson sur la question, dans laquelle il semble conclure, si mes souvenirs sont fidèles, que l'idéalisme est le père de tous les extrêmismes.

Or dans la doctrine du bien commun, si mon voisin n'est pas injustement privé de ses biens, non seulement c'est bon pour lui mais c'est bon pour tous et donc pour moi. Si je dois renoncer à un terrain pour qu'il se construise une route, c'est bon pour les autres, mais c'est bon pour moi aussi etc.

Et même si tout le monde reçoit ce qui lui est dû, non seulement c'est bon pour ceux qui reçoivent mais c'est aussi bon pour les autres qui donnent ("Qui paie ses dettes s'enrichit", dit-on dans ce sens). Et ce bien est meilleur que mon bien propre, mon bien singulier, car non seulement il fait plus d'heureux, mais il est moralement meilleur. Il surpasse mon bien singulier en quantité et en qualité. Cela en raison de ce que, comme homme, et donc comme être raisonnable, ma participation à ce bien est meilleure pour moi, car ce bien est supérieur, donc le bien commun est plus désirable que le bien singulier, particulier. Dans ce cadre, plus de "générosité", soit c'est du bien commun et il est meilleur pour moi, soit c'est de la charité, mais ce n'est plus de la justice et donc ne concerne plus directement l'organisation sociale, mais la conscience.

Je préfère la doctrine du bien commun, qui me semble plus apaisante pour l'esprit.

A mon avis pour répondre à Christian, le bien commu se promeut tous les jours et le "programme" que l'on peut avoir n'empêche pas qu'effectivement nous ne connaissons pas l'avenir. Mais cela est le lot de toute l'humanité, nous faisons des projets, mais les hommes proposent et Dieu dispose. Ces programmes doivent évidemment tenir compte de la situation, des circonstances actuelles et celles prévisibles.

Vous me semblez, cher Christian, avoir une vue bien hobbesienne (et donc moderne) de la vie en société : l'Etat n'a pas que la violence à sa disposition, il ne l'emploie même que rarement, il a l'éducation, les arguments, le consentement général et bien d'autres choses qui ne me viennent pas à l'esprit, pour mettre en oeuvre ses obligations et sa politique.
Loué soit Jésus-Christ
Christian
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Message non lu par Christian »

Cher Bajulans,

J’espère avoir montré dans mes précédents articles les deux évidences suivantes :

Il ne peut pas y avoir de conflit profond entre une collectivité quelle qu’elle soit et une personne, lorsque la personne adhère volontairement à cette collectivité. La personne adhère justement parce qu’elle voit son bien dans la poursuite du bien commun de cette collectivité.

En revanche, il y a toujours conflit lorsque les représentants de la collectivité doivent soumettre une ou plusieurs personnes qui refusent d’adhérer à leur vision du ‘bien’ (qui n’est alors plus ‘commun’).

Ne nous trompons donc pas. Le bien commun existe. Pour chacun de nous, il est celui que nous identifions au sein d’une communauté à laquelle nous nous agrégeons (famille, association, entreprise, église…). Notre bien personnel est alors augmenté sous forme de satisfactions psychiques et matérielles et le bien de la communauté est renforcé de notre contribution.

En revanche, il est clair que si des personnes n’ont pas adhéré volontairement à une communauté qui prétend alors les contraindre, le bien de cette communauté est diminué du coût de policer ces dissidents (lutter contre la faible productivité, les stratégies d’évitement, l’évasion fiscale, etc.) ; en même temps, le bien des dissidents est fortement affaibli psychiquement et matériellement.

Ou le bien est commun, ou il ne l’est pas. Tous les discours de légitimation des puissants du moment et de leurs intellectuels konninckiens ne résistent pas à cette évidence.

Cordialement

Christian
Charles
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Message non lu par Charles »

Christian,

si le bien commun tel que le définit Charles de Konninck n'existait pas, il n'existerait pas une seule société humaine. Tu n'as pas compris ce que dit Charles de Konninck : le bien commun est celui de la société elle-même, quelle que soit l'état de cette société. Si tu dis qu'il n'y a pas de bien commun pour ta ville ou ton pays, cela signifie qu'ils n'existent pas, purement et simplement ou bien que c'est un mal de vivre en société. Or les sociétés existent, indépendament de l'adhesion délibérée de leur membres. Il est impossible de prouver que quelque part aient existé des individus antérieurement à toute société.

Si par exemple je suis boulanger et que j'ai en haine la société, pourtant, en faisant mon pain je réalise aussi le bien commun. Et si je décide de refuser de continuer à faire du pain, je participe encore à la réalisation du bien commun, en allant l'acheter chez un autre boulanger et ainsi en lui permettant de gagner sa vie. Parce que le bien commun est la perfection même de la vie sociale.

Les situations d'effondrement du bien commun sont très rares. C'est par exemple l'exode en 1940, quand chacun abandonne son poste chacun est privé de tout ce qui fait sa vie quotidienne et auquel chacun participe par son acttivité ou seulement son existence. Plus personne pour traire les vaches, plus de lait ni d'ouvriers à la fromagerie, plus de fromage ni d'épicier à l'épicerie, plus de clients dans l'épicerie, plus de professeurs ni d'enfants dans les écoles, de prêtres ni de paroissiens dans les églises... Si chacun cesse de participer à la réalisation du bien commun, personne ne trouve plus de quoi vivre matériellement, socialement, culturellement, spirituellement. Celui qui revient sur ses pas et trouve la ville désertée fait l'expérience de l'absence du bien commun qui est le bien auquel l'activité de tous contribue et dont tous bénéficient en retour. C'est la perfection, la bonté même de la vie sociale. Et cela indépendamment du mon choix individuel.

Il y a une réalisation du bien commun dans toute société, mêmes dans les totalitaires et dans les ultra-libérales. Seulement dans deux cas-là, le bien commun est très faiblement réalisé dans sa dimension politique et de justice. Mais cela n'empêche pas qu'il vaut mieux une société ultra-libérale ou totalitaire que pas de société du tout. Parce que même si ces modèles sont pervers, les hommes vivent malgré tout leur vie, mangeant, ayant des enfants, travaillant, buvant une bière de temps en temps. Ce qui est quand même largement au-dessus d'une société ravagée par la guerre, le choléra ou la famine et où tout s'effondre dans tous les domaines pour tout le monde et où c'est chacun pour soi. Des oeuvres comme La guerre des mondes (Wells) ou le Nuage vert (Neill) décrivent un fantasme d'effondrement du bien commun. Quand ça arrive plus aucun lien social n'est effectif (impossible d'aller à l'école, d'acheter du pain, de recevoir une lettre, etc.) et l'on est seul au milieu d'un désert ou d'une foule de gens seuls qui ne se connaissent pas et sont incapables de revivre entre eux les liens sociaux (le boulanger ne sait pas quoi faire de son métier qu'il ne peut exercer, et même chose pour tous les autres, les compétences de socialisation et de travail devenant vaines).
Dernière modification par Charles le ven. 09 sept. 2005, 15:30, modifié 1 fois.
Christian
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Message non lu par Christian »

Charles,

Voyons en quoi nous sommes en désaccord.

J’ai soutenu tout au long de ce fil que le bien commun de l’humanité était le Droit

(la majuscule précise qu’il s’agit du droit de propriété de chacun sur son corps et ses biens, pas le droit positif ou législation, variant au gré des humeurs des puissants du moment).

Comme je l’ai écrit souvent, on ne peut pas imaginer une société, fût-elle une mafia, qui proclame ‘c’est ok de tuer, violer, voler, ne pas tenir ses promesses…’. Cette société se décomposerait aussitôt. Ce qu’on fait à ceux en dehors de la société, y compris les esclaves, est une autre affaire. Mais on peut affirmer que le Droit est effectivement un bien commun à chaque société. La mondialisation est simplement ce processus qui fait passer (lentement) ce bien, commun à chacun, en bien universel. Le Droit que je reconnais à chaque membre de ma société et attend qu’il respecte envers moi, je le reconnais et l’attend de tous les êtres humains.

D’accord donc avec toi. Un zone de non-droit est une zone de non-société.

Le boulanger et ses clients dans ton exemple respectent le Droit. Mais ils n’ont que cette valeur en commun. Pour paraphraser Adam Smith, les clients n’attendent pas de la bienveillance du boulanger qu’il se lève avant l’aube pour cuire ses miches. Il ne cherche dans son métier que son intérêt personnel, et ceux qui le payent, que la satisfaction de leur faim. Boulanger et clients sont en société, c’est essentiel, mais ne font pas société.

Chacun de nous, avec des gens choisis, souhaitons construire une relation plus intense que celle de voyageurs dans une gare respectant le Droit pour ne pas se cogner. Nous voulons fonder une famille, militer dans une assoc’, vouloir faire grandir une entreprise, etc. Nous cherchons un lien plus fort que celui du Droit. Il nous est donné lorsqu’un projet nous réunit au sein d’une communauté.

La confusion entre notre projet personnel et celui de la communauté nous apporte nos satisfactions les plus profondes. Nous éprouvons alors le sentiment d’exister pour quelque chose qui nous dépasse. Nous ne sommes plus dans le monde froid du calcul égoïste, comme disait Marx, mais nous poursuivons un bien commun à d'autres et que nous apprécions parfois plus que notre propre vie.

S’il est légitime que les êtres humains cherchent cette satisfaction profonde en s’associant avec autrui (dans le respect du Droit), il est illégitime (et contre-productif) qu’une communauté mobilise hommes et femmes qui ne veulent pas de son projet.

Or il est inconcevable aujourd’hui qu’un même bien, hormis le Droit, puisse être poursuivi unanimement par la population hétérogène (économiquement, religieusement, ethniquement, etc.) qui cohabite sur un territoire de la taille d’un pays, voire même d’une ville.

C’est pourquoi un projet de gouvernement à ce niveau de ville ou d’Etat ne peut légitimement consister qu’en une volonté de faire respecter le Droit. A chacun alors de s’associer avec qui il/elle veut pour poursuivre d’autres biens.

Christian
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Message non lu par Exupère »

Bonjour,

J'ai lu vos passionants échanges et ne résiste pas à l'envie d'y plonger subitement à mon tour. Les posts de Christian m'interpellent; ils sont excessivement bien structurés, en apparrence fort logiques et imprenables. Mais pour une raison qu'il m'est difficile de décrire avec précision, ce sont toujours les réponses d'intervenants comme Christophe ou Charles qui font mouche.

Ainsi va du dernier de vos posts, Christian: il commence par le Droit bien commun, se déroule impeccablement, rien à re-dire, et se finit par le Droit, seul bien commun social possible (à grande échelle, donc de nos jours, partout). La boucle est bouclée, il suffit de préserver ce Droit et la société est solide.

Seulement voilà... qui est ce Droit? Vous dîtes qu'il varie avec les puissants... mais il a bien un début? Une origine, une inspiration, une Morale. Cette Morale sous-jacente, quelle est-elle? Qui a le droit de la discuter, de la modifier, de l'éclater, de l'affiner? Quel poids sur le Droit ont l'imaginaire, la Tradition, l'Histoire?

Je connais un grand nombre de sociétés sur cette planète Christian, probablement comme vous. Elles sont toutes régies par des codes du Droit de chacun, quasiment tous très précis, léchés, étudiés à la virgule près. Il y a certaines de ces sociétés qui obéissent au Droit local par intérêt, par peur, par soumission: "c'est comme ça, c'est la Loi, la police nous surveille, etc..." - et d'autres qui y adhèrent parce qu'elles comprennent ce Droit commun, et surtout sa Morale sous-jacente. Parce qu'elles adhèrent au projet collectif de Bien commun, et donc à certaines définitions de Bien et de Mal.

- Les premières sociétés sont soit chaotiques (Nigéria, Indonésie, Brésil, Liban - et de plus en plus des pays comme la France ou le Royaume-Uni), soit très calmes en apparrence mais extrêmement fragiles en réalité (ex-URSS, Arabie Saoudite, Corée du Nord). Elles filent toutes vers des zones de non-Droit, donc de non-sociétés, les premières lentement mais continuellement, les secondes d'un coup brusque.

- Les autres sociétés sont plutôt libres, mais aussi uniformes et consensuelles (en général spirituellement, racialement, culturellement - ou au moins deux de ceux-ci) - citons l'Islande, la Pologne, le Japon par exemple, et à des degrés moins marqués l'Italie, l'Irlande et même les Etats-Unis.

Alors oui, le Droit commun est le seul grand projet auquel une société de grande taille peut adhérer... mais cette adhésion doit être libre, consciente et très largement consensuelle - quitte à devoir "expulser" des personnes de cette société.
Je pense qu'un pays comme la France a depuis longtemps dépassé le stade où il pouvait encore sans trop de dégâts rétablir un consensus de ce type; il va donc vers l'implosion, à plus ou moins long terme suivant que les politiques menées seront plutôt chaotiques (donc libérales - voir Sarkozy) ou plutôt collectivistes (donc socialistes - voir Fabius). Ainsi je pense qu'un Sarkozy au pouvoir prolongera la durée de vie de la France mais ne la soignera pas de ses maux; je pense qu'un Fabius au pouvoir diminuera la durée de vie de la France et aggravera ses maux. Entre les deux, mon coeur balance ;-)

La préservation de ce seul bien social commun qui est le Droit n'a donc de sens que si les citoyens comprennent pourquoi il est bon et sain, au fond, de respecter ce Droit. Il faut donc le leur expliquer, et ce dès le plus jeune âge. S'ils ne le comprennent plus et que l'on ne peut plus réunir les conditions pour le faire comprendre, alors la société éclatera pour en former une autre, ou d'autres, basées sur des Droits communs qui seront à nouveau compris de leurs citoyens.

Cordialement,
Ex
- Quiconque donc écoute les paroles que je viens de prononcer et les met en pratique ressemblera à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc -
Mt 7, 24
Christian
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Message non lu par Christian »

Bonjour Exupère,
Seulement voilà... qui est ce Droit? Vous dîtes qu'il varie avec les puissants... mais il a bien un début? Une origine, une inspiration, une Morale. Cette Morale sous-jacente, quelle est-elle? Qui a le droit de la discuter, de la modifier, de l'éclater, de l'affiner? Quel poids sur le Droit ont l'imaginaire, la Tradition, l'Histoire?
Les plus anciens sur ce forum qui subissent régulièrement mes articles ;-) savent peut-être ce que j’entends par le Droit.

Sans vous renvoyer à d’autres fils, permettez-moi de citer à nouveau l’article auquel vous répondez:

J’ai soutenu tout au long de ce fil que le bien commun de l’humanité était le Droit

(la majuscule précise qu’il s’agit du droit de propriété de chacun sur son corps et ses biens, pas le droit positif ou législation, variant au gré des humeurs des puissants du moment).

Comme je l’ai écrit souvent, on ne peut pas imaginer une société, fût-elle une mafia, qui proclame ‘c’est ok de tuer, violer, voler, ne pas tenir ses promesses…’.


Le Droit de propriété est universel. Toutes les langues connues disposent d’un pronom personnel séparant le mien du tien du sien. Toutes les sociétés humaines appliquent en leur sein les règles issues du Droit de propriété, ne pas tuer, violer, mutiler, ne pas voler, ne pas tromper...

Certains, par définition, les puissants, s’affranchissent de cette prohibition générale. Mais ils ne peuvent le faire, même dans la société la plus primitive, qu’en légitimant leur transgression. Ils tuent, volent, etc., au nom de ‘la loi des ancêtres’, ‘l’ordre voulu par Dieu’, ‘la sécurité de l’Etat’, ‘la justice sociale’… Ce que nous appelons ‘la politique’ est le discours de légitimation de ces transgressions du Droit : qui est habilité à les pratiquer, jusqu’à quel degré ? Le fait qu’il faille toujours une légitimation valide a contrario la règle. Celui qui n’a pas de justification est un criminel.

L’imaginaire, la tradition, l’histoire que vous conviez ici, ne concernent que les transgressions et leur discours de légitimation. Le Droit, lui, reste immuable. Il y a toujours de la propriété, acquise par première appropriation, échangée ensuite, ou donnée.

Le libéralisme est la philosophie qui voudrait ramener la société au plus près du Droit. Parce que le Droit est le bien commun des hommes, ce sont les discours de transgression du Droit qui les opposent. ‘Dans ton cinéma, tu ne passeras pas de films porno’ ; ‘Sur ton terrain, tu ne construiras pas une église’ ; ‘Tu épouseras Abdul, qui aura l’usage de ton corps et contrôlera ta vie’ ; ‘Tu n’achèteras pas de produits qu’un Chinois veut te vendre et que tu es d’accord de payer’ ……

Comme nous ne serons jamais d’accord sur qui a le droit de transgresser la propriété d’autrui (il n'y a jamais unanimité en politique), renonçons à transgresser. Laissons les gens mettre en commun volontairement ce qui leur appartient (dans le mariage, l’investissement, les activités philanthropiques…). La sécurité de chacun s’en trouvera augmentée (et ce sont les pauvres qui sont le plus facilement volés, y compris par les hommes de l’Etat), l’énergie de tous sera libérée. Incidemment, nous formerons aussi une société plus conforme à la morale chrétienne.

Cordialement

Christian
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Bien propre & Bien commun

Message non lu par Christophe »

Bonjour à tous !

A l'attention de Bajulans en particulier, je signales l'existence du topic Personnalisme et Individualisme, dont le message initial que j'ai rédigé faisait justement suite à ma lecture de l'oeuvre sur le Bien commun de Koninck.

Ce débat, auquel - faute de temps - je n'ai pas pu participé activement, est passionnant. :)

Le bien propre de chaque homme, sa fin dernière, le but suprême de son existence n'est en aucune façon la sauvegarde de cette même existence, ni des biens qu'il aura acquis pendant celle-ci : c'est le salut de son âme. C'est à cette seule fin qu'il doit consacrer sa vie, y compris en la sacrifiant si tel est son devoir. Ceux qui auront voulu sauver leur vie la perdront...

Le bien commun, c'est le bien à atteindre en commun, et c'est aussi le bien propre de la société. Mais la société n'est pas sauvée collectivement : le bien commun n'est pas la somme des biens propres des citoyens. Par contre, le bien commun de la société est effectivement commun en ce sens qu'il est subordonné au bien propre de chaque homme : le bien commun est l'ensemble des conditions sociales qui permettent à la personne humaine de parvenir "plus pleinement et plus aisément" à sa propre perfection : sa félicité.


In Christo, gaudium.
Christophe
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bien commun et droit

Message non lu par bajulans »

Répondant à Christian et à Christophe il me semble pour Christophe que le bien commun n'est pas subordonné au bien singulier, mais au contraire il en constitue la partie la plus noble et la plus désirable. (De Koninck)

Pour Christian, il me semble que le droit fait partie du bien commun, mais que l'on peut apréhender d'autres biens communs. L'urbanité, la compassion, la bonne entente, la paix sociale et tant et tant d'autres choses qui n'entrent pas dans le champ du droit font partie du bien commun. Sous ce rapport, le droit ne serait qu'un moyen pour atteindre au bien commun.

D'autre part les mobiles du boulanger ne sont pas uniquement de gagner de l'argent, même honnêtement, il s'agit pour lui de faire bien son devoir et d'en tirer un légitime bien personnel, ce qui est plus ample. Pour être plus concret, par exemple, de participer au service du public en satisfaisant une partie de ses besoins en nourriture saine et agréable. Ce bien commun que le boulanger réalise est pour lui plus noble et plus désirable que le fait de gagner de l'argent, lequel but n'est pas méprisable, mais moins bon (ça ne veut pas dire mauvais) que sa participation au bien commun de la nourriture du public (par exemple). Vérification concrète de la thèse thomiste de De koninck.

Enfin pour Christian, il me semble que les sociétés sont hiérarchisées et certaines nécessaires, d'autres simplement utiles, mais facultatives.

La famille et l'Etat, lui-même composé de familles sont les deux sociétés absolument nécessaires. Ce qui entre dans le champ de l'Etat est un bien commun nécessairement complété par les familles. Il conviendrait dès lors de préciser les matières regardant l'Etat, sa compétence juridique, en vue de quel bien.

Formellement le bien commun à la charge de l'Etat sera différent, mais en accord profond avec celui des branches d'activités, des entreprises, des familles, des individus etc. en assurant leur sécurité, leur liberté.

Le bien commun n'est pas un projet, il est un bien qui se réalise du fait de la vie en société. Le projet ne sera qu'une partie du bien, en ce qu'il proposera des amélioration de fonctionnement.

Enfin bien sûr, la repression ne doit se concevoir que contre les délinquants et non contre les idéologies, les projets divergeants, la liberté faisant aussi partie du bien commun. Si l'on veut à l'exemple de Pol Pot, lui-même disciple de nos marxistes français, tout refaire, faire du passé table rase, on fait le Cambodge, où plutôt on promeut son suicide par anéatissement du bien commun, (voir le post de Charles)
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Christophe
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Bien commun & Bien propre

Message non lu par Christophe »

Cher Bajulans,
bajulans a écrit :le bien commun n'est pas subordonné au bien singulier, mais au contraire il en constitue la partie la plus noble et la plus désirable. (De Koninck)
C'est effectivement la position défendue par Charles de Koninck en 1943 dans son ouvrage De la primauté du Bien Commun contre les personnalistes. J'ai déjà longuement exposé ma propre compréhension du concept de Bien Commun, et je ne vais pas y revenir. Mais il me semble que le développement du Magistère, ultérieur à l'oeuvre de Koninck, désavoue ce point de la doctrine koninckienne. Pour faire court, je me contenterai de citer - à l'appui de ma position - quelques extraits du nouvel Abrégé du Catéchisme de l'Eglise Catholique :

Question 401 : En quoi consiste la dimension sociale de l'homme ? ( 1877-1880 ; 1890-1891 )
En même temps qu'il est appelé personnellement à la béatitude, l'homme a une dimension sociale, qui est une composante essentielle de sa nature et de sa vocation. Tous les hommes sont en effet appelés à la même fin, Dieu lui-même. [...]

Question 402 : Quel est le rapport entre la personne et la société ? ( 1881-1882 ; 1892-1893 )
Le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales sont et doivent être la personne. [...]

Question 407 : Qu'est-ce que le bien commun ? ( 1905-1906 ; 1924 )
Par bien commun, on entend l'ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aux groupes et aux personnes d'atteindre leur perfection.
____________________
Dans sa première encyclique sociale, Rerum Novarum ( 1891 ), SS le pape Leon XIII rappelle significativement que l'homme est ordonné à sa fin dernière : la béatitude éternelle. ( RN 18.32 ) Dieu à crée l'homme pour le rendre participant de Sa vie bienheureuse.
Les institutions sociales - artificielles, naturelles ou surnaturelles - sont des institutions humaines et sont donc, très logiquement, ordonné à la fin dernière de l'homme. Le saint concile de Vatican II affirme ainsi que tout sur la terre doit être ordonné à l'homme comme à son centre et à son sommet. ( GS 12.1 ) Cette centralité de la personne humaine est un des grands principes de la Doctrine sociale de l'Eglise.
Le Bien commun, qui est la fin poursuivie collectivement par la société, est ordonnée à la fin dernière de l'homme : le bien commun est ordonné au bien propre de la personne humaine. Concrètement, la réalisation du bien commun est un auxilliaire sinon indispensable, en tout cas hautement favorable, à la réalisation de la vocation humaine.


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Christophe
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pas de contradiction

Message non lu par bajulans »

A bien relire De Koninck, on ne peut dire qu'il dit de la société va contre ce que disent vos citations.

J'aime bien ce que dit St Bernard à au moins deux reprises, et qui parle de notre bien et de celui des autres, qui sont intimement liés, ce que notre saint fait bien comprendre :
« Celui qui n'est pas bon pour lui-même, peut-il avoir de la compassion pour les autres ? (St Bernard, semon sur le Ps XC - XI)

"D'ailleurs pour qui est-il bon, celui qui n'est pas bon pour lui-même ? (St Bernard sermon aux chevalier du Temple.) CH. VIII & 15
Il faut donc être bon pour soi, pour être bon pour les autres. C'est une évidence que St Bernard nous rappelle.

De Koninck :
La société humaine est faite pour l’homme. Toute doctrine politique qui ignore la nature raisonnable de l’homme, qui nie, par conséquent, sa dignité et sa liberté, est viciée a la racine et soumet l’homme à des conditions inhumaines. C’est donc à bon droit qu’on s’insurge contre les doctrines totalitaires au nom de la dignité de l’homme.
Ce qui ne l'empêche pas d'affirmer :
"Le bien commun est le meilleur des biens propres."
(Charles De Konninck, PRIMAUTE DU BIEN COMMUN)

Il n'y a aucun divorce entre la société et l'individu et ses semblables, ses frères pour lesquels elle est faite. C'est la différence entre la triade "liberté, égalité, fraternité" et le bien commun. N'ayez pas peur, le bien commun n'est pas et ne peut être totalitaire (car alors, le bien n'est plus commun), en revanche, sous couvert d'égalité et de fraternité des régimes ont promu le totalitarisme.

Sur ce point le post de Charles fait bien comprendre ce qu'est concrètement le bien commun et je le relis et le méditerai encore. Lorsque le bien commun disparaît, tout le monde souffre extrêmement, voire meurt ou au "mieux", on peut être réduit à des extêmités, on ne peut plus jouir de la paix, de la bonne entente, de l'entr'aide, de la protections des droits de tous et chacun qui constituent des biens supérieurs, atteints seulement en société et dont tous et chacun jouissent, alors que l'on peut imaginer que me resterait la jouissance, légitime, de mes satisfactions purement personnelles (comme par exemple être bien nourri, et disposer d'eau potable, dans une maison confortable). C'est pourquoi on disait qu'il était meilleur pour les communistes de vivre dans une société libérale, car par un triste paradoxe les sociétés libérale assuraient mieux le bien commun et alors même que les apparatchiks vivaient confortablement au milieu d'un peuple misérable.

Si Dieu est le bien commun de l'humanité, comme le disent vos citations, il ne peut s'agir d'être contre l'individu et de le priver de son bien propre, dans lequel bien propre on distingue : 1) propre singulier 2) propre commun.

Si j'en ai le temps, j'essaierai de composer un post sur le véritable sens de ce que dit De Koninck, des rapports avec les déclarations des droits de l'homme, tentant d'être plus concret pour descendre dans l'ordre de l'intellect à des matières plus immédiatement accessibles. Car, ce qui rend le texte de De Koninck si difficile, c'est son abstraction extrême et aussi quelques expressions polémiques inutiles qui risquent de parasiter la lecture, déjà très difficile.

Je tâcherai de commenter votre post sur le bien commun dès que possible.
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commentaire de Christian

Message non lu par bajulans »

1. Qu’est-ce que le Bien ?

Le Bien est l'objet de la volonté de Dieu. Le Bien est la fin de toute chose. Le bien propre d’une chose est la volonté de Dieu pour cette chose particulière : elle est sa vocation dans le dessein de Dieu. Par application du principe harmonique, tous les biens particuliers trouvent leur cohérence dans leur ordonnancement au bien universel.
Moi, je n'ai rien à redire à cette définition. Je savais, que le bien est l'objet de la volonté. Que tout le monde cherche à faire le bien, même ceux qui se trompent.

Que l'homme donc s'estime son prix. Qu'il s'aime ; car il a en lui une nature capable de bien
Dit Pascal dans les PENSEES, Edition de 1675, orthographe moderne & 1021 (voir site ABU)

Lien :

http://abu.cnam.fr/cgi-bin/go?penseesXX1,1021,1040

C'est un bien qu'il s'aime lui-même, c'est un bien meilleur qu'il s'aime ensemble avec ses semblables.

Mais il me semble que l'homme, dans sa condition présente est capable de bien, donc du bien commun. Il est selon l'expression "un petit dieu", fait à l'image de Dieu, il trouve en sa volonté l'image de Dieu, et un de ses biens, c'est sa liberté qui lui donne la capacité de choisir entre des biens.

En sa qualité de dieu, l'homme désire un bien plus grand que son bien purement personnel, il est capable d'un bien plus grand qui est le bien qu'il partage, en lequel il communie avec ceux de ses semblables. De même que, analogiquement, Dieu vit lors de la création que tout était bon, mais que l'ensemble était très bon. (Gen.)

Je me permets de proposer d'ajouter à votre définition et pour définir le bien de l'homme, tant singulier que commun :

"Par application du principe harmonique, tous les biens particuliers trouvent leur cohérence dans leur ordonnancement au bien universel, Dieu Lui-même. Dans le cas de l'homme capable d'intelligence et de volonté libre, sans dédaigner son bien propre singulier, le bien plus parfait de l'homme se trouve dans la possession du bien commun qu'il possède avec ses semblables, bien promu par l'organisation, normalement consensuelle, des volontés dans les différentes sociétés (exemples : Etat, famille, entreprise, branche d'activité)."

Qu'en pensez-vous, Chers Amis ?

Ce genre de définition n'empêche nullement les divergences d'opinions, puisqu'elle les fonde (liberté), mais met l'accent sur le bien minimum, sans lequel nous ne pouvons vivre, car il ne peut s'agir de tout détruire, pour assurer un projet "ex nihilo".
Loué soit Jésus-Christ
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le P. Leclère

Message non lu par bajulans »

Le court texte du P. Leclère sur les principes politique est, à mon avis, fondamental car il médite sur la nature matérielle du bien commun, sa source :
On doit donc voir que la source de toute souveraineté se trouve dans la soumission au bien commun de la cité. Et ce n’est pas l’homme qui définit selon sa seule volonté ce qui est bien, mais il doit, pour connaître ce qui est bien objectivement, connaître sa nature. Mais l’auteur de la nature humaine et de l’être de chaque homme est encore l’auteur de la société humaine et du bien commun de la société humaine et donc de l’autorité de celui qui doit voir le bien commun et le réaliser par l’ordre de la cité que produit son gouvernement. La source de toute activité, et en particulier de l’autorité, est Dieu.
Or le bien de l'homme selon sa nature, c'est d'être libre, c'est pourquoi un régime qui entraverait la liberté de l'homme (contenue dans de juste limite) ne serait pas un régime conforme au bien commun, mais contraire à celui-ci. Le bien commun principal réside donc dans la nature humaine qui est pour un être intelligent, d'être bon pour lui et pour les autres, et libre etc.

C'est pourquoi lorsque mon concitoyen est opprimé, ce n'est au titre d'une fraternité qui me coûterait en bien particulier, mais au nom du bien commun, qui est mon bien que je lui viens en aide dans la mesure de mes moyens et la plupart du temps par l'intermédiaire de l'autorité publique. Et le bien de mes concitoyens, c'est mon bien car c'est mon bien de vivre dans une société où chacun reçoit ce qui lui est dû (la possibilité de vivre en famille , en paix avec la liberté, l'éducation etc.) Ce bien commun qui est, aussi, à moi m'est plus précieux que le bien purement individuel de pouvoir manger à ma faim, mais sous la menace de l'arbitraire, de la violence aveugle, menaces communes à tous mes concitoyens et qui donc m'atteint avec eux. De plus le bien de la liberté, de la justice est plus élevé que le bien de pouvoir manger à ma faim, même si celui-ci est plus nécessaire à la vie matérielle, mais ce besoins satisfait est purement personnel, ne se partage pas et cette satisfaction c'est celle de chaque individu y compris les animaux, alors que la liberté, la possibilité de bien vivre (selon le bien commun) est le propre de l'homme et donc forcément plus élevé.

C'est ici le point de jonction entre les droits de l'homme et le bien commun. On constate aussi combien la doctrine de la primauté du bien commun garantit beaucoup plus certainement les droits de l'homme que les déclarations athées et qui supposent une dialectique entre bien singulier et bien commun (en fait liberté d'un côté et égalité et fraternité de l'autre).

Le bien commun étant le but de chaque association, on voit de ce fait que le bien commun ne peut aller contre la nature humaine laquelle a droit individuellement et encore plus collectivement à la liberté, la propriété, la sûreté etc.

De même il distingue la partie d'un tout substantiel (comme l'oeil par rapport au corps) et la partie d'un tout de finalité comme la société humaine (la personne par rapport à la société)
Alors qu’une partie physique est purement et simplement pour le tout auquel elle appartient, l’homme est pour la société en tant que la société est son bien. La société n’est pas pour l’homme en tant qu’il est un singulier, mais est le bien commun de chaque homme en tant que commun. Servir la société n’est donc pas renoncer à son bien propre mais au contraire c’est embrasser son bien suprême en tant que commun. Agir en sachant que l’on ne peut vivre sans la communauté politique à laquelle on appartient naturellement et même agir conséquemment à cela voilà la vertu (S. Th. II-II, Q.26, a.3, c). Et cela non pas seulement selon l’ordre surnaturel de la charité mais déjà pour la droite raison : " sicut Philosophus dicit, in VI ethic., quidam posuerunt quod prudentia non se extendit ad bonum commune, sed solum ad bonum proprium. Et hoc ideo quia existimabant quod non oportet hominem quaerere nisi bonum proprium. Sed haec aestimatio repugnat caritati, quae non quaerit quae sua sunt, ut dicitur I ad Cor. XIII. Unde et Apostolus de seipso dicit, I ad Cor. X, non quaerens quod mihi utile sit, sed quod multis, ut salvi fiant. Repugnat etiam rationi rectae, quae hoc iudicat, quod bonum commune sit melius quam bonum unius. " (S. Th. II-II, Q.47, a.10, c). Aussi saint Thomas d’Aquin écrit explicitement : " ille qui quaerit bonum commune multitudinis ex consequenti etiam quaerit bonum suum "(Ibid. ad 2um)
Traduction de la dernière phrase "Celui-là qui cherche le bien commun de la multitude, cherche malgré tout et en conséquence son bien propre."
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Christian
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Le P Leclère et autres philosophes du Bien commun

Message non lu par Christian »

Bonjour Bajulans,
Le court texte du P. Leclère sur les principes politique est, à mon avis, fondamental car il médite sur la nature matérielle du bien commun, sa source :
Citation:
On doit donc voir que la source de toute souveraineté se trouve dans la soumission au bien commun de la cité. Et ce n’est pas l’homme qui définit selon sa seule volonté ce qui est bien, mais il doit, pour connaître ce qui est bien objectivement, connaître sa nature. Mais l’auteur de la nature humaine et de l’être de chaque homme est encore l’auteur de la société humaine et du bien commun de la société humaine et donc de l’autorité de celui qui doit voir le bien commun et le réaliser par l’ordre de la cité que produit son gouvernement. La source de toute activité, et en particulier de l’autorité, est Dieu.
Tous ces textes sur le bien commun affichés ici sont justes — pour la « cité catholique ». Mais l’humanité toute entière n’est pas une « cité catholique ». La petite France ne l’est même pas. Que peut faire un incroyant du texte du P. Leclère ? Que peut dire un musulman de cette affirmation «La source de toute activité, et en particulier de l’autorité, est Dieu.», sinon que nous devons adopter la charia ?

Je m’intéresse tant à ces problèmes du vivre-ensemble, libertés, économie, violence, que pour la nouvelle dimension qu’ils prennent dans nos pays multiculturels et notre monde globalisé. Il ne peut plus y avoir une voix exprimant ‘la France’ (ni aucun autre pays). Il n’existe plus un riche ensemble de valeurs partagées par toute la population. La question qui se pose est de trouver ce plus petit commun dénominateur qui permet aux êtres humains de cohabiter sur la planète, puis, sur cette plateforme, laisser les communautés bâtir chacune leur mode de vie, en permettant seulement la défection (libre passage d’une communauté à l’autre).

Il existe donc, à mon avis et à ce point de ma réflexion, un bien commun de l’humanité, qui est le Droit ; puis compatible avec celui-ci, mais l’enrichissant d’autres apports, des biens communs à chaque membre d’une communauté (le bien des employés d’IBM, le bien des catholiques romains, le bien des Inuits, le bien de l’équipe de foot PSG, le bien de ma famille, etc.)

Il me semble que sur ce merveilleux forum, nous vivons en vase clos. Il est absolument nécessaire d’approfondir et fortifier sa propre foi, mais regardons autour de nous, le monde n’est pas évangélisé. Nous ne pouvons pas lui donner une législation comme si il l’était — pas plus que les musulmans ou les athées ou les végétariens ou les socialistes ne peuvent légitimement nous imposer la leur.

Christian

PS Et quelle serait la singularité des chrétiens et leur exemplarité si tout le monde était soumis à la même loi ?
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bien commun de tous

Message non lu par bajulans »

Cher Christian,

Si demain la France est gouvernée par un athée, un musulman (quod Deus advertat) sa volonté sera la volonté de Dieu. Bien sûr s'il veut imposer la chariah, la lapidation des femmes adultères, la dihmitude et autres horreurs, il n'aura aucune autorité réelle (car ce sera une volonté contraire au bien commun), mais s'il se contente de poursuivre une politique modérée tendant à la concorde et à la paix, il sera revêtu de l'autorité et ses décisions seront obligatoires, parce qu'elles émaneront de Dieu (qui seul peut lier les hommes et non la volonté d'un autre homme).

Que des communautés apportent des idées neuves, rien ne s'y oppose. Je crois que ce fil, c'est de la science politique (voir le texte du P. Leclère), et cette science s'applique à toutes les sociétés humaines du Japonais à l'Argentin en passant par le Gabonnais.

Cher Christian n'oubliez pas qu'aujourd'hui les Nations Unies et toutes les société internationales vivent sur des déclaration des droits de l'homme, qui se veulent universelles, notre sujet de discussion n'est donc pas sectaire. C'est un fait que la civilisation chrétienne (ou du moins une de ses suites, inspirée des idées chrétiennes) inspire aujourd'hui le monde entier.

Selon moi, il faut bien distinguer entre projet de gouvernement (programmes de partis politiques) et principes généraux du droit et de la science politique, car il n'est pas vrai que toute opinions soit admissibles : témoins le IIIème Reich, mais aussi le stalinisme, les Khmers Rouges, les abus des autorités américaines et des autres... la science politique est donc nécessaire et s'impose à tous. Et notre démarche est scientifique autant que croyante, puisque nous autres catholiques savons que nous devons aimer la raison et l'aimer beaucoup (St Augustin). La raison, langage universel. Notre démarche est donc légitime.
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bajulans
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Nuançons De Konick : Bien particulier préférable à bien co

Message non lu par bajulans »

Le bien commun est certes préférable au bien singulier, mais si le bien est du même genre, pas si le bien singulier est d'un genre plus élevé que le bien commun. Le bien commun est donc préférable toutes choses égales par ailleurs :
« Le bien commun est préférable au bien privé s’il est du même genre, mais il peut se faire que le bien privé soit meilleur quant à son genre. C’est de cette façon que la virginité consacrée à Dieu l’emporte sur la fécondité de la chair. C’est pourquoi S. Augustin déclare : " Il ne faut pas croire que la fécondité charnelle de celles qui, dans le mariage, n’ont en vue que les enfants qu’elles donneront au Christ, puisse compenser la perte de leur virginité. " »
Somme Théologique de St Thomas d'Aquin (Secunda Secundae (189 questions) question 152 & 3)

En effet le mariage est ordonné au bien commun, comme ordonné à la perpétuation de l'espèce et le célibat est ordonné au bien particulier qui est de s'élever plus librement vers Dieu. Mais le deuxième bien étant d'une nature plus élevé, il l'emporte, bien qu'il soit en fait un bien singulier.

Le bien commun n'est donc préférable que sous un certain rapport, et non toujours, au bien particulier.
Loué soit Jésus-Christ
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