Etrigan a écrit :concernant votre récente lecture de Job, qu'en déduisez-vous ?
Qu'il y a une unité étroite entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Que c'est la même révélation qui se déploie de la Genèse à l'Apocalypse, une révélation divine et christique.
Etrigan a écrit :Vous avez raison de souligner que Dieu laisse mourir femmes et enfants. Pourquoi ? Que faut-il en conclure ?
Il y a dans ce livre un combat entre deux interprétations du monde, celle des pseudo-sages contre celle de Job et de Dieu. Tous les événements décrits dans le livre sont d'une banalité affligeante, mais deux interprétations s'opposent à leur sujet. Il y a un ordre du malheur que prétendent discerner les pseudo-sages mais qui n'est que ténèbres, leur "quel est l'innocent qui a péri ?" et leur "il les abat et on les piétine" sont de cette interprétation mensongère, relèvent de l'ordre et de la théorie sataniques du monde. Et il y a une autre interprétation, un autre regard sur ces mêmes événements qui est par contre d'une lucidité implacable, celui de Job avec par exemple "vous seriez capable de tirer au sort un orphelin". La théorie du monde des pseudo-sages est un mensonge, Job démonte leur système, il est le grain de sable qui en bloque l'engrenage, remettant en cause toute la mécanique. On lui dit "quel mal te pousse à te défendre ?", ce qui est quand même phénoménal ! Pourquoi ne te laisses-tu pas faire ? Qui est Job pour prétendre juger le monde ? Car en refusant de porter la faute, c'est bien ce qu'il fait, soit Job est coupable et ses persécuteurs sont innocents, soit il est innocent et ce sont eux qui sont coupables. Et ce sont eux les coupables, d'idolâtrie puis de haine. Ils l'ont d'abord attendu comme la pluie et ensuite ils ont voulu l'écorcher vif.
Donc, des événements relativement communs, qui sont ceux de la vie et de l'histoire avec leurs péripéties, et deux regards différents sur eux.
Etrigan a écrit :Sinon, pour l'histoire d'Akân, vous démontrez, contrairement à ce qu'affirme René Girard, que la Bible n'est donc pas toujours du côté de la victime...
Ce n'est pas exactement ce que dit Girard qui comprend la Bible dans le sens catholique d'une histoire, d'un temps pédagogique, où Dieu prend les hommes tels qu'ils sont et les éduque avec patience, sur des siècles. Il conçoit bien sûr une évolution de la mentalité du peuple de Dieu qui n'est pas sans résistances (le "peuple à la nuque raide") ni retours en arrière, mais c'est globalement que le sens de cette histoire est manifeste et donc il inclut dans son interprétation la possibilité de passages témoignant de ces résistances et reculs. Qu'on voit d'ailleurs jusque dans les Evangiles avec souvent l'incompréhension des apôtres, voire leurs bourdes du genre "qui est le premier d'entre nous?"... Ce qui n'est pas grave, parce que les revirements ponctuels, les défaillances humaines, mettent en évidence la constance du sens de cette révélation qui s'étend sur des siècles et qui est divine.
Akân avait-il volé le manteau et l'argent ? Peut-être... Peut-être aussi que Josué a agi selon la "raison d'Etat" et que ses serviteurs avaient avec eux les objets "volés" prêts à les dissimuler dans la tente de celui sur qui tomberait le sort... C'est une manipulation et une accusation qu'on retrouve dans l'histoire de Joseph, dans différents mythes de différentes cultures, jusqu'aux affaires récentes des "Irlandais de Vincennes" et autres... Il y a aussi des "coupables" qu'on laisserait tranquilles autrement mais dont on s'occupe particulièrement en temps de crise pour apaiser le peuple, et c'est moins la justice qu'on rend que la rage du peuple qu'on passe sur eux. Parfois, la "raison d'Etat" demande de trouver un coupable, ou à défaut d'en fabriquer un, parfois elle en garde en réserve au cas où... L'essentiel ici, étant d'avoir quelqu'un à détruire.