Cher Gaudens,
Votre dénigrement scabreux de la scolastique m'oblige à vous mettre une beigne. À trop franchir la ligne, on s'en prend une, car toute patience à ses limites. J'espère pourtant que cette mauvaise chicane passera vite. Soyez convaincu que je ne souhaite pas polémiquer. D'ailleurs, si j'ai ouvert ce topic, c'est en partie dans l'espoir de vous aider dans l'épreuve que je vous vois traverser. Soyez donc assuré de ma sollicitude. Mais pour l'amour de cette charité qui doit régner en nos cœurs, cessez là votre dénigrement. La qualité de nos échanges y gagnera. Et pour tout dire, « heureux les artisans de paix ». Merci de votre compréhension.
la dérive langagière scolastique :plus une théorie est sujette à discussion plus il faut inventer de nouvelles expressions*, de nouveaux mots pour justifier une position nouvelle.
Vous êtes dans la caricature la plus grossière, et je dirais bientôt pourquoi.
La vérité est dans l'adéquation de la pensée au réel. Plus l'intellect approfondit son appréhension du réel, plus les concepts par lesquels elle le dit s'affinent, se diversifient, permettant ainsi l'émergence d'une pensée plus complexe car tenant compte de plus de paramètres.
Les mots expriment des concepts. Les concepts se multiplient à proportion que l'intelligence progresse. Il en va des concepts comme de l'écriture : d'abord les lettres, ensuite les syllabes, puis les mots, et enfin les phrases en lesquelles les vocables et la syntaxe. Moins un individu aura de mots, plus il souffrira de tares multiples : faiblesse de sa pensée, difficulté à s'exprimer, frustration de ne pas pouvoir dire et comprendre par incapacité à nommer et penser, l'intellect étant anémié par l'indigence des concepts et corrélativement des mots qui les expriment. Car l'une des caractéristiques de l'homme, c'est que toujours sa pensée s'accompagne de mots. Faudrait-il donc reprocher à nos lointains ancêtres d'être passés des morphèmes aux mots, des mots aux phrases, et en ces phrases d'une syntaxe rudimentaire à une syntaxe élaborée ? La diversité des temps et des modes, est-ce une dérive ou un progrès ? La richesse sémantique et syntaxique quelle abominable dérive pour qui voudrait retourner à la pureté originelle du cri. Le langage s'enrichit, mais bien sur, quelle horreur. Votre idéal d'homme, serait-ce le singe ? Je présume que non. Alors voyons quant à l'arithmétique. Cesser de compter sur les doigts pour apprendre les tables, puis les équations, pour progresser jusqu'aux mathématiques fondamentales, serait-ce autant d'insupportables déviances ? Non, toujours pas. Parlons alors d'astrophysique. Faudrait-il briser les télescopes motif pris qu'on puisse se balader la nuit sous les étoiles ? Non. La médecine alors. Est-elle progrès ou déviance inutile à qui possède un corps humain ? Un progrès dites-vous. Fort bien. Pourquoi donc alors, de toutes les sciences, voulez-vous que la théologie soit la seule à ne pouvoir progresser par l'explicitation toujours plus approfondie des mystères de la foi ? Car oui, c'est une science (au sens aristotélicien du terme), ayant pour elle toute la complexité d'une science.
Fides quærens intellectum. C'est de la scientia fidei qu'il est question quand la Congrégation pour la Doctrine de la Foi affirme que la vocation ecclésiale du théologien, « par une réflexion toujours plus approfondie, guidée par l'Esprit Saint, sur le contenu de la foi elle-même… a pour fonction d'acquérir, en communion avec le Magistère, une intelligence toujours plus profonde de la Parole de Dieu contenue dans l'Écriture inspirée et transmise par la Tradition vivante de l'Église. De sa nature la foi tend à l'intelligence, car elle ouvre à l'homme la vérité concernant sa destinée et la voie pour l'atteindre. Même si la vérité révélée surpasse notre discours, et si nos concepts sont imparfaits face à sa grandeur à la fin du compte insondable, elle invite pourtant notre raison – don de Dieu pour percevoir la Vérité – à entrer en sa lumière et à devenir ainsi capable de comprendre dans une certaine mesure ce qu'elle croit. La science théologique, qui recherche l'intelligence de la foi en réponse à la voix de la Vérité qui appelle, aide le Peuple de Dieu, selon le commandement apostolique, à rendre compte de son espérance à ceux qui le demandent… La théologie, qui recherche la ‘‘raison de la foi’’ et offre cette raison comme une réponse à ceux qui cherchent, fait intégralement partie de l'obéissance à ce commandement, car les hommes ne peuvent devenir disciples si la Vérité contenue dans la parole de foi ne leur est pas présentée… Au cours des siècles, la théologie s'est progressivement constituée en un véritable savoir scientifique. Il est donc nécessaire que le théologien soit attentif aux exigences épistémologiques de sa discipline... » (Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction Donum Veritatis, extraits).
Or « en ce qui concerne la théologie, le propos de certains est d'affaiblir le plus possible la signification des dogmes et de libérer le dogme de la formulation en usage dans l’Église depuis si longtemps et des notions philosophiques en vigueur chez les Docteurs catholiques, pour faire retour, dans l'exposition de la doctrine catholique, à la façon de s'exprimer de la Sainte Écriture et des Pères. Ils nourrissent l'espoir que le dogme, ainsi débarrassé de ses éléments qu'ils nous disent extrinsèques à la révélation, pourra être comparé avec fruit aux opinions dogmatiques de ceux qui sont séparés de l'unité de l’Église… Il ressort avec évidence que tant d'efforts non seulement conduisent à ce qu'on appelle le relativisme dogmatique, mais le comportent déjà en fait : le mépris de la doctrine communément enseignée et le mépris des termes par lesquels on la signifie le favorisent déjà trop… Voilà pourquoi négliger, rejeter ou priver de leur valeur tant de biens précieux qu’au cours d'un travail plusieurs fois séculaire des hommes d'un génie et d'une sainteté peu commune, sous la garde du magistère sacré et la conduite lumineuse de l'Esprit-Saint, ont conçus, exprimés et perfectionnés en vue d'une présentation de plus en plus exacte des vérités de la foi, et leur substituer des notions conjecturales et les expressions flottantes et vagues... appelées à une existence éphémère, comme la fleur des champs, ce n’est pas seulement pécher par imprudence grave, mais c'est faire du dogme lui-même quelque chose comme un roseau agité par le vent. Le mépris des mots et des notions dont ont coutume de se servir les théologiens scolastiques conduit très vite à énerver la théologie... De fait, ô douleur, les amateurs de nouveautés passent tout naturellement du dédain pour la théologie scolastique au manque d'égards, voire au mépris pour le magistère de l’Église lui-même qui si fortement approuve, de toute son autorité, cette théologie. » (Pie XII, Encyclique Humani Generis, extraits). « C’est un fait qu’avec l’amour des nouveautés va toujours de pair la haine de la méthode scolastique ; et il n’est pas d’indice plus sûr que le goût des doctrines modernistes commence à poindre dans un esprit, que d’y voir naître le dégoût de cette méthode. » (Saint Pie X, Encyclique Pascendi Dominici gregis).
Quand il s’agit d’expliciter une foi commune à l’Eglise... une telle dérive est pathétique.
Bref, vous vous faites le chantre de l'obscurantisme le plus dégradant. Car voyez-vous, quand il s'agit d'expliciter la foi, on passe de la foi à l'intelligence de la foi, intelligence introuvable à refuser de penser, à refuser d'user de concepts que les jugements articulent dans la liaison du prédicat au sujet. Alors quoi ? Faudrait-il user seulement des concepts les plus rudimentaires, et souhaiter la théologie retourner à l'époque de ses balbutiements, comme vous ne craignez pas de le dire ? C'est évidemment contraire au dynamisme de l'intelligence de la foi. La complexité croissante des discours théologiques est autant à raison du caractère ecclésial de la théologie catholique que des questionnements que les mystères de la foi induisent en l'intelligence. Pour penser la foi, pour en avoir l'intelligence, il faut commencer par écouter les avis autorisés des théologiens passés, au premier chef ceux que l’Église honore du titre de Père ou de Docteur de l’Église – et saint Augustin en est un, et non des moindres, n'en déplaise aux schismatiques orientaux jouissant de votre faveur – puis ensuite leurs continuateurs, les autres grands noms de la théologie scolastique. Ce sont eux qui ont progressivement diversifié les concepts et forgé le vocabulaire au fur qu'ils appréhendaient la complexité des mystères de foi dont ils cherchaient l'intelligence. Car plus l'intelligence de la foi progresse, plus le questionnement qui lui est inhérent s'enrichit de nouveaux questionnements, appelant à des réponses de plus en plus précises, pensées en des concepts de plus en plus élaborés. J'en veux pour preuve le degré de technicité et de précision auquel sont parvenus les théologiens scolastiques relativement au mystère trinitaire. Vous n'en avez manifestement aucune idée, car si vous saviez à quelle hauteur largeur et profondeur de vue la pensée peut se hisser ici, vous rougiriez de honte de les avoir calomniés.
on en découvre tous les jours, comme dans l'apprentissage d'une langue nouvelle:néanter, non -néanter, néantement, non-néantement ...N'en jetez plus,par pitié !
Vous aviez d'abord récriminé contre l'expression « motion brisable brisée », dont le seul tort est de dire en trois mots ce qu'il eut sinon fallu dire en dix, parlant de « grâce suffisante à laquelle la volonté s'est soustraite ». Vous vous en prenez maintenant à deux vocables de Maritain, « néanter » et « non-néanter », néologismes qui s'expliquent parfaitement dans le cadre de sa pensée, le premier signifiant l'effet du défaut qu'il prétend négatif, qui ne consiste pas à ajouter mais à soustraire à la motion ainsi rendue inefficace, le second le fait supposé par Maritain, que l'absence du défaut négatif, autrement dit la pleine coopération de la volonté créée à la grâce suffisante, n'ajoute pas en son système de l'être à la motion (ce qui, en son système, est précisément le point discutable). Il appert d'évidence que Maritain forge ainsi deux vocables lui permettant d'exprimer précisément sa pensée, ce qui est bien le moins lorsqu'on s'applique comme lui à penser un sujet difficile, la conciliation de la causalité universelle de Dieu au caractère réellement suffisant de la grâce suffisante. Ce que vous récriminez comme « charabia », terme injurieux et dénigrant, n'étant que la précision des vocables exprimant les idées ou concepts véhiculés par la réponse de Maritain, appert que vous n'êtes l'ennemi des mots que pour être celui des concepts auxquels la pensée se termine. Haïssant la pensée, vous haïssez les vocables par lesquels elle s'exprime. Ce n'est aucunement vous caricaturer que vous accuser d'être le chantre de l'obscurantisme le plus dégradant, puisque loin d'opposer à son raisonnement des objections tirées des vices éventuels que vous pourriez y trouver, c'est au fait qu'il raisonne que vous vous en prenez, lui reprochant d'user de vocables parfaitement clairs au seul motif qu'en ces vocables s'exprime une pensée.
Au final, pourquoi dénigrez-vous la scolastique ? Serait-ce que vous haïssiez qu'elle soit une science motif pris que cette science vous échappe ? Votre dénigrement de la science scolastique me semble possiblement résulter de deux causes. Soit d'une idéologie tarée dangereuse pour la foi, les propos précités de Pie XII trouvant en votre personne de quoi aisément s'appliquer. Soit d'une frustration, d'un ressentiment à ne la pas posséder, bref d'une blessure d'amour propre, puisqu'à parler de ce qu'on ne sait pas, on s'expose à se le voir reprocher. Mais s'il vous faut déconsidérer la science et ses vocables pour mieux légitimer vos inepties, sachez que l'ignorance dénigrant la science et ses vocables, c'est le vice outrageant la vertu.
Je conseille à vous-même et à nos lecteurs la lecture du lien ci-dessous qui donne de ce sujet la sereine lecture – dénuée de tout charabia - des Eglises orthodoxes, c’est à dire très probablement la lecture commune avant que les théologiens de l ‘Eglise latine ne se livrent sans retenue à un hyper-augustinisme dévastateur.
https://vie-orthodoxe.net/predestination-et-prescience/
Plusieurs choses.
D'abord, quelque sympathie qu'on puisse avoir pour cette « Église sœur » faussement nommée « Orthodoxie », elle reste au jugement de l’Église un vestige ecclésial hérétique et schismatique. De sorte qu'en insérant votre lien, vous avez violé la charte du forum.
Ensuite, l'auteur de l'article mis en lien est d'évidence un ignorant qui déblatère, tant ce qu'il dit est faux. Il suffit de lire la première phrase de son pamphlet pour s'en convaincre : « La doctrine de la prédestination est la doctrine selon laquelle la liberté n’existe pas ». Ce n'est pourtant pas ce qu'affirme la théologie catholique explicitative du DOGME de la prédestination. Tous les théologiens catholiques affirment que
la prédestination divine se déploie dans l'exercice-même de la liberté créée ; et tous condamnent la négation de la liberté de l'homme (le serf-arbitre de la théologie protestante), tel saint Thomas d'Aquin affirmant le fait de la conciliation de la prédestination divine à la liberté créée, laissant à ses continuateurs le soin d'en expliquer le détail du comment :
- « La providence divine impose la nécessité à certaines choses ; mais non pas à toutes, comme l’ont cru quelques philosophes. Il appartient en effet à la providence d’ordonner les choses à leur fin. Or, après la bonté divine qui est la fin transcendante, le premier des biens immanents aux choses mêmes est la perfection de l’univers, perfection qui n’existerait pas si tous les degrés de l’être ne se rencontraient pas dans les choses. Il appartient donc à la providence divine de produire tous les degrés des étants. Et c’est pourquoi à certains effets elle a préparé des causes nécessaires afin qu’ils se produisent nécessairement, et à certains autres des causes contingentes pour qu’ils arrivent de façon contingente, selon la condition des causes prochaines. » (ST, I, 22, 4, co). « L’effet de la providence divine n’est pas uniquement qu’une chose arrive d’une façon quelconque, mais qu’elle arrive, selon le cas, soit nécessairement, soit d’une manière contingente. Et c’est pourquoi un événement arrive infailliblement et nécessairement lorsque la providence divine a ordonné qu’il arrive ainsi ; et il arrive de façon contingente lorsque le plan de la providence divine a réglé qu’il arriverait ainsi. » (ST, I, 22, 4, ad.1).
- « La prédestination n’est pas quelque chose dans les prédestinés, mais seulement dans celui qui prédestine. On vient de dire en effet que la prédestination est une part de la providence. Or la providence n’est pas dans les choses qu’elle concerne, elle est un certain plan de l’intelligence qui ordonne à la fin, ainsi qu’on l’a dit précédemment. Mais la réalisation de la providence, qu’on appelle gouvernement, se trouve comme passion dans les êtres gouvernés, et comme action dans celui qui gouverne. Il est donc clair que la prédestination est un certain plan, conçu dans l’esprit divin, de l’ordination de certains au salut éternel. C’est la réalisation de cette ordination qui se trouve passivement dans les prédestinés, et activement en Dieu. La réalisation de la prédestination c’est d’abord la vocation, puis la glorification, selon ces paroles de l’Apôtre (Rm 8, 30) : “Ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés, et ceux qu’il a appelés... il les a glorifiés.” » (ST, I, 23, 2, co). « Dieu réprouve certains. On a dit en effet plus haut que la prédestination est une part de la providence. Or il appartient à la providence de permettre quelque défaillance dans les choses qui lui sont soumises, comme on l’a dit précédemment. Aussi, puisque les hommes sont ordonnés à la vie éternelle par la providence divine, il appartient également à la providence de permettre que certains manquent cette fin, et c’est cela qu’on appelle réprouver. Donc, de même que la prédestination est une part de la providence à l’égard de ceux qui sont ordonnés par Dieu au salut éternel, la réprobation à son tour est une part de la providence à l’égard de ceux qui manquent cette fin. D’où l’on voit que la réprobation ne désigne pas une simple prescience ; elle y ajoute quelque chose selon la considération de la raison, comme on l’a dit plus haut de la providence. Car de même que la prédestination inclut la volonté de conférer la grâce et la gloire, ainsi la réprobation inclut la volonté de permettre que tel homme tombe dans la faute, et d’infliger la peine de damnation pour cette faute. » (ST, I, 23, 3, co).
Ensuite, le mépris affiché qu'il déverse sur saint Augustin, quoiqu'assez représentatif du climat de la secte (au sens théologique du terme) à laquelle il adhère, résulte de ce que la théologie byzantine consécutive au schisme proclusien est fondamentalement semi-pélagienne, comme le savent ceux les ayant suffisamment fréquentés.
Enfin, exciper de la patristique pour récuser la scolastique est un non-sens, et pour tout dire un procédé délibérément captieux, fruit de l’esprit d’erreur et de mensonge. Exciper de la patristique grecque pour récuser la scolastique latine, seul un impie (1) pouvait l’oser, tant est évident que la méthode scolastique, l’utilisation de la raison discursive au service de l’intelligence de la foi, a été mobilisée dès la patristique grecque. Quand saint Justin s’essayait à deux états du Verbe selon qu’immanent ou proféré. Quand le pseudo-Denys mobilisait les philosophèmes du néoplatonisme proclusien. Quand saint Basile de Césarée de Cappadoce, formé philosophiquement à Athènes, traitait de l’innascibilité et de l’abséité en réponse à Eunome. Quand saint Grégoire de Nazianze, formé philosophiquement à Athènes, usait de la catégorie de relation, implicitement révélée dans les noms relatifs formellement et explicitement révélés, pour donner à l’Église le principe explicitatif du mystère trinitaire. Quand saint Maxime le Confesseur mobilisait une prémisse rationnelle, l’agir suit l’être, pour conclure apodictiquement des deux natures aux deux opérations du Christ. Quand saint Jean Damascène posait des définitions. Quand Léonce de Byzance traitait de l’hypostase et de l’en-hypostasie. En tous ces cas les saints-pères et leurs disciples agissaient déjà en scolastiques. Nonobstant, à raison de leur sainteté et de l’éminence de leur doctrine, leur théologie fût parfois sinon souvent, naïvement et abusivement, considérée comme relevant de l’illumination mystique, normative aux anciens par sa co-surnaturalité impresse au donné révélé ; d’où le caractère réitératif des discours subséquents (les traditions doctrinales ecclésiales, à ne pas confondre à la Tradition continuative). Les yeux se dessillèrent quand, aux XIè et XIIè siècles de l’ère chrétienne, colligeant religieusement les enseignements des saints-pères, les recueils sententiaires manifestèrent les contradictions frappant les expresses patristiques. Contradictions qu’il fallait résoudre. Et comment sinon par la raison théologique ? L’âge d’or de la scolastique débuta au XIIè siècle en réponse aux apories patristiques.
(1) Je tais le nom de ce théologien qui, par son succès immérité, est cause de certains maux affligeant aujourd'hui l’Église. Je ne serais pas surpris d'apprendre qu'il brule désormais dans les flammes de l'Enfer éternel.
Je retire de nos échanges un point fort : votre refus, plus que légitime de la réprobation négative mais, sauf si vous limitez ce refus par des considérations sur l’endurcissement voulu par Dieu (à moins d’y voir simplement y voir une conséquence de la liberté humaine voulue par notre Créateur) et donc ré-introduisdez une sorte de réprobation négative par la petite porte.
Je nie farouchement que le providence divine soit inclusive d'un décret de réprobation négative. J'affirme que n'est pas d'autre décret de réprobation que consécutif à la prévision de l'impénitence finale. Mais je précise que si l'endurcissement est une conséquence de notre liberté, elle est aussi en conséquence de la décision divine de permettre que tel endurci finisse endurci. En effet, l'endurcissement final n'étant qu'en conséquence que Dieu laisse l'endurci à lui-même (puisque autrement il ne finirait pas endurci), l'endurcissement a d'abord pour cause la décision divine de le permettre. « D’où l’on voit que
la réprobation ne désigne pas une simple prescience ; elle y ajoute quelque chose selon la considération de la raison, comme on l’a dit plus haut de la providence.
Car de même que la prédestination inclut la volonté de conférer la grâce et la gloire, ainsi
la réprobation inclut la volonté de permettre que tel homme tombe dans la faute, et d’infliger la peine de damnation pour cette faute. » (ST, I, 23, 3, co). Deux questions surgissent alors. Ayant prévu l'endurcissement, Dieu pourrait-il y suppléer, décidant de remplacer la grâce suffisante, dont il prévoit l'inefficacité dans la prévision de la malignité de la volonté créée défaillant à cette grâce, par une grâce efficace de soi ? Si oui, cela réintroduit-il subrepticement la réprobation négative relativement à ceux ne bénéficiant pas d'une telle faveur ? On ne voit pas qu'on puisse répondre négativement à la première question, sauf à vouloir attenter à la Liberté de Dieu. Est-ce alors qu'il y a réprobation négative ? Non, car la décision de ne pas suppléer est consécutive à la prévision de l'impénitence finale, et s'assimile tout bonnement à la volonté divine de la permettre. Vous voilà rassuré.
ce supposé dogme de la prédestination
Olivier vous a clairement répondu : votre propos « ne fait pas droit au donné biblique sur le sujet ». Je vais maintenant le dire avec mes propres mots : vous attentez à l'autorité de Dieu révélant. Et pourquoi ? Pour récuser l'affreuse doctrine de la réprobation négative ? Le dogme de la prédestination ne l'implique pourtant pas, comme Maritain l'a démontré. De sorte que plutôt que lui glavioter au visage votre détestation de la scolastique, vous feriez mieux de vous mettre à son école. Et pendant que j'y suis, relisez l'enseignement de Pie XII donnée plus haut. « En ce qui concerne la théologie, le propos de certains est d'affaiblir le plus possible la signification des dogmes et de libérer le dogme de la formulation en usage dans l’Église depuis si longtemps et des notions philosophiques en vigueur chez les Docteurs catholiques… Il ressort avec évidence que tant d'efforts non seulement conduisent à ce qu'on appelle le relativisme dogmatique, mais le comportent déjà en fait : le mépris de la doctrine communément enseignée et le mépris des termes par lesquels on la signifie le favorisent déjà trop. » D'évidence, le propos vous atteint...
Je m'absente quelques jours. Priez pour moi.
Très bonne continuation.