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Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 1:01
par ThéophileduSegala
peter a écrit : ven. 10 juil. 2026, 22:08
Ma question demeure : comment cette première pensée peut-elle naître dans une créature créée parfaite, qui ne connaît encore que le bien ?

C'est ce premier passage qui me paraît mystérieux.
Votre question est probablement le point le plus difficile, et je pense qu’il faut reconnaître avec humilité qu’il demeure un mystère.

Cependant, encore une fois, je ne crois pas que le fait qu’une créature soit parfaite signifie qu’elle soit incapable de se détourner de Dieu.

Il faut distinguer la perfection du Créateur et celle de la créature. Dieu est parfait par nature : Il est le Bien absolu, immuable et sans dépendance. La créature, elle, est parfaite parce qu’elle reçoit le bien de Dieu, mais elle ne devient jamais elle-même la source première de ce bien.

La première pensée d’orgueil n’apparaît donc pas parce que la créature découvre quelque chose de mauvais qu’elle ignorait, mais parce qu’elle peut regarder un bien réel : sa propre excellence, sa beauté, son intelligence, en dehors de sa relation avec Celui qui le lui donne.

Le problème n’est pas d’aimer un bien, car tout bien vient de Dieu. Le problème est de vouloir posséder ce bien comme s’il existait par soi-même, indépendamment de Dieu.

Ainsi, le premier péché ne vient pas d’une connaissance préalable du mal, mais d’un désordre dans l’amour du bien. Une créature peut désirer quelque chose de bon d’une manière mauvaise.

C’est difficile à concevoir, car notre esprit cherche spontanément une cause antérieure à toute chose. Nous cherchons naturellement : « Qu’est-ce qui a provoqué cette première volonté mauvaise ? » Mais si chaque acte mauvais devait avoir une cause mauvaise antérieure, nous remonterions sans fin.

La réponse classique est donc que le premier péché n’a pas de cause efficiente extérieure : il est l’acte premier par lequel une volonté créée, pourtant bonne, se replie sur elle-même au lieu de demeurer tournée vers le Bien qui la fonde.

Cela ne supprime pas entièrement le mystère, mais cela permet de préserver deux vérités essentielles : Dieu n’est pas l’auteur du mal, et la créature est véritablement responsable de son choix.

Concernant l’idée d’un tentateur créé pour cette fonction, je reste réservé. Le couteau est une image intéressante, mais Satan n’est pas un objet neutre : l’Écriture le présente comme une personne morale responsable, appelée « le père du mensonge » (Jn 8,44).

S’il avait été créé dès l’origine précisément pour exercer cette mission, il deviendrait difficile de comprendre pourquoi il serait ensuite jugé pour avoir accompli ce qui aurait été son rôle propre.

N’oubliez pas qu’Adam et Ève avaient déjà la possibilité de désobéir avant même l’intervention du serpent. Le commandement de Dieu suffisait à rendre possible un refus : le serpent n’a pas créé cette possibilité, il a cherché à orienter leur liberté vers ce refus.

Je pense donc que la question essentielle n’est peut-être pas : « Pourquoi fallait-il un tentateur pour que la liberté existe ? », mais plutôt : « Pourquoi une créature libre peut-elle préférer un bien créé au Bien suprême dont elle dépend ? » Et c’est précisément là que se situe le mystère de l’iniquité.

Bien à vous,

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 1:09
par Didyme
Il est marrant de constater qu'en répondant presqu'en même temps, certaines de nos réponses se ressemblent. :)
Mais j'aime bien votre façon de le dire. ;)

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 1:53
par ThéophileduSegala
Une réflexion me traverse suite à tout ces échanges.

La tradition chrétienne a souvent vu dans la révolte du démon une forme d’orgueil : une créature magnifique, intelligente et élevée, qui aurait cessé de recevoir son être de Dieu pour vouloir trouver en elle-même sa propre source.

Mais une autre question apparaît : et si l’une des blessures profondes de cette révolte était aussi liée au mystère de l’amour que Dieu porte à l’homme ?

Satan voit l’homme tel qu’il est : une créature fragile, limitée, capable de pécher, de trahir et de se détourner de Dieu. Et d’une certaine manière, il n’a pas totalement tort dans son constat.

L’histoire humaine est marquée par nos chutes, nos contradictions et nos infidélités.

Mais là où l’accusateur se trompe, c’est dans sa conclusion.

Il semble dire : « L’homme n’est pas digne d’un tel amour. »

Mais Dieu répond autrement.

Il ne nie pas le péché de l’homme. Il ne prétend pas que nos fautes sont sans importance. Il va infiniment plus loin : Il vient Lui-même nous chercher.

« La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. » (Romains 5,8)

Là où Satan voit une créature indigne, Dieu voit un enfant à sauver.

Là où Satan accuse, Dieu pardonne.

Là où Satan voit une faiblesse définitive, Dieu voit une histoire qui peut encore être restaurée.

Peut-être que le mystère que Satan ne comprend pas n’est pas l’existence du péché humain, car il est évident aux yeux de tous, mais la profondeur de la miséricorde divine.

Tout simplement car elle est insondable !

Un être créé peut comprendre la grandeur, la puissance, la sagesse et même la justice de Dieu. Mais l’amour qui va jusqu’à la Croix dépasse peut-être toute compréhension créée.

Car la Croix révèle quelque chose d’inouï : Dieu ne se contente pas de réclamer justice face au péché, Il vient Lui-même porter le poids du péché pour sauver celui qui s’est éloigné de Lui.

Un être spirituel peut être infiniment supérieur à nous en intelligence, en puissance et en connaissance, mais connaître Dieu ne consiste pas seulement à comprendre sa grandeur. Il faut aussi accueillir son amour.

Et peut-être que le drame de Satan est précisément là : avoir contemplé la lumière de Dieu sans accepter la logique de son amour.

Un amour qui ne se mesure pas à la dignité de celui qui le reçoit, mais à la bonté infinie de Celui qui donne.

Le mal peut accuser.
La grâce répond par l’amour.

Un Amour au-delà de toute compréhension et qui restera a jamais un mystère pour toute intelligence créée !

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 4:16
par peter
Je crois qu'il me manque un élément important pour que vous compreniez ma démarche. Je ne suis pas parti d'une théorie que je chercherais ensuite à défendre. C'est plutôt l'inverse. Depuis plusieurs années, je relève des passages qui, à mes yeux, semblent difficiles à concilier. Chaque fois, j'essaie de trouver un modèle qui les explique sans en laisser de côté.
Mon point de départ est une conviction simple : Dieu est parfait. Son plan est parfait. Il ne fait rien au hasard et ne crée rien sans raison.
Ensuite, je constate que les Écritures ne disent pas explicitement que les anges ont reçu le libre arbitre. La tradition le déduit, mais je n'ai pas trouvé cette affirmation dans les textes eux-mêmes. À partir de là, plusieurs questions sont apparues. Comment l'iniquité peut-elle surgir dans une créature créée parfaite ? Pourquoi Satan obéit-il exactement aux limites que Dieu lui fixe dans le livre de Job ? Pourquoi est-il encore présent dans l'assemblée de Dieu ? Pourquoi Dieu place-t-il, dès le jardin d'Éden, un arbre de la connaissance du bien et du mal ? Peu à peu, ces questions m'ont conduit à construire une autre hypothèse, non parce que je voulais contredire la tradition, mais parce qu'elle me semblait, pour l'instant, mieux rendre compte de l'ensemble de ces passages. Je peux me tromper, bien sûr. Mais je voulais simplement vous expliquer que ma conclusion est le résultat d'un long cheminement, et non son point de départ. :::

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 4:33
par peter
Je crois qu'il me manque un élément fondamental pour expliquer mon raisonnement.

Tout mon modèle repose sur une conviction première.

Dieu est souverain. Il est le Créateur. Il sait parfaitement ce qu'il fait. Rien n'est improvisé, rien n'est laissé au hasard.

J'aime me représenter Dieu comme un immense compositeur.

Avant même que la première note soit jouée, il a déjà composé toute la symphonie. Une symphonie parfaite, où chaque instrument, chaque silence et chaque mouvement ont leur place dans un dessein d'ensemble.

Je ne peux pas croire qu'une œuvre sortie d'un tel Compositeur comporte une erreur ou un accident imprévu.

Il n'y a, selon moi, qu'une seule réalité que Dieu a volontairement choisi de ne pas déterminer : le libre choix de l'homme.

Pourquoi ?

Parce que Dieu ne voulait pas des créatures programmées pour l'aimer. Il voulait des enfants capables de répondre librement à son amour.

C'est précisément pour cela que le libre choix existe.

À partir de cette conviction, je cherche à comprendre tout le reste.

Lorsque je rencontre un passage difficile, je ne pars jamais du principe que Dieu aurait dû improviser une solution. Je pars du principe que cette situation faisait déjà partie de son plan parfait.

C'est pour cette raison que je m'interroge sur le rôle de Satan.

Je n'arrive pas à imaginer qu'une créature créée parfaite puisse, soudainement et sans explication, produire la première iniquité.

Je cherche donc un modèle qui préserve à la fois la perfection du Créateur, la cohérence de son dessein et la réalité du libre choix accordé à l'homme.

Je peux me tromper dans mes conclusions, mais je ne peux pas abandonner ce point de départ : Dieu est un Créateur infiniment sage, et son œuvre est parfaitement pensée.

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 4:58
par peter
J'aime me représenter Dieu comme le plus grand des compositeurs.

Avant même que la première note ne soit jouée, toute la symphonie existe déjà dans son esprit. Rien n'est laissé au hasard. Chaque note, chaque silence, chaque transition, chaque harmonie est parfaitement pensée. Si Dieu est parfait, son œuvre ne peut être qu'elle aussi parfaitement conçue.

Dans cette immense symphonie, chaque créature a sa place.

Les anges sont comme les musiciens de l'orchestre. Chacun reçoit une mission particulière. Les séraphins, les chérubins, les archanges, les anges... chacun joue sa partition avec une précision parfaite. Aucun instrument n'est inutile. Même les passages qui nous paraissent sombres participent à l'harmonie de l'ensemble.

Puis vient un moment extraordinaire.

Le Compositeur fait entrer un soliste.

Ce soliste, c'est l'homme.


Contrairement aux musiciens de l'orchestre, le soliste reçoit un privilège unique : il peut choisir.

Il peut décider de jouer en harmonie avec l'orchestre, en suivant l'inspiration du Compositeur. Dans ce cas, sa mélodie s'intègre parfaitement à l'œuvre, et la beauté de la symphonie s'en trouve encore enrichie.

Mais il peut aussi décider d'ignorer la partition, d'improviser sa propre mélodie, de jouer à contretemps ou de couvrir les autres instruments. Il ne détruit pas la symphonie du Compositeur, mais il introduit une dissonance dans sa propre partie.

C'est cela, pour moi, le libre choix.

Dieu n'a pas perdu le contrôle de son œuvre. Bien au contraire. C'est lui qui a voulu qu'il existe, au cœur même de sa symphonie, un véritable soliste capable de répondre librement à son appel.

Le risque de la dissonance est le prix de la liberté.

Mais lorsque le soliste choisit finalement de s'accorder avec le Compositeur, la beauté qui en résulte dépasse celle d'une simple exécution mécanique.

L'amour libre vaut infiniment plus qu'une obéissance programmée.

C'est à partir de cette image que je comprends le plan de Dieu.

Je peux me tromper dans les détails de mon interprétation. Mais je demeure convaincu d'une chose : le Compositeur est parfait, sa symphonie est parfaite, et rien de ce qui s'y trouve n'est le fruit du hasard.

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 11:02
par ThéophileduSegala
peter a écrit : sam. 11 juil. 2026, 4:58 J'aime me représenter Dieu comme le plus grand des compositeurs.
Moi aussi, j’avais d’ailleurs écris une parabole il y’a longtemps sur ce sujet:

https://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=49378

Pour le reste, dites-moi:

Si Satan a été créé pour remplir cette fonction, il reste à expliquer pourquoi il agit moralement comme tentateur plutôt que comme simple serviteur. Et si, au contraire, il accomplit seulement la mission que Dieu lui a confiée, alors il devient difficile de comprendre pourquoi l’Écriture le présente comme coupable et promis au jugement.

Autrement dit, votre modèle résout une difficulté, mais il en fait naître une autre qui me paraît au moins aussi grande.

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 13:31
par ThéophileduSegala
Didyme a écrit : sam. 11 juil. 2026, 1:09 Il est marrant de constater qu'en répondant presqu'en même temps, certaines de nos réponses se ressemblent. :)
Mais j'aime bien votre façon de le dire. ;)
C’est amusant, en effet. ☺️
J’apprécie également la vôtre.

Cela dit, je pense que je vais arrêter de répondre à Peter. Tout a été dit et redit.

J’ai le sentiment qu’il s’entête davantage à cause de la souffrance liée à son histoire personnelle et j’ai l’impression qu’il ne lit même plus les arguments que nous lui présentons.

Bien à vous cher Jumeau 😉

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 14:18
par peter
ThéophileduSegala a écrit : sam. 11 juil. 2026, 11:02
peter a écrit : sam. 11 juil. 2026, 4:58 J'aime me représenter Dieu comme le plus grand des compositeurs.
Moi aussi, j’avais d’ailleurs écris une parabole il y’a longtemps sur ce sujet:

https://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=49378

Pour le reste, dites-moi:

Si Satan a été créé pour remplir cette fonction, il reste à expliquer pourquoi il agit moralement comme tentateur plutôt que comme simple serviteur. Et si, au contraire, il accomplit seulement la mission que Dieu lui a confiée, alors il devient difficile de comprendre pourquoi l’Écriture le présente comme coupable et promis au jugement.

Autrement dit, votre modèle résout une difficulté, mais il en fait naître une autre qui me paraît au moins aussi grande.
Vous soulevez une question importante.

Si les anges qui ont transgressé sont déjà enchaînés, comme semblent l'indiquer certaines Écritures, comment expliquer que le mal continue d'agir avec une telle force dans le monde ?

Dans mon hypothèse, c'est précisément parce que la mission de Satan n'est pas encore achevée. Dieu ne perd jamais le contrôle de sa création. Si Satan est encore actif aujourd'hui, c'est qu'il ne peut l'être qu'avec la permission de Dieu, comme le montre déjà le livre de Job.

Pourquoi cette permission ? Parce que tant que l'humanité est appelée à choisir librement entre le bien et le mal, il faut que ce choix soit réel. Sans possibilité de refuser Dieu, le libre arbitre ne serait plus qu'une apparence.

Lorsque le dernier homme aura posé son choix définitif, cette mission n'aura plus de raison d'être. Le mal disparaîtra alors définitivement, non parce que Dieu aura enfin repris le contrôle, mais parce que son dessein sera pleinement accompli.

Je suis bien conscient que ce que j'avance est considérable et qu'il va à contre-courant d'une tradition profondément enracinée depuis des siècles. Je ne prétends pas détenir la vérité, et je peux très bien me tromper. Je présente simplement la conclusion à laquelle m'ont conduit mes recherches, mes lectures et ma réflexion.

C'est précisément ce que j'apprécie dans ce forum : chacun peut exposer son point de vue avec respect et humilité. C'est de cette confrontation fraternelle des idées que naît souvent une compréhension plus profonde. Si mon hypothèse est erronée, j'espère qu'elle sera corrigée. Si elle contient une part de vérité, alors nos échanges permettront peut-être de la mettre davantage en lumière.

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 14:29
par peter
ThéophileduSegala a écrit : sam. 11 juil. 2026, 13:31
Didyme a écrit : sam. 11 juil. 2026, 1:09 Il est marrant de constater qu'en répondant presqu'en même temps, certaines de nos réponses se ressemblent. :)
Mais j'aime bien votre façon de le dire. ;)
C’est amusant, en effet. ☺️
J’apprécie également la vôtre.

Cela dit, je pense que je vais arrêter de répondre à Peter. Tout a été dit et redit.

J’ai le sentiment qu’il s’entête davantage à cause de la souffrance liée à son histoire personnelle et j’ai l’impression qu’il ne lit même plus les arguments que nous lui présentons.

Bien à vous cher Jumeau 😉
Je crois qu'il y a peut-être un malentendu sur ma démarche.

Je ne demande à personne d'abandonner la compréhension traditionnelle. Je propose simplement un exercice de réflexion : accepter, le temps du raisonnement, de mettre entre parenthèses le modèle habituel afin d'examiner si un autre modèle peut expliquer les mêmes textes de façon cohérente.

Si, au terme de cet exercice, ce modèle se révèle moins solide que la lecture traditionnelle, je serai le premier à le reconnaître. Mais si nous refusons d'examiner une hypothèse simplement parce qu'elle est nouvelle, nous nous privons peut-être d'une réflexion qui pourrait enrichir notre compréhension.

Je ne cherche pas à imposer une conclusion. J'essaie seulement d'explorer une question qui me paraît fondamentale : comment l'iniquité a-t-elle pu apparaître dans un être créé parfait ?

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 17:41
par ThéophileduSegala
peter a écrit : sam. 11 juil. 2026, 14:29 Si, au terme de cet exercice, ce modèle se révèle moins solide que la lecture traditionnelle, je serai le premier à le reconnaître. Mais si nous refusons d'examiner une hypothèse simplement parce qu'elle est nouvelle, nous nous privons peut-être d'une réflexion qui pourrait enrichir notre compréhension.
Je comprends votre démarche : vous cherchez à préserver la perfection du dessein de Dieu, et je partage pleinement cette conviction. Là où nous différons, c’est sur la manière de comprendre cette perfection.

Vouloir remettre en cause une tradition aussi ancienne et profondément enracinée est un exercice délicat selon moi.

Lorsque je ne comprends pas quelque chose, je ne me dis pas immédiatement : « la tradition a tort ». Je me dis plutôt : « il me manque peut-être encore des éléments pour comprendre ».

C’est cette attitude d’humilité qui, me semble-t-il, permet de grandir dans la foi : non pas en refusant les questions, mais en acceptant que certaines réponses puissent dépasser notre compréhension actuelle.

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 19:40
par Didyme
peter a écrit : sam. 11 juil. 2026, 14:29 Si, au terme de cet exercice, ce modèle se révèle moins solide que la lecture traditionnelle, je serai le premier à le reconnaître. Mais si nous refusons d'examiner une hypothèse simplement parce qu'elle est nouvelle, nous nous privons peut-être d'une réflexion qui pourrait enrichir notre compréhension.
Pour tout dire, je rejoins Théophile dans son impression que vous ne lisez pas vraiment les arguments présentés et vous entêtez dans un système de pensée que vous répétez assez mécaniquement.

Car pour le coup, nous ne nous sommes pas refusé à examiner votre hypothèse mais pour les raisons que chacun a soulevé elle ne nous paraît pas tenable.

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 20:45
par lintrus
peter a écrit : ven. 10 juil. 2026, 8:15 Je suis conscient que l'hypothèse que je propose s'écarte de l'interprétation traditionnelle. .
Je ne vois pas en quoi et d’autant plus qu’il n’y en a pas qu’une.
peter a écrit : ven. 10 juil. 2026, 8:15 Je ne prétends pas détenir la vérité absolue. Je suis simplement un chercheur qui essaie de comprendre les Écritures dans leur ensemble.

Depuis plusieurs années, je confronte la Bible, la Torah, certaines traditions hébraïques et d'autres textes anciens. J'essaie de construire un modèle qui soit le plus cohérent possible avec l'ensemble de ces données.

À ce jour, le modèle que je propose est celui qui me paraît expliquer le mieux les questions que je me pose. Si je ne le trouvais pas plus cohérent que l'explication traditionnelle, je ne le proposerais évidemment pas.

En revanche, je ne peux pas, par simple respect de la tradition, adhérer à une explication qui laisse, à mes yeux, des questions essentielles sans réponse.
Pourriez-vous résumer ce qu’est à vos yeux cette explication traditionelle, car pardonnez-moi mais je crois que si vous la connaisisez mieux vous ne diriez pas cela. Par quel préjugé sinon préféreriez vous l’aide des membres de ce forum plutôt que celle de personnes dont la sagesse, l’intelligence et les idées ont été reconnues bonnes par l’Eglise ?
C’est à se demander si votre recherche n’est qu’intellectuelle ou si vous avez la foi et fréquentez les sacrements !

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : sam. 11 juil. 2026, 22:41
par peter
Bonjour Lintrus,

Merci pour votre réponse.

Vous avez raison de me demander ce que j'entends par « l'interprétation traditionnelle ». J'aurais dû le préciser.

Par cette expression, je pensais principalement à l'idée que Lucifer aurait été créé avec un libre arbitre comparable à celui de l'homme, qu'il aurait librement choisi l'orgueil, entraîné avec lui une partie des anges, et que le mal moral serait ainsi apparu avant la chute d'Adam.

Je sais bien qu'il existe de nombreuses nuances entre les Pères de l'Église, les théologiens et les différentes écoles de pensée. Je n'ai jamais voulu laisser entendre qu'il n'existait qu'une seule interprétation.

Ce qui me pousse à chercher, ce n'est pas un refus de la tradition, mais certaines questions qui demeurent, à mes yeux, difficiles à résoudre dans les différents modèles que j'ai étudiés.

Je lis avec beaucoup d'intérêt les auteurs chrétiens anciens et contemporains, mais je considère aussi que la recherche théologique avance grâce aux questions. L'histoire de la théologie montre d'ailleurs que beaucoup de débats sont nés de croyants qui cherchaient à mieux comprendre les Écritures.

Quant à votre dernière question, oui, ma démarche est nourrie par la foi. Je ne cherche pas à remplacer l'enseignement de l'Église, mais à approfondir ma compréhension de la Révélation. Si certaines de mes hypothèses sont erronées, je suis tout disposé à les revoir, à condition qu'on m'explique, à partir des Écritures et d'un raisonnement cohérent, où elles le sont.

C'est précisément pour cela que je suis venu échanger ici.

Re: Comment l'iniquité est-elle apparue dans un être parfait ?

Publié : dim. 12 juil. 2026, 5:39
par lintrus
peter a écrit : sam. 11 juil. 2026, 22:41
Je vous remercie pour cet éclaircissement qui devenait nécessaire.
En ce qui me concerne, pour vous dire vrai et à la différence de vos autres interlocuteurs, si je vois bien le problème que vous avez posé, je peine à voir l'interprétation et la solution que vous proposez.
Par ailleurs, il m'avait bien semblé que vous tourniez tous autour de ce qu'a écrit saint Thomas dans la référence que j'indiquais. Je dirai pour ma part (je ne l'ai pas relu et c'est fort touffu) qu'il se contente de décrire comment cela s'est passé, en respectant ce que nous pouvons savoir de la nature angélique. Ce qui revient à résoudre en grande partie la question et sans porter de jugement.

Pour moi, vous avez inventé (je viens de relire le début des échanges) la thèse de la création d'un tentateur car vous ne parveniez pas à résoudre ce qu'il convient de résoudre, mais je suppose que si vous y réfléchissiez vous comprendriez qu'elle ne peut qu'être fausse car elle s'adapte à une situation de fait qui n'est plus celle initiale et joue avec le concept de "qui en premier entre l'oeuf et la poule?" .
Ce qui est omis de la conversation en ce début, c'est la notion d'épreuve (comme pour nous dans l'Eden) et le fait que la nature angélique exclut la possibilité qu'un ange ne voyait pas toutes les conséquences ultimes de son acte - d'où l'impossibilité d'un "retour arrière" pour un salut. En quelque sorte, le libre arbitre a été inauguré (plus que créé) par le premier acte posé qui n'était pas en accord avec la volonté de Dieu.
Les suggestions d'Ombiace sont intéressantes et reprennent partiellement des doctrines en effet connues. A cause de cette imperfection elles vous ont fait rebondir mais sans respecter strictement tout ce qu'il écrivait.
Il n'y a pas eu de "recherche" d'avantages par Satan, mais juste des conséquences de sa haine soudain venue des conséquences de son acte, et ce qui aura lieu dans un second temps importe peu.
Ce qui compte c'est le premier temps, et il serait un peu trop rapide car posthume de parler d'orgueil, de révolte,etc. qui sont des conséquences (certes qu'il prévoyait et "voyait", mais non un mobile). C'est pareil pour l'idée qu'il a voulu prendre la place de Dieu: elle ne peut qu'être postérieure même si concomitante. Et le fait qu'il soit donc devenu "tentateur".
Si je vous avais proposé la lecture de Thomas, c'est parce qu'il reprend bien et dans le détail le "déroulé antérieur", de façon neutre en somme et comme un reportage. Il détruit votre idée d'une nécessité que les choses contiendraient un "schmilblick" et ne seraient pas "pures" dès le départ - car la création d'un tentateur offense la notion de pureté.
Cela dit, je comprend parfaitement votre idée de départ comme tentative d'explication, d'où était venue ma proposition.
A vrai dire, je ne suis pas en ce moment dans une atmosphère propice à réfléchir sur un tel sujet, je m'y oblige (et finit par m'y laisser entraîner) pour vous répondre et parce que le sujet est un vrai sujet. Ne doutez pas que saint Thomas dans sa démonstration n'ait pas tenu compte de tout ce que contient dessus l'Ecriture Sainte !
Ce que j'avais trouvé intéressant dans son exposé, c'est l'idée que cet événement n'a pu avoir lieu qu'au tout début de la création des anges, et n'a pu qu'être très rapide.